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mardi 23 mars 2021

Âpre cœur / Sour Heart de Jenny Zhang

 

 
Ce recueil de sept nouvelles nous emmène sur les traces de Christina, Lucy, Annie, Jenny, Mande et Stacey, des gamines de neuf/dix ans, immigrées chinoises aux États-Unis, vivant en périphérie de New York dans les années 1990. Leurs parents sont issus de la génération ayant grandi pendant la révolution culturelle ; ils sont venus chercher une vie meilleure au pays de cocagne sans forcément mesurer les difficultés auxquelles il faut faire face. Les sept histoires sont liées les unes aux autres d'une façon ou d'une autre car certaines de ces petites filles se sont croisées à un moment de leur parcours, et le livre forme une boucle avec Christina placée au cœur du premier et du dernier chapitre. 
 
Voilà une lecture qui sort des clous et qui ébouriffe, plutôt inattendue. Ces tranches d'enfance sont livrées du point de vue des fillettes, de façon brutale parfois très crue, en évitant les travers habituels liés à cette période de la vie, sans édulcorer ni faire dans la dentelle, en faisant abstraction de toute notion d'idéalisation, d'angélisme, de diabolisation ou de victimisation dans la façon de traiter le sujet.
Au fil des pages, l'auteur aborde beaucoup de choses qui transparaissent et cohabitent dans ce monde à la frontière de la petite enfance et de l'adolescence, pas toujours antinomiques : relations aux parents et des parents, famille, voisinage, amour, misère, colère, désillusion, vulgarité, expériences, peurs, alcool, petits boulots, combines à la fois drôles et désespérantes, petites et grandes frustrations, apprentissage, amitiés, préjudice, humiliations, résignation, conditions de vie, petits moments de bonheur, communautés, solidarité et rivalités, langue, relation à la Chine, sexualité, séparation, aspirations et rêves, etc.
 
Un texte explosif, irrévérencieux, subversif et troublant, qui renverse pas mal de clichés sur la "communauté chinoise" et le regard à l'enfance. Jenny Zhang est une voix unique qui tranche par rapport à  tout ce que j'ai pu lire sur ces sujets et il y a fort à parier que cette lecture ne laissera personne indifférent, en positif ou en négatif car certains passages sont particulièrement dérangeants. Il faut dire que les parents des protagonistes portent un double handicap, celui d'avoir grandit sans repères éducatifs et sans instruction du fait d'une révolution culturelle profondement destructrice, et celui de l'immigrant avec toutes les difficultés liées à l'installation dans un nouveau pays. 
 
Des histoires denses, riches, brutales mais aussi pleines d'humanité, qui bousculent et m'ont parfois fait sortir de ma zone de confort. 
À l'arrivée, un livre à valeur universelle qui compte, puissant et marquant. ❤️
 
Tirés du texte :
 She wasn't going to let someone else be better than her at making her children feel pain or scare them more than she could, 
and to her, that was a form of protection.
 
That trip didn't make them travelers, at least not the way the people I met at Stanford would speak of travel ; that trip just made them immigrants,
 it made them charity. They became people to be saved, to be helped by institutions and individuals. 

Maybe we would grow apart, he would develop a personality that I would know nothing about, We would start our families, have children of our own, and there would come a point when in thinking about "family" we would think of the ones we made, not the ones we were from. From  that point on, I would refer to him as "your uncle" and he would mostly refer to me as "your aunt"  and it would take a long time for our children to even understand that we were siblings first, but more than that, our children just as we hadn't, would likely not think much about a time before they were born, a time when he was my brother and I his sister,  and together, we were our parents' children. 

Being someone is terrifying. I long to come home, but now, I will always come home to my family as a visitor, and that weighs on me,
 reverts me back into the teenager I was, but instead of insisting that I want everyone to leave me alone,
 what I want now is for someone to beg me to stay. 

At home we spoke Chinese. None of us knew how often and how badly the other made mistakes in English. None of us knew the other's humiliations.

If I somehow escaped drugs, pregnancy, pimps, and gangbangers, then I would still have to deal with my parents, and the constant unloading of their fears made it impossible for me to fear the feared things themselves as all my time was taken up fearing my parents would never stop fearing. 

That was the secret of being me back then : if you never say a word, people will think you don't know anything, and when people think you don't know anything, they say everything in front of you and you end up containing everything. On the inside, I was vast. On the outside, I was known idiot. 

People died of anger back then. They died of humiliation, they died of sadness, they died of longing. They died of shame. Families were separated. Husbands and wives assigned to provinces thousands of miles away from each other. My mother and father saw each other five times in ten years.I saw my father a total of three times after my ninth birthday. People my age walk with cane because they were sent to the countryside and worked to exhaustion. 
 
Her mom was from Taiwan and my mom was from mainland. According to my mom, that made all the difference. 
"it means they fled after the civil war. They were on the losing side. It means they went to school. They live now the way people in China did sixty years ago. The women don't work. They have multiple children if they can. It's the old country, they live like it's still 1920. It's not normal. The men are vicious. They have free rein to beat their wives. It's not look down over there. "
 
 My sweet, well-intentioned parents, no matter how much they tried to see and anticipate and prevent all the things that could hurt me, 
 in the end, had no idea what truly frightened me.
 
