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lundi 6 mars 2023

La vie clandestine de Monica Sabolo

Dans ce roman présenté comme autobiographique, la narratrice, l'auteure, cherche au départ un sujet de livre. Une émission de radio l'oriente sur l'assassinat en 1986 de l'ancien P. D. G. de Renault,  Georges Besse, exécuté par des membres d'Action Directe ; elle pense tenir quelque chose qui sera à la fois "facile et spectaculaire à traiter" et "très éloigné d'elle". Elle s'intéresse alors aux deux femmes du commando, condamnées en 1987 à la réclusion criminelle à perpétuité, Nathalie Ménigon et Joëlle Aubronet, et commence à rassembler des informations, de la documentation et des témoignages qui doivent l'aider à donner corps et vie à ses personnages. 
 
Au fil des pages, elle livre au lecteur les éléments bruts et objectifs de ses recherches en nous révèlant que le secret et les zones d'ombres rencontrées au cours de son enquête ont des conséquences tant sur le plan professionnel que personnel. D'une part, elle a beau accumuler des renseignements, elle bloque sur l'écriture de son roman parce qu'elle n'arrive pas à cerner la psychologie de ses personnages ; cela l'amène à tirer sans cesse de nouveaux fils pour essayer de saisir, en vain, ce qui lui échappe. D'autre part, ces investigations réveillent des souvenirs d'enfance très intimes, profondément enfouis, qui refont progressivement et de plus en plus précisément surface. 

Par une alternance de chapitres qui passent de l'histoire, des acteurs, des motivations et des secrets d'Action Directe à ceux de sa famille, l'auteure construit un roman un peu atypique, une sorte de livre-enquête qui tourne à l'introspection personnelle, voire à la thérapie par l'écriture. Malgré les qualités indéniables de cette écriture, j'avoue avoir eu du mal à m'intéresser aux tenants et aboutissants du livre, en me demandant longtemps ce que les réminiscences de l'auteur pouvaient bien faire là et où tout cela allait nous mener. 
 
Alors bien sûr, on peut se dire que l'auteure est courageuse de nous livrer ce qui ressemble finalement à un témoignage intime très fort, plein d'humanité et riche en éléments de réflexion : elle se met à nu et tout cela traite de la difficulté de l'écriture, de la façon dont celle-ci influe et est influencée par l'expérience personnelle de celui qui tient la plume, il est aussi question d'humanité, de bien et de mal, de secrets, de traumatismes, de refoulement, de reconstruction, de redemption, de pardon... mais voilà, malgré une empathie inévitable et toute cette rationalisation, je ne peux pas dire que j'ai aimé ce livre. 
La façon dont le lecteur est mis en position de témoin un peu voyeur m'a génée ; impossible de me laisser entraîner par les émotions et le cheminement menant à l'apaisement partagé par cette auteure que je ne connaissais pas ... Et même un vrai soulagement de tourner la dernière page puis de boucler cette chronique afin de ne plus y revenir. 
Comme un rendez-vous raté avec Monica Sabolo !

Titre : La vie clandestine
Auteur : Monica Sabolo
Première édition : 2022

dimanche 7 novembre 2021

Silence is a Sense de Layla Alammar

  
De sa fenêtre d'une cité anglaise anonyme où elle se calfeutre, une jeune réfugiée syrienne observe ses voisins : l'homme dans le noir, le père, le vieux couple, le buveur de jus... Traumatisée sur le chemin de l'exil, elle a perdu l'usage de sa voix. Ancienne étudiante d'anglais, elle lit beaucoup et rédige des articles publiés dans un journal local, signés sous le pseudonyme "voiceless/sans voix", dans lesquels elle traite de la condition des musulmans vivant en Angleterre. Son éditrice, avec laquelle elle communique uniquement par mail, essaye de la faire témoigner de son expérience de réfugiée mais elle élude parce qu'elle est dans l'impossibilité de le faire. Au fil des pages et de ses interactions avec la communauté locale, on va toutefois finir par en apprendre un peu plus, par bribes et fragments. Et puis son handicap et sa conscience sont mis à l'épreuve lorsqu'elle est témoin d'une scène de violence et d'une autre éclairant un crime raciste ; elle va aussi se rendre compte qu'elle n'est pas la seule à observer les autres ... 
 
La plume est efficace, réaliste et pleine de sensibilité. Le roman donne voix à cette réfugiée mutique ne demandant qu'à reprendre discrètement le cours de sa vie pour se fondre dans son nouvel environnement alors que le passé n'est que chaos et fragments difficiles à réconcilier ; elle a trouvé asile mais la paix de l'âme et du cœur sont plus exigeants, hantés par le passé et soumis à l'imperfection des hommes et du monde qui les entoure. 
Les regards et les points de vue se croisent en touchant la question des réfugiés, de l'immigration, de l'intégration, de la tolérance, de l'acceptation des différences culturelles et/ou religieuses mais aussi et plus largement du vivre-ensemble et de la condition humaine. 
Et puis derrière tout ça, il y a aussi toutes ces vies brisées par des traumatismes (pas seulement de guerre mais parfois aussi les violences familiales qui peuvent se produire chez le voisin) sur lesquels il est impossible de mettre des mots et qui transforment ceux qui les subissent et se cachent dans le silence, l'évitement, la honte et/ou la peur.
 
