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mercredi 8 mars 2023

Le dernier Lapon de Olivier Truc

 
Petite envie d'ailleurs et de lecture facile ...
Et hop, un polar sans prise de tête pour plonger dans une ambiance semi-nocturne au sein de la brigade des rennes opérant en Laponie norvégienne : dépaysement garanti en plus d'apprendre plein de choses sur les sami, "dernier peuple aborigène d'Europe" dont la région traditionnelle est située à cheval sur la Norvège, la Suède et la Finlande (et même la Russie).

Klemet et sa jeune collègue Nina travaillent en équipe dans cette "brigade des rennes" basée à Kautokeino à partir de laquelle ils parcourent des milliers de kilomètres à moto-neige dans des conditions extrêmes pendant l'hiver, à travers des paysages glacés, pour régler les différents entre éleveurs de rennes : ils faut dire que rivalités et conflits sont nombreux et la rancune tenace, alimentés par les problèmes de délimitation des frontières et de découpage des territoires ancestraux et par les attentes des uns, soucieux du respect des traditions, et celles des autres, avides de modernisation.
Sous les ordres de leur chef Tor Jensen, grand amateur de réglisse, ils collaborent aux deux enquêtes qui secouent la communauté à quelques jours d'intervalle : d'abord, le vol d'un mystérieux tambour traditionnel envoyé au musée Juhl monté par un Allemand, puis le meurtre de Mattis, un éleveur de rennes à la dérive qu'ils sont les derniers à avoir vu vivant. 
Les deux affaires sont-elles liées ? Quel rapport tout cela peut-il avoir avec l'expédition de Paul Émile Victor en Laponie en 1939 ? 
 
Une intrigue dans laquelle nos deux héros doivent louvoyer entre un collègue raciste et ripou, un vieux paysan politicien manipulateur, sournois et tyrannique, un géologue sans foi ni loi, l'activiste et le pasteur de service, et toute une galerie de personnages issus de la communauté locale, Berit Kutsi, taiseuse usée avant l'âge, fidèle des luthériens fondamentalistes laestadiens, l'oncle de Klemet poète anticonformiste spécialiste des chants traditionnels (joiks) avec sa virevoltante et étonnante compagne chinoise, etc. Une histoire de malédiction sur fond d'exploitation minière attisant la cupidité et menaçant des modes de vie. 
 
Sans doute rien de remarquable au niveau du style, pas de super suspense ou de psychologie alambiquée - quoi que... - mais une virée culturelle passionnante au cœur des grands espaces du nord de l'Europe. L'auteur est un journaliste spécialiste qui sait de quoi il parle et le livre parfaitement documenté ; Olivier Truc nous ouvre sur les réalités du monde des samis plus compliqué et plus humain que l'image romantique très superficielle de l'imaginaire associé à la "laponie", merci !
 
Me voilà bien accrochée avec une nouvelle "série à suivre" !

Titre : le dernier Lapon
Série "la police des Rennes"- 1
Auteur : Olivier Truc
Première édition :

dimanche 30 mai 2021

Victime 2117 / Victim 2117 de Jussi Adler Olsen

 
Avec la victime 2117,  les quatre protagonistes atypiques du département 5 de la brigade criminelle de Copenhague nous emmènent à travers l'Europe et le Moyen-orient, entre passé et actualité. Cette fois, il ne s'agit pas d'un des cold-case qui constituent habituellement leur domaine opérationnel mais d'une affaire beaucoup plus personnelle qui permet de découvrir l'histoire d'Assad : sur une photo d'actualité largement médiatisée mettant en avant "la 2117ème victime" parmi les réfugiés de l'Afrique vers l'Europe, celui-ci reconnaît une ancienne amie et, à l'arrière plan sa femme Marwa et l'une de ses filles, Bella où Romia, qu'il croyait disparues depuis des années. Avec l'aide de Carl Morck et des services secrets allemand, le voici lancé dans une course contre la montre pour tenter de déjouer un terrible attentat-vengeance orchestré par son plus terrible ennemi. 
 
Dans le même temps, dans les bureaux de Copenhague, Gordon reçoit des appels d'un jeune "hikikomori" annonçant qu'il fera un massacre dans les rues de la ville lorsqu'il aura atteint le score de 2117 à son jeu vidéo (un objectif bien précis inspiré lui aussi de l'actualité). L'affaire est sérieuse et pousse Rose à sortir de l'isolement névrotique dans lequel elle s'était enfermée pour venir assister son jeune collègue qui en a bien besoin.
 
Pour moi, chaque épisode de la série Département 5 est comme un rendez-vous avec les personnages d'Adler Olsen pour savoir ce qu'ils deviennent et où ils en sont. Avec ce nouvel opus, l'histoire est centrée sur Assad, levant le voile sur le mystère qui l'entourait jusqu'à présent.
L'intrigue est comme toujours bien montée et menée, on tourne les pages impulsivement pour la dérouler et pourtant... au final je reste un peu sur ma faim, insatisfaite. D'abord pour l'improbablilité de l'intrigue principale : certes la "haine est aveugle" et le désir de vengeance peut conduire certains individus à des extrêmités mais ici, la combinaison vengeance-attentat, l'accumulation et le jusque boutisme entament la crédibilité d'ensemble. En ajoutant l'histoire d'Alexander, le jeune associal baricadé dans sa chambre et prêt à décapiter père et mère avant de faire un massacre, on frise l'overdose, créant exactement le même sentiment de "too much"  que j'avais éprouvé à la lecture de La Sorcière de Camilla Läckberg. 

Un peu déçue donc, mais pas fâchée. En fait, il vaut mieux ne pas trop réfléchir et se laisser emporter par ce polar qui reste bien écrit et divertissant, en attendant la suite car il subsiste encore pas mal d'éléments en attente d'éclaircissement dans cette série danoise.

Du même auteur,  dans la série Département 5, voir aussi :

Titre français : victime 2117
Titre anglais : victim 2117
Volume 8 de la série Département 5
Auteur : Adler Olsen
Première édition : 2019

mercredi 7 octobre 2020

Le lagon noir / Oblivion de Arnaldur Indridason

 

Reykjavik, 1979.

Le corps d'un homme est découvert dans un lagon volcanique au sud de Reyjkjavik mais les premières constatations - innombrables fractures - laissent penser que l'individu serait tombé d'une très grande hauteur. Rapidement Erlandur et son supérieur Marion Briem apprennent qu'il s'agit d'un ingénieur-mécanicien islandais d'une trentaine d'années, formé aux Etats-Unis, travaillant à la maintenance des avions civils sur la base de Keflavik contrôlée par l'armée américaine et sur laquelle les deux enquêteurs auront bien des difficultés à obtenir la coopération des autorités militaires pour mener leurs investigations. 
La question, bien délicate, sera de savoir s'il s'agit d'un meutre en rapport avec les petits trafics alimentant le marché noir local (alcool, cigarettes, drogue, etc.) ou pour faire taire un témoin gênant qui en aurait trop vu en ces temps de guerre froide ...   

