Affichage des articles dont le libellé est Sectes. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Sectes. Afficher tous les articles

mercredi 10 mars 2021

Le dernier Hyver de Fabrice Papillon

Le livre commence par l'évocation d'Hypatie, philosophe et mathématicienne sauvagement assassinée à Alexandrie en 415 après JC par des fanatiques chrétiens. Mais avant de mourir,  la savante a eut le temps de protéger un précieux manuscrit, fruit de ses recherches, qui servira de fil rouge au roman dont il tisse la trame en se faufilant à travers les siècles et l'alternance des chapitres, oscillants entre passé et présent.  

Été 2018, Paris. Brillante étudiante en biologie, Marie commence un stage à la police scientifique et se retrouve, dès le premier jour, mélée à une enquête placée sous la responsabilité de Marc Brunier, commandant à la brigade criminelle, vieux de la vieille qui s'accroche encore au légendaire quai des Orfèvres en train de fermer ses portes. Les voilà liés par le meurtre épouvantable d'une très jeune femme dont les restes ont été mis en scène dans une boutique Hermès où ils ont été retrouvés, placés au coeur d'une scène de crime soigneusement aseptisée, sans le moindre indice. D'autres assassinats pareillement ritualisés suivront avec leurs lots d'indices qui prennent, pour Marie, au delà de leur part de mystère scientifique à élucider, une dimension de plus en plus ésotérique et personnelle...

Thriller français historico-ésotérico-biologico-scientifique dont l'ambition et l'ambiance du scénario ne sont pas sans rappeler le Da Vinci Code de Dan Brown. Un roman divertissant, très dans l'air du temps avec une société secrète reposant non pas sur une fraternité mais sur une sororité qui permet de mettre en lumière toute une série de femmes savantes ayant marqué le temps, d'Hypatie à Marie et Irène Currie en passant par Élisabeth I d'Angleterre ou Émilie de Chatelet. 
Certains éléments, en particulier la finalité de la secte ont un côté un peu "jusque boutiste parfois tiré par les cheveux" mais ça n'enlève rien à cette lecture haletante dans laquelle il faut se laisser embarquer sans se poser trop de questions. D'autant moins que le livre est très documenté car en plus des aspects historiques, on découvre aussi le monde fascinant des méandres des sous-sols de Paris ou encore des éléments scientifiques passionnants, relatifs notamment au clonage, aux questions d'éthique et aux finalités de la recherche. Et sur ces derniers aspects, on peut faire confiance à l'auteur pour connaître son sujet, Fabrice Papillon est journaliste et producteur de documentaires scientifiques, c'est sa spécialité ! 

Pour l'anecdote, c'est une tante et le patronime de l'auteur qui m'ont fait ouvrir ce livre parce que ce nom de famille léger est aussi celui d'une de nos ancêtres... Une raison pas plus mauvaise qu'une autre pour découvrir un auteur (un lointain cousin ??) surtout quand le résultat est gagnant : un rythme soutenu, une histoire bien ficelée, une lecture facile, prenante et instructive, des personnages parfois racambolesques mais attachants, des figures féminines du monde de la science nombreuses et (re)-mises à l'honneur (j'ai trouvé le cas de Rosalind Franklin/découvertes sur l'ADN particulièrement intéressant), des lieux qu'on re-découvre d'une autre façon sans oublier toutes les informations qu'on peut grappiller au fil des pages, bref, un excellent thriller français (cocorico), parfait pour les amateurs du genre !

Titre : le dernier hyver
Auteur : Fabrice Papillon
Première édition : 2017

jeudi 9 janvier 2020

Kintu / Kintu de Jennifer Nansubuga Makumbi

On ne s'aperçoit pas qu'on est maudit jusqu'à ce qu'on soit exposé à cette autre façon de vivre.

L'histoire commence dans la violence, par le lynchage du jeune Kamu sur un marché. Elle nous emmène ensuite au 18ème siècle, au royaume du Bunganda, sur les traces de Kintu Kidda, l'ancêtre qui, à la suite d'une gifle mortelle malheureuse et malgré les précautions prises, attira une redoutable malédiction sur toute sa descendance.
Au fil des "cinq livres" qui constituent ce roman et qui démarrent tous le 5 janvier 2004 avant de repartir dans le passé, nous découvrirons le destin tragique des héritiers infortunés de Kintu Kidda : Suubi Nnakintu, Kanani Kintu, Isaac Newton Kintu et Miisi Kintu. Enfant abandonné et livré à lui-même, inceste, folie, suicide, sida, guerre, les maux s'abattent comme la normalité dans les différentes branches plus ou moins éduquées, plus ou moins religieuses, de cette famille maudite caractérisée par la jumelité. Alors, pour essayer de surmonter toute cette fatalité, les "anciens" du clan dispersé vont tenter de le reconstituer et de le rassembler sur les terres ancestrales afin d'acomplir les cérémonies rituelles- superstitions pour certains- seules capables de vaincre le mal.