I would hate him for hating her and then I would hate her for hating him. Then I would hate myself for not protecting my mother and then I would hate my mother for needing me to protect her, and then I would hate my father for causing my mother to need that protection, and finally, I would hate them both for insisting that the person who really needed protection was me, and if I had any chance of surviving, I would have to be better than perfect. What I wanted to know was if my parents couldn't even be satisfactory to each other, than why I was expected to be perfect? 
 So I was fed and I was looked after and I was encouraged to be perfect and I was told over and  over that life would always improve, that this was how anyone at all was supposed to live, by striving, by being perfect when you were young and it was still easy to be perfect because just wait, my father would say, just wait until you're older, but I didn't need to wait. I was young now and I found it so fucking hard. 

To know the true wonder of suddenly existing was to know the true fear of suddenly ceasing to exist.

Titre original : Sour Heart
Titre français : Cœur âpre
Auteur : Jenny Zhang
Première édition : 2017

lundi 18 mai 2020

Adieu au lac mère / Leaving Mother Lake de Yang Erche Namu et Christine Mathieu

Dans les montagnes sino-tibétaines dominant le lac Lugu, à la frontière du Yunnan et du Sichuan, Namu appartient à la minorité Moso, assimilée aux Naxi ou aux Mongols selon les classifications chinoises alors que c'est un peuple bien à part qui se revendique comme tel. Traditionnellement, la société Moso fonctionne en effet selon un système matrilinéaire unique dans lequel les femmes sont au cœur du foyer, les hommes vivant avec leurs mères et leur sœurs ou transitant dans des caravanes commerciales, amants "ambulants" des femmes qui leur ouvrent leurs portes pour une nuit ou toute une vie, l'acte sexuel relevant d'un choix de la femme indépendamment du mariage qui n'existe pas ou d'une vie en commun.

C'est dans cette société que Namu voit le jour à la fin des années 1960. Elle y passe son enfance, grandit à l'école de la vie en jouissant d'une grande liberté, entre la ferme de sa mère et l'isolement des pâturages de yacks en altitude avec un oncle, jusqu'à son passage à l'âge adulte marqué par la "cérémonie des jupes". Une vie marquée par des rythmes immuables, à peine perturbée par les événements historiques qui secouent la Chine, du passage des soldats militants révolutionnaires à celui des gardes rouges de la révolution culturelle.
À l'adolescence, Namu va rompre avec la tradition pour assouvir son besoin de découvrir le monde qui s'est entrouvert grâce à ses talents musicaux et qui se concrétise par des concours, des représentations et finalement, une place à la prestigieuse académie de musique de Shanghai. Des choix qui s'imposent à elle, chargés de culpabilité, marqués par la rupture mais aussi l'appartenance.

Le récit de cette petite fille analphabète traçant sa voie dans un monde moderne qui lui est totalement étranger mais qui l'envoute est raconté à la première personne, organisé et mis en forme sous la plume d'une anthropologue française, Christine Mathieu. À la fin du livre, cette dernière complémente l'histoire de Namu par des éléments sur les Moso qu'elle a étudié et connaît bien, une belle façon de conclure et d'enrichir la biographie.

Un récit "de l'intérieur" d'un personnage authentique parfois superficiel qui m'a semblé manquer de "fond" à mesure de l'avancement de l'histoire (peut-être facile à dire quand on n'a pas connu de tels bouleversements ??? Imputable à l'âge de la toute jeune femme au moment des faits relatés ???) : autant l'enfance dans les montagnes m'a passionnée pour sa fraîcheur, ses anecdotes, son exotisme et ses aspects sociologiques, autant le passage à l'âge adulte m'a paru chaotique ; le personnage est certes transformé par son contact avec la "civilisation" mais son comportement pour y accéder est parfois totalement erratique, une envie plus animale que rationnelle, la musique un moyen plus qu'une passion.

J'avoue avoir fait quelques recherches par ailleurs qui n'ont pas forcément renforcé ma sympathie pour le personnage (un article de blog notamment, writing and losing the autobiography of Erche Namu Yang la fait ressortir comme cupide et peu fiable). Si on en croit les nombreux articles de presse qui lui ont été consacrés à travers le monde, il ressort que Namu est une femme farouchement indépendante, complexe, non conformiste, une ancienne chanteuse et mannequin adulée mais parfois controversée...
... Son livre n'en est pas moins unique, une formidable introduction à un modèle de société porté par les femmes, donnant véritablement matière à réflexion, aux antipodes du modèle dominant dans lequel nous baignons.

Nota : Outre les articles de presse, des documentaires sont disponibles avec des interviews du personnage ou des reportages sur les Moso pour ceux qui comme moi auront eu la curiosité piquée par ce livre.

Tirés du livre:
Women and men should not marry, for love is like the seasons - it comes and goes. A Moso woman may have many lovers during her lifetime and she may have many children. Yet each of them will perhaps have a different father, and none of the fathers will live with his children. Moso children should be raised in their mother's house and take the family name of their maternal ancestors. 