Dans le même temps, Erlandur reprend une enquête ancienne, un cold case jamais résolu qui l'obsède depuis pas mal de temps, l'affaire de Dagbjört, une jeune fille de 18 ans disparue trente ans plus tôt sur le chemin de son école professionnelle : ses parents sont maintenant tous deux décédés et seule une vieille tante peut encore espérer une explication sur ce mystère avant qu'il ne soit trop tard. 
 
Dans la série "commissaire Erlandur", ce Lagon noir / Oblivion nous ramène aux premières années d'Erlandur à la brigade criminelle, alors tout jeune inspecteur travaillant sous la houlette du commissaire Marion Briem. On découvre un peu plus ces deux personnages à un moment où ils apprennent à se connaître, professionnellement et personnellement même s'ils sont tous deux bien secrets, et à une époque où la population islandaise était partagée sur le maintien de la présence américaine sur son territoire, objet de polémiques, d'enjeux économiques et politiques. Avec l'enquête de la jeune fille, cette présence étrangère est elle aussi présente, en filagramme, source de transformations majeures dans l'après-guerre d'un pays pauvre et simple, peuplé de fermiers et de pêcheurs.
 
Peut-être pas le meilleur Erlandur mais une bonne lecture pour approfondir le personnage et son entourage avec, au passage, un petit zeste d'éléments historiques sur le pays, pas si mal !

Du même auteur, même série, voir aussi :
 
Titre anglais : Oblivion
Titre français : Le lagon noir
Série les enquêtes du commissaire Erlandaur Sveinsson / A Reykjavik Murder Mystery  
Auteur : Arnaldur Indridason
Première édition : 2014

samedi 1 août 2020

Étranges rivages / Strange Shores de Arnaldur Indridason

Alors qu'à Reykjavik ses collègues Elinborg et Sigurdur Oli sont occupés par les enquêtes de La Rivière noire / Outrage et de La muraille de lave / Black Skies, le commissaire Erlandur s'est retiré dans la maison de son enfance, une ruine isolée au milieu des fjords de l'Est islandais.
Erlandur est hanté par la disparition de son frère dont il a laché la main un jour de tempête alors qu'ils n'étaient tous deux que de jeunes enfants, une culpabilité que l'on est amenée à mieux comprendre au fil des pages de ce nouvel opus.

Mais le commissaire reste un fin limier à l'instinct toujours aux aguets et la curiosité aiguisée par quelques vieux témoins croisés dans l'isolement de la lande, le voilà lancé dans une enquête officieuse sur la piste d'une jeune femme disparue elle aussi un jour de tempête, bien des années avant le drame personnel du jeune Erlandur. Le corps de la jeune femme n'a jamais été retrouvé alors que, étrangement, toute une troupe de soldat anglais qui s'était perdue dans les montagnes la même nuit au même endroit avait pu être intégralement retrouvée, certains avaient regagné la ville, d'autres pas.      

Les indices sont ténus et peu de témoins de l'époque survivent mais la perspicacité d'Erlandur est à son comble dans ces paysages désolés qui l'obsèdent depuis l'enfance et qui nous plongent dans le froid, l'isolement et la rudesse de l'Islande traditionnelle profonde.
Du très bon Erlandur ... jusqu'au prochain rendez-vous ! 

Du même auteur, même série, voir aussi :
La muraille de lave / Black skies (8)
La rivière noire / Outrage (7)
Hypothermie / Hypothermia (6)
Hiver Arctique / Arctic Chill (5)
L'homme du lac / The draining lake (4) (non chroniqué sur le blog) 
La voix / Voices (3)
La femme en vert / Silence of the Grave (2)
La cité des Jarres / Jar City (1)
Les nuits de Reykjavik / Reykjavik Nights

Titre français : Étranges rivages
Série les enquêtes  du commissaire Erlandur Sveinsson / A Reykjavik Murder Mystery
Titre anglais : Strange Shores
Auteur : Arnaldur Indridason
Première édition :

mardi 7 juillet 2020

La cloche d'Islande / Iceland's Bell de Halldor Laxness

Islande, 18ème siècle.

Après Gens Indépendants/Independent People, je me suis plongée dans cet autre "roman culte" d'Halldor Laxness, auteur islandais prix Nobel de littérature 1955, souvent présenté comme un "classique incontournable" de la culture locale.

Le livre constitue une sorte de boucle et fait porter l'emphase sur un personnage différent dans chacune des trois parties qui le constituent :
- Dans La Cloche d'Islande / Iceland's Bell, on suit d'abord le sort de Jon Hreggvidsson, paysan islandais misérable, condamné à mort pour meurtre, qui se retrouve à errer sur les routes de Hollande et du Danemark afin de quémander une audiance auprès du roi du Danemark et demander sa grâce,
- Dans La Vierge Claire / The Fair Maiden, on découvre Snaefrid, la beauté elfique qui le libéra, fille du magistrat qui le condamna, trahie par l'amour de sa vie (Arnas Arnaeus), finalement mariée contre l'avis de sa famille à un fils de famille ivrogne pathétique dilapidant son héritage et avec lequel elle entretien d'étranges rapports,
- En passant à L'Incendie de Copenhague / Fire in Copenhague, on termine enfin par Arnas Arnaeus* qui préféra se consacrer à sa quête des livres plutôt que de répondre à son amour pour Snaefrid, érudit collectionneur de manuscrits sur l'Islande qui viennent enrichir sa bibliothèque de Copenhague, la puissance danoise dominant alors l'Islande, une île exploitée sans scrupules et en laissant ses habitants vivre dans une misère crasse en situation de quasi-esclavage.
(*inspiré d'un personnage réel, Arni Magnisson).

L'écriture n'est pas toujours facile avec des formules quelques fois désuètes et, malgré des aspects tragico-comiques, l'histoire se révèle déroutante et parfois compliquée à suivre si bien que j'ai eu du mal à y entrer sans être sûre d'y être totalement parvenu.

Il ne ressort pas moins de cette lecture une impression forte marquée par un sentiment de fierté nationale alimentée par une tradition littéraire et parlementaire anciennes faisant fi de la domination continentale qui en prend pour son grade. Les personnages principaux ne sont pas particulièrement sympathiques ou lisibles / compréhensibles, leur psychologie nous échappant parfois alors qu'ils sont entourés d'individus pas toujours des plus plaisants, parfois amusants, bigots, roublards, saoulards ou incultes, bref, une galerie de portraits cocasses.

Un peu ardu mais une tranche de culture islandaise importante.