Pas toujours facile à suivre avec les changements temporels et patronimiques mais un roman dépaysant qui nous mène en Ouganda, au cœur du continent africain. Une sorte de saga familiale aux ramifications multiples et indépendantes au départ et une approche d'écriture originale pour brasser ces histoires personnelles à un passé historique post-colonial douloureux et trouble. La partie pré-coloniale évoquant un monde traditionnel disparu est quant à elle particulièrement intéressante et bien mise en scène.
Entre drames, résilience et espoirs, un premier roman original qui compte et qui vient enrichir cette jeune littérature africaine, ougandaise en l'occurence.

D'origine Ougandaise, l'auteur vit aujourd'hui en Angleterre ; une voix/plume pour le moins ensorcelante qui apporte un nouveau souffle à la littérature mondiale.
À suivre.


Tiré du texte :
Africanstein
Ekisode
Contrairement au reste de l'Afrique, le Bunganda se laissa attirer sur la table d'opération par des flatteries et des promesses. Le protectorat était la chirurgie plastique censée conduire plus rapidement le corps africain léthargique à la maturité. Mais une fois son patient sous chloroforme, le chirurgien fut libre de faire ce qui lui chantait. D'abord, il sectionna les bras et les jambes puis mis les membres noirs dans un sac-poubelle avant de les jeter. Il prit ensuite des membres européens et entreprit de les greffer sur le torse noir. Quand l'africain se réveilla, l'européen s'était installé chez lui.
Bien que l'africain ait été trop faible pour se lever, il dit tout de même à l'européen : "Je n'aime pas ce que tu es en train de faire, mon ami. Sors de chez moi, s'il te plaît." Mais l'européen répondit : "J'essaie seulement de t'aider, mon frère. Tu es encore trop faible et trop groggy pour t'occuper de ta maison. Je vais m'en occuper en attendant. Quand tu seras complètement rétabli, je te promets que tu travailleras et que tu courras deux fois plus vite."
Mais le corps africain rejeta les membres européens. L'Afrique dit qu'ils sont incompatibles. Les chirurgiens disent que l'Afrique est sortie de l'hôpital trop tôt et que c'est pour cela qu'il y a une hémorragie. Il lui faut une intraveineuse beaucoup plus régulière de sang et d'eau. L'Afrique dit que le sang et l'eau sont trop chers. Les chirurgiens disent : "mais non, nous avons fait la même chose avec l'Inde, et regarde comme elle court vite."
Quand l'Afrique se regarda dans le miroir, elle se trouva hideuse. Elle regarda dans les yeux des autres pour voir comment ils la voyaient : il y avait de la révulsion. Cela donna à l'Afrique la permission de s'automutiler et de se haïr. Parfois quand le monde a le dos tourné, les chirurgiens remuent le couteau dans les plaies de l'Afrique. Quand elle tombe, les chirurgiens disent :"vous voyez, on vous avait dit qu'ils n'étaient pas prêts."
Nous ne pouvons pas retourner sur la table d'opération pour réclamer les membres africains. L'Afrique doit apprendre à marcher sur des jambes européennes et à travailler avec des bras européens. Avec le temps, les enfants naîtront avec des corps évolués et avec le temps, l'Afrique évoluera en fonction de sa nature d'Ekisode et prendra sa forme la meilleure. Mais celle-ci ne sera ni africaine ni européenne. Alors la douleur s'estompera.

Titre français : Kintu
Titre anglais : Kintu
Auteur : Jennifer Nansubuga Makumbi
Première édition : 2014

mardi 22 octobre 2019

Une éducation / Educated de Tara Westover


What has come between me and my father is more than time or distance. It is the change in the self. 
I am not the child my father raised, but he is the father who raised her.

États-Unis.

Tara a grandi au pied des montagnes de l'Idaho dans une famille de survivalistes : une naissance non déclarée, sans certificat, une enfance sans fréquenter l'école et sans jamais voir un médecin, une mère sage-femme et herbaliste, un père Mormon qui régente tout son monde en exploitant une casse, une grande famille dont un frère manipulateur et violent, les pages de la Bible comme fondement culturel. La famille vit dans la peur d'une attaque des autorités et se prépare à la fin des temps en confectionnant et en stockant les bocaux qui assureront sa survie. Une normalité totalement hors normes.

