lundi 18 octobre 2021
Pachinko / Pachinko de Min Jin Lee
dimanche 19 septembre 2021
Et vous, comment vivrez-vous ? / How do you live? De Yoshino Genzaburô
mardi 14 septembre 2021
Âme brisée de Akira Mizubayashi
samedi 22 mai 2021
La république du bonheur de Ogawa Ito
lundi 3 mai 2021
La fille de la supérette (Konbini) / Convenience Store Woman de Sayaka Murata
samedi 10 avril 2021
Le crépuscule de Shigezo / The twilight years de Sawako Ariyoshi
Tokyo / années 1970.
À la mort de son épouse, Shigezo doit être pris en charge par la famille de son fils Nobotushi qui vit dans la maison voisine du pavillon occupé jusqu'alors par les deux anciens. Malgré cette proximité spatiale, Nobotushi, sa femme Akiko et leur fils Satochi, n'avaient aucune idée de la dégénérescence psychique de Shigezo et de sa dépendance, un état qu'ils découvrent, qu'il va leur falloir gérer et qui va bousculer leur quotidien bien rodé et sans temps mort : Notobushi, aux idées et au comportement des plus traditionnels travaille dans une grande entreprise qui occupe tout son temps ; Satochi est lycéen et prépare de façon intensive ses examens d'entrée à l'université ; Akiko jongle entre un travail auquel elle tient et les tâches ménagères qui lui incombent... Mais c'est tout de même sur les épaules de cette dernière que va reposer la responsabilité des soins au vieil homme d'autant plus que celui-ci, après lui avoir mené la vie dure pendant des années, ne semble plus jurer que par elle, il ne reconnait qu'elle.
Entre fugues, réveils au milieu de la nuit, incontinence, isolement et problèmes de garde en journée ou encore un appétit jamais rassasié alors que Shigezo avait l'estomac plutôt délicat autrefois, la vie semble tout d'abord devenir un enfer. Mais Akiko, malgré sa modernité, a le sens du devoir et va se consacrer à l'accompagnement du crépuscule de ce beau-père, l'occasion de comprendre que son problème n'est pas isolé, de s'interroger sur la place de chacun dans la famille et sur sa propre et ineluctable vieillesse tout en développant une certaine tendresse pour celui qui ne semblait pas trop la mériter.
La famille Tachibana nous plonge dans les problématiques de la fin de vie et Sawako Ariyoshi nous dresse encore une fois un magnifique portrait de femme coincée entre tradition et modernité, ainsi qu'une chronique familiale finement observée et rendue, pleine d'humanité et de valeurs universelles. Bien que l'histoire se déroule au Japon dans les années 1970, beaucoup des réflexions et des observations du livre restent intemporelles et totalement d'actualité, me renvoyant à ma propre expérience. J'ai beaucoup aimé ce livre sur un thème difficile et pas franchement rigolo mais traité de main de maître, une valeur sûre, une auteure "classique" qui ne m'a jamais déçue.
dimanche 7 mars 2021
Le stradivarius de Goebbels de Yoann Iacono
dimanche 13 décembre 2020
Kaé ou les deux rivales / The Doctor's Wife de Sawako Ariyoshi
lundi 5 octobre 2020
Pacifique de Stéphanie Hochet
mercredi 9 septembre 2020
Les dames de Kimoto / The River Ki de Sawako Ariyoshi
Japon, fin du XIXè siècle aux années 1950
Hana a 20 ans lorsqu'elle quitte sa grand-mère Toyono qui l'a élevée, pour se marier. Après les derniers rituels au temple, elle descend la rivière Ki en grande pompe pour rejoindre la famille du mari qui a été choisi pour elle, un propriétaire terrien, l'aîné d'une famille, un bon parti. Nous sommes à la fin du XIXè siècle à une époque charnière car le Japon est entré dans l'ère Meiji en faisant le choix de la modernité et Hana, une enfant de son temps, a tout à la fois fréquenté l'école secondaire et reçu une éducation classique pour maitriser les arts ménagers et artistiques - littérature, musique, cérémonie du thé, etc. Calme, diplomate, respectueuse des traditions, Hana se met au service de sa nouvelle famille, de la carrière de son mari, moins cultivé qu'elle mais prometteur et dévoué à sa région.
jeudi 28 mai 2020
La papeterie Tsubaki de Ogawa Ito
Japon, époque contemporaine.