Titre français : La cloche d'Islande
Titre anglais : Iceland's Bell
Auteur : Halldor Laxness
Première édition : 1943

dimanche 8 mars 2020

Hypothermie / Hypothermia de Arnaldur Indridason

Maria est retrouvée par son amie Karen, pendue dans sa maison de vacances au bord du lac Thingvellir ; Maria était déprimée depuis la disparition de sa mère avec laquelle elle entretenait une relation fusionnellle et la police n'a aucun élément pouvant justifier une conclusion autre que celle du suicide. Karen émet toutefois des réserves sur cet acte en remettant au commissaire Erlandur l'enregistrement d'une séance de spiritisme à laquelle avait assisté son amie très préoccupée par les questions de la mort et de l'au-delà. Intrigué et sans remettre en cause la théorie du suicide, Erlandur va mener une enquête personnelle "à la Colombo" pour comprendre ce qui peut pousser à un tel geste de désespoir.

Une enquête qui alimente son obsession pour les cas de disparitions (le suicide EST une disparition dit-il à sa fille) dont il ne referme jamais les dossiers et qu'il poursuit inlassablement pendant des années, un besoin alimenté par son propre traumatisme d'enfance, la disparition son petit frère un jour de tempête.
Dans sa vie personnelle, peu sociable, le ténébreux solitaire semble cependant apprivoiser ses grands enfants dont il se rapproche même si sa fille Eva Lind cherche à "reconnecter " à tout prix ses parents qui ne se parlent plus depuis des années.

Un nouveau rendez-vous réussi avec mon dernier chouchou, placé cette fois sous le signe de l'automne islandais.

Du même auteur, voir aussi :
Hiver Arctique / Arctic Chill (5)
L'homme du lac / The draining lake (4) (non chroniqué sur le blog) 
La voix / Voices (3)
La femme en vert / Silence of the Grave (2)
La cité des Jarres / Jar City (1)
Les nuits de Reykjavik / Reykjavik Nights

Titre français : Hypothermie
Titre anglais : Hypothermia
Les enquêtes du Commissaire Erlandur / A Reykjavik Murder Mystery (6)
Auteur : Arnaldur Indridason 
Première édition : 2007

mardi 28 janvier 2020

Le cœur de l'homme / The Heart of Man de Jon Kalman Stefansson

 Live, as you are able, live!

Dernier volet d'une trilogie.
À la fin de La tristesse des anges / The Sorrow of Angels, nous avions laissé le gamin, Jens et Hjalti perdus dans la tempête...
Miracle et tristesse, les deux premiers ont survécu et se réveillent à Slettueyri, le troisième à disparu. Grâce à son capital jeunesse et aux bons soins des hôtes qui les ont secourus, le garçon se remet rapidement alors que Jens ressort diminué de leur odyssée. À peine le temps de former de nouveaux liens, le printemps s'installe enfin, un bateau passe et les ramène à leur point de départ où la vie reprend son cours : Jens part de son côté et le gamin, enrichi et nourri de sa nouvelle expérience retrouve le monde de l'auberge et ses personnages tellement indépendants qu'ils en gènent la communauté locale bien pensante et étriquée. Le gamin découvre qu'à la suite de la lettre qu'il lui a adressé avant de partir, Andréa a quitté son mari et le campement de pêcheurs où il l'avait laissée, accueillie, comme lui, par Helga et Ragnheidur.

Le gamin est plein d'énergie, les yeux et le cœur ouverts sur le monde. Il court, il apprend dans les livres sous l'égide de Gisli et il apprend de ses rapports et de ceux des autres avec la communauté des hommes. Il y a le souvenir des cheveux roux et des yeux verts de Alfheidur laissée à Slettueyri, la relation ambiguë avec la fille de Fridrik, le marchand puissant et avide de pouvoir, la liberté et l'indépendance de Ragnheidur, le poids des mot et une lettre écrite à Rakel pour le compte d'Oddur, une nuit de tempête et un naufrage, etc.
Un microcosme de société humaine avec ses zones lumineuses, l'amour, l'amitié, la solidarité, le réconfort, le partage, la connaissance, la poésie, la liberté, etc. et ses zones d'ombres, la recherche du pouvoir et de la domination, la lubricité, le viol, l'alcool, etc. Autant d'éléments qui offrent une réflexion intemporelle sur le sens de la vie et autres éléments philosophiques comme le bonheur, tout en dressant le panorama de la société islandaise de la fin du 19ème siècle en pleine transformation, entre tradition et modernité (premier bateau à vapeur, premiers téléphone, etc.)... sans oublier un cadre grandiose et sauvage, soumis aux éléments, offrant le meilleur comme le pire.

Le gamin est un personnage attachant autant pour le lecteur que ceux qui l'entourent, plein de sensibilité, d'interrogations et d'une certaine innocence. C'est avec un vrai grand regret, les larmes aux yeux et le cœur battant que je le quitte à la fin de cette histoire qui m'a transportée et surprise jusqu'à la dernière page, jusqu'à la dernière ligne, vers une fin absolument épique et aigre-douce.
Un texte porté par la grande qualité d'écriture de cet auteur qui évoque magnifiquement la rudesse et la beauté d'un pays et de la société qui le compose.

Tirés du texte :
We find that life is never a continuous thread except occasionally by coincidence, which is as savage as it is beautiful. Some of the incidents pass through us and are gone without leaving anything behind, but there are others that we constantly relive, because what is past dwells in us, colours our days, transforms our dreams. The past is so interwoven with our present that it's not always possible to distinguish between them, words you speak today will find you five years on, 
come to you like a bouquet of flowers, like a consolation, like a bloody knife.

Who am I, are we what we do, or what we dream?

There are very few things that man needs : to love, to be happy, to eat; and then he dies. Yet there are over six thousand languages spoken in the world--why do there need to be so many in order to make such simple desires understood? 
And why do we manage it so rarely?

Icelandic summers are so short and predictable that it seems at times as if they don't exist. (...)
 But nothing in the world is as bright and clear as the month of June, days and nights merge,
 all the shadows vanish and the sky is blue as eternity in the middle of the night.

What is a person (...) apart from a memory?

It hurts when everyone forgets you, really hurts; your shoulders sink, your eyes dull, 
solitude enters your body and starts killing you cells.

Little is as important for a person as laughter, and crying; it's far more important than sex,
 let alone power, let alone money, that spittle of the Devil in our blood, 
those who never laugh gradually turn to stone.

What right does he have to combine words that could change someone's life, what could his responsibility be then? 
Those who fire guns are responsible for the bullets, the pain that they may cause; doesn't the same apply to words?

Life expands when you read (...) there is more to it,(...) , 
it's as if you you acquire something that no-one can take from you, ever (...)
 it makes you happier.

Unfortunately, there's a huge gap between thinking and living. It's possible to know more than everyone else, to understand life, to be able to describe it in moving words, distinguish between cause and effect, yet have no idea how to live an ordinary, everyday life. 
A bit like knowing all the notes but being unable to whistle a simple melody.

