lundi 6 septembre 2021
Voyage aux confins de l'esprit / How to change your mind de Michael Pollan
lundi 26 juillet 2021
Nous rêvions juste de liberté de Henri Loevenbruck
dimanche 4 juillet 2021
Nos âmes oubliées de Stéphane Allix
jeudi 12 mars 2020
Le chemin des âmes / Three Day Road de Joseph Boyden
Alors qu'ils se croyaient tous les deux morts, Niska la vieille indienne guerisseuse et Xavier Bird son neveu se retrouvent et suivent en canoë la rivière qui les ramène au bush, un périple de quelques jours rythmé par les réminiscences de l'un et de l'autre : Xavier, sous l'emprise de la morphine, traumatisé et hanté dans ses délires par ses années de guerre dans les tranchées qui lui ont coûté une jambe et une partie de son âme, Niska, qui utilise la parole et son histoire de façon thérapeuthique pour essayer de ramener son neveu sur le chemin de la vie.
Xavier est de retour de l'enfer des champs de batailles de la première guerre mondiale où il a combattu dans les troupes canadiennes avec son ami Elijah. Leurs compétences de chasseurs en ont fait des tireurs d'élite d'exception. De caractères très différents, l'un taiseux, l'autre bavard, l'un "invisible", l'autre attirant la sympathie, l'un "sauvage", l'autre "assimilé", les deux amis traversent ensemble deux années d'une guerre absurde. Un combat dans lequel les deux jeunes héros indiens se sont engagés volontairement, s'entraînant l'un l'autre, sûrs de leurs talents de chasseurs, riches d'une amitié sans faille construite depuis l'enfance et non exempte d'une rivalité stimulante. La violence quotidienne transforme ces personnages, qui peuvent y trouver panache, prestige et une certaine liberté voire développer le goût de la mort au risque d'en perdre la raison.
De son côté, Niska est le témoin intermédiaire, la gardienne et la survivance d'une culture transformée par l'arrivée des blancs qui résiste de par sa simple existence, malgré tout.
Beaucoup de tristesse, de violences, de souffrances, de tensions mais aussi de la résilience et de la spiritualité dans ce récit brillantissime, cru de réalisme et cruel, qui nous plonge dans le quotidien des poilus, sur la ligne de front dans les campagnes françaises, pendant la première guerre mondiale mais aussi au fin fond des forêts canadiennes où survit l'âme de peuples malmenés.
Un récit prenant qui évoque également d'autres thèmes et sujets traités dans d'autres ouvrages que j'ai particulièrement aimés de la littérature canadienne, indigène ou pas, comme celui des "écoles résidentielles" dans lesquelles étaient envoyés tous les enfants Indiens enlevés à leurs familles (cf ❤️❤️❤️ jeu blanc / Indian Horse de Richard Wagamese) ou encore celui des grands feux de 1916, les plus catastrophiques jamais connus par le pays (cf ❤️❤️❤️ Il pleuvait des oiseaux / And the birds rained down de Jocelyne Saucier)
Un grand et beau moment de lecture sur le chemin de ces âmes, trois jours d'une route inoubliable. ❤️❤️❤️
Tirés du texte :
speaking with the spirit who will take him on the three-day road.
we do the nasty work for them and if we return home we will be treated like pieces of shit once more.
But while we are here we might as well do what we are good at.
Titre original : Three Day Road
Titre français : Le chemin des âmes
Auteur : Joseph Boyden
Première édition : 2005
vendredi 24 janvier 2020
La frontière / The Border de Don Winslow
Alors que le mystère subsiste sur le sort d'Adan Barrera, une trève précaire est établie entre les trafiquants de drogues, un statu quo durant lequel chacun évalue ses chances de prendre le dessus au cas où le baron ne réapparaitrait pas. Pour la population, "Adan vive" : l'homme "vit" tellement qu'il en est sanctifié ; pour "los hijos"-la nouvelle génération des "fils de narcotrafiquants"- le vent de la relève commence à souffler et les affaires n'ont jamais été aussi bonnes. Et puis la drogue n'étant finalement qu'un business, il faut sans cesse innover pour garder ses parts de marché avec l'introduction du fentanyl, de l'héroïne pas chère, produite chimiquement, à l'origine d'une véritable "épidémie d'overdoses".