À Kamakura, Amemiya Hatoko a repris la papeterie de celle qu'elle appelait "l'aînée" et qui l'avait initiée dès son plus jeune âge à la calligraphie et au métier d'écrivain public ; une grand-mère très rigoureuse contre laquelle elle s'était révoltée adolescente avant de partir explorer le monde sans jamais la revoir avant son décès.
Été, Automne, hiver, printemps,
au fil des saisons,
dans sa petite boutique traditionnelle ombragée d'un camélia géant,
la jeune femme reprend le flambeau et l'exercice du seul métier auquel elle a été préparée,
celui de “femme à tout faire du pinceau" :
Cartes de vœux, lettre de condoléances, billets doux, missive "banale", lettre de refus, lettre du paradis, etc., chaque commande est unique et fait l'objet d'un travail chaque fois renouvelé : il faut trouver le bon texte, la bonne formulation mais aussi les bons outils, les supports appropriés, l'écriture qui convient pour traduire parfaitement la pensée, le coeur, la personnalité et l'objectif de celui qui la passe. Ces exercices amènent la jeune femme à mieux comprendre l'héritage qu'elle a reçu, qui elle est en se réconciliant avec elle-même, alors que se tisse progressivement, autour d'elle, une nouvelle vie, de nouvelles relations.
Un livre plein de douceur qui m'a rappelé "les délices de Tokyo" de Durian Sukegawa. que j'avais tout autant adoré. Ce roman soulève avec délicatesse un bout de voile sur le monde inattendu du métier d'écrivain public, son rapport à l'écriture, la psychologie qu'il recèle. Je me suis attachée aux personnages, tant principal que secondaires et à leur petit monde de Kamakura, balisé au fil des saisons par des rituels qui semblent immuables et indifférents au monde touristique drainé par les sanctuaires de cette station japonaise réputée.
Une plongée hors temps avec ce livre en forme de friandise qui fond doucement sous la langue comme un délicieux bonbon dont on garde encore longtemps après l'avoir fini le goût avec soi. ♥️♥️♥️
Tirés du livres :
Voir aussi :
Les délices de Tokyo de Durian Sukegawa
Titre : la papeterie Tsubaki
Auteur : Ogawa Ito
Première édition : 2016
vendredi 4 octobre 2019
Le yoga de la vue de Kazuhiro Nakagawa
Dans ce livre de développement personnel, Kazuhiro Nakagawa, directeur du centre de remise en forme de la vision à Tokyo, expose et explique "sa" méthode développée au cours de ses années de pratique pour maintenir et retrouver une bonne vision, applicable de façon universelle à condition d'y croire et surtout de s'y atteler.
Un texte pas toujours bien écrit mais une théorie très intéressante qui vaut d'être lue, accompagnée d'exercices et de méthodes simples à suivre, à la portée de tous. L'auteur nous invite non seulement à faire travailler les yeux- dans tous les sens, par le mouvement, la profondeur, le massage ou les contrastes-, mais aussi à stimuler le corps, la mémoire et la respiration. Un ensemble inspiré de la philosophie du yoga, soigneusement détaillé pour une pratique régulière pouvant être intégrée au quotidien.
L'idée c'est que nous avons tous en nous "le pouvoir de voir" inscrit de façon indélébile dans notre cerveau et qu'il n'y a aucune fatalité lorsque la vue se détériore, malmenée par les écrans, le mode de vie, le temps, un traumatisme, une opération, etc.
Avec de la volonté, des stimulations adaptées soutenues par une mise en pratique régulière, Kazuhiro Nakagawa démontre qu'il est possible de retrouver ce "pouvoir de voir", même dans des cas qui paraissent désespérés.
Alors pour moi c'est simple, il m'a convaincue que la presbytie n'est peut-être pas inéluctable et qu'il faut s'y mettre, le capital visuel est trop précieux : yapluka !