What does it mean to betray one self, what is the greatest treachery, the most heinous crime,
so heinous that the king can't pardon you ? To dare not to live, the boy had answered.

Writing is a war and maybe authors experience more defeat than victory.

Translations, (...) it's hardly possible to describe their importance.
They enrich and broaden us, help us to understand the world better, understand ourselves. 
A nation that translates little, focusing only on its own thoughts, is constricted, 
and if it boasts a large population it becomes dangerous to others, as well, 
because most things are alien to it except for its own thoughts and customs.

June nights here in the North must be the most beautiful in the world, the luminance of night sky can be wilder you with happiness, it washes away anxiety, stress, hatred, envy, all of these things that are like a blight inside mankind. All is tranquil, transparent. 
A June night is a bit like the breath of God, and for a moment all existence is soft and still. 
For a moment. 

One probably doesn't know much about life ; one just has to step into it. And know how to welcome it when it comes. 

There are few things to equal receiving a letter. 
There's intimacy in letters, they bridge distances, are precious companions that last a long time, warm you, long after they're read. 

I don't know where the darkness comes from, yet I think that it comes from the same place as the light, and I think it grows dark because we let it happen. I think that it's difficult to attain the light, often very difficult, but I also think that no-one attains it for us. Not God, not Jesus, who maybe should have been a woman because then the world would be different and better, not the governor, not farming, not ships, not books. If we don't set out on our own, life is nothing. We ought to live to conquer death, that's the only thing that we know how to do. If we live as we're able, preferably a bit better, then death will never conquer us. Then we won't die, we'll just become something else. I don't have the words for it, to describe it, I mean. Maybe we simply change into music.

Death steps over our wishes, our prayers, our despair and strength, it does so whenever it pleases. 

Hardly anyone has eyes in order to look squarely in the face of understanding ; few eyes can tolarate it. (...) 
People like Kierkegaard were dangerous because they cause us to question, and even rethink, the world.

In the end we all change into silence.

Du même auteur, voir aussi :
La tristesse des anges / The Sorrow of Angels (tome 2)
Entre ciel et terre / Heaven and Earth (tome 1)
D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds / Fish have no feet

Titre anglais : The Heart of Man
Titre français : Le cœur de l'homme
Auteur : Jon Kalman Stefansson 
Première édition : 2009

dimanche 19 janvier 2020

La voix / Voices d'Arnaldur Indridason

A quelques jours de Noël, Gudlaugur Egilsson (Gulli) est découvert assassiné dans sa chambre au sous sol de l'hotel dans lequel il travaille comme portier depuis plus de 20 ans : il y est retrouvé habillé d'un costume de Père-Noël qu'il endossait depuis plusieurs années pour la fête des employés, un préservatif au bout du sexe, la chambre décorée d'une simple affiche de Shirley Temple - la "petite princesse"/enfant star-  et pour toute possession, 2 disques au fond d'un placard.

Alors que la saison touristique bat son plein dans la capitale islandaise, Erlandur s'installe à l'hôtel pour mener l'enquête assisté comme toujours de Sigurdur Oli et Elinborg auxquels s'ajoute un coup de pouce de Marion Briem, son ancien mentor à la retraite. Ses collègues travaillent l'esprit à la préparation des fêtes et/ou la tête à d'autres cas, notamment celui d'un enfant maltraité suivi de près par Elinborg.

La mort du Père-Noël et l'enquête s'avèrent plutôt pathétiques : ses collègues ne le connaissaient pas, tous les ponts étaient coupés avec sa famille  pas même troublée par son décès... derrière tout ça se cache toutefois une voix d'or, celle d'un enfant prodige oublié, un choeur d'enfants, une enfance volée, du bullying, la prostitution, la drogue, un collectionneur obsessionel, un vol et de l'argent, beaucoup d'argent.

Une nouvelle enquête du commissaire Erlandur qu'on ne lâche pas, qui égratigne au passage une société islandaise dont est dénoncée la petitesse d'esprit, pleine de jalousie et de cruauté pour ceux qui sortent du lot et sont différents. On continue bien sûr à suivre la vie privée des personnages, les démons de l'enfance qui hantent Erlandur, ses rapports avec sa fille Eva Lind et, miracle de Noël (?), sa rencontre inespérée avec Valgerdur chargée d'effectuer des prélèvements dans le cadre de l'enquête.

Organisé sur plusieurs jours un peu comme un compte à rebours ou un calendrier de l'avent enrobé de chants de saison, Indridason nos offre avec La Voix / Voices, un drole de "conte de Noël" !

Du même auteur, voir aussi :
La femme en vert / Silence of the Grave (2)
La cité des Jarres / Jar City (1)
Les nuits de Reykjavik / Reykjavik Nights

Titre anglais : Voices
Titre français : La voie 
Série Enquête du commissaire Erlandur Sveinsson / A Reykjavik Murder Mystery (3)
Auteur : Arnuldur Indridason
Première édition : 2003

vendredi 3 janvier 2020

La tristesse des anges / The Sorrow of Angels de Jon Kalman Stefansson

La tristesse des anges / The Sorrow of Angels est la suite d'Entre Ciel et Terre / Heaven and Hell : nous y retrouvons le "gamin", installé au village depuis trois mois, donnant un coup de main à Helga qui l'accueille ; il sert au bar, fait les courses et la lecture au vieux capitaine aveugle. De nouvelles perspectives et une éducation semblent se profiler pour le jeune garçon fasciné par les livres, troublé par la fille du marchand qui flirte et l'aguiche. Mais avant, il doit accompagner Jens le facteur dans sa nouvelle tournée vers le nord. Alors que le printemps tarde à se manifester, le colosse solitaire et le jeune garçon curieux et bavard vont devoir affronter d'effroyables tempêtes de neige et des vents impitoyables.

Dans une langue poétique magnifiquement évocatrice, Jon Kalman Stefansson nous entraîne dans l'enfer du grand froid islandais qui pousse les êtres à l'extrêmité de leurs forces et de leur âme. Des personnages opposés qui se côtoient, s'apprivoisent et finissent par se dévoiler, poussés par les éléments et l'isolement, pour aller aux questions essentielles : l'amour, la vie, la mort.
À la frontière de la vie et de la mort, soumis aux esprits et/ou aux mirages, l'être humain paraît à la fois bien faible et immense. Ce roman dépouille ses personnages qui apportent la flamme de leur humanité au creux de la glace et du blanc envahissant qui les mettent à l'épreuve jusqu'à l'étouffement. Il nous offre également le tableau brutal d'une nature sauvage ; la rudesse de la vie en Islande à la fin du XIXème siècle.

Du froid et de la souffrance dans ce livre mais aussi de la chaleur et de la solidarité ; peu d'action mais beaucoup de mots qui s'enchaînent avec une certaine magie, porteurs de toute une culture pour composer un texte littéraire d'exception, riche d'humanité.