Dans ce contexte, Art Keller accepte de reprendre du service à la direction de la DEA (Drug Enforcement Agency) avec l'espoir de véritablement impacter la guerre contre la drogue même si ce n'est pas évident dans le contexte très politique de Washington : son objectif est de démonter toute la filière, jusqu'à l'argent sale et le blanchiment qui en est fait dans les plus hautes sphères des milieux financiers, des affaires et du pouvoir. Il va devoir avancer dans l'ombre en s'associant secrètement avec deux policiers de New York.
Ce roman s'inspire encore une fois librement d'une foultitude d'éléments piochés dans l'actualité avec des transpositions parfois un peu osées qui permettent de comprendre les avis très divisés portés sur ce livre par les lecteurs outre Atlantique, notamment au regard des deux personnages de Dennisson- candidat originaire de New York, puis nouveau président qui veut construire un mur et est un forcené de twitter- et de Jason Lerner, son gendre (Dans le livre, la question de l'enquête sur les intérêts Russes est remplacée par une association aux cartels de la drogue... évidemment, ça peut déranger une opinion publique très divisée même s'il ne faut pas perdre de vue que tout cela n'est qu'une fiction).
La trame de ce dernier volet est encore plus ambitieuse que les deux volumes précédents mais du coup, elle se disperse beaucoup plus, que ce soit géographiquement--le Mexique, les États-Unis, d'autres pays d'Amérique du Sud- ou qu'il s'agisse de la narration, des personnages et des sujets traités- la guerre des cartels au Mexique, la question des gangs et des Migrants, celle des consommateurs / junkies, les aspects politiques et financiers, le système carcéral américain, le traitement judiciaire du problème de la drogue, les clivages raciaux, etc.
Pour s'y retrouver, l'auteur fait pas mal de retours en arrière et de résumés des tomes précédents, pas inutiles si on a laissé passer un peu de temps entre deux livres ou si on ne les a pas lu mais un peu redondants si on les enchaine.
On suit les personnages récurrents, Marisol, Anna, Eddie Ruiz, Caro, etc ; certains ont grandi et deviennent acteurs (Los "hijos" mais aussi Hugo Hidalgo, le fils d'Ernie, l'adjoint d'Art Keller torturé et exécuté par les trafiquants dans le premier tome) ; on en retrouve d'autres avec plaisir, Nora et Sean Callan disparus à la fin du premier tome et on en découvre de nouveaux, Jaquie la junkie, Mullen et Cirello les policiers New-Yorkais, Nico et Flor les petits Migrants guatemaltèques qui s'embarquent sur "la Bestia", etc.
Un "pavé" édifiant sur ce problème complexe de drogue dont on ne voit finalement pas trop l'issue même si l'auteur offre ses pistes, très politiques, en soulèvant surtout de vraies questions de société. (Avec au passage un autre effet clivant auprès d'une partie du lectorat américains en désaccord avec les positions jugées politiquement trop "gauchisantes" du personnage d'Art Keller... On n'est pas obligé d'être d'accord ! ).
En bonus en postface, Don Winslow donne quelques éléments sur cette saga, ce qui l'a amené à vivre et à faire vivre son personnage de Art Keller pendant plus de vingt ans, l'addiction " qui l'a saisi pour ce qui ne devait être qu'un simple sujet de livre : à l'exception de sa femme et de son fils, il explique avoir" passé plus de temps avec Art Keller qu'avec n'importe quel véritable être humain" et précise que la trilogie est "l'œuvre de sa vie". Il indique encore "Je suis d'abord entré dans ce monde comme simple touriste, pour une simple visite, et il m'a fallu 6 ans pour écrire La Griffe du Chien. Plus j'en apprenais, plus j'étais en colère ; et plus je creusais, plus je voulais raconter cette histoire de la guerre américaine contre les drogues et l'impact réel qu'elle a sur la vie des gens."
Un objectif ambitieux et pour ma part réussi car cette trilogie m'a non seulement passionné, elle a aussi aiguisé ma curiosité que j'essaye d'assouvir par des recherches complémentaires, articles de presse, reportages et autres informations qui ne manquent pas. Le contexte européen n'est sans doute pas tout à fait le même mais la menace est bien réelle, nécessitant une vraie réflexion sur les politiques à adopter en termes de santé publique, sur le plan judiciaire, la légalisation ou pas de certaines drogues, les salles de shoot, etc.
Une trilogie en coup de massue, brillantissime.