Deux grands frères se sont déjà émancipés quand Tara décide, à 15 ans, de s'auto-éduquer pour postuler au lycée puis à l'université. Un parcours du combattant qui la ménera, contre toute attente, à Harvard et à Cambridge ; une éducation qui lui fait ouvrir les yeux sur un autre monde et sur elle même, en rupture totale avec son univers d'origine qui la rejette en lui faisant payer le prix fort. Un noyau libre qui ne connaît rien des codes de la société et un témoignage courageux et passionnant, touchant non seulement au pouvoir de l'éducation mais aussi et avant tout à l'identité, à la réalisation de soi, à la liberté individuelle et ce qu'elle vaut dans le contexte parfois complètement toxique des relations sociales et familiales.

Se lit comme un roman mais fait véritablement froid dans le dos parce ce que n'en est pas un.
Le témoignage coup de poing d'une métamorphose, absolument fascinant !

Voir aussi :
Hillbilly Élégie / Hillbilly Elegy de J. D. Vance

Extraits du texte :
Everyone sounded mad as hornets, but really they were having a lovely conversation.
 You had to listen to what they were saying, not how they were saying it. That's how Westovers talk! 

Not knowing for certain, but refusing to give way to those who claim certainty, was a privilege I had never allowed myself. 
My life was narrated for me by others. Their voices were forceful, empathic, absolute. 
It had never occurred to me that my voice might be as strong as theirs. 

"Negative liberty" (...) is the freedom from external obstacles or constraints. 
An individual is free in this sense if they are not physically prevented from taking action. "(...)" 
positive liberty is self-mastery - the rule of the self, by the self. 
To take positive liberty (...) is to take control of one own's mind; to be liberated from irrational fears and beliefs, from addictions, superstitions and all other forms of coercion."

I don't know what caused the transformation, (...) but there was something (...) 
that showed me I could admire the past without being silenced by it. 

You were my child, I should have protected you. (...) 
When my mother told me she had not been the mother to me she wished she'd been, she became that mother for the first time. 

She was inside, and emerged whenever I crossed the threshold of my father's house. 
That night I called her and she didn't answer. She left me. She stayed in the mirror. 
The decisions I made after the moment were not the ones she would have made. 
They were the choices of a changed person, a new self.
You could call this selfhood many things. Transformation. Metamorphosis. Falsity. Betrayal. 
I call it an education.

Titre original : Educated
Titre français : une éducation
Auteur : Tara Westover
Première édition : 2018

lundi 26 février 2018

Promesse d'Adler Olsen


Nous retrouvons le département V trois ans après l'enquête de l'effet papillon.
Le service chargé des cold case à la police criminelle de Copenhague est toujours supervisé par Carl Mørck entouré de l'inénarable Assad, de Rose et du jeune Gordon. Cette fois, l'équipe enquête sur la mort d'une jeune fille fauchée par un chauffard à la fin des années 1990. Classée comme accident, l'affaire n'en avait pas moins fait l'objet, pendant 17 ans, d'une enquête obsessionnelle par le policier qui avait découvert le corps de la jeune fille et qui, le soir de sa retraite, se suicide juste après avoir fait appel à l'aide du département V.
En parallèle, on suit Pirjo et tout ce qu'elle cache pour protéger Atu, le gourou d'un culte dédié au soleil ... 

Toujours un plaisir de retrouver les enquêtes du département V et son équipe de bras cassés qui nous entraînent cette fois et avec toujours le même brio dans le monde des sectes, de l'ésotérisme et des médecines alternatives avec ses vrais spécialistes et ses charlatans.
Pendant que l'enquête suit son cours, on continue à approfondir la psychologie des différents personnages et à découvrir les éléments de leur vie privée qui évoluent avec de nouvelles informations sur l'enquête en fil rouge qui relie les différents volumes de la série.
L'intrigue qui se noue au fil des chapitres n'est évidemment pas aussi simple qu'on pourrait le croire et une fois de plus, il faut attendre le dénouement pour y voir clair, tout ce qu'on apprécie dans un bon polar.  

À suivre (bien sûr) !

Titre original : Den grænseløse
Titre français : Promesse
Sixième volume de la série Département V
Auteur : Jussi Adler Olsen
Édition originale : 2014

Série Département V d'Adler Olsen- Voir aussi :
L'effet papillon - Volume 5  ICI
Dossier 64 - Volume 4  ICI
Délivrance - Volume 3 ICI
Profanation - Volume 2  ICI
Miséricorde - Volume 1 ICI