Quant à la dernière page et son goût d'incertitude, elle ne peut que nous inciter à poursuivre la lecture pour clôre cette trilogie.
À suivre.

Du même auteur :
Entre ciel et terre/ Heaven and Hell
D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds / Fish have no feet

Titre français : La tristesse des anges
Titre anglais : The Sorrow of Angels
Auteur : Jon Kalman Stefansson 
Première édition : 2009

lundi 30 décembre 2019

La femme en vert / Silence of the Grave d'Arnaldur Indridason

Alors que la ville de Reykjavik s'étend, des ossements sont découverts sur un chantier à l'arrêt. Ils datent de l'époque de la seconde guerre mondiale, entourés d'un mystère que l'inspecteur Erlandur et ses deux assistants vont tenter d'élucider. À cette époque, l'endroit était isolé, une colline avec un chalet aujourd'hui disparu et quelques barraquements d'une base battant pavillon anglais puis américain. Les pistes se brouillent autour d'un amoureux épleuré après la disparition de sa fiancée et d'une famille de 3 enfants subissant la violence domestique du père...
Sur le plan personnel, Erlandur est préoccupé par l'état de sa fille Eva Lind à qui il se confie lors de visites quotidiennes à l'hopital alors que la guérison de la jeune toxicomane plongée dans le coma est incertaine.

La réputation d'Arnaldur Indridason n'est pas à faire ; une plongée dans ses polars est la garantie d'un bon moment d'évasion dans une ambiance islandaise. Un scénario bien ficelé tant sur le plan de l'enquête que des personnages récurrents dont on suit l'évolution d'un épisode à l'autre.

La femme en vert/Silence of the grave est une valeur sûre.

Du même auteur, voir aussi :
La cité des Jarres / Jar City (1)
Les nuits de Reykjavik / Reykjavik Nights

Titre français : La femme en vert
Titre anglais : Silence of the Grave
Série Enquête du commissaire Erlendur Sveinsson / A Reykjavik Murder Mystery (2)  
Auteur : Arnuldur Indridason
Première édition : 2002

samedi 28 décembre 2019

La cité des Jarres / Jar City d'Arnaldur Indridason


Un vieil homme assassiné dans un appartement sordide et un message énigmatique laissé par le meurtrier : "je suis LUI"... Nous voici lancés dans une drôle d'enquête aux côtés du commissaire Erlendur et de son équipe qui n'ont comme indices pour démarrer qu'une collection de film pornographiques et la vieille photographie d'une tombe d'enfant. Une piste parsemée de petits cailloux nommés viols, flics ripoux, conservation d'organes ou encore héritage génétique alors que sur le plan personnel, Erlandur apprend la cohabitation avec sa fille toxicomane, enceinte, Eva Lind.

Quitte à se (re)-plonger dans les enquêtes islandaises du commissaire Erlandur Sveinsson, je les reprends dans l'ordre. Ce premier opus publié en 2'000 avait reçu le prix Clé de verre du roman noir scandinave et, presque 20 ans après, il n'a aucunement perdu de son attrait : on se laisse prendre par les méandres de l'histoire qui ne cherche pas tant à résoudre le crime d'une crapule peu sympathique mais plus à rendre justice à ses victimes passées.

Ambiance islandaise et un très bon polar.

Du même auteur, voir aussi :
Les Nuits de Reykjavik / Reykjavik Nights

Titre français : La cité des Jarres 
Titre anglais : Jar City 
Série Enquête du commissaire Erlendur Sveinsson / A Reykjavik Murder Mystery (1)
Auteur : Arnuldur Indridason 
Première édition : 2000

mardi 10 décembre 2019

Les nuits de Reykjavik / Reykjavik Nights d'Arnaldur Indridason

Jeune policier en uniforme affecté aux rondes de nuit, Erlandur est fasciné par les cas de disparitions non élucidées. Ainsi, après la routine nocturne avec ses coéquipiers - accidents de la route, bagarres, ivrognes et sans abris - Erlandur s'interroge et en vient à mener une enquête en solitaire, toute personnelle, sur la noyade, a priori accidentelle, d'un SDF qu'il a ramassé à plusieurs reprises. Une mort un peu négligée et éclipsée depuis un an par la disparition mystérieuse d'une jeune femme survenue la même nuit. Rien ne peut le laisser supposer ... mais ... et si les deux affaires avaient un lien ?

Pour qui s'intéresse un tout petit peu à la littérature islandaise, Arnaldur Indrason est un incontournable du domaine "série noire", l'un des auteurs les plus traduits et les plus connus à l'international, tout comme son personnage-enquêteur d'Erlandur : plus de 30 titres disponibles en français, dont la moitié environ mettant en scène cet enquêteur. J'avais déjà eu l'occasion de lire L'homme du lac, excellent, et j'ai retrouvé avec plaisir Erlandur dans ces nuits de Reykjavik, alors qu'il n'est pas encore affecté à la brigade criminelle, simple policier de patrouille débutant.

Un roman de série noire agréable à lire ; on entre dans le monde des longues nuits si particulières de la capitale islandaise avec des personnages à la dérive, psychologiquement tourmentés ; un bon polar qui ne manque pas de rebondissements, nous menant d'une hypothèse à l'autre en passant par quelques voies sans issues jusqu'au dénouement final.
Un bon moment de détente assuré, sans prise de tête ; une pierre indispensable pour les aficionado d'Erlandur afin de connaître le personnage et sa psychologie à ses débuts.

Titre anglais : Reykjavik Nights 
Titre français : les nuits de Reykjavik
Auteur : Arnuldur Indridason
Première édition : 2012

vendredi 6 décembre 2019

D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds de Jon Kalman Stefansson

À quel moment donnons-nous la version correcte d'une histoire, et quelle est la juste perception du monde ? 

Après dix ans d'un exil choisi, au Danemark, Ari rentre en Islande avec une lettre de sa belle mère et un diplôme et une vieille photo envoyés par son père malade. Nous voilà plongés dans son histoire, ses souvenirs, sa mère morte alors qu'il était tout jeune, son père avec lequel il n' arrive pas à communiquer, une famille -sa femme et ses trois enfants- qu'il a quitté sur un coup de tête, dépassé par un mouvement de colère et d'humeur un matin au petit déjeuner.

Le roman "saute" d'une époque à une autre, comme des pensées, sans chercher à les relier (les périodes du retour, de l'adolescence et celle plus lointaine des grands parents Margret et Oddur), un récit "vécu" par Ari d'une part et "raconté" d'autre part par un narrateur très proche mais dont on n'arrive pas à établir le lien exact avec le personnage central.

