mercredi 10 mars 2021

Le dernier Hyver de Fabrice Papillon

Le livre commence par l'évocation d'Hypatie, philosophe et mathématicienne sauvagement assassinée à Alexandrie en 415 après JC par des fanatiques chrétiens. Mais avant de mourir,  la savante a eut le temps de protéger un précieux manuscrit, fruit de ses recherches, qui servira de fil rouge au roman dont il tisse la trame en se faufilant à travers les siècles et l'alternance des chapitres, oscillants entre passé et présent.  

Été 2018, Paris. Brillante étudiante en biologie, Marie commence un stage à la police scientifique et se retrouve, dès le premier jour, mélée à une enquête placée sous la responsabilité de Marc Brunier, commandant à la brigade criminelle, vieux de la vieille qui s'accroche encore au légendaire quai des Orfèvres en train de fermer ses portes. Les voilà liés par le meurtre épouvantable d'une très jeune femme dont les restes ont été mis en scène dans une boutique Hermès où ils ont été retrouvés, placés au coeur d'une scène de crime soigneusement aseptisée, sans le moindre indice. D'autres assassinats pareillement ritualisés suivront avec leurs lots d'indices qui prennent, pour Marie, au delà de leur part de mystère scientifique à élucider, une dimension de plus en plus ésotérique et personnelle...

Thriller français historico-ésotérico-biologico-scientifique dont l'ambition et l'ambiance du scénario ne sont pas sans rappeler le Da Vinci Code de Dan Brown. Un roman divertissant, très dans l'air du temps avec une société secrète reposant non pas sur une fraternité mais sur une sororité qui permet de mettre en lumière toute une série de femmes savantes ayant marqué le temps, d'Hypatie à Marie et Irène Currie en passant par Élisabeth I d'Angleterre ou Émilie de Chatelet. 
Certains éléments, en particulier la finalité de la secte ont un côté un peu "jusque boutiste parfois tiré par les cheveux" mais ça n'enlève rien à cette lecture haletante dans laquelle il faut se laisser embarquer sans se poser trop de questions. D'autant moins que le livre est très documenté car en plus des aspects historiques, on découvre aussi le monde fascinant des méandres des sous-sols de Paris ou encore des éléments scientifiques passionnants, relatifs notamment au clonage, aux questions d'éthique et aux finalités de la recherche. Et sur ces derniers aspects, on peut faire confiance à l'auteur pour connaître son sujet, Fabrice Papillon est journaliste et producteur de documentaires scientifiques, c'est sa spécialité ! 

Pour l'anecdote, c'est une tante et le patronime de l'auteur qui m'ont fait ouvrir ce livre parce que ce nom de famille léger est aussi celui d'une de nos ancêtres... Une raison pas plus mauvaise qu'une autre pour découvrir un auteur (un lointain cousin ??) surtout quand le résultat est gagnant : un rythme soutenu, une histoire bien ficelée, une lecture facile, prenante et instructive, des personnages parfois racambolesques mais attachants, des figures féminines du monde de la science nombreuses et (re)-mises à l'honneur (j'ai trouvé le cas de Rosalind Franklin/découvertes sur l'ADN particulièrement intéressant), des lieux qu'on re-découvre d'une autre façon sans oublier toutes les informations qu'on peut grappiller au fil des pages, bref, un excellent thriller français (cocorico), parfait pour les amateurs du genre !