Tirés du texte :
When it was black and Porto Ricans, it wasn't an illness, it was a crime.
The war on drugs is big business.
The war on drugs has become a self-sustaining economic machine. Towns that once competed for factories now vie to build prisons. In " prison privatisation" - one of the ugliest combination of words I can imagine - we have capitalised corrections; corporations now make profits keeping human beings behind bars. Courts, lawyers, police, prisons - we are now addicted to the war on drugs.
La griffe du chien / Power of the dog (tome 1)
Cartel / The Cartel (tome 2)
Titre original : The border
Titre français : La frontière
Série The Power of the dog (3) / La griffe du chien (3)
Auteur : Don Winslow
Première édition : 2019
lundi 16 décembre 2019
Cartel / The cartel de Don Winslow
2004-2012, Mexique.
Après la Griffe du chien/The Power of the dog, nous retrouvons Art Keller cherchant la sérénité dans un monastère et Adan Barrera servant son temps dans une prison américaine. À la mort de sa fille chérie, le trafiquant obtient son extradition vers une prison fédérale mexicaine en "échange" de quelques informations choisies sur ses rivaux, désormais bien décidé à reprendre le contrôle de son empire. Le jeu du chat et de la souris peut reprendre entre les deux ennemis jurés alors que de nouveaux protagonistes (Les Zetas, les frères Tapia, Magda, Crazy Eddie Ruiz, Chuy, Pablo, etc), font leur apparition en apportant dans leur sillage une vague de violence sans précédent, dépassant l'imaginable, n'épargnant rien, ni personne. Le trafic de drogue n'est plus que le rouage presque anecdotique d'une machine infernale et totalement folle entraînant dans son mécanisme chantage, extorsions, kidnappings, prostitution, meurtres, tortures, viols, terreur, etc.: seul un pacte avec le diable pourra peut-être arrêter son emballement.
Le deuxiėme tome de cette trilogie de la griffe du chien nous emporte dans un rythme encore plus endiablé que le premier volume qui paraîtrait presque fade à la lecture de ce nouvel opus. Certaines scènes sont d'une violence tellement insoutenable et incroyable que je me suis parfois interrogée sur l'imagination de l'auteur et la "vérité" de certains épisodes. Quelques recherches rapides montrent qu'elles ne sont malheureusement souvent que le reflet de la réalité, la reprise de faits débordants sur le quotidien de "civils" mexicains innocents, les plus pauvres, les plus démunis, des victimes collatérales au service des intérêts de l'argent et du pouvoir. Ainsi, et pour ne donner que quelques exemples, ont véritablement existés :
- les redoutables "Zetas" (anciens des troupes d'élite reconvertis dans les trafics en tous genres),
- la guerre sanguinaire des gangs pour le contrôle de Juarez,
- l'attentat du casino Royale de Monterrey et ses 53 morts,
- ou encore le blog dénonçant les atrocités des narcotrafiquants ("Blog del Narco" dans la réalité).
Certains éléments historiques mis en scène dans le livre, comme l'élection présidentielle de Calderon sont également facilement vérifiables : un président issu d'un scrutin controversé qui a amené la population à manifester et à demander un recomptage des voix.
L'auteur a donc su composer avec la réalité pour nous livrer ce thriller d'une intensité rare, une véritable plongée dans l'univers absolu du mal. Il nous donne quelques indications sur ses sources dans ses remerciements et dédie ce "roman" aux journalistes assassinés pour avoir voulu dénoncer les crimes liés à cette guerre des gangs sans merci : trois pages non exhaustives de noms, un hommage bien troublant... Et un livre tout aussi troublant au regard d'une certaine actualité, sueurs froides garanties.
Extraits du texte :
Voir aussi :
La griffe du chien / The Power of the Dog
Titre original : The Cartel
Titre français : Cartel
Deuxième volume de la trilogie "La griffe du chien"
Auteur : Don Winslow
Première édition : 2015
dimanche 1 décembre 2019
La griffe du chien / The power of the dog de Don Wislow
Premier volume d'une trilogie, Dan Winslow ne nous laisse pas un seul moment de répit avec ce thriller détonant. Côté narcotrafficants, Tio Barrera puis ses neveux Adan et Raul qui règnent en maîtres sur le Mexique, plaque tournante ou "trempoline" de la drogue venue d'Amérique latine pour alimenter le marché américain.