Une histoire presque statique et sans véritablement d'action (Réflexion autobiographique ? Suite à venir dans un autre livre ?), nourrie de réflexions sur la vie, la mort, la société actuelle et plus ancienne, les rapports humains, la sexualité.
Une lecture parfois difficile, parfois déroutante ou frustrante parce qu'elle laisse un goût d'inachevé et l'envie d'en savoir plus : on reste sur sa faim avec l'impression de suivre un chemin dans le brouillard parsemé de petits cailloux mais en se demandant où tout cela va bien pouvoir nous mener sans jamais avoir de réponse.
L'écriture est belle et riche, pleine de digressions et magnifiquement évocatrice des réalités de l'Islande aussi bien historiques que sociales ou géographiques, différentes de la superficialité des images de cartes postales.

Un roman peu conventionnel et intrigant, efficace pour stimuler les méninges en couvrant un large spectre de sujets de réflexion liés à la condition humaine.
"Challenging"!

Extraits du texte :
La mort est la fin de tout, elle est celle qui nous impose le silence, nous arrache le crayon au milieu d'une phrase, éteint l'ordinateur, masque le soleil, la mort est une impasse absolue, nous ne saurions porter aucun commencement à son crédit ; cela, nous devons nous l'interdire. Elle est l'argument ultime de Dieu, née lorsque, de désespoir sans doute, ce dernier à combiné cruauté et absence, confronté à l'échec manifeste de sa Création. Pourtant, chaque mort porte en son sein une vie nouvelle-

Les souvenirs sont de gros blocs de pierre que je traîne derrière moi. Est-il donc pesant de se souvenir ? (...) Non, ça ne vaut que pour les choses que tu regrettes ou que tu aimerais oublier-ce sont les regrets qui pèsent le plus lourd. 

La poésie est importante, ce que n'est pas son auteur. 

Ari regarde les cartes postales (...) ces cartes ne sont aucunement l'Islande réelle, mais la vision fantasmé que nous en avons, elles font abstraction du vent, des déchaînements du climat, de ses caprices, ne montrent pas l'humidité, ne montrent pas les chevaux ruisselants de pluie, ni les bourrasques, les averses de neige, les jours gris (...) 

Les choses qu'on tait entrent toujours plus facilement dans nos cœurs et il faut plus d'efforts pour les en extirper alors qu'il est plus facile de protester et de s'élèver contre des choses dites ou écrites afin de leur imposer le silence. 
Nous pouvons faire taire les mots, mais pas nos doutes. 

Nous n'agissons que peu, sans doute parce que nous sommes trop heureux : les gens qui ne manquent de rien n'ont aucune raison de partir en guerre pour changer le monde. Ceux qui s'emploient à diriger nos existences le savent (...) leur objectif est simplement de faire perdurer cette situation. Ou bien, si tu préfères, d'entretenir le principe d'absurdité.

Quelle est notre nature profonde, quel est le point de vue adéquat, cette nature profonde est-elle une illusion, peut-être ne sommes-nous rien de plus qu'un récipient rempli à ras bord de pensées dominantes, de points de vue consensuels, peut-être n'entrevoyons-nous presque jamais ce qu'est une pensée libre au fil de notre vie, sauf à travers quelques fulgurances bien vite étouffées, aussitôt éteintes par les idées croupies et rances que distillent les informations, la publicité, les films, les chansons à succès (...)

Comment lutter contre ceux qui sont morts dans leur jeunesse, ceux qui reposent au creux des souvenirs, s'embellissent et se bonifient chaque année tandis que nous, les autres, vieillissons, grossissons, notre poitrine s'affaisse, notre démarche devient plus raide, notre regard perd son éclat, notre pensée sa fulgurance, nous commettons des erreurs, tenons des propos idiots ou maladroits, des mots qui blessent ou abîment ; les morts, eux, ne commettent aucun impair, ils ne sont jamais insupportables le matin, ne pètent pas à la table du petit-déjeuner, n'oublient jamais leur slip sur le bord de la baignoire, ne sont jamais de mauvaise humeur, jamais injustes, égoïstes, colériques, les morts se contentent de briller, figés dans le souvenir. 

Les poèmes ont sans doute le pouvoir de sauver le monde, mais ceux qui les lisent sont si peu nombreux, et leur nombre va diminuant : ils sont une ethnie en voie d'extinction. On devrait d'ailleurs leur accorder le statut d'espèce protégée et il faudrait que l'UNESCO pense à les inscrire au patrimoine de l'humanité.

Du même auteur :
Entre ciel et terre

Titre français : D'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds
Titre anglais : Fish have no feet
Auteur : Jon Kalman Stefansson
Première édition : 2013

samedi 16 novembre 2019

Entre ciel et terre / Heaven and Hell de Jon Kalman Stefansson


Certains mots sont probablement aptes à changer le monde, ils ont le pouvoir de nous consoler et de sécher nos larmes. Certains mots sont des balles de fusil, d'autres des notes de violon. Certains sont capables de faire fondre la glace qui nous enserre le cœur et il est même possible de les dépêcher comme des cohortes de sauveteurs quand les jours sont contraires. 

Dans un fjord d'Islande, le gamin et son meilleur ami Bardur partagent l'amour des livres, un lit et le métier de pêcheurs dans une barque d'une dizaine d'hommes. Mais voilà, ce matin-là, la tête pleine d'un poème de Milton, Bardur oublie sa vareuse et meurt de froid. De retour à terre, bouleversé, le gamin récupère le précieux livre pour le rapporter à son propriétaire, un vieux capitaine aveugle. Un périple dangereux, un dernier geste quand la vie semble n'avoir plus aucune saveur...

Un livre et une histoire peu banals, portés par une langue riche, puissamment évocatrice, pleine de poésie. Un récit de quelques jours qui semblent pourtant toucher l'éternité et les questions essentielles de la vie et de la mort. Des personnages rudes et austères qui semblent calqués sur les paysages de cette Islande tellement brutale pour les hommes.
L'auteur nous fait percevoir tout un monde, la dureté de la vie des pêcheurs à la fin du XIXeme, l'isolement au fond des fjord et des villages, le froid, le manque de perspectives. Les quelques personnages sont eux aussi tout un monde, des portraits habilement croqués pour révéler des personnalité et des comportement couvrant un large spectre, de la petitesse d'esprit méprisante à l'indifférence absolue au qu'en dira-t-on.

À la découverte de la littérature islandaise, un deuxième essai réussi, je suis sous le charme, séduite par la beauté de l'écriture, l'originalité du texte et de la réflexion qu'il soulève, sans oublier l'évocation du pays.

Extraits du texte :
Nous pouvons peut-être nous passer de mots pour survivre, mais nous en avons besoin pour vivre.

Les sanglots naissent quand les mots ne sont plus que des pierres inutiles. (...) Les sanglots apaisent et soulagent, mais ils ne suffisent pas. On ne peut les enfiler les uns derrière les autres et les laisser s'enfoncer comme une corde scintillante dans les profondeurs obscures afin d'en remonter ceux qui sont morts et qui auraient dû vivre.