We live close to one another but we don't cultivate the stuff that makes for public outrage in other places. To begin with, Moso women are not sullied by sexual shame - for sex, as I have now discovered, is a much favored source of disgrace in the world. But quite aside from this sexual freedom, which has proved fascinating to revolutionaries, journalists, social scientists, public health officials, and in more recent years, international tourists, we Moso abide by rules of honor that forbid us the dubious pleasures of malicious gossip. 

Matrilineal Moso family cannot help but fascinate - for the Moso are reputed to be the only people in the world who consider marriage an attack on the family.

Sur le sujet des minorités en Chine, voir aussi :
La mémoire du thé / The tea girl from Hummingbird Lane de Lisa See

Titre : Adieu du lac mère
Titre anglais : Leaving Mother Lake / A girlhood at the end of the world
Auteurs : Yang Erche Namu et Christine Mathieu
Première édition : 2003

jeudi 5 mars 2020

Tempête rouge de Tsering Dondrup

Malheureusement, la force de l'éducation et des mouvements politiques peut non seulement anéantir la force de la bienveillance et de l'amour, mais elle peut aussi rendre fou l'homme sain, rendre idiot l'homme sage, pleutre le brave et malveillant le bienveillant.

Tibet, années 1950/1980.

Dans sa vallée tibétaine, lorsque les chinois viennent prendre possession du pays, Yak Sauvage Rinpoché, réincarnation d'un maître du même nom, est un lama vénéré du monastère de Tseshung. Un lama diléttante, gourmand et peu porté à l'étude, dépassé par une condition dont il profite malgré tout. C'est le parcours de ce lama égoïste, sur trois décénnies, que nous livre le roman.
Le statut initial de collaborateur de notre "anti-héro" ne le protège pas longtemps des camps de "rééducation" où il se retrouve exploité avec tout un peuple, soumis et acteur des mouchardages et confessions encouragées par la puissance dominante alors que passent les époques, du "jour d'abomination" et des famines du Grand Bond en Avant à la révolution culturelle et aux procès de la bande des quatre.

Interdit par la Chine, ce roman d'un auteur tibétain reconnu qui a travaillé dans un centre d'archives (poste qui lui a été retiré après l'écriture de ce livre) a pu être traduit et publié à l'étranger. Il permet de donner voix au peuple d'une région peu connue du Tibet passée sous le joug de la Chine communiste. Une récit qui n'est pas sans rappeler tous ceux des goulags, des camps de concentrations et de tous ces lieux d'emprisonnement et d'epouvante au service d'une idéologie, aux mépris des droits de l'homme les plus basiques. À la clé, l'anéantissement d'une culture et la domination des hommes et de la nature, mais pour quelle Humanité ?

L'écriture n'est pas toujours "facile" mais le sujet ne l'est pas non plus, traité de façon finalement efficace, non sans une touche d'humour et d'ironie. Le texte vaut pour l'authenticité de ces hommes déracinés et broyés par un système qui les dépasse, des vies gâchées "compensées" par deux simples briques de thé. Et lorsqu'elles se manifestent, la "bonté" et la bienveillance sont emportées elles aussi, quel que soit leur camp, mais, maigre consolation, même les bourreaux ne peuvent échapper à une machine folle et au retour du baton.

Un texte brutal à valeur universelle comme il en faudrait plus, "de l'intérieur", à prendre comme un témoignage. .

Sur un thème qui s'en rapproche, voir aussi :
Le moine aux yeux verts d'Oyungerel Tsedevdamba et Jeffrey L. Falt( Mongolie.)

Tirés du prologue et du texte :
Le Tibet, à contre-courant du reste du monde, a fait l'expérience de la colonisation à une époque où le Tiers-Monde connaissait le mouvement inverse. 

Si Tsering Dondrup a opté pour la forme romanesque, c'est certainement parce qu'en Chine et plus encore au Tibet sous contrôle chinois, les événements décrits dans ce roman sont encore trop sensibles et parce que leur évocation, quand elle n'est pas interdite, est monopolisée par le pouvoir et ne peut être librement menée sous forme d'enquête ou de recherche historique. 

Les prisonniers s'affaiblissaient un peu plus chaque jour et leurs mouvements se ralentissaient un peu plus chaque jour. Leur souffle s'amenuisait un peu plus chaque jour. Leurs paroles se raréfiaient un peu plus chaque jour. L'éclat de leurs yeux ternissait un peu plus chaque jour. Enfin, sans le moindre gémissement ou sursaut, ils passaient par une étape d'errance dans un brouillard halluciné jusqu'au stade final où, leurs sens ayant totalement décliné, des codétenus arrivés vraisemblablement peu après eux les traînaient à l'extérieur à grand-peine comme des ordures ménagères.
Ce qui s'opposait à la tranquilité des prisonniers, c'était la cruauté de la tempête rouge : juste avant midi, le vent se levait et prenait peu à peu de la vigueur.