Tiré du texte :
(...) le "pouvoir de voir" est l'interrupteur qui nous permet de démarrer quelque chose. Il éveille et active ce qui sommeille en nous.
Il nous permet un nouveau départ, une renaissance, qui peut nous apporter une révélation porteuse d'un message de vie.
C'est pour cette raison que j'appelle cet interrupteur visuel "le bouton du bonheur".
Pour allumer cette "lumière du bonheur", vous devez avant tout capter la lumière.
En fonction du pouvoir de voir du cerveau et de l'état de la mémoire ainsi que du contexte culturel, nous pouvons en arriver à voir des objets qui n'existent pas, ou à ne pas réussir à voir ce qui est sous nos yeux.
Quand quelqu'un peine à se souvenir des événements récents alors qu'il se rappelle facilement ses souvenirs d'autrefois, quand la vue était encore bonne, c'est en grande partie à cause de l'impact de non seulement du vieillissement du cerveau, mais aussi de l'hypermétropie.
Titre : le yoga de la vue
Titre anglais : The yoga of Natural Vision Correction
Auteur : Kazuhiro Nakagawa
Première édition : 2013
lundi 30 septembre 2019
La mémoire sous les vagues de Laurence Couquiaud
Yukiko, photographe franco-japonaise basée à Tokyo, part à la recherche de sa grand-mère disparue dans la zone touchée par le tsunami.
Yokohama, 1863.
Découverte du Japon de la fin du XIX ème siècle au travers de l'histoire d'Okanekichi, geisha renommée. Entre tradition et modernité, la jeune femme épouse un jeune peintre occidental associé à un ami photographe qui immortalisent un Japon en voie de disparition.
Deux époques et deux histoires de femmes marquées par les tragédies, dont les ramifications finissent par s'entremêler en offrant un joli panorama culturel du pays du soleil levant d'une part et une réflexion intéressante sur la transmission, la mémoire et l'oubli d'autre part. C'est bien écrit et bien documenté (en partie basé sur des personnages historiques) avec une touche contemplative dans la mesure où il y a peu d'action et où l'auteur nous donne l'impression d'esquisser deux tableaux se fondant pour partie.
Un bon moment de lecture.
Titre : La mémoire sous les vagues
Auteur : Laurence Couquiaud
Première édition : 2018
vendredi 20 avril 2018
Filles de la mer / White Chrysanthenum de Mary Lynn Bracht
Au début des années 1940, Hana et Emi sont deux soeurs appartenant à la communauté des Haenyeo, des plongeuses indépendantes qui récoltent des fruits de mer et assurent la survie de leurs familles dans l'île de Jeju située à l'extrême sud de la péninsule coréenne.
Pendant l'été 1943, parce qu'elle a voulu protéger sa petite soeur, Hana, alors agée de 16 ans, est enlevée par des soldats japonais et envoyée en Mandchourie comme "femme de réconfort" dans l'un des bordels mis au service de l'armée japonaise.
Décembre 2011, Emi quitte l'île de Jeju pour participer au "millième" rassemblement hebdomadaire de protestation organisé à Séoul devant l'ambassade du Japon afin de demander réparation pour les crimes commis pendant la guerre envers les filles et les femmes coréennes.
Deux soeurs, deux époques et en alternance, l'évocation de deux destins tragiques marqués par les guerres, la seconde guerre mondiale puis celle qui a ensuite déchiré civilement la Corée.
Un roman qui traite d'événements historiques tragiques bien réels, tant sur la question des femmes de réconforts que sur celle des horreurs de la guerre civile en Corée, et que l'auteur dédie à toutes les femmes victimes des guerres où quelles soient et quelle que soit l'époque où elles se déroulent.
Des questions coréennes auxquelles je suis particulièrement sensibilisée pour avoir vécu dans le pays et déjà beaucoup lu sur le sujet*, très bien traitées dans ce roman au travers du destin de ces deux soeurs auxquelles ont s'attache. Les aspects culturels propres à la communauté des Haenyeo ainsi que ceux de la culture coréenne sont bien intégrés et l'histoire juste, avec la douleur, la résilience et le poids du silence qu'il a fallu endurer pendant des années, avant que des femmes osent briser le sceau du secret en parlant. C'est bien sûr aussi et avant tout un roman dans lequel l'auteur incarne ces questions en laissant libre cours à son imagination, notamment dans le dénouement qu'elle choisit de donner à l'intrigue. On est horrifié par la cruauté de ces époques mais on aime ces personnages qui en subissent le joug en s'accrochant à leur humanité.