Titre : le dernier hyver
Auteur : Fabrice Papillon
Première édition : 2017

dimanche 7 mars 2021

Le stradivarius de Goebbels de Yoann Iacono

 
En 1943, au cours d'une cérémonie organisée à Berlin pour célébrer l'alliance entre l'Allemagne nazie et l'empire du Japon, Joseph Goebbles offre un Stradivarius à une toute jeune virtuose japonaise venue se former en Europe, Nejiko Suwa. Un objet au cœur de ce roman oscillant entre, d'une part, le rapport qu'entretien la japonaise avec son violon et les recherches menées par le narrateur pour en retrouver la trace d'autre part. 
Contre toutes apparences, l'instrument est initialement un cadeau empoisonné pour Nejiko Suwa : elle se l'approprie comme un privilège sans se poser trop de questions sur son origine et se dédie entièrement à la pratique de son art mais elle a du mal à trouver l'âme de l'instrument qui lui résiste ... et si elle ne fait par ailleurs pas de politique et choisit de vivre à Paris, elle n'en est pas moins amenée à se produire un peu partout en Europe au sein du philharmonique de Berlin pour être, symbole de fait, à la fois victime et actrice passive de l'histoire et du monde qui l'utilise. 
Quant au narrateur, Félix Sitterlin, ce violon est avant tout un bien spolié à une famille juive française qu'il faut récupérer, le fil rouge qu'il tire en se faufilant dans l'espace-entre le Japon, l'Europe et les États-Unis- et le temps-avant, pendant et après la seconde guerre mondiale.
 
Le texte et la lecture sont fluides, le ton juste, avec une alternance de points de vues, celle du narrateur qui raconte et des extraits de journaux attribués à Nejiko permettant de lui donner voix. Le récit est d'autant plus intéressant qu'il est basé sur une histoire vraie mais du coup, je regrette l'absence d'une postface de l'auteur qui permettrait de faire la part des choses entre faits et part romancée parfois bien difficiles à déméler alors que la bibliographie fournie montre une documentation solide du sujet. Ce texte n'en soulève pas moins pas mal de réflexions sur la place de l'art et la conscience des artistes par rapport au monde politique et le régime en place, la question de la "collaboration", de la "manipulation" ou de l'intégrité : peut-on continuer à pratiquer son art sans pour autant cautionner ceux qui vous utilisent à des fins de propagande ?  

Un violon, une musicienne japonais et une époque...une relation Allemagne-Japon rarement abordée... une "petite histoire" au cœur de l'Histoire avec sa part sombre et lumineuse, ses alliances, ses symboles, ses compromissions et ses arrangements. 

Extraits du texte : 
Herbert Gerigk (...) est le directeur du Sonderstab Musik, un commando de l'Einsatzstab Reichsleiter Rosenbergen qui confisque tous les biens de valeur des juifs et les rapatrie en Allemagne. En deux ans, dans la France occupée, il a pillé trente-quatre mille cinq cents maisons et appartements juifs, confisqué des milliers de meubles, de tableaux, un seul stradivarius. 

Gerigk savoure sa victoire : il a convaincu Goebbles que la musique est l'art germanique par excellence et qu'elle doit être au cœur de la propagande du régime Nazi, une arme d'asservissement. Quoi de plus servile qu'un orchestre, avec son chef, ses exécutants, ses obéissants, sa cadence, sa mesure ? C'est Gerigk qui a inspiré la mesure du bureau central de sécurité du Reich autorisant la création d'orchestres- Lagerkapelle-dans les camps d'extermination pour apaiser les prisonniers avant leur mise à mort.
 
Cet instrument est davantage qu'un simple encouragement pour votre immense talent. Il symbolise l'unité entre nos deux pays, nos deux peuples. Le perdre ou se le faire voler serait une offense au peuple allemand. Une faute impardonnable qui salirait l'honneur de la nation japonaise toute entière.
 
Depuis l'étranger, les marques de désapprobation dont faut l'objet Furtwangler sont de plus en plus virulentes (...) Même s'il garde savamment ses distances, notamment par ses choix de programmation musicale, le simple fait de rester chef d'orchestre du Philarmonique de Berlin est, pour les éditorialistes, une décision morale. Furtwangler s'est certes toujours opposé à l'expulsion des musiciens juifs de l'orchestre, mais il n'a jamais obtenu gain de cause non plus.
 
Toute sa vie, on se sera servie d'elle comme d'un symbole. Non pas de sa musique ni même véritablement de son violon, mais d'elle, de ce qu'elle incarne : naguère, la musicienne japonaise installée en Europe qui scelle l'alliance des deux empires, et, désormais, la violoniste nippone formée en Europe, modèle à encourager dans ce nouveau Japon modernisé que le général MacArthur est venu bâtir.