Une fois que la faim et la soif les eurent mis au supplice pendant quelques dizaines de jours, voire un ou deux mois, ils devinrent finalement insensibles même à la sensation de faim; (...) Après plusieurs jours de dysenterie, un bourdonnement très désagréable résonnait aux oreilles ; quand il disparaissait, il laissait sourd; le corps enflait ; on devenait muet ; les yeux restaient entreouverts ; on ne se souvenait plus de la silhouette de sa femme et de ses enfants ; on oubliait son propre nom ; on ne s'inquiétait pas du moment de sa mort ; on n'était pas effrayé par la mort ; on restait ainsi un ou deux jours, voire trois ou quatre, peut-être cinq ou six, entre sommeil et veille, entre mort et vie ; ce sursis accordé par le seigneur de la mort, environ un ou deux jours, voire trois ou quatre, peut-être cinq ou six, dépendait principalement de la rigueur du temps qu'il faisait alors : l'été, un ou deux jours, l'automne et le printemps, trois ou quatre jours, l'hiver, cinq ou six jours. 

Ce qu'on appelait "études politiques" n'était ni plus ni moins qu'un "interrogatoire politique". 

Les croyants confessent leurs péchés face à la statue de leur dieu en lui demandant pardon (...) les matérialistes qualifient cela de "superstition" (...). Les prisonniers (...) devaient réciter tous les matins debout face à un portrait de Mao Zedong : "Grandiose dirigeant, grandiose maître, président Mao bien-aimé et respecté, nous vous confessons nos fautes. Nous sommes des criminels. Nous acceptons les peines infligées par la loi, extirpons à la racine les causes de nos crimes et promettons que nous nous réformerons par le travail avec une absolue sincérité, en filant droit et en sachant rester à notre place. "

Titre : Tempête rouge
Auteur : Tsering Dondrup
Première édition française  : 2019

dimanche 1 décembre 2019

La griffe du chien / The power of the dog de Don Wislow


Premier volume d'une trilogie, Dan Winslow ne nous laisse pas un seul moment de répit avec ce thriller détonant. Côté narcotrafficants, Tio Barrera puis ses neveux Adan et Raul qui règnent en maîtres sur le Mexique, plaque tournante ou "trempoline" de la drogue venue d'Amérique latine pour alimenter le marché américain.
Côté américain, le vengeur solitaire /"seigneur de la frontière", Art Keller, ancien du Vietnam qui a un compte à régler avec les Barrera et ne lâchera pas le morceau avant de les avoir fait tomber, c'est une question personnelle. Il lui faut composer avec les services secrets de son pays qui interviennent dans les pays d'Amérique Latine sans états d'âmes et un certain cynisme, peu importe les moyens, pour lutter contre l'avancée des "rouges" plus que contre la drogue, un moyen d'influence et de contrôle plus qu'un fléau.

Une toile absolument démoniaque avec une foultitude de personnages charismatiques aux personnalités complexes comme la belle Nora, call girl de luxe qui partage une amitié improbable avec un évêque ou Callan, gangster irlandais des bas fonds new yorkais embrigadé comme homme de main des services secrets lorsqu'il lui faut se mettre au vert.

Une tension constante, des rebondissement, du machiavélisme, des mensonges, de la corruption à tous les niveaux, des morts, beaucoup de morts souvent pas très propres... Trahisons, vengeances, guerre des gangs, clergé, politiques, gangsters... C'est dense, rythmé, enlevé... On ne sait plus toujours où est le bien et le mal, on tourne les pages à perdre haleine du début à la fin, bref, du grand thriller qui satisfera tous les amateurs du genre, même les plus difficiles.

Just “woaw“!

Titre original : The Power of the dog
Titre français : La griffe du chien
Premier volet de la trilogie de la griffe du chien
Auteur : Don Winslow
Première édition : 2006

dimanche 11 août 2019

I.A. La plus grande mutation de l'histoire / AI Superpowers de Kai-Fu Lee

Kai-Fu Lee est né à Taïwan. Chercheur en informatique, il a travaillé chez Apple et Microsoft dans la Silicon Valley. Il a également dirigé Google China avant de créer sa propre société d'investissement. Acteur de l'Intelligence Artificielle au coeur des deux plus grandes puissances de l'I.A., les États-Unis et la Chine, il est reconnu comme l'un des plus grands experts de son domaine.

Dans ce livre très abordable, il dresse un panorama historique sur l'I.A., montre ce qu'elle peut faire dans le monde d'aujourd'hui, explique le choix politique de la Chine d'investir massivement dans le domaine depuis 2016 et les progrès réalisés avec un momentum inconnu ailleurs, expose les challenges sociétaux  associés à son intrusion dans tous les domaines de la vie et analyse les enjeux géopolitiques qui résultent de la situation d'affrontement entre les deux grandes puissances qui la dominent.

Au delà de la présentation "professionnelle" de  l'I.A., ce gourou, nous offre également une réflexion plus personnelle sur le devenir de la société et de l'humain compte tenu de la révolution en cours, l'impact sur le travail des cols blancs, les pistes à suivre pour l'avenir afin de garder/donner du sens à la vie sachant que des millions de personnes seront impactées à l'échelle planètaire.

C'est une introduction très claire au domaine de l'I. A. et aux questions qu'elle soulève. La deuxième partie est beaucoup plus personnelle, une reféxion résultant d'un grave problème de santé qui a conduit l'auteur à prendre du recul par rapport à son travail pour considérer des questions plus existencielles. Certains de ces éléments de réflexion rejoignent ceux que soulève Yuval Noah Harari dans 21 leçons pour le XXIè siècle ou Homo Deus.