Côté américain, le vengeur solitaire /"seigneur de la frontière", Art Keller, ancien du Vietnam qui a un compte à régler avec les Barrera et ne lâchera pas le morceau avant de les avoir fait tomber, c'est une question personnelle. Il lui faut composer avec les services secrets de son pays qui interviennent dans les pays d'Amérique Latine sans états d'âmes et un certain cynisme, peu importe les moyens, pour lutter contre l'avancée des "rouges" plus que contre la drogue, un moyen d'influence et de contrôle plus qu'un fléau.
Une toile absolument démoniaque avec une foultitude de personnages charismatiques aux personnalités complexes comme la belle Nora, call girl de luxe qui partage une amitié improbable avec un évêque ou Callan, gangster irlandais des bas fonds new yorkais embrigadé comme homme de main des services secrets lorsqu'il lui faut se mettre au vert.
Une tension constante, des rebondissement, du machiavélisme, des mensonges, de la corruption à tous les niveaux, des morts, beaucoup de morts souvent pas très propres... Trahisons, vengeances, guerre des gangs, clergé, politiques, gangsters... C'est dense, rythmé, enlevé... On ne sait plus toujours où est le bien et le mal, on tourne les pages à perdre haleine du début à la fin, bref, du grand thriller qui satisfera tous les amateurs du genre, même les plus difficiles.
Just “woaw“!
Titre original : The Power of the dog
Titre français : La griffe du chien
Premier volet de la trilogie de la griffe du chien
Auteur : Don Winslow
Première édition : 2006
lundi 11 novembre 2019
La soeur du soleil / The sun sister de Lucinda Riley
Sixième et avant dernier volet de la saga des sept soeurs qui commence presque comme les autres et se termine en annonçant le suivant...
Cette fois, nous voici partis à la découverte du destin d'Électra, la plus jeune des sœurs d'Aplièse, toutes adoptées aux quatre coins de la planète par Pa, leur père charismatique et énigmatique, dont le décès marque le point de départ de chacune des histoires. Pour ce qui est d'Électra, jeune femme sculpturale et top modèle de renommée internationale, ce décès reste un moment de confusion lié à l'abus de substances, alcool et drogues ; elle porte encore le poids de la déception qu'elle pense avoir causé à son père et beaucoup de colère qu'elle va devoir apprendre à comprendre et à contrôler.
Dans ce roman ambitieux, l'auteur nous promène dans l'univers d'Électra, l'argent qui coule à flôt, l'hyper médiatisation, l'abus des substances et les centres/ traitements pour s'en détacher. La jeune femme est à la croisée des chemins et doit réagir pour éviter de se perdre, axée sur elle-même. L'histoire de ses origines lui sera rapportée par sa grand-mère qui la retrouve et elle nous fera voyager dans le temps, entre États-Unis et Kenya, des milieux nantis new-yorkais d'avant-guerre aux luttes afro-américaines des droits civiques des années soixante, en passant par le Kenya colonial et l'évocation des tribus Masaï. Il est aussi question de ségrégation, de racisme, de drogue, de SIDA...
Alors même si l'écriture reste comme toujours très agréable et pleine de bons sentiments, à vouloir couvrir autant de sujets en même temps, je trouve que l'auteur en perd en efficacité si bien que j'ai été moins emportée par ce volet que par les précédents. Je reste toutefois fidèle à la série dont j'attends bien sûr le dénouement, rendez-vous en 2020 ! ...2021 ?
Du même auteur, voir aussi :
La soeur de la lune / The moon sister
Les sept soeurs / The seven sisters
Mise à jour 22/2/2021
Tome 6 de la saga de sept soeurs
Auteur : Lucinda Riley
Première édition : 2019
samedi 2 novembre 2019
Zulu de Caryl Ferey
Début des années 2000.
À Cape Town, le corps d'une jeune femme, méconnaissable, est retrouvé dans le jardin botanique de Kirstenbosch et c'est Ali Neumann, le chef de la police criminelle d'origine Zulu qui est en charge de l'enquête. La victime est vraisemblablement la fille d'un ancien champion du monde de rugby et les investigations particulièrement sensibles alors que l'Afrique du Sud post-apartheid se prépare à accueillir la coupe du monde de football.
