En 1945, en Écosse sur une presqu'île des Hébrides, après une vente aux enchères, une femme tourne le dos et quitte définitivement la maison vide de Muirlan House : c'est un endroit et un moment pivots entre les deux époques qui font battre le cœur du livre.
Comme le va et vient des marées, on va ainsi passer des années 1910-1911 à l'époque actuelle, de Théo et Béatrice Blake à Hetty, d'un peintre tourmenté collectionneur d'oiseaux à une jeune femme projetant de transformer une maison héritée en hotel de luxe avec toujours, au centre, Muirlan House, ses fantômes et ses secrets. Il faut dire que les choses ne sont pas telles qu'Hetty se les était imaginées : son héritage n'est qu'une ruine irrécupérable, la source ancienne et amère de ressentiments pour la population locale et pour couronner le tout, le sondage des fondations mettent à jour un cadavre... Dans une communauté où tout se sait et qui ne compte aucun disparu, qui cela peut-il bien être ? ... Ne reste alors plus qu'à déméler les fils du passé pour tricoter le futur...
Un roman et des personnages qui battent véritablement autour d'un lieu dans toute sa beauté sauvage soumise aux éléments, sans cesse renouvelée. Un endroit qui semble réduire les hommes au second plan ou comme simples figurants d'un tableau qui les absorbe et les engloutit, d'abord subjugués puis anéantis. Amours, modes de vies, rapports entre riches et pauvres / puissants et subalternes / hommes et femmes, les thèmes abordés ne manquent pas et on se laisse facilement emporter dans le sillage de cette fresque romanesque même si elle est parfois un peu prédictible et/ou simpliste.
Un livre toutefois très évocateur qui fait (re) naître l'envie d'aller découvrir ces îles lointaines d'Écosse, comme avait déjà su le faire Peter May dans sa trilogie écossaise.
La trilogie écossaise de Peter May, voir :
L'île des chasseurs d'oiseaux / The Black house
L'homme de Lewis / Lewis Man
Le braconnier du lac perdu / The Chess Man
Titre original : The House Between Tides
Pas encore de traduction française
Auteur : Sarah Maine
Première édition : 2014
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samedi 1 février 2020
The house between tides de Sarah Maine
Libellés :
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vendredi 11 octobre 2019
Les femmes de La Principal de Lluis Llach
Catalogne.
Maria a 20 ans en 1893 quand son père la réunit avec ses quatre frères dans le domaine familial pour leur annoncer les décisions et dispositions qu'il a prises face à la menace du phylloxéra qui attaque les vignes et va ruiner l'activité traditionnelle ayant fait la fortune de la famille : le père et les garçons vont s'établir définitivement à Barcelone où ils occuperont chacun un étage d'un immeuble-bastion et feront carrière de façon solidaire et complémentaire dans les hautes sphères de la société locale, dans le milieu médical, politique et écclésiastique. Quant à Marie, elle n'a pas le choix, et doit se sacrifier pour rester sur place dans l'isolement du village afin de garder la propriété avec la promesse qu'elle en héritera un jour.
Surnommée "la vieille" à 20 ans, elle est la première des trois générations de Marie qui vont se succéder à la tête du domaine, trois femmes qui vont traverser le XXème siècle en position de pouvoir dans un monde rural habituellement dominé par les hommes.
Des femmes peu conventionnelles, voire carrément excentriques et pas forcément très sympathiques que le lecteur découvre au travers d'une enquête de police pour un meurtre non élucidé, mise de côté au moment où éclate la seconde guerre mondiale mais reprise plus tard par un policier zélé.
Il ne faut surtout pas se fier au titre qui semble donner des airs de grande saga romanesque à cette histoire, ce n'est pas tout à fait l'orientation qu'elle prend. On tourne les pages avec, au fil du texte, un meurtre, central, de l'amour, un peu, si peu, si mal, des rancœurs familiales, beaucoup, du sexe, de la domination, de la perversion, des mensonges, des secrets qui finissent par éclater ou qu'il faut taire, à jamais.
Un roman détonnant, parfois déconcertant, entre drame et comédie, entre admiration et détestation pour ces femmes dominatrices, toutes puissantes.
J'ai été un peu déroutée puis je me laissée prendre par cette histoire que j'ai finalement aimé pour sa touche d'extravagance, le ton décapant et satirique, ou encore ses retournements de situations pleins de surprises.
Titre : La Principal
Auteur : Lluis Llach
Première édition : 2017
samedi 22 juillet 2017
Confiteor de Jaume Cabré
Alors que l'esprit brillant d'Adria Ardevol commence lentement à décliner, érodé par l'impitoyable maladie d'Alzheimer, l'érudit se lance dans l'écriture d'une longue lettre de confession à Sarah, l'amour de sa vie, dans laquelle il consigne son histoire. Une enfance dans l'Espagne franquiste et un foyer où le jeune Adria, enfant docile et doué, en manque d'amour, se plie aux désiderata de ses parents, entre un père féru de langues anciennes qui souhaite que son fils suive ses traces en multipliant et cumulant l'apprentissage des langues et une mère qui veut en faire un virtuose du violon.
Une vie ombragée des péchés originels du père "antiquaire", collectionneur avide et habile traffiquant surfant sur les horreurs des époques pour escroquer des victimes et/ou des bourreaux en fuite...
Une vie marquée par quelques personnages seulement et aussi, des objets en forme de trait-d'union, des tableaux, un violon ancien ou une médaille qui servent de liens avec d'autres époques, d'autres lieux, d'autres personnages alors que tout se fond et se mélange parfois dans l'esprit de celui qui raconte...
Un livre prenant et déroutant, porté par une écriture non linéaire, au premier abord difficile avec des phrases qui parfois s'interrompent sans se finir en laissant un mot en suspens, des paragraphes qui commencent à la première personne et se finissent à la troisième, ou inversement, et dans lesquels les bourreaux de l'inquisition se mélangent à ceux des camps d'extermination nazis...
La confusion et le chaos de l'esprit de celui qui se confie n'empêche toutefois pas la compréhension de ce qu'il souhaite transmettre, comme une esquisse un peu désespérée tracée à coup de crayon de laquelle émerge finalement une grande fresque romanesque traversant le temps, du 16ème siècle à l'époque contemporaine, de l'Espagne à l'Afrique en passant par l'Allemagne ou les Pays-Bas, avec en filigramme, des thèmes forts : le mal et la rédemption, le déni et la cuplabilité, l'amitié et la trahison, l'admiration et l'envie, l'amour et le mensonge, l'horreur et la beauté, la connaissance et l'ignorance ...
Une lecture qui se mérite mais puissante, riche, dense et marquante.
Tout simplement époustouflant !
Titre original (Catalan) : Jo Confeso
Titre français : Confiteor
Auteur : Jaume Cabré
Première édition : 2011
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