Un premier roman très réussi et extrêment fort d'une jeune auteur américaine d'origine sud-coréeenne vivant à Londres !
Nota :
* Sur la question des femmes de réconfort, deux livres intéressants publiés en français :
- Un roman : Les orchidées rouges de Shanghaï de Juliette Morillot (2001)
- Une bande dessinée: Femmes de réconfort, Esclaves sexuelles de l'armée japonaise de Jung Kyung-a (2007).
Titre original : White Chrysanthenum
Titre français : Filles de la Mer
Auteur : Mary Lynn Bracht
Première édition : 2018
Extraits du livre :
- They forever after carried a burden of helplessness and overwhelming regret. Family members murdered, starved, stolen, neighbours turning on one another - all this was their han, a word Korean knew and a burden they each held within them. Everyone (...) carried this han (...).
-'We [Haenyeo] dive in the sea like our mothers and grandmothers and great-grandmothers have for hundreds of years. This gift is our pride, for we answer to no one, not our fathers, our husbands, our older brothers, even the Japanese soldiers during the war. We catch our own food, make our own money, and survive with the harvest given to us from the sea. We live in harmony with this world.(...)'
- 'Haenyyeo ? They took her from so far away ?' one woman exclaims. 'From all over,' another answers. 'Even China, the Philippines and Malaysia.' 'And the Dutch girls, too. Remember that one who spoke out ?' 'Yes, the Dutch woman. She was brave to come forward.' (...) Like so many of the other 'comfort women', she had hidden her story of rape and humiliation from her family for over fifty years. When the first Korean 'comfort woman', Kim Hak-sun, came forward in 1991, giving her grim testimony, she was followed by others. They were met with disbelief and branded as money-seeking prostitutes. It was then the Dutch woman, Jan Ruff O'Herne, joined them in a bold move, telling her story at the international Public Hearing on Japanese War Crimes in Tokyo in 1992, and the Western World took notice.
- Her shame is her han. Shame for surviving two wars while those around her suffered and perished, shame for never speaking out for justice, and shame for continuing to live when she never understood the point of her life.
- Emi's grief was buried beneath Jeju International Airport. At the time it was a military airfield, abandoned by the Japanese imperial air force when they left the island after the Second World War ended. More than seven hundred political dissidents were held there (...). The prisoners were executed by firing squad, and their bodies were buried in a massive pit, one on top of the other. No one ever mentioned what was beneath the brand-new runways when the airfield was expanded into the current international airport, but thoses who had lived through the massacres never forgot.
- In December of 2015, South Korea and Japan reached an 'agreement' over the 'comfort women' issue, and both countries hoped to resolve the conflict once and for all, so they could move forward in more amicable international relations. (...) Japan offered South Korea terms, and one of them was the removal of the Statue of Peace, erected on private land across the Japanese embassy in Seoul. Removing this statue is the first step towards the denial of women's history in South Korea. The halmoni rejected this 'agreement' and continue to seek a true resolution because they believe Japan wishes to simply erase the unsightly history of wartime sexual slavery as though the atrocities never took place (...)
Pyeonghwabi (the statue of peace) (...) was for me (...) the symbol representing (...) wartime rape not only of Korean women and girls, but of all women and girls the world over : Uganda, Sierra Leone, Rwanda, Myanmar, Yugoslavia, Syria, Iraq, Afghanistan, Palestine and more. The list of women suffering wartime rape is long and will continue to grow unless we include women's wartime suffering in history books, commemorate the atrocities against them in museums, and remember the women and girls we lost by erecting monuments in their honour, like the Statue of Peace.