Un livre de référence passionnant qui se lit comme un roman.
      
Extraits du texte :

Today, successful AI algorithms need three things : big data, computing power, and the work of strong - but not necessarily elite - AI algorithm engineers. Bringing the power of deep learning to bear new problems requires all three, but in the age of implementation, data is the core.

The AI world order will combine winner-take-all economics with an unprecedented concentration of wealth in the hands of a few companies in China and the United States. This I believe, is teh real inderlyong threat posed by artificial intelligence : tremendous social disorder and political collapse stemming from widespread unemployment and gaping inequality. 

Silicon Valley juggernauts are amassing data from your activity on their platforms, but that data concentrates heavily in your online behavior, such as searches made, photos uploaded, YouTube videos watched, and posts "liked". Chinese companies are instead gathering data from the real world: the what, when, and where of physical purchases, meals, makeovers, and transportation.

Titre français : I.A. La plus grande mutation de l'histoire 
(Édition française à paraître septembre 2019)
Titre anglais original : A.I. Super-Powers / China, Silicon Valley and the new world order
Auteur : Kai-Fu Lee
Première édition : 2018

jeudi 8 août 2019

La montagne de l'âme / Soul Mountain de Gao Xingjian


"The true traveller is without goal, it is the absence of goals which creates the ultimate traveller."

Avec La montagne de l'âme/Soul Mountain, Gao Xingjian nous entraîne à travers la Chine des années 1980. Un périple traversant des paysages millénaires, marqué de rencontres au cours desquelles le narrateur partage son expérience intime et recueille des témoignages, des mythes et des légendes dans une Chine encore traumatisée par la révolution culturelle. Des explorations également très personnelles, qui passent par le voyage intérieur, les questions existencielles du moi.

Un ouvrage non linéaire dans lequel on "saute" littéralement d'un chapitre à l'autre, au gré de l'auteur, sans vraiment d'enchaînement logique ou de transition. L'ensemble semble constituer un mélange de souvenirs, expériences, observations, récits, témoignages, interrogations personnelles, mythes, légendes, chansons folkloriques ou poésies. Des histoires plus ou moins prenantes, déroutantes pour certaines, laissées parfois sans conclusion, des réflexions sur le voyage et le sens de la vie.

Un "pavé" qui se mérite, un peu ardu à lire si bien que je m'y suis reprise à plusieurs fois avant d'en venir à bout. Qualifié de roman sans vraiment pouvoir prétendre l'être, c'est un livre destabilisant et surprenant dont j'ai avalé certains passages avec délectation alors que je me suis copieusement ennuyée à d'autres ...

Difficile à classer, ce n'est pas la première fois que je suis déconcertée par un auteur chinois !

Gao Xingjian vit en France ; en 2000, année de parution de ce premier roman, il a reçu le prix Nobel de littérature pour l'ensemble de son oeuvre.

Extrait du livre :

This is pristine natural beauty. It is irrepressible, seeks no reward, and without goal, a beauty derived neither from symbolism nor metaphor and needing neither analogies nor associations. 

For those I had wronged my death could count as a sort of compensation and for those who had wronged me I was powerless to do anything. Life is probably a tangle of love and hate permanently knotted together. Could it have any other significance? 

Philosophy in the end is an intellectual game (...)
Fiction is different from philosophy because it is the product of sensory perceptions. 

"This isn't a novel!"
"Then what is it ?" he asks.
"A novel must have a complete story."
He says he has told many stories, some with endings and others without.
"They're all fragments without any sequence, the authot doesn't know how to organize connected episodes."

Titre français : La Montagne de l'âme
Titre anglais : Soul Mountain
Auteur : Gao Xingjian
Première édition : 2000

mercredi 27 mars 2019

Le pic du vautour / Vulture Peak de John Burdett

Alors que Vikorn, le patron de Sonchai Jitpleecheep, se présente comme candidat aux prochaines élections, notre inspecteur métis est lancé sur la piste de traficants d'organes. Une enquête dont le centre de gravité semble situé dans une villa d'exception sur les hauteurs Phukhet avec des ramifications à Dubaï, en Chine et à Hong Kong et pour laquelle il sera confronté aux redoutables soeurs Yip, des jumelles absolument diaboliques.

Une histoire machiavélique à laquelle on se laisse prendre même si la qualité du ton a perdu de sa fraîcheur et de son humour pour s'essouffler doucement par rapport aux premiers épisodes de la série. Un bon moment de lecture toutefois pour les amateurs de polars avec un sujet surfant malheureusement sur certaines réalités du monde mais de celles dont on parle peu parce qu'elles sont soigneusement passées sous le manteau.