Du reste, n'y avait-il, en Islande, rien à voir que des montagnes, des chutes d'eau, des étendues de terre accidentée et cette lumière capable de te transpercer et de te changer en poète.

Je ne sais tout bonnement pas qui je suis. Je ne sais pas pourquoi j'existe. Et je ne suis pas sur d'avoir assez de temps pour le découvrir.

Les mots ont parfois le pouvoir des trolls et ils sont capables d'abattre les dieux, ils peuvent sauver des vies et les anéantir. Les mots sont des flèches, des balles de fusil, des oiseaux légendaires lancés à la poursuite des héros, les mots sont des poissons immémoriaux qui découvrent un secret terrifiant au fond de l'abîme, ils sont un filet assez ample pour attraper le monde et embrasser les cieux, mais parfois, ils ne sont rien, des guenilles usées, transpercées par le froid, des forteresses caduques que la mort et le malheur piétinent sans effort. 

Il ne veut vraiment pas mourir. Le désir de vivre habite les os, il coule, porté par le sang, vie, qu'es-tu donc ? Interroge-t-il en silence, à des lieues de toute réponse, ce qui n'a rien d'étrange, nous n'en détenons aucune, qui avons pourtant vécu et sommes aujourd'hui défunts, qui avons traversé la frontière que nul ne voit et qui est cependant la seule qui compte. Vie, qu'es-tu donc ? Peut-être la réponse se love-t-elle au creux de la question, de l'étonnement qu'elle recèle.

Titre français : Entre ciel et terre
Titre anglais : Heaven and Hell
Auteur : Jon Kalman Stefansson
Première édition : 2007

dimanche 15 septembre 2019

Le Couteau / Knife de Jo Nesbo


Jusqu'à présent, Jo Nesbo ne m'a jamais déçue et le douzième volet de la série Harry Hole, Le Couteau, ne fait pas exception. Les qualités scénaristiques du roi du polar restent comme toujours exceptionnelles, réservant leur lot de surprises et des retournements de situations inattendus, tout ce qu'on aime dans un polar... et puis, quand on est attaché aux personnages récurrents, on les retrouve avec grand plaisir, comme des amis avec lesquels on fait le point sur ce qui s'est passé dans leur vie depuis notre dernière rencontre !

Cette fois, les retrouvailles sont un peu choquantes : Harry qu'on croyait assagit se réveille avec la gueule de bois, les mains et les vêtements couverts de sang sans aucun souvenir de la nuit pendant laquelle la femme de sa vie dont il est séparé a été assassiné. Un meurtre dont il est exonéré et trop personnel pour que l'enquête lui soit confiée ... mais qu'il mènera quand même obstinément avec l'aide de son réseau personnel, en n'ayant de cesse de reconstituer le black-out dont il a été victime et du doute qui le ronge et l'obsède.
Un roman noir imprévisible et dense, des pistes totalement brouillées, une intensité psychohologique poussée à l'extrême et une chute qu'on ne voit pas venir malgré tous les petits cailloux semés au fil des pages.                   

Une parfaite maîtrise de l'art du polar, une valeur sûre qui ne se dément pas. Encore ! 

Du même auteur, voir aussi :
La Soif

Titre français : Le Couteau
Titre anglais : Knife
Série Harry Hole - Nº12
Auteur : Jo Nesbo
Première édition : 2019

jeudi 4 avril 2019

Selfies d'Adler Olsen


Au département V dédié aux cold-cases,  dans les sous-sols de la brigade criminelle de Copenhague, Carl, Assad et Gordon sont particulièrement inquiets pour Rose : leur collaboratrice de choc mène habituellement le service à la baguette mais ils la voient perturbée et perdre les pédales si bien qu'elle finit par choisir de se faire interner afin de tenter de régler de graves traumastismes psychologiques. Pendant ce temps, l'équipe va tenter d'apporter un éclairage nouveau sur le sombre passé qui hante Rose tout en menant des investigations sur plusieurs fronts : le meurtre d'une vieille femme dans un parc, similaire à celui d'un cold case dont ils ont la charge, une série d'accidents mortels de jeunes femmes fauchées par un chauffard, un hold-up dans une boîte de nuit ... Autant de symptomes d'un monde à la dérive dans lequel une assistante sociale et des midinettes pètent elles aussi les plombs.
Pour pimenter tout cela, une dose de rivalité entre les services et les politiques ainsi qu'une collaboration forcée avec une équipe de télé réalité.

En plus de l'équipe du département V, on retrouve des personnages récurrents qu'on aime suivre, Mona, la psychologue dont est toujours amoureux Carl ; l'ancien chef de département parti à la retraite qui gamberge sur l'enquête ancienne non résolue ; Hardy, l'ancien partenaire paralysé, hébergé depuis 9 ans chez Carl, etc.

Peut-être pas le meilleur polar de la série mais une équipe qu'on retrouve tout de même avec plaisir pour un moment de divertissement en attendant le prochain épisode.

Titre original : selfies
Titre français : selfies
Volume 7 de la série Département V
Auteur : Jussi Adler-Olsen
Première édition : 2016

Série Département V d'Adler Olsen- Voir aussi :
Promesse - Volume 6 ICI
L'effet papillon - Volume 5  ICI
Dossier 64 - Volume 4  ICI
Délivrance - Volume 3 ICI
Profanation - Volume 2  ICI
Miséricorde - Volume 1 ICI

lundi 26 février 2018

Promesse d'Adler Olsen


Nous retrouvons le département V trois ans après l'enquête de l'effet papillon.
Le service chargé des cold case à la police criminelle de Copenhague est toujours supervisé par Carl Mørck entouré de l'inénarable Assad, de Rose et du jeune Gordon. Cette fois, l'équipe enquête sur la mort d'une jeune fille fauchée par un chauffard à la fin des années 1990. Classée comme accident, l'affaire n'en avait pas moins fait l'objet, pendant 17 ans, d'une enquête obsessionnelle par le policier qui avait découvert le corps de la jeune fille et qui, le soir de sa retraite, se suicide juste après avoir fait appel à l'aide du département V.
En parallèle, on suit Pirjo et tout ce qu'elle cache pour protéger Atu, le gourou d'un culte dédié au soleil ... 

Toujours un plaisir de retrouver les enquêtes du département V et son équipe de bras cassés qui nous entraînent cette fois et avec toujours le même brio dans le monde des sectes, de l'ésotérisme et des médecines alternatives avec ses vrais spécialistes et ses charlatans.
Pendant que l'enquête suit son cours, on continue à approfondir la psychologie des différents personnages et à découvrir les éléments de leur vie privée qui évoluent avec de nouvelles informations sur l'enquête en fil rouge qui relie les différents volumes de la série.
L'intrigue qui se noue au fil des chapitres n'est évidemment pas aussi simple qu'on pourrait le croire et une fois de plus, il faut attendre le dénouement pour y voir clair, tout ce qu'on apprécie dans un bon polar.  