Aller au-delà des apparences et des différences, une belle leçon d'humanité et de tolérance par une jeune auteur à suivre, élevée au Koweït et éduquée au Royaume Unis où elle a posé ses valises.
 
Tirés du texte :
The thing is, when you can't speak, people assume you can't hear either. 
 
I don't know how to explain to her that I am cornered by memories, caged in by recollections. 
I feel persecuted by the things I remember and by what my mind chooses to hide from me. (...) 
The human need for stories is itself an obstacle to memory. (...) 
There is a kind of deceit to memories, where you're never entirely sure something happened the way you remember. (...) can you absolutely be sure it's your memory and not one you've claimed from stories you heard? 

It seems to me that complicit in the very idea of memory is the act of forgetting. 
 
It's not difficult to know what people want. At the root of it we all want the same thing: freedom, happiness, safety. I want to write what I want to write without the fear of a knock at the door and an interrogation room. I want to love who I want to love without the fear of death or corrective rape. I want to wear what I want to wear without the worry that men will see my skirt or the buttons on my shirt as an invitation. That's it. The freedom to live how we want to live.

Religious conflict is sexy. It's easy to sell (...) It's easy for news producers and politicians to frame it in terms of a cosmic war being waged in a land far, far away. But it isn't real. This isn't a religious conflict - or if it is now, it certainly didn't start out that way initially, in those private salons all across Damascus, with that statement of 99, that intellectual fount of all Springs, it was about freedom. It was about the right to live with dignity, the right to think without fear, the right to exist outside a state of emergency. It was about rising unemployment rates among a restless youth and free-market policies that benefited the few rather than the many. It was about the rains that never came, the migration and the cities straining under the weight of all the people they held but could do nothing with. 

When I first came here, that was the hardest thing to get used to, this reality where everyone is in your personal space all the time. (...) 
It isn't like that where I'm from. There, you have your boundary and I have mine and if the lines are crossed, it means that a fucking disaster has occurred. (...) 
In that other place, my other life, there are limits everywhere. (...) 
And when I first arrived, I couldn't assimilate-there's that word for you, Jose-I couldn't reconcile myself to the notion that I was free to go anywhere. So I set invisible borders that I abided by for a good, long while.

There's this idea that if only you bombard bigots with enough facts and data and statistics, you can cure them. This notion that their hatred comes from a place of ignorance is one people have a hard time shaking. It's not a lack of education (...) it's fear, fear of the unknown, the Other, fear that things are changing in ways he can't predict or control. Fear doesn't waver in the face of facts. 
 
At a time when access to data is quite literally limitless, ignorance cannot be anything other than a choice, and I wonder how many of the people those BBC and Guardian and Independent pieces are targeting actually watch/read/follow them? (...) 
They call it an echo chamber but it seems to me it's more of a cage, limiting your views and experiences to the extent that nothing unexpected or unsolicited ever crosses your path. And what other outcome can a device like that have but reduced tolerance? (...) 
They said globalisation would make the world better, but instead the world has become some hysterical shorthand for anything that threatens the status quo. They said the Internet would bring us close together, that it would turn the world into a little village, but it hasn't. Instead we have splintered, split off into islands drifting further and further away. After all, the Internet that elected the first black US president and set the Arab Spring ablaze is also the Internet which ripped the UK from Europe and elected Dr Strangelove over in America.
 
Democracy is not, nor should it be, the ultimate goal of all modern nations. Democracy rarely works as it should and most often does not work at all. For a democracy to function, you need an informed electorate. In order to get one, you need a free and fair and responsible press. Not even America, the freest nation on earth, has that. How is Egypt supposed to? How is Iraq? How are any of the others? 

It has always struck me as odd, to take such fervent pride in something you had no part in claiming. You don't choose where you're born. You don't choose the nation or the religion or the caste or sect or class. You choose none of it, and yet you're expected to fight for and be proud of this label to the exclusion of all others. It becomes entangled in your identity. I am Iranian. I am American. I am French. I am a Muslim, or Jewish, or Hindu.
 I am all these things that I did not choose to be.(...) 
 
A nationalist may crow freedom and prosperity, or values and piety, or modernity and skyscrapers, but at the end of the day, the bedrock of why his country is better than yours is simply that he was born into it. There is, on a fundamental level, no other reasons. (...) 
They call themselves patriots, but they're not. A patriot is one who loves, a nationalist is one who hates.
 