mardi 23 janvier 2018
Un artiste du monde flottant / An Artist of the Floating World de Kazuo Ishiguro
Octobre 1948 à juin 1950. Dans le Japon d'après-guerre, Masugi Ono, ancien artiste peintre à la retraite, est préoccupé par sa fille Noriko qui a déjà 26 ans et qu'il faut marier sachant qu'une démarche bien engagée l'année précédente n'a finalement pas aboutie, elle s'est conclue par un désengagement de l'autre famille. De ses réflexions et conversations diverses, notamment avec Noriko ou son autre plus jeune fille Setsuko (mariée à Suichi et mère de Ishiro), Ono en vient à s'interroger sur son passé et l'ombre que celui-ci pourrait projeter sur l'avenir de sa fille. Il faut dire qu'un mariage n'est pas une mince affaire et que chacune des familles fait mener des enquêtes pour s'assurer de l'honorabilité de l'autre.
Du coup, on est plongé dans la tête et le monde d'Ono qui réfléchit, revoit des épisodes et périodes de sa vie, le poids d'un père qui n'approuve pas sa vocation, ses années de formation à travailler à la production de tableaux à la chaine pour l'exportation, les années d'apprentissage chez un maître tourné vers "un monde flottant" (le monde des plaisirs et de la vie nocturne), l'art officiel au service de la nation et les années à enseigner ...
Dans cette poursuite de la découverte de l'oeuvre de Kazuo Ishiguro, on est plongé dans un Japon en pleine mutation présenté au travers de trois générations : celle d'Ono qui représente la génération d'avant-guerre portant le poids moral de la guerre et de ses conséquences ainsi que la mémoire d'un monde en voie de disparition, celle de ses filles et de leurs maris lancés dans la reconstruction, porteuse d'espoir dans une société qui fait table rase du passé et enfin, celle d'Ishiro, le petit-fils qui grandit dans un monde ouvert sur l'occident sous influence de la culture américaine procurant quelques passages assez droles.
Le plus souvent on est toutefois dans le monde intérieur d'Ono avec sa perception des choses, l'impression qu'il est ébranlé par un poids moral lourd du fait de sa participation aux événements de son époque, porté par la conviction d'y avoir occupé une place d'artiste de premier plan ... des impressions sur lesquelles on finit par s'interroger parce qu'elles semblent parfois exagérées et en décalage avec la réalité et le vécu des autres personnages.
Des souvenirs, de la nostalgie, des questions touchant au sens de la vie, de la lenteur et un récit porté par la qualité de l'écriture ainsi que la manière subtile dont il est organisé. Une seule difficulté peut-être, sur les transitions d'âge d'Ono qui ne sont pas toujours nettes, qu'on imagine encore jeune alors qu'il est déjà âgé ou inversement mais qui finalement ne sont peut-être qu'une manifestation du monde flottant caractérisant, aussi, la vie de tout individu. Enfin, on aimerait peut-être en savoir plus sur ces années qui semblent peser le plus sur le personnage alors qu'elles ne sont finalement que très pudiquement et brièvement évoquées, en entrefilet, au travers de la mort d'un fils en Mandchourie et de celle de l'épouse pendant les bombardements.
Pas forcément le genre de livre que je préfère mais une bonne lecture laissant une marque intéressante.
Du même auteur, voir aussi :
Quand nous étions orphelins / When we were orphans
Titre original : An Artist of the Floating World
Titre français : Un artiste du monde flottant
Auteur : Kazuo Ishiguro
Première édition : 1986
Prix Nobel de Littérature 2017
Tiré du livre:
- When you are young, there are many things which appear dull and lifeless. But as you get older, you will find these are the very things that are most important to you.
- Those who sent the likes of Kenji out there to die these brave deaths, where are they today ? They're carrying on with their lives, much the same as ever. Many are more successful than before, behaving so well in front of the Americans, the very ones who led us to disaster. And yet it's the likes of Kenji we have to mourn. This is what makes me angry. Brave young men die for stupid causes, and the real culprits are still with us.
- It's hard to appreciate the beauty of the world when one doubts its very validity.
- It's just that in the end we turned out to be ordinary men. Ordinary men with no special gifts or insight. It was simply our misfortune to have been ordinary men during such times.