À suivre (bien sûr) !

Titre original : Den grænseløse
Titre français : Promesse
Sixième volume de la série Département V
Auteur : Jussi Adler Olsen
Édition originale : 2014

Série Département V d'Adler Olsen- Voir aussi :
L'effet papillon - Volume 5  ICI
Dossier 64 - Volume 4  ICI
Délivrance - Volume 3 ICI
Profanation - Volume 2  ICI
Miséricorde - Volume 1 ICI

vendredi 15 décembre 2017

La soif de Jo Nesbo


À Oslo, une jeune femme est brutalement assassinée à son domicile, vidée de son sang par une morsure au cou faite par une mâchoire de fer ... L'enquête est confiée à la brigade criminelle à laquelle n'appartient plus Harry Hole désormais conférencier instructeur à l'académie de police, assagit et tout à sa vie familiale.  Malgré de sérieux soucis de santé de sa femme qui demande son attention, il ne pourra pas faire autrement que de reprendre du service, à la tête d'une cellule d'enquête de crise dans cette affaire de "vampirisme" ...

Beaucoup de sang, de violence, d'ambition et de questions relationnelles dans ce onzième polar de la série Harry Hole que je retrouve avec le plus grand des plaisirs. Lectrice de l'intégralité de la collection, je n'enregistre pour le moment aucune déception parce que si les scénarios de Jo Nesbo frisent souvent le démoniaque - La Soif ne fait pas exception - l'intrigue est comme toujours parfaitement bien construite avec une multiplication des pistes qui ne nous conduisent jamais là où on s'y attend, on reste tenu en haleine jusqu'au bout. Confronté aux tueurs en série, Harry Hole est un héro récurrent qui continue d'évoluer au fil des enquêtes tout comme les autres personnages secondaires, sympathiques ou non, qui prennent de l'étoffe, affirment leurs ambitions, rebondissent et manipulent sans états d'âme pour certains alors que d'autres se bonifient et semble se diriger vers la rédemption.

Une valeur sûre... j'attends la suite !

Tiré du livre :
- C'est comme ça la vie, non ? on commence par avoir tout et, petit à petit, on le perd. La force. La jeunesse. L'avenir. Les gens que nous aimons...
- Rien n'est définitif, la vie est par définition transitoire et en mutation. C'est douloureux, mais c'est aussi ce qui la rend vivable.

Titre : La Soif
Série Harry Hole - 11ème volume
Auteur : Jo Nesbo
Première édition : 2017

mardi 28 novembre 2017

La sorcière de Camilla Läckberg


Dans une ferme isolée, Néa, une fillette de quatre ans disparait ... Est-ce une coïncidence ou y a-t-il un lien avec le meurtre de la petite Stella, quatre ans aussi, survenu trente ans plus tôt au même endroit. À l'époque, c'est Helen et Marie, deux adolescentes de 13 ans, qui avaient été condamnées après avoir avoué le crime dont elles s'étaient rétractées ensuite ... et justement ... Marie, devenue star du grand écran est de retour dans la région pour un tournage alors qu'Helen, mariée, vit dans la maison voisine du drame. Toute l'équipe du commissariat de Fjällbacka est sur le pied de guerre pour résoudre cette affaire avec, en fond de trame, la division de la communauté locale face aux réfugiés Syriens nouvellement arrivés ainsi que des problèmes de mal être liés à l'adolescence ... et puis, quelques chapitres intermédiaires pour une plongée dans le temps au 17ème siècle, à l'époque de la chasse aux sorcières et dont le lien avec l'histoire sera bien sûr donné dans l'épilogue ...

Dans la littérature policière, Camilla Läckberg est devenue une telle valeur sûre qu'on n'hésite pas à se plonger dans chacun de ses nouveaux ouvrages. Pour ce dixième volume de la série, on retrouve le même plaisir de la lecture et une histoire bien montée. On reprend la vie et l'intimité des protagonistes principaux où on les a laissées et on continue d'en vivre l'évolution, là encore, avec une certaine délectation. 
Au final toutefois, une certaine réserve parce qu'à trop vouloir coller à l'actualité et aux problèmes de société, le livre en devient un peu "too much", avec trop de thèmes sous jacents qui s'accumulent sur certains personnages (le mal être et l'inconséquence des adolescents, le poids de l'héritage familial sur l'identité et le rapport aux autres, le bullying, la xénophobie, les groupes extrémistes, les tueries de masse, l'homosexualité, etc.) au point d'en entamer leur crédibilité ... Sans compter qu'on sait parfois exactement où tout ça va mener et qu'on en perd donc une grande partie de l'effet de surprise.
Même réserve pour les chapitres intermédiaires sur les sorcières qui n'apportent finalement pas grand-chose de plus à l'enquête si ce n'est quelques anecdotes historiques (Comment reconnaitre une sorcière ? elle flotte !).
Bien, mais surement pas le meilleur, un peu déçue !

Titre : La sorcière
Auteur : Camille Läckberg
Première édition : 2017

dimanche 19 novembre 2017

L'effet Papillon d'Adler Olsen


Pour le 5ème épisode de la série Departement V travaillant sur les dossiers criminels restés sans suite à la brigade criminelle de Copenhague, Adler Olsen nous entraîne entre l'Afrique et le Danemark dans une affaire de corruption et de détournements de fonds publics destinés à l'aide humanitaire, utilisés pour couvrir les déficit d'un établissement financier et les soins de santé d'un particulier. Se mélange à cette intrigue la cavale dans les rues de Copenhague du jeune Marco, un enfant des rues intelligent et malin qui en sait trop et s'est enfui d'une bande de pickpockets écumant la ville sous l'emprise d'un oncle peu scrupuleux, à la Dickens ... avec, pour couronner le tout, une évocation des enfants soldats d'Afrique reconvertis en redoutables tueurs à gage.  
Bien des fils à tirer et à relier pour le trio du département V qui s'enrichit d'un nouveau venu, Gordon, sorte de luron de la bande alors que des changements s'opèrent au niveau hierarchique supérieur de la brigade criminelle et que la vie personnelle de chacun évolue. 

Un polar toujours aussi bien ficelé qui se lit avec facilité et plaisir, combinant comme toujours intrigue spécifique et éléments "à épisode" dans la continuité des autres livres de la série.

À suivre, évidemment !

Titre original : Marco Effekten
Titre français : L'Effet Papillon
5ème volume de la série "Département V"
Auteur : Jussi Adler-Olsen
Première édition : 2012

Série Département V d'Adler Olsen- Voir aussi :
Dossier 64 - Volume 4  ICI
Délivrance - Volume 3 ICI
Profanation - Volume 2  ICI
Miséricorde - Volume 1 ICI