You came to this country for the same reason I did, I think. For safety, security. This was our big error, you see? (...) There is no safety. It's useless to search for it here or there or anywhere. (...) Your safety will come later. Much later, Allah willing. It will come for you in the afterlife.

Our blood runs everywhere, down the streets of Aleppo, of Damascus, of Homs, of Calais, of Chios, of Bicske. All these people. All these lives. Not numbers and figures and pie charts. People.

Titre original : Silence is a Sense
Pas (encore) de traduction française
Auteur : Layla Alammar
Première édition : 2021 

vendredi 23 juillet 2021

La panthère des neiges de Sylvain Tesson

Ecrivain-voyageur, Sylvain Tesson a été invité par Munier* à se joindre à son expédition sur les contreforts de l'Himalaya où il veut immortaliser la panthère des neiges par ses clichés, animal disparu selon certains mais dont il pense retrouver la trace. 
Une équipe à quatre, complétée par Marie, compagne de Munier passionnée de reportages animaliers, et Léo, technicien en charge du matériel dans laquelle Sylvain Tesson fait un peu office de "joker", tout à la fois compagnon, témoin et de chroniqueur. 
 
Dans cette Panthère des Neiges, il nous rapporte cette aventure unique sur les sommets tibétains, menée dans des conditions extêmes : la neige, le froid, l'altitude, l'isolement, l'univers minéral impropre à la survie de l'homme, etc. Un milieu hostile abritant pourtant un sanctuaire animalier pour qui sait observer et se fondre dans le décors afin d'y déceler la vie qui s'y cache. Une expérience très différente des récits de voyages auxquels il nous a habitué parce que cette fois, ce n'est pas tant le périple qui compte mais plutôt l'affût fait de l'attente et de la patience qu'il nécessite. Dans le silence de ces haut lieux spirituels, c'est l'esprit de l'écrivain qui vagabonde dans une aventure plus intime, plus spirituelle aussi parce que l'immobilité pousse à l'introspection et à la contemplation dans une attitude quasi méditative.
 
Un texte presque mystique, incomparable, marqué du talent, de la culture et de l'émerveillement de Sylvain Tesson, étayé d'autodérision, de pensées, d'aphorismes, de réflexions, de citations, de bons mots. 
Un témoignage précieux et un pur moment de bonheur littéraire ♥ !
 
* Vincent Munier / le photographe animalier

Tirés du texte :
L'affût est un pari : on part vers les bêtes, on risque l'échec. Certaines personnes ne s'en formalisent pas et trouvent plaisir dans l'attente. Pour cela, il faut posséder un esprit philosophique porté à l'espérance.

Sur ces pentes de loess les troupeaux laissaient leurs pointillés d'empreintes. La haute couture du monde.
 
Les scientifiques le regardaient de haut. Munier considérait la nature en artiste. (...) Il célébrait la grâce du loup, l'élégance de la grue, la perfection de l'ours. Ses photos appartenaient à l'art, pas à la mathématique.
 
C'était un paysage de désert minéral que des mouvements magmatiques auraient hissé au ciel. Ces spectacles constituaient l'héraldique de la haute Asie : une ligne de bête au pied d'une tour posée sur un glacis. Tous les jours, dans les à-plats arasés, nous prélevions nos visions : des rapaces, des pikas - le nom des chiens de prairie tibétains -, des renards et des loups. 
Une faune aux gestes délicats adaptés à la violence des altitudes.
 
L'énergie du monde circulait en un cycle fermé, du ciel aux pierres, de l'herbe à la chair, de la chair à la terre, sous la houlette d'un soleil qui offrait ses photons aux échanges azotiques. (...) Tout passe, tout coule, tout s'écoule, les ânes galopent, les loups les pourchassent, les vautours planent : ordre, équilibre, plein soleil. 
Un silence écrasant. Une lumière sans filtre, peu d'hommes. Un rêve.    

On pouvait s'échiner à explorer le monde et passer à côté du vivant (...)
Désormais je saurais que nous déambulions parmi des yeux ouverts dans des visages invisibles. Je m'acquittais de mon ancienne indifférence par le double exercice de l'attention et de la patience. Appelons cela l'amour. (...)
Les bêtes sont des gardiens de square, l'homme y joue au cerceau en se croyant le roi. 
C'était une découverte. Elle n'était pas désagréable. Je savais désormais que je n'étais pas seul. 

Les artistes le savent : le sauvage vous regarde sans que vous le perceviez. Il disparaît quand le regard de l'homme l'a saisi. 

Munier, tristement :
- Mon rêve dans la vie aurait été d'être totalement invisible.
La plupart de mes semblables, et moi le premier, voulaient le contraire : nous montrer. 
Aucune chance pour nous d'approcher une bête. 

Hier, l'homme apparut, champignon à foyer multiple. Son cortex lui donna une disposition inédite : porter au plus haut degré la capacité de détruire ce qui n'était pas lui-même tout en se lamentant d'en être capable. 
A la douleur, s'ajoutait la lucidité. L'horreur parfaite. 
 