-Army officers, politicians, businessmen, (...) they've all been blamed for what happened to this country. But as for the likes of us, Ono, our contribution was always marginal. No one cares now what the likes of us and me once did. They look at us and see only two old men with their sticks. (...) We're the only ones who care now. The likes of you and me, Ono, when we look back over our lives and see they were flawed, we're the only ones who care now.
dimanche 21 janvier 2018
Les délices de Tokyo de Durian Sukegawa
Chez Doraharu on prépare et on vend des dorayaki, des confiseries japonaises confectionées avec deux petites crêpes fourrées de an, de la pâte de haricot rouge. À proximité d'un cerisier qui rythme les saisons, l'échoppe vivote, tenue et gérée sans grande passion par un Sentaro qui se rêvait écrivain mais qui travaille là pour payer une dette à la suite d'errements de jeunesse.
Un jour, Tokue, une vieille femme aux mains toutes tordues lui propose ses services pour confectionner la pâte de haricot rouge afin de remplacer la version industrielle "sans âme" qu'il utilise. Il refuse mais la vieille dame est persévérante, elle sait "écouter les haricots" pour préparer une pâte sans pareil et puis s'il pouvait augmenter son chiffre d'affaires, Sentaro pourrait peut-être rembourser plus rapidement ses dettes. Commence alors une collaboration "sous condition" dans laquelle chacun trouve son compte tout en gardant ses secrets même si des liens plus profond finissent par se développer avec en corollaire, des transformations personnelles et la levée des mystères ...
Une douce histoire d'amitié et de solidarité, pas forcément très gaie, avec ses leçons de vie intergénérationnelles et un thème sous-jacent, celui de la maladie et de l'ostracisme qui, à une époque pas si lointaine, pouvait signifier une exclusion totale de la société, une situation qui a pu perdurer "de fait" alors qu'elle n'avait plus lieu d'être, portée par l'habitude, la peur et l'ignorance.
Une histoire à la douceur toute simple, facile à lire, rythmée par le cycle des saisons du cerisier. Un livre que j'ai ouvert au bon moment et une ambiance que j'ai appréciée parce qu'elle constituait une bonne transition, sans prise de tête, après un roman particulièrement dur (Le moine aux yeux verts).
Un petit délice sans prétention, à déguster comme tel !
[Nota : je n'ai pas vu l'adaptation cinématographique qui en a été faite - 8 nomination à Cannes 2015 - mais en lisant le livre, j'avais en tête des images du film "printemps, été, automne, hiver, printemps..." du Coréen Kim Ki-duk, magnifique esthétiquement mais qui m'avait finalement pas mal ennuyé par sa lenteur ... Du coup, même si j'ai relativement apprécié le livre, je ne suis pas certaine d'avoir envie d'en voir le film.]
Titre : Les délices de Tokyo
Auteur : Durian Sukegawa
Première édition : 2013
Prix des lecteurs Poche 2017
jeudi 11 janvier 2018
Quand nous étions orphelins / When we were Orphans de Kazuo Ishiguro
Christopher Banks a grandi à Shanghai dans la concession anglaise jusqu'à la disparition de ses parents survenue alors qu'il avait environ une dizaine d'années. Une enfance au début du 20ème siècle dont il lui reste des brides de souvenirs, l'amitié avec son petit voisin japonais Akira, la nounou Mei Li, une mère engagée dans la lutte contre l'opium aux côtés de l'oncle Philip ... Rapatrié en Angleterre par la compagnie de son père, il grandira en profitant d'une rente héritée de ses parents, confié à la garde d'une vieille tante. À l'age adulte, les cercles de la haute société lui sont ouverts et le jeune homme trace sa voie en tant que détective un peu idéaliste oeuvrant pour un monde meilleur avec une réputation d'efficacité de plus en plus affirmée. Une fois ses armes bien aiguisées, il retourne à Shanghai pour tenter de résoudre l'enquête sur la disparition de ses parents alors que la ville est asiégée, les étrangers témoins de la bataille qui fait rage entre japonais et chinois à l'orée de la deuxième guerre mondiale ...
J'avais envie de lire Kazuo Ishiguro, récipiendaire du prix Nobel de littérature 2017, et porté mon choix sur ce livre ... mais je me suis rendue compte au fil des pages qu'il m'était déjà passé entre les