Cette parodie de justice est si évidente que lorsque les intérêts américains sont concernés, personne n'est inquiété : Oga en veut pour preuve le sort du général Shiro Ishii, responsable des expérimentations bactériologiques de l'unité 731, qui a négocié de ne pas être inquiété en échange de la transmission aux services secrets américains de tous les résultats de ses macabres expériences.
 
La paix demeure toujours fragile quand elle ne repose pas sur un vigilant travail de mémoire (...) qui se souvient que c'est Hitler qui a instauré le symbole du relais de la flamme olympique aux jeux de Berlin en 1936 ? 

L'oubli de ses propres fautes est la plus sûre des absolutions (Adenauer)

Titre : le stradivarius de Goebbels
Auteur : Yoann Iacono
Première édition : 2021

mercredi 24 février 2021

Bilan des livres et des books chroniqués en 2020

 

Ce n'est pas parce que j'ai laissé filer le mois de janvier que j'ai renoncé au petit bilan annuel "des livres et des books"
pour l'année 2020 qui compte une soixantaine de livres chroniqués sur le blog.
Une année marquée par la pandémie de la Covid19 limitant les voyages à travers le monde ...
 mais nullement ceux que l'on peut faire dans les livres !
C'est grâce à eux que j'ai continué à parcourir la planète, en suivant les plûmes d'auteurs venus des quatre horizons dont voici une sélection,
des coups de coeurs, des romans et des polars offrant au fil des pages des tranches de cultures et d'histoires,
avec l'approfondissement de quelques uns de mes "écrivains valeurs sûres".

Suivez les liens !
 
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Du côté de l'Afrique        ,                                                                                                        
Un livre fort, Kintu de Jennifer Nansabuga Makumbi (En Ouganda, l'histoire des membres maudits d'une famille dispersée... pourront-ils lever la malédiction qui les frappe depuis plusieurs générations ?)
♥♥♥ Chimamanda Ngozi Adichie, auteure américano-nigérianne que j'avais découverte avec Americanah et l'autre moitié du soleil / half of a yellow sun :
L'hibiscus pourpre / Purple hibiscus (Une "famille modèle" et son émancipation de l'emprise paternelle)
Autour de ton cou / The thing around your neck (recueil de nouvelles, entre Nigéria et Etats-Unis)
 
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Du côté de l'Asie  
 
🇲🇾 Malaisie :
La somme de nos folies / The sum of our follies de Shih-li Kow (chroniques familiales extravagantes dans une petite ville de province)
🇯🇵 Japon :
♥♥♥ La papeterie Tsubaki de Ogawa Ito (Chronique d'une "écrivaine publique")
♥♥♥ Sawako Ariyoshi, la "Simone de Beauvoir" japonaise et deux de ses "classiques":
Kaé ou les deux rivales / The doctor's wife (Rivalité d'une mère et de sa belle-fille auprès du fils/époux médecin-chercheur, fin du 18ème / début du 19ème)
Les dames de kimoto / The river Ki (chronique familiale sur trois générations de femmes, de la fin du 19ème aux années 1950) 
🇨🇳 Chine : 
Adieu au lac mère / Leaving Mother Lake de Yang Erche Namu & Christine Mathieu (Témoignage, une enfance au sein d'une des  minorités chinoises suivant un modèle rare de société matriarcale) 
Tibet :
Tempête rouge de Tsering Dondrup (témoignage sur la sinisation du Tibet par les camps de rééducation)  
🇰🇷 Corée   : 
♥ L'échelle de Jacob de Gong Ji-yong (Chez les moines bénedictins de Séoul, histoire d'un parcours) 
🇷🇺 Russie / Péninsule de Kamchatka :
♥ Dégels / Disappearing earth de Julia Philipps (Une disparition d'enfants et des portraits de femmes du bout du monde)
 
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Des livres portés par un souffle oriental