Du même auteur, voir :
Le joker / The Bangkok Assett 
Le parrain de Katmandou / The godfather of Kathmandu
Bangkok Haunts / Bangkok Psycho
Bangkok Tattoo / Bangkok Tattoo
Bangkok 8 / Bangkok 8

Titre original : Vulture Peak
Titre français : Le pic du vautour
Cinquième volume de la série "Bangkok"
Auteur : John Burdett
Première édition : 2012

mardi 26 mars 2019

L'empire de l'or rouge de Jean-Baptiste Malet


Résultat d'une incroyable enquête menée sur plusieurs années par le journaliste Jean-Baptiste Malet, l'empire de l'or rouge nous apprend tout tout tout sur la tomate industrielle. Un produit courant pour les foyers du monde entier, totalement mondialisé et globalisé, dont on découvre les dessous avec des acteurs clés en Chine, en Italie, aux États-Unis en plus de toute une histoire insoupsonnée qui passe par l'immigration italienne aux États-Unis, la Californie et la mécanisation des récoltes ou encore les usines Heinz à l'avant garde du paternalisme et de la taylorisation dès le début du XXème siècle.

Un essai exhaustif qui pose beaucoup de questions et dont les réponses expliquées de façon claire et soigneusement documentées font véritablement froid dans le dos. Au fil des pages, de la récolte à la transformation, du négoce au transport en passant par la distribution, l'auteur décortique un imbroglio-industrialo-géopolitique extrêmement complexe avec des acteurs peu scrupuleux qui ne pensent qu'au business et jouent sur les législations - le diable est dans les détails - en sachant toujours s'adapter pour contourner les mesures d'ajustement qui pourraient les géner. En Italie, il est question d'agro-mafia et de formes d'esclavagismes modernes insoutenables dans l'exploitation qui est faite des vagues de migrants qui affluent vers l'Europe, un mouvement d'une perversité absolue qui soulève le coeur.   

On lit cette enquête passionnante comme un polar avec parfois une certaine incrédulité devant les proportions et les dérives d'une machine emballée, inhumaine, dégoûtante. S'il y a une certitude, c'est qu'après cette lecture, on ne pourra plus jamais regarder une boîte de tomates de la même façon et qu'il faut non seulement apprendre à lire entre les lignes des étiquettes des produits alimentaires industriels si on ne peut pas les éviter en plus d'aiguiser sa méfiance pour tout ce qui subit une transformation ... mais bon, pour ce qui est de la tomate, tout le monde le sait : elle se consomme fraîche et en saison !

Titre : L'empire de l'or rouge
Auteur : Jean-Baptiste Malet
Première édition : 2017

jeudi 7 mars 2019

Cinq méditations sur la beauté de François Cheng


À la frontière de deux cultures - la française d'adoption et la chinoise d'origine - François Cheng nous livre ces cinq "méditations" sur la beauté. Cinq dissertations rassemblées dans ce petit livre pour aller chercher la signification profonde portée par cette locution, une approche assez intellectuelle mais aussi spirituelle dans un énoncé à la fois philosophique et poétique. Un discours construit et riche de références multiples, qui se mérite un peu et que j'ai donc abordé de-ci, de-là, une méditation puis une autre. 

L'unicité transforme chaque être en présence, laquelle, à l'image d'une fleur ou d'un arbre, n'a de cesse de tendre, dans le temps, vers la plénitude de son éclat, qui est la définition même de la beauté.

La beauté est la noblesse du bien, le plaisir du bien, la jouissance du bien, le rayonnement même du bien.

Comment nier que, du fait de l'unicité des êtres et des cultures, la diversité est la condition même de l'humain, 
qu'elle est sa richesse et sa chance ? 

Titre : Cinq méditations sur la beauté
Auteur : François Cheng
Première édition : 2006

jeudi 4 octobre 2018

Le Joker / The Bangkok Asset de John Burdett


À Bangkok, le nom de l'inspecteur Sonchaï Jipleecheep a été inscrit en lettre de sang sur le miroir d'une scène de crime peu banale : la victime a eu la tête arrachée à mains nues par un individu à la force surhumaine. L'inspecteur va mener l'enquête non seulement à Bangkok mais aussi au fin fond de la jungle cambodgienne dans un camp militaire secret, laboratoire depuis plusieurs décennies d'expériences psychologiques et physiologiques menées sur d'anciens combattants de la guerre du Vietnam. Derrière tout ça, un complot d'ampleur internationale autour d'un personnage central, le Joker. 

J'avais déjà eu l'occasion de découvrir John Burdett au travers de Typhon sur Hong Kong, ouvrage marquant pour quelques passages particulièrement gores. Avec le Joker (The Bangkok Asset) on reste dans l'ultra violence, plongé dans un monde à la limite de la science fiction et du surnaturel, où règnent la corruption, la drogue et les luttes d'influence dans la course à la domination internationale.

Un thriller qui passe ou qui casse, on aime ou on aime pas ... et moi, cette fois, j'avoue avoir eu un peu de mal à me plonger dans cette histoire qui ne m'a pas tenue en haleine ni vraiment convaincue.