Novalis l'avait dit plus subtilement : "nous cherchons l'absolu, nous ne trouvons que des choses."(...)
L'affût était une prière. En regardant l'animal, on faisait comme les mystiques : on saluait le souvenir primal. 
L'art aussi servait à cela : recoller les débris de l'absolu. 
 
Les animaux incarnent la volupté, la liberté, l'autonomie : ce à quoi nous avons renoncé. 

Les canyons ouvraient des couloirs obscurs. Ils appelaient trois races : le contemplateur, le prospecteur, le chasseur. 
Nous étions de la première.
 
-Ne mettez pas de boules Quies, les loups vont peut-être chanter.
C'était pour entendre des phrases pareilles que je partais en voyage. 
 
L'intelligence de la nature féconde certains êtres sans qu'ils aient accompli d'études. Ce sont des voyants, ils percent les énigmes de l'agencement des choses là où les savants étudient un seule pièce de l'édifice.
 
Pendant que mes amis détaillaient le monde à la lunette, j'étais à l'affût d'une pensée, pire ! d'un bon mot. J'écrivais des aphorismes dès que je le pouvais. L'occasion était difficile car les gerçures faisaient saigner les doigts.
 
A huit ans, ces mômes avaient la notion de la liberté, de l'autonomie et des responsabilités, la morve au nez, le sourire en coin, un poêle comme seconde mère et un troupeau de géants à charge (...)
Ils échappaient à l'infamie de nos enfances européennes ; la pédagogie, qui ôte aux enfants la gaieté. 
 
Je croyais depuis longtemps que les paysages déterminent les croyances. Les déserts appellent un Dieu sévère, les îles grecques font pétiller les présences, les villes poussent au seul amour de soi, les jungles abritent les esprits. Que des bons pères aient réussi à conserver leur foi en un Dieu révélé au milieu des forêts où criaient les perroquets me paraissait un exploit. 
 
J'avais appris que la patience était une vertu suprême, la plus élégante et la plus oubliée. Elle aidait à aimer le monde avant de prétendre le transformer. Elle invitait à s'asseoir devant la scène, à jouir du spectacle, fut-il un frémissement de feuille. 
La patience était la révérence de l'homme à ce qui était donné. (...)
Attendre était une prière. Quelque chose venait. Et si rien ne venait, c'était que nous n'avions pas su regarder.
 
L'affût commande de tenir son âme en haleine. L'exercice m'avait révélé un secret : on gagne toujours à augmenter les réglages de sa propre fréquence de réception. Jamais je n'avais vécu dans une vibration des sens aussi aiguisée que pendant ces semaines tibétaines. Une fois chez moi, je continuerais à regarder les monde de toutes mes forces, à en scruter les zones d'ombre. Peu importait qu'il n'y eût pas de panthère à l'ordre du jour. Se tenir à l'affût est une ligne de conduite. Ainsi la vie ne passe-t-elle pas l'air de rien. On peut tenir l'affût sous le tilleul en bas de chez soi, devant les nuages du ciel et même à la table de ses amis. 
Dans ce monde, il survient plus de choses qu'on ne le croit.   

Titre : La panthère des neiges
Auteur : Sylvain Tesson
Première édition : 2019

samedi 22 mai 2021

La république du bonheur de Ogawa Ito

 
Avec toute la douceur de la plume d'Ogawa Ito, La république du bonheur nous ramène à Kamakura où nous retrouvons Hatoko, la propriétaire de la papeterie Tsubaki. Elle y officie toujours, prétant ses talents d'écrivain public à qui en a besoin, avec art et savoir-faire, raffinement et soucis du moindre détail (choix du papier, de l'outil, de l'enveloppe, du timbre, etc.). La jeune femme vient d'épouser Mitsuro, veuf et papa d'une de ses jeunes clientes, QP, âgée de six ans. La famille recomposée organise sa nouvelle vie entre deux domiciles et une nouvelle routine se met en place alors que passent les saisons. 

J'avais gardé ce livre sous le coude pour le moment où j'aurais besoin d'une lecture apaisante et sans prise de tête, un rendez-vous sans (mauvaise) surprise qui soit à la hauteur de mes attentes. Je me suis donc coulée avec délices dans cette chronique familiale rythmée par les activités saisonnières au cours de laquelle chacun vaque à ses occupations, apprend à mieux se connaître, à partager et à inviter les fantômes du passé à prendre la place qui leur revient.
 
Une petite bulle de lecture presque intemporelle, pleine de bienveillance et de délicatesse, dégustée comme une friandise.

Extraits du texte :
J'ai toujours aimé manger de bonnes choses. Mais un plat n'a pas le même goût selon qu'on le mange tout seul, en silence, ou avec des êtres chers en bavardant gaiement. Bien manger à table avec ceux qu'on aime : rien ne surpasse un tel moment de bonheur et de luxe. 
 