 🇹🇷 A la découverte d'une auteure turque particulièrement intéressante, ♥♥♥ Elif Shafak :
La bâtarde d'Istanbul / The Bastard of Istanbul  (Etats-Unis et Turquie, un roman qui dresse des portraits de femmes atypiques dans une tentative de réconciliation de l'histoire turco-arménienne)
Soufi, mon amour / The forty rules of love  (Sur les traces de Rumi -13ème siècle - et le sens de l'Amour)
Crime d'honneur / Honnor  (Entre Angleterre et Turquie, chronique tragique, sur 3 générations d'une famille turco-kurde)
... Et des livres complémentaires sur le drame arménien de 1915 :
♥L'étrangère de Valérie Toranian  (Biographie romancée de la grand-mère de l'auteur)
♥Erevan de Gilbert Sinoué   (Roman très documenté qui remet le génocide arménien dans une perspective historique autour du destin d'une famille imaginaire)
Le troisième et dernier volet de la grande saga moyen-orientale "Inch Allah" de Gilbert Sinoué, avec  Les cinq quartiers de la lune  (Du 11 septembre à nos jours en passant par le printemps arabe)
Ainsi que deux beaux romans d'une auteur anglaise d'origine chypriote et d'une auteure aéricaine d'origine palestinienne à suivre :
♥ L'apiculteur d'Alep / The beekeeper of Aleppo de Christy Lefteri (L'exode et le chemin de rédemption d'un couple, d'Alep à l'Angleterre)
♥♥♥ Le silence d'Esra / A woman is no man de Etaf Rum (Entre Palestine et Etats-Unis, trois voix, trois destins personnifiant trois générations de femmes)   
 
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Du côté nord-américain 

🇨🇦  De gros coups de coeurs pour deux auteurs canadiens qui tous deux abordent le sort des populations indigènes :
♥♥♥ Richard Wagamese , issu des tribu natives :
♥♥♥ Jeu blanc / Indian Horse (Une histoire identitaire poignante)
♥ Les étoiles s'éteignent à l'aube / Medecine Walk (Roman initiatique d'un fils et son père)
♥ Embers (Recueil de méditations)
♥♥♥ Joseph Boyden :
♥♥♥ Le chemin des âmes / Three days road (Trois jours d'un voyage en canoe pour retrouver son âme/ l'histoire de deux amis indiens emportés par la première guerre mondiale)
♥♥♥ Dans le grand cercle du monde / The Orenda (17ème siècle, grandeur et déclin des populations Hurons face aux Iroquois)

 🇺🇸 En littérature américaine, un peu plus au sud, j'ai retenu :
La note américaine / Killers of the Flower Moon de David Grann (Enquête sur une série de meurtres d'indiens Osage de l'Oklahoma des années 1920)
♥Là où chante les écrevisses / Where the crawdads sing de Delia Owens (Une histoire d'enfance au fin fond des marais de la Caroline du Nord)
Les cygnes de la 5ème avenue / The Swans of the 5th avenue de Melanie Benjamin (Roman basé sur l'étrange amitié ayant existé entre Babe Paley et Truman Capote)

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Du côté de l'Europe 
🇨🇵  En littérature française, deux auteures "valeur sûres" dont la bibliographie continue de m'enchanter :
♥♥♥ Claude Pujade-Renaud avec:
Tout dort paisiblement sauf l'amour (Entre Danemark et Antilles danoises, sur les traces de l'ancienne fiancée du penseur Soren Kierkengaard)
Les femmes du braconnier (L'histoire du triangle maudit de la poésie anglaise, Sylvia Prath, Ted Hughes et Assia Wevill)
♥♥♥ Isabelle Autissier :
Soudain, seuls (Histoire de survie de naufragés au bout du monde)
Et trois lectures plus ou moins "notables" :
Le liseur du 6h27 de Jean-Paul Didierlaurent (Une histoire d'amour improbable, joliment farfellue)
Ces dames aux chapeaux verts de Germaine Acremant (Une histoire un peu désuète de vieilles filles)
La part des flammes de Gaëlle Nohant (Parenthèse romanesque sur fond d'incendie du bazar de la Charité de 1897.)