Titre original : The Bangkok Asset
Titre français : Le Joker
Auteur : John Burdett
Première édition : août 2015

jeudi 11 janvier 2018

Quand nous étions orphelins / When we were Orphans de Kazuo Ishiguro


Christopher Banks a grandi à Shanghai dans la concession anglaise jusqu'à la disparition de ses parents survenue alors qu'il avait environ une dizaine d'années. Une enfance au début du 20ème siècle dont il lui reste des brides de souvenirs, l'amitié avec son petit voisin japonais Akira, la nounou Mei Li, une mère engagée dans la lutte contre l'opium aux côtés de l'oncle Philip ... Rapatrié en Angleterre par la compagnie de son père, il grandira en profitant d'une rente héritée de ses parents, confié à la garde d'une vieille tante. À l'age adulte, les cercles de la haute société lui sont ouverts et le jeune homme trace sa voie en tant que détective un peu idéaliste oeuvrant pour un monde meilleur avec une réputation d'efficacité de plus en plus affirmée. Une fois ses armes bien aiguisées, il retourne à Shanghai pour tenter de résoudre l'enquête sur la disparition de ses parents alors que la ville est asiégée, les étrangers témoins de la bataille qui fait rage entre japonais et chinois à l'orée de la deuxième guerre mondiale ...

 Notre destin, à nous et à nos semblables, est d'affronter le monde comme les orphelins que nous sommes, 
pourchassant au fil de longues années les ombres de parents évanouis.

J'avais envie de lire Kazuo Ishiguro, récipiendaire du prix Nobel de littérature 2017, et porté mon choix sur ce livre ... mais je me suis rendue compte au fil des pages qu'il m'était déjà passé entre les mains, ça arrive ! Si cette histoire n'était donc pas une véritable nouveauté, j'ai tout de même eu beaucoup de plaisir à redécouvrir ce texte, la finesse de l'écriture, l'élaboration de la trame, les personnages, le contexte historique et sociétal de l'Angleterre mondaine et coloniale, la relation alambiquée avec Sarah, l'amitié inconditionnelle avec le petit voisin japonais avec ses non-dits et ses sous-entendus culturels ... Bien qu'il ne soit pas le plus central, le personnage d'Akira est attachant et intéressant pour sa sensibilité et ses tiraillements d'enfant expatrié exposé à une autre culture que celle dont il est originaire, le poids de sa partie nippone se révèlant particulièrement impitoyable dans le contexte de l'époque.

"Auteur britannique d'origine japonaise", si le nom de Kazuo Ishiguro est on ne peut plus japonais, la plume n'en est pas moins très anglaise*, enrichie de la pertinance de celui qui a grandit avec une double culture. Après cette relecture, l'envie est là pour explorer d'autres de ses textes ... 

Note :
* Pas plus britannique non plus que son Les Vestiges du jour / The Remains of the Days  immortalisé à l'écran par Anthony Hopkins dans le role du majordome.

Titre original : When we were orphans
Titre français : Quand nous étions orphelins
Auteur : Kazuo Ishiguro (Prix Nobel de littérature 2017)
Première édition : 2000

mercredi 27 décembre 2017

La mémoire du thé / The tea girl of Hummingbird Lane de Lisa See


Dans les années 1980 et les villages des minorités Akha des montagnes du Yunnan (Chine), la vie reste encore très traditionnelle, rythmée par les saisons et la cueillette annuelle du thé cultivé en terrasses, les rites, les interdits et les purifications. Mais le monde est en train de changer. Li-Yan, la fillette de la famille est autorisée à suivre l'école sous la houlette d'un maître qui a atterri dans cette région reculée au moment de la révolution culturelle sans jamais pouvoir repartir dans sa ville d'origine. Sa connaissance du mandarin permet à Li-Yan de jouer les interprètes lorsqu'une jeep apparait à l'entrée du village (la première jamais vue en ces lieux) conduite par un étranger venu de Hong Kong accompagné de son jeune fils. L'homme est à la recherche de thés Pu'er originels rares dont il va relancer la production alors que la Chine se métamorphose sous les réformes de développement économique lancées par Deng Xiaoping. Dans cette Chine poussée au triple galop, Li-Yan va accompagner le mouvement et connaitre une destinée hors du commun. D'abord tragique avec notamment une petite fille qu'elle doit abandonner à l'adoption à peine mise au monde et à qui elle laisse en unique héritage une galette de thé très spéciale; puis exceptionnelle, en faisant sa trace par le thé, du Yunnan aux États-Unis en passant par Guangzhou.
Une véritable saga du Pu'er et de ses traditions alors que le destin de la fille de Li-Yan, adoptée par un couple américain sans autre enfant, est évoqué de façon originale au travers de rapports médicaux, de relevés scolaires, de sessions de thérapies avant qu'elle ne devienne une jeune femme capable de prendre voix.

Je suis une inconditionnelle de Lisa See qui est pour moi une vraie valeur sûre quand on s'intéresse à la culture chinoise parce que chacun de ses livres apporte un petit concentré de culture qui permet d'aborder les quelques thèmatiques qu'elle choisi d'y développer, toujours habilement mises en scène par des personnages féminins forts et attachants; on apprend immanquablement quelque chose.
C'est donc sans attendre la version française que je me suis précipitée sur son dernier roman The tea girl of Hummingbird Lane. Dans la lignée des ouvrages précédents, il met en scène des personnages crédibles et captivants servant de prétexte pour aborder quatre nouveaux thémes :
1 - Celui des minorités chinoises et plus particulièrement celle des Akha dont les croyances et les traditions sont mises en scène de façon très vivante,
2 - Celui du thé, en particulier le Pu'er, au goût de terroir très prononcé, très réputé en Chine et auprès de sa diaspora avec ses crus et ses connaisseurs qu'on peut rapprocher en termes d'équivalence culturelle à l'œnologique,
3 - Celui de l'adoption massive des petites filles chinoises après l'ouverture de la Chine, conséquences notamment de la politique de l'enfant unique avec les interrogations que cela peut susciter du côté des adoptées, une question qui est parfois loin d'être simple, 
4 - Celui du développement économique très rapide de la Chine depuis le milieu des année 1980, avec ses conséquences jusqu'aux campagnes les plus profondes, ses périodes de spéculation débridées suivies de crises, etc.