L'écriture n'est pas qu'une question superficielle de beauté ou de laideur, ce qui compte,c 'est le cœur qu' on y met. De la même façon que le sang coule dans les veines, si l'écriture exprime sincèrement nos intentions, le destinataire le sent. J'en suis convaincue. 

Moi, ma plus grande crainte, c'est de voir disparaître les boîtes aux lettres. Si plus personne n'écrit, un jour, il n'y en aura peut-être plus, de la même façon qu'avec la diffusion du portable, les cabines téléphoniques ont progressivement disparu.

Du même auteur,  voir aussi :

Titre : La république du bonheur
Auteur : Ogawa Ito
Première édition : 2017

lundi 29 mars 2021

Betty / Betty de Tiffany Daniel


Betty est la 6ème des huit enfants nés de l'union de Landon Carpenter, indien Cherokee, et de Alka Lark, blanche qui, en l'épousant, a tourné le dos à une famille haïe. Un drôle de couple formé un jour d'orage de 1930 dans un cimetière de l'Ohio, État qui les a vu grandir et où ils retournent s'installer après des années sur les routes pendant lesquelles Landon s'est épuisé à toutes sortes d'emplois et qu'Alka mettait au monde Leland, Fraya, suivis de Yarrow et Waconda décédés en bas âge, puis les deux plus jeunes filles Flossie et Betty née en 1954 et enfin les deux petits derniers, Trustin et Lint. De tous les enfants, Betty est celle qui ressemble le plus à son père qui la surnomme "petite indienne" alors que le métissage des autres penche plutôt du côté de leur mère au teint et aux cheveux clairs ; une famille solide dans laquelle chacun a sa place et sa particularité, Flora est l'étoile qui rêve d'Hollywood, Betty passe son temps à écrire des histoires, Trustin dessine et Lint, à l'esprit tourmenté, collectionne les cailloux. Ils emménagent à Breathe dans une maison abandonnée que personne ne veut à cause d'un drâme non élucidé qui s'y est déroulé des années auparavant (la disparition de toute une famille jamais retrouvée et des traces de balles aux murs).
Alors qu'un mystérieux tireur nocturne hante les nuits de Breathe, Betty va y faire sa première rentrée à l'école et grandir en nous racontant la chronique familiale, sa vie de métis indienne dans une société ouvertement raciste, les secrets percés au fil du temps, son rapport très particulier avec sa mère hantée par des traumastismes d'enfance, ses relations avec son père et les frasques avec sa fratrie.
 
Ces personnages inoubliables de Betty et de son père ont été inspirés à l'auteur par les récits de sa mère sur son grand-père. Cette figure paternelle hors normes, lumineuse, d'une profonde humanité est une source d'admiration et d'inspiration pour ses enfants à qui il raconte toutes sortes d'histoires leur permettant de se construire sur le chemin semé d'embûches menant à l'âge adulte. Un homme malmené à cause de ses origines et de la couleur de sa peau mais qui, finalement, sait qui il est, un être en accord avec lui même et avec la nature, homme-médecine grand connaisseur des plantes à la main verte toujours tendue, d'une générosité et d'une empathie sans limite pour les autres. Il forme un couple improbable avec Alka, véritable soutien pour cette femme hantée par une enfance dont les secrets pèseront sur ses enfants, en particulier Betty, avant que cette dernière ne parvienne à rompre le cercle vicieux se reproduisant d'une génération à l'autre. 

Et pour Betty, cette "Petite Indienne", que d'embûches et quel parcours ! Il en faut de la résilience et de la force de caractère pour surmonter les injustices, les préjudices, pour s'accepter et finalement grandir. Il y a heureusement l'amour de ce père merveilleux mais aussi de formidables rencontres, des moments initiatiques heureux ou dramatiques, le rapport à l'écriture qui sert parfois d'exutoire, et enfin, un véritable choix de vie, celui de nourrir le "bon loup" qui sommeille en elle.

Ce livre est tout simplement bouleversant et j'avoue avoir eu la gorge serrée et versé quelques larmes à plusieurs reprises, ce qui ne m'arrive pas si souvent. Malgré la lourdeur de beaucoup des thèmes abordés - racisme, violence, dépression, harcèlement, inceste, viol, pauvreté, menaces, etc.- avec  quelques passages particulièrement éprouvants et douloureux, le texte ne tombe jamais dans le sordide. La voix de Betty reste celle de l'innocence, un regard pur qui certes s'endurci avec le temps mais qui ne juge pas les autres et veille au contraire à préserver la dignité de chacun. Et comme le don de Betty c'est d'écrire, le texte est à la hauteur, magnifique et plein de poésie. 
Et pour ne rien gâcher, on apprend en plus, au passage, quelques éléments très intéressants sur la culture Cherokee.