🇮🇹 En littérature italienne, énorme coup de coeur pour :
♥♥♥Les huit montagnes de Paolo Cognetti (Roman initiatique et de montagnes, une amitié entre un enfant de la ville et un de la montagne)

🇮🇸 Et enfin, dans la perspective d'un voyage qui a du être repoussé, poursuite de la découverte de l'Islande par les livres :
Lecture "obligatoire" des deux "classiques grands titres" du prix Nobel de littérature islandais, Halldor Laxness :
Gens Indépendants / Independent People (Chronique paysanne islandaise)
La clôche d'Islande / Island's Bell (Chronique islandaise et rapport avec le Danemark) 
Un essai pour connaître l'"histoire de l'Islande" de Michel Sallé et Aesa Sigurjonsdottir
La fin d'une des deux trilogies de ♥♥♥ Ian Kalman Stefanson, Le coeur de l'homme / The heart of a man 
Et l'incontournable série de polars venus du froid / enquêtes du Commissaire Erlandur de ♥♥♥  Arnaldur Indridason :

Voir aussi :

dimanche 21 février 2021

La consolation de l'ange de Frédéric Lenoir

 

Après une tentative de suicide, Hugo, 20 ans, est à l'hôpital où il partage la chambre de Blanche, une vieille dame en fin de vie. Une rencontre improbable donnant prétexte à un dialogue entre deux êtres qui vont, à coup de tâtonnements et de confidences, se livrer l'un à l'autre en abordant des questions philosophiques, métaphysiques et spirituelles essentielles sur le sens de la vie, la mort, la liberté, l'amour, la famille, le bonheur, etc.
 
Un beau texte joliment écrit, émaillé de poèmes - Victor Hugo, Beaudelaire, etc. - faisant également référence de façon très abordable et lumineuse à de grands philosophes tels que Spinoza. Au fil des secrets dévoilés, je me suis laissée émouvoir, emportée par cette amitié inattendue source de résilience, d'humanité et d'universalité transgénérationnelle.
 
Un livre arrivé entre mes mains un peu par hasard, que je l'ai lu d'une traite ; facile et rapide à lire, il ne tombe pas pour autant dans la facilité que j'associe souvent aux romans "feel-good", un sentiment qui transpire au fil des pages mais, pour une fois, dans le sens le plus positif que je puisse donner au terme. 
 
Je ne connaissais pas l'auteur alors que, renseignements pris, je m'aperçois que c'est "une pointure" qui compte plus d'une cinquantaine d'ouvrages à son actif, romans, essais, théâtre, encyclopédie, etc. 
Un esprit curieux tourné vers une spiritualité bien conçue et clairement énoncée, vers lequel je n'hésiterai sans doute pas à retourner m'abreuver.    
 
Simple mais pas simpliste, efficace.     
 
Titre : La consolation de l'ange
Auteur : Frédéric Lenoir
Première édition : 2019

jeudi 17 décembre 2020

La somme de nos folies / The Sum of Our Follies de Shih-li Kow

 

En Malaisie, loin des circuits réservés au tourisme de masse, Lubok Sayong est une petite ville de province sans prétention, nichée dans une cuvette avec lac, coupée par deux rivières sujettes à débordements aux proportions parfois légendaires. C'est là qu'a grandi et que vit toujours l'inénarrable Beevi, fille aînée de la maison à quatre tourelles édifiées pour les quatre femmes de son défunt père; une bâtisse chargée de l'héritage familial qu'elle réintègre après avoir quitté sa cabane sur piloti et des circonstances particulières pour la transformer en Bed & Breakfast. Aidée par l'indéfectible Miss Boonsidik, katoï venu de Thaïlande, elle s'occupe de Mary Anne, fille adoptive débarquée inopinément de son orphelinat de Kuala Lumpur et accueille les rares touristes de passage à qui elle livre ses histoires plus fantaisistes les unes que les autres. 
 