Avec sa touche personnelle si particulière, Caryl Férey nous emmène avec ce nouveau thriller ébouriffant à la découverte de l'Afrique du Sud en nous offrant un panorama complet couvrant son histoire et sa sociologie, ses ethnies, ses townships ; le pays à beau être passé dans le camp des démocraties, les fantômes du passés et les clivages sociaux et raciaux restent présents et la violence est partout, alimentée par la drogue, gangrenée par le sida.
Peut-être pas le meilleur des Caryl Férey à mon goût mais l'auteur possède un don véritable et rare, celui de construire des intrigues prenantes et rythmées auxquelles il mèle subtilement les données historico-socio-culturelle du pays ainsi placé au cœur du scénario si bien que chacun de ses romans est une invitation au voyage et une plongée dans la réalité d'un pays, loin des clichés touristiques.
Des romans noirs, ultra violents mais ultra documentés et au final, ultra-instructifs... On ressort plus intelligent à chaque fois, je suis devenue une inconditionnelle !
Du même auteur, voir aussi :
Saga maorie (Haka et Utu) [Nouvelle-Zélande]
Condor [Chili]
Mapuche [Argentine]
Titre : Zulu
Auteur : Caryl Ferey
Première: 2008
lundi 7 octobre 2019
Phrom Thep de Marc Lasnier
(Anasua Sengupta)
Plusieurs fois divorcé, sortant d'une période de galère, Alain quitte Paris pour Phukhet en Thaïlande, bien décidé à prendre du bon temps en s'adonnant à sa passion, la photographie. Grâce à Vincent, son logeur, il découvre de bons coins et se sort de chausses trappes dans lesquelles il tombe comme bien des farangs (étrangers) un peu trop naïfs.
Un soir, il fait la connaissance de Wanapa, la quarantaine, indépendante, coiffeuse et alors qu'il ne croyait plus à l'amour, se met à filer le parfait cocon, prêt à tout pour protéger sa belle menacée par un mystérieux prédateur. Alors que les ombres du passé et la vengeance d'un ancien mari-narco-traficant tout puissant menacent d'engloutir sa nouvelle conquête, Alain ne manque ni de ressources ni de relations dans ce qui tourne en thriller infernal.
Émaillé de sa part d'invraissemblances indispensables au scénario, Phrom Thep est un thriller intense plutôt bien enlevé qui a le mérite de nous faire voyager entre la France et la Thaïlande, raison pour laquelle j'avais sélectionné ce livre. Côté carte postale, pas de déception, on y trouve une jolie évocation du pays du sourire et de ses habitants auprès desquels l'auteur est d'ailleurs lui même installé.
Sans doute pas un roman inoubliable mais un bon livre d'évasion avec une touche d'exotisme, à prendre pour ce qu'il est.
Titre : Phrom Thep
Auteur : Marc Lasnier
Première édition : 2017
vendredi 4 octobre 2019
Les choses humaines de Karine Tuil
De 30 ans sa cadette, Claire, sa femme franco-américaine, est une essayiste feministe ayant su tracer sa voie dans son sillage qu'elle est désormais prête à quitter pour vivre une autre relation.
Leur fils Alexandre est un jeune étudiant brillant à qui tout réussi, un parcours sans faute, élève à polytechnique et Standford aux États-Unis
Des personnages de la bobosphère, vivant dans leur bulle élitiste qui éclate lorsque Alexandre, de passage à Paris, se retrouve sous le coup d'une accusation de viol.
C'est alors la version de l'un contre celle de l'autre, deux perceptions/interpretations d'une même situation et le passage à la moulinette judiciaire dans un monde post-affaire Weinstein et mouvements #MeToo / #BalanceTonPorc : Qui est la victime ? Y-a-t-il consentement ? Comment definir cette notion ? Quels éléments de la psychologie des personnages et de leur passé faut-il retenir ? A charge ou à décharge ?
Un livre très habilement construit autour du thème "sexe et pouvoir" : on connait la situation, on suit et on apprend à connaitre les personnages venant de milieux différents, plus complexes qu'il n'y parait initialement et dont la psychologie s'affine ... et pourtant, c'est machiavélique, on ne peut prendre catégoriquement parti pour l'un ou pour l'autre. On touche finalement à la "zone grise" de ce qui definit le "consentement" et il est difficile de faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre au regard des éléments psychologiques, familiaux et sociétaux.
Un bon livre parce qu'il met en doute nos certitudes et pousse à réfléchir à ce thème de société complexe et subjectif qui touche à l'intime, à la perception individuelle, aux valeurs et aux "choses humaines". Dérangeant et magistral !