Un roman exceptionnel, Betty et son merveilleux père sont non seulement entrés dans mon cœur, ils y sont gravés de façon indélébile. ❤️❤️❤️

Tirés du texte :
 My father descended from the Cherokee through both his maternal and paternal lines (...) Following our bloodline back through the generations, we belonged to the Aniwodi clan. Members of this clan were responsible for making a special red paint used in sacred ceremonies and wartime. 
"Our clan was the clan of creators," my father would say to me. "Teachers, too. They spoke of life and death, of the sacred fire that lights it all. Our people are  keepers of this knowledge. Remember this, Betty. Remember you, too, know how to make red paint and speak of sacred fires." 

Before Christianity, the Cherokee celebrated being a matriarchal and matrilineal society. Women were the Head of the household, but Christianity positioned men at the top. In this conversion, Cherokee women were taken from the Land they had once owned and worked. They were given aprons and placed inside the kitchen, where they were told they belonged. The Cherokee men, who had always been hunters, were told to now farm the land. The traditional Cherokee way of life was uprooted, along with the gender roles that had allowed women to have a presence equal to that of men. 

Nature speaks to us. We just have to remember how to listen. 

Through his stories, I waltzed across the sun without burning my feet. 
My father was meant to be a father. And despite the troubles between him and my mother, he was meant to be a husband, too. 

Did you now that smoke is the mist of souls?  (...)  That's what makes it so sacred and able to carry your fear up to the clouds, which is the home of the fear eaters (...) good little creatures who will devour all that frightens you so you don't have to be afraid anymore. 

Not only did Dad need us to believe his stories, we needed to believe them as well (...) what it boiled down to was a frenzied hope that there was more to life than the reality around us. Only then could we claim a destiny we did not feel cursed to. 

You know what the heaviest thing in the world is, Betty? It's a man on top of you when you don't want him to be.
 
I wrote as if it was flooding from my fingertips. All the cruelty, all the pain, I wrote it all in a story that was destroying me even as I created it. 
I folded the pages against my chest. I tried to suffocate them as I went into the garage for an empty jar and a hand shovel. Back at A Faraway Place, I crawled under the stage and broke the cold earth with the shovel. When I got the hole dug, I placed the jar inside as I repeated what my mother had said. " Bury 'em so deep, no one knows about' em except for them and us."

Your mom found me (...) I was a lost man, but, somehow, she still found me. I had neither a purpose nor a name before your momma. When I was growin' up folks called me Tomahawk Tom or Tepee Jack or Pow-wow Paul, every names but my own. No one ever even asked me my name until your momma did. Not only did she ask, but she tagged a 'sir' on the end of it. "what's your name, sir?"  I had never been called 'sir' before. 
 
 Your life is what makes you rich, the people you love and the people who love you back. 

"He really loves you (...) Folks think it's when they beg you to stay, but it's when they let you go that you know they love you so goddamn much."
 
 I didn't know how to comfort a woman who used all of her one good perfume so she wouldn't have to face the aching  truth that even though her father was now dead, what he had done to her would always live. 

My sister was just another girl doomed by politics and ancestral texts that say a girl's destiny is to be wholesome, obedient, and quietly attractive, but invisible when need be. Nailed to the cross of her own gender, a girl finds herself between the mother and the prehistoric rib, where there is little space to be anything other than a daughter who lives alongside sons but is not equal to them. These boys who can howl like tomcats in heat, pawing their way through a feast of flesh, never to be called a slut or a whore like my sister was.
 
 Dad once told me a Cherokee legend about two wolves. One wolf was named U-so-nv-i because it was evil, dishonest, and bent in spirit. The other wolf was named Uu-yu-go-dv because it was truthful, kind and good. "The wolves live inside all of us," Dad had said. "They fight until one of them is killed." 
When I asked which wolf lives, he said, "The one you nourish and love."

- I don't know if I've ever told you that I love you, Little Indian. I don't know if I've ever said those words. 
 - You said them every time you told me a story (...) Have I ever told you I loved you? 
- Every time you listened to one of my stories. 

Growing up, I felt like I had sheets of paper stuck to my skin. Written on these sheets were words I'de been called. Pow-wow Polly, Tomahawk Kid, Pocahontas, half-breed, Injun Squaw. I began to define myself and my existence by everything I was told I was, which was that I was nothing. Because of this, the road of my life narrowed into a path of darkness until the path itself flooded and became a swamp I struggled to walk through. 
I would have spent my whole life walkin' this swamp had it not been for my father. It was Dad who planted trees along the edge of the swamp. In the trees' branches, he hang light for me to see through the darkness. Every word he spoke to me grew fruit in between this light. Fruit which ripened into sponges. When these sponges fell from the branches into the swamp, they drank in the water until I was standin' in only the mud that was left. When I looked down, I saw my feet were hands, their fingers curled up into around my soles. These hands were familiar to me. Garden dirt under the fingernails. How could I not know they were the hands of my father? 
When I took a step forward, the hands took it with me. I realized then that the whole time I thought I'd been walking alone, my father had been with me. Supportin' me. Steadyin' me. Protectin' me, best he could. I knew I  had to be strong enough to stand on my own two feet. I had to step out of my father's hands and pull myself up out of the mud. I thought I would be scared to walk the rest of my life without him, but I know I'll never really be without him because each step I take, I see his handprints in the footprints I leave behind. 