Une chronique des temps modernes joliment écrite, originale et fantasque, pleine d'humour et de fantaisie, profondément humaine rapportée par les voix de Mary Anne et de Auyong, vieil ami de Beevi, directeur de la conserverie de litchis. 
 
Un roman et des personnages tendres et cocasses parfois extravagants, loin des clichés, "de l'intérieur" par une auteur de la commnauté chinoise de Kuala Lumpur, pour découvrir une Malaisie contemporaine et une société multiculturaliste trop souvent méconnues. 
Un petit bonheur !
 
Titre français : La somme de nos folies
Titre anglais : The Sum of Our Follies
Auteur : Shih-li Kow
Première édition :   

dimanche 13 décembre 2020

Kaé ou les deux rivales / The Doctor's Wife de Sawako Ariyoshi

 

 Le 13 octobre 1805 (...) La première opération du cancer du sein fut (...) une réussite (...). 
Si cette intervention eut une telle importance, ce ne fut pas parce qu'elle représenta un succès personnel pour le nom de Hanaoka Seishu, mais parce qu''il s'agit là de la première opération effectuée sous anesthésie générale dans l'histoire de la chirurge mondiale. 
Il fallut attendre 1842 pour que Long utilisât l'éther dans une intervention chirurgicale, aux Etats-Unis, 
et 1847 pour que le gynécologue anglais Simpson pensât à recourir au chloroforme dans le même but.
Hanaoka Seishû avait plus de quarante ans d'avance sur eux.
 
Fin du 18ème / début du 19ème siècle - Japon

Bien que de milieux sociaux différents, la belle Otsugi, femme du médecin Naomichi, parvient à convaincre la famille de Kaé de la marier à son fils aîné Umpei / Hanaoka Seishu. Mais comme le jeune homme étudie au loin la médecine, le mariage est célébré par procuration et la jeune femme emménage chez sa belle-famille en attendant le retour de son époux. Les trois premières années, sous le charme de sa belle-mère qui la fascine, elle s'adapte à son nouvel environnement plus spartiate que celui dans lequel elle a grandi et mène une vie harmonieuse et affectueuse avec tous les membres de la famille qui dédient activités et ressources aux études du fils prodigue promis à une brillante carrière. 
 
Mais l'harmonie entre Otsugi et Kaé est rompue lorsque Umpei réintègre le milieu familial : la mère et l'épouse deviennent rivales, chacune désirant tenir la première place auprès du fils et de l'époux. Attentives à préserver les apparences, les hostilités sont du domaine de la guerre psychologique, perfides, totalement invisibles aux yeux d'Umpei qui, lui, se consacre à la pratique de la médicine, à ses élèves, à ses recherches, à ses expériences sur des chiens et des chats afin de mettre au point un anesthésique à base de plantes dangereuses si le dosage n'est pas bon. Alors, lorsqu'après dix ans de recherches et de mises au point il commence à envisager de passer à l'expérimentation humaine, la rivalité des deux femmes les conduit à se proposer comme cobaye, l'épouse ayant alors à souffrir le plus des conséquences...
 
J'avais beaucoup aimé Les Dames de Kimoto et me suis laissée une nouvelle fois emportée par l'écriture de Sawako Ariyoshi qui combine, avec Kaé ou les deux rivales, des éléments historiques (l'histoire de la première opération du cancer du sein sous anesthésie générale par Hanaoka Seishu) et sociologiques (un Japon féodal déjà moderne, une médecine à deux écoles, chinoise et hollandaise) à une saga familiale sans merci avec ses rivalités, les suspicions, la jalousie et les tensions. Car dans ce roman, ce sont avant tout les portraits de femmes et leur rapports que l'on retient : au service des hommes et de leurs ambitions, coeur de la famille et du foyer ce sont des femmes "traditionnelles" modèles d'abnégation qui n'en sont pas moins fortes et essentielles, aptes à briser certaines conventions et par là même, porteuses d'un certain modernisme. Des éléments qui traitent avec subtilité de la condition de la femme et permettent de  comprendre pourquoi cette auteur fut souvent comparée à Simone de Beauvoir au Japon. 
 