Tiré du texte :
Titre : Les choses humaines
Auteur : Karine Tuil
Premiere edition : 2019
dimanche 1 septembre 2019
Le chant des revenants / Sing, Unburried, Sing de Jesmyn Ward
Mississipi.
Depuis trois ans que leur père Michael, blanc, est emprisonné à Parchman, Jojo (13 ans) et Michaela / Kayla (3 ans) vivent dans la ferme de leur grands-parents maternels, noirs. Leurs grands-parents paternels ne les connaissent pas, ils n'ont jamais admis que leur fils "fassent des enfants à une négresse".
Malgré la misère et les épreuves d'une vie, Papy et Mamy leur apportent amour et une certaine stabilité.
De son côté, bien que présente, leur mère Leonie n'est pas capable de leur exprimer l'amour qu'elle ressent pour eux, toujours maladroite et cassante, trop souvent sous l'emprise de drogues qu'elle consomme depuis que son frère Given a été tué par des "camarades" lors d'un "accident de chasse".
Lorsque la libération de Michael est annoncée, Leonie embarque ses enfants pour aller le chercher et les entraine dans un road-trip épique alors que rodent les fantômes du passé dont celui de Richie, un enfant qui fut emprisonné avec le grand-père de Jojo lors de son propre séjour, arbitraire, à Parchman.
Un roman à trois voix, celles de Jojo, Léonie et Richie. Une tranche de vie de quelques jours qui permet d'aborder la vie de plusieurs générations. Une touche de mystère et de magie noire. L'évocation profonde, accablante et intense du racisme latant au sud des États-Unis. Le poids d'une histoire et des morts qui n'en finissent pas de hanter le présent. On pense à Toni Morrison mais c'est une autre voix, une autre écriture toute aussi puissante, mélodieuse ; c'est remarquablement écrit, véritablement envoutant, on est pris entre les vivants et les morts, les blancs et les noirs, le passé et le présent, l'amour, la haine, la force et la fragilité, la violence, la peur, la souffrance, le pardon et la délivrance. Des "petites gens" qui prennent vie avec réalisme et humanité.
Un gros coup de coeur ♥ et l'envie de découvrir un peu plus cet auteur plusieurs fois primée (déjà 6 livres à son actif dont 4 traduits en français).
Titre original : Sing, Unburied, Sing
Titre français : Le chant des revenants
Auteur : Jesmyn Ward
Première édition : 2017
vendredi 3 mai 2019
Le cahier de Maya / Maya's Notebook d'Isabel Allende
Avec l'aide de son inénarable grand-mère, Maya s'est exilée sur une île perdue de l'archipel de Chiloé au Chili pour se cacher et se reconstruire après les frasques d'une adolescence rebelle qui l'ont menée aux portes de l'enfer. Isolée du monde qu'elle a connu jusque là, elle raconte son histoire dans son cahier, en évoquant non seulement sa vie à Chiloé avec ses découvertes de la culture locale et des habitants mais aussi ses souvenirs d'une enfance illuminée par l'amour de ses grands-parents dans leur maison de Berkeley ainsi que la pente malheureuse qu'elle a suivie à Las Vegas après le décès de son grand-père d'adoption.
Entre États-Unis et Chili, le parcours de rédemption d'une jeune femme, de la dégringolade dans l'univers de l'alcool et de la drogue à la découverte d'une autre culture et d'une histoire dont elle est l'héritière, celles d'un pays marqué par les années de terreur sombres d'une dictature militaire.
Isabel Allende nous offre encore une fois toute une galerie de personnages hauts en couleurs avec lesquels on ne s'ennuit pas, des résilients meurtris par la vie, les événements et/ou les mauvais choix. Des parcours douloureux racontés dans un style fluide et évocateur de deux mondes diamétralement opposés : l'un qui bouillonne, totalement frénétique alors que l'autre semble figé dans le temps, ultime refuge des âmes cassées.
Une belle plume qui se confirme pour moi à cette deuxième lecture et qui, dans l'exil, n'en est pas moins une remarquable ambassadrice de son pays d'origine, le Chili.
Du même auteur, voir :
La maison aux esprits / The house of the spirits
Titre original : El cuaderno de Maya
Titre Français : Le cahier de Maya
Titre anglais : Maya's notebook
Auteur : Isabel Allende
Première édition : 2011