Même si la culture chinoise ou celle de la minorité Akha ne leur laissent traditionnellement pas la part belle, les personnages féminins de Lisa See ont une fois encore une position centrale dans ce roman, porteuses de la culture et des traditions. Li-Yan symbolise l'ouverture sur le monde et la modernité avec une rupture de la tradition à laquelle elle finira par revenir parce que les liens avec sa lignée peuvent se distendre sans se rompre. J'ai aimé ce personnage mais aussi celui de la mère de Li-Yan, sage-femme, guérisseuse, gardienne d'arbres à thé anciens protégés et transmis par une lignée de femmes garantes du respect des traditions. Les belles soeurs, l'amie, les responsables de l'orphelinat, la fille ou la mère adoptive offrent elles aussi une grande variété de portraits de femmes au côté de profils masculins tous aussi divers.

Comme les précédents, j'ai aimé ce livre très abordable, réaliste, agréable et facile à lire, pas seulement pour ses personnages et leur histoire mais aussi et surtout pour tout ce qu'ils nous apprennent de la culture chinoise dont on s'imprègne avec une grande facilité pour en découvrir ou approfondir certains aspects (et s'en souvenir) avec la garantie d'un auteur sérieux et bien documenté.

Valeur sûre !

Mise à jour de l'article (ajout du titre français) : 10/04/2018

Titre original : The tea girl of Hummingbird lane
Titre français : La mémoire du thé (à paraitre 2/05/2018)
Auteur : Lisa See
Première édition : mars 2017

Nota, du même auteur, j'ai aimé :
Fleur de neige / Snow Flower and the secret Fan - Sous la dynastie des Qing - Thèmes des pieds bandés, des mariages arrangés, des liens particuliers des laotong avec l'écriture secrète des femmes Nu Shu,
Le pavillon des pivoines / Peony in love - Au 17ème siècle - Thème de l'opéra chinois et des croyances sur ce qui se passe après la mort, le destin d'un fantôme,
Filles de Shanghai / Shanghai girls - Période 1937-1957 - Thèmes du Shanghai des années folles, de la guerre et la fuite marquée par les horreurs de l'invasion japonaises, de l'émigration chinoise vers l'ouest américain passant par la mise en quarantaine sur Angel Island avant d'être admise sur le territoire, les combines de cette immigration, les grandes années du quartier chinois de Los Angeles, etc.,
Ombres chinoises / Dreams of joy - En Chine, période du grand bond en avant et de la grande famine qui en a découlée,
Poupées de Chine / China Dolls - Le monde des cabarets chinois des années 1930 et 1940 aux Etats-Unis,
On gold Moungtain, a memoir - L'histoire de la famille de Lisa See qui débute avec son arrière grand-père arrivé aux États-Unis avec les toutes premières vagues d'immigrants chinois et marié, c'était plutôt inhabituel, à son arrière grand mère blanche ... (Pas de version française de ce livre à ma connaissance)

samedi 24 juin 2017

Le murmure des ombres / Whispering shadows de Jan-Philipp Sendkler



Depuis la mort de son fils, Paul Leibovitz vit en reclus sur l'île de Lamma à Hong Kong. Des journées coupées du monde, faites d'habitudes et de rituels pour cet occidental qui vit en Chine depuis trente ans.
Au cours de l'un de ses petits pèlerinages personnels, il rencontre Elizabeth, une américaine désespérée par la disparition de son fils parti en Chine pour affaires et dont la souffrance fait écho à la sienne. En voulant lui apporter son aide, il doit sortir de sa peau d’ermite, fait appel à un vieil ami chinois inspecteur de police à Shenzhen et se retrouve mêlé à une sombre enquête de meurtre dans un monde impitoyable et corrompu ...

J'étais restée sur une impression très mitigée après la lecture de l'art d'écouter les battements de coeur. Et puis, deux vols longs courriers à enchaîner aidant, j'ai finalement refait une tentative avec le murmure des ombres, en me disant que je ne prenais pas trop de risque avec un roman de lecture facile. Essai réussi qui m'a réconciliée avec l'auteur. Il nous entraîne dans une enquête policière efficace et divertissante entre Hong Kong et Shenzhen des lieux qui me sont familiers et sont bien évoqués.
Un polar abordant pas mal de sujets, un deuil, une histoire sentimentale, le déclin industriel occidental et le boom économique de la Chine avec, en filigrane, le traumatisme de toute une génération au moment de la révolution culturelle.

A priori, le début d'une "trilogie chinoise".

Titre anglais : Whispering Shadows
Titre français : le murmure des ombres
Auteur : Jan-Philipp Sendker
Première édition : 2015