Un "classique" japonais qui n'a pas pris une ride d'un auteur dont je poursuivrai la découverte même si sa large bibliographie n'est malheureusement que partiellement traduite. 
   
Du même auteur, voir aussi :
 
Titre français : Kaé ou les deux rivales
Titre anglais : The Doctor's Wife
Auteur : Sawako Ariyoshi
Première édition : 1967

mercredi 11 novembre 2020

A Very Stable Genius de Carol Leonnig et Philip Rucker

  

Rédigé par Carol Leonnig et Philip Rucker, journalistes du Washington Post tous deux récipiendaires du prestigieux prix Pulitzer, ce livre traite du chaos de la présidence Donald Trump "de l'intérieur". Je n'ai pas trouvé de version française de l'ouvrage mais il est vrai que cette lecture nécessite une certaine connaissance des rouages de l'admisnitration américaine ainsi que celle des nombreuses personnalités citées. 
 
L'essai est basé sur des centaines d'heures d'interviews, plus de deux cents "sources" remontant jusqu'au plus haut niveau de l'État, des témoins directs dont certains parlent pour la première fois et dont bon nombre a souhaité gardé l'anonymat. Ils nous plongent dans un monde complètement paranoïaque, au coeur de la maison blanche et des moments les plus controversés des trois premières années de la présidence Trump. Une sorte de "House of Cards" (pour les amateurs de la série) encore plus tordue que la fiction avec son lot de mensonges, d'intimidations et de pressions sur des collaborateurs de tous niveaux, de bras de fer, de carrières brisées et de professionnels remerciés à coup de Tweets alors que valsent les avocats chargés de maintenir à flot un navire qui louvoit en prenant l'eau de tous bords.
 
On y retrouve les divers "scandales" qui ont emaillé l'actualité américaine et internationale ces dernières années, de la question de l'influence russe sur la campagne de 2016 au "règlement de la question nord coréenne", des rencontres controversées avec Vladimir Poutin ou Kim Jung Un à qui le président fait plus confiance qu'à ses propres services, ses "accrocs" avec Theresa May, les problèmes à la frontière, le blocage du budget fédéral au mépris des employés, l'enquête et le rapport Robert Mueller dont chaque terme a été trop lourdement pesé, etc. Il en ressort surtout un portrait totalement mégalomaniaque de Donald Trump tout à son égo, colérique, incompétent, versatile, imprévisible, méprisant les règles et la loi, dangereux, persuadé de tout savoir et d'avoir raison alors qu'au final seule compte l'allégeance et l'attention à sa propre personne.
 
Tiré d'une foultitude de publications pour la qualité et le sérieux de ses rédacteurs, ce document surfe sur la vague de l'actualité et d'un personnage hors du commun qui n'a pas fini de faire couler l'encre ... on pourrait presqu'en rire tant on atteint parfois l'absurdité mais c'est plutôt à méditer le plus sérieusement du monde quand on sait que tout cela s'est passé "au plus haut niveau de la plus grande démocration du monde', sic, et que Donald Trump obtient plus de 70 millions de voix au scrutin de 2020 dans un pays complètement fracturé ... tout simplement Ter-ri-fiant !
 
Nota : le titre A Very Stable Genius / Un Génie très Stable fait référence à un qualificatif revendiqué plusieurs fois par Trump lui-même après la publication en 2018 du livre de Michael wolff Le Feu et la Fureur / Fire and Fury. À l'époque, le président en exercice avait menacé l'auteur de poursuites en justice mais s'en était abstenu parce que justement il était "un génie très stable", signe de sa très grande intelligence !      
    
Sur Donald Trump, voir aussi :
 
Titre anglais : A Very Stable Genius
Pas de traduction française
Auteurs Philip Rucker et Carol Leonnig
Première édition : 2020