Ain't never been a curse, Lint. There is no supernatural hardship to our life. Only our fear that there is. I'm tired of bein'  afraid I'm too cursed to live.
 

Titre original: Betty
Titre français : Betty
Auteur : Tiffany McDaniel
Première édition : 2020

vendredi 19 juin 2020

Les rêveurs d'Isabelle Carré

 Je suis une actrice connue, que personne ne connaît.

Dans cette autobiographie romancée, Isabelle Carré se livre et raconte sa drôle de famille, son enfance et le décalage persistant entre son être et son paraître, ses difficultés à vivre parfois mais aussi le chemin du salut par le cinéma et la scène.
Des souvenirs apparemment livrés avec honnêteté et sans faux-semblant, un peu comme ils viennent en suivant une trame plus ou moins chronologique égrenée de retours en arrière et de digressions faites de réminiscences ou de suppositions, complétées d'extraits de journaux tenus depuis l'enfance.

Cette chronique familiale et personnelle débute à la fin des années 1960 avec un couple parental singulier, même dans le contexte libertaire post-soixante-huitard : une mère fragile, désavouée par sa famille aristocrate "fin de race" pour une grossesse hors mariage et un père qui l'épouse et fait sien celui qui sera le grand frère de l'auteur. Un papa désigner, créatif tourmenté par son identité sexuelle, totalement déphasé par rapport à sa famille prolétaire modeste. Les enfants font le grand écart lorsqu'ils sont accueilllis par ces familles aux milieux sociaux si diamétralement opposées, une fratrie de trois enfants, Isabelle au milieu avec un grand et un petit frère.

Une enfance rêvée ou des rêves d'enfance au cours des années 1970 puis le parcours se trouble avec le temps et la tension grandissante entre les parents qui finissent par se séparer et divorcer lorsque le père fait son coming-out. Tentative de suicide, internement, indépendance à quinze ans seulement, la jeune femme discrète qui finit par sortir de la chrysalide offre une image lissée au monde, une façade qui cache beaucoup de sensibilité, de vulnérabilité et d'interrogations.

Un "livre-confession" qui fait voler en éclat retenue et discrétion apparentes, Isabelle Carré semble vouloir déchirer un voile qui l'étouffe et casser une image trop simpliste qui ne reflèterait pas son moi profond et sa complexité. Alors si ce roman se laisse lire, il n'en est pas moins dérangeant pour son côté "débalage-thérapeutique" qui met parfois le lecteur dans la position inconfortable de témoin-voyeur-thérapeute.
    
Je n'appartiens pas au club des cinéphiles avertis et connais à peine le visage de l'actrice alors j'avoue être peu sensible à l'aspect autobiographique de ce roman qui, pour moi, vaut finalement plus comme témoignage sur une époque et un itinéraire d'enfance. Il ne faut toutefois pas se leurrer, cette publication doit certainement plus à la notoriété de son auteur qu'aux qualités littéraires intrinsèques d'un ouvrage dont les afficionados doivent se régaler.

Tirés du  texte :
 L'enfant qui n'a pas possédé ce trésor ne le récupèrera jamais. 
Il restera pour toujours démuni, lésé, comme tous ceux qui ont grandi sans tendresse, 
et se sont rassurés seuls dans leur chambre, les genoux repliés dans des bras gelés. 

On devrait trouver des moyens pour empêcher qu'un parfum s'épuise, demander un engagement au vendeur--certifiez-moi d'abord qu'il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-le tout de suite. Faites-le pour moi et pour tous ceux qui, grâce à un flacon acheté dans une parfumerie ou un grand magasin, retrouvent l'odeur de leur mère, l'odeur d'une maison, d'une époque bénie de leur vie, d'un premier amour ou, plus précieux encore, quasi-inaccessible, l'odeur de leur enfance. 

Tout se transforme quand on va au cinéma : la folie de Romy Schneider devient grandiose, le mal-être de Patrick Dewaere bouleversant, le filet de voix de Charlotte Gainsbourg touchant, la fébrilité de Nastassja Kinski sensuelle... 

Quand la "petite voleuse" avoue à son voisin: "je vais au cinéma pour qu'on me rencontre....", c'est vrai, c'est de moi qu'elle parle. 
C'est toujours vrai, je fais du cinéma pour qu'on me rencontre ou plutôt pour rencontrer des gens. (...) 
Comme la Camille de Musset, je m'exerçais à travers d'autres vies à ne plus avoir peur de la mienne.

Je rêve surtout de rencontrer des gens. Je n'ai jamais trouvé simple de faire connaissance, ailleurs que sur un plateau. 
Mais on se quitte une fois le tournage ou la pièce terminé, et on ne se revoit jamais comme on se l'était promis... 
Alors je m'offre une seconde chance, j'écris pour qu'on me rencontre.

Je rêvais d'un cadre, un cadre qui me tienne et me rassure.

Mon récit manque d'unité, ne respecte aucune chronologie, et ce désordre est peut-être à l'image de nos vies, 
en tout cas de la mienne, car il existe certainement des gens capables d'ordonner la leur.

Je n'ai questionné personne, j'ai seulement raconté ce que je savais, et le reste je l'ai inventé. 
Parfois je tombais juste, souvent sans doute à côté, mais c'est ainsi que je me rapprochait d'eux, en laissant vivre en moi.

Je suis le fruit d'un malentendu, d'une lettre déchirée trop vite. 
Ou plutôt la rencontre de deux malentendus, mon père ne pouvant s'avouer qu'elle sorte de vie il souhaitait déjà, 
et ma mère jetant sa dernière chance au panier. 
Le fruit de deux orgueil blessés, qui se sont réchauffés un moment.

Titre : Les rêveurs 
Auteur : Isabelle Carré
Première édition : 2018

jeudi 28 mai 2020

La papeterie Tsubaki de Ogawa Ito

Il y a des gens incapables d'écrire une lettre malgré tous leurs efforts. Être écrivain public, c'est agir dans l'ombre, comme les doublures des grands d'autrefois. Mais notre travail participe au bonheur des gens et ils nous en sont reconnaissants.

Japon, époque contemporaine.

À Kamakura, Amemiya Hatoko a repris la papeterie de celle qu'elle appelait "l'aînée" et qui l'avait initiée dès son plus jeune âge à la calligraphie et au métier d'écrivain public ; une grand-mère très rigoureuse contre laquelle elle s'était révoltée adolescente avant de partir explorer le monde sans jamais la revoir avant son décès.

Été, Automne, hiver, printemps,
au fil des saisons,
dans sa petite boutique traditionnelle ombragée d'un camélia géant,
la jeune femme reprend le flambeau et l'exercice du seul métier auquel elle a été préparée,
celui de “femme à tout faire du pinceau" :

Cartes de vœux, lettre de condoléances, billets doux, missive "banale", lettre de refus, lettre du paradis, etc., chaque commande est unique et fait l'objet d'un travail chaque fois renouvelé : il faut trouver le bon texte, la bonne formulation mais aussi les bons outils, les supports appropriés, l'écriture qui convient pour traduire parfaitement la pensée, le coeur, la personnalité et l'objectif de celui qui la passe. Ces exercices amènent la jeune femme à mieux comprendre l'héritage qu'elle a reçu, qui elle est en se réconciliant avec elle-même, alors que se tisse progressivement, autour d'elle, une nouvelle vie, de nouvelles relations.

Un livre plein de douceur qui m'a rappelé "les délices de Tokyo" de Durian Sukegawa. que j'avais tout autant adoré. Ce roman soulève avec délicatesse un bout de voile sur le monde inattendu du métier d'écrivain public, son rapport à l'écriture, la psychologie qu'il recèle. Je me suis attachée aux personnages, tant principal que secondaires et à leur petit monde de Kamakura, balisé au fil des saisons par des rituels qui semblent immuables et indifférents au monde touristique drainé par les sanctuaires de cette station japonaise réputée.

Une plongée hors temps avec ce livre en forme de friandise qui fond doucement sous la langue comme un délicieux bonbon dont on garde encore longtemps après l'avoir fini le goût avec soi. ♥️♥️♥️

Tirés du livres :
Si l'enveloppe est un visage, le timbre est le rouge à lèvres. En se trompant de rouge à lèvres, on fiche en l'air le reste du maquillage. Ce n'est qu'un petit timbre, mais tellement important. Dans son choix se concentre (...) la sensibilité de l'expéditeur.

Le même texte offre un visage totalement différent selon qu'il est rédigé au stylo-bille, au stylo-plume, au stylo-pinceau ou au pinceau. Écrire une lettre au crayon à papier étant foncièrement malpoli, ce choix n'est même pas envisageable.

C'est avec le corps qu'on écrit.

Jusqu'à sa mort, elle avait été elle-même. Et maintenant que son corps avait disparu, elle continuait à vivre dans les calligraphies qu'elle avait laissées. Son âme les habitait. C'était ça, l'essence de l'écriture.

On a du mal à jeter, à peine lue, une lettre qui nous est adressée. Même la plus humble carte postale, du moment qu'elle est manuscrite, garde la trace vivante de l'esprit et du temps de celui qui l'a rédigée.

Voir aussi :
Les délices de Tokyo de Durian Sukegawa

Titre : la papeterie Tsubaki
Auteur : Ogawa Ito
Première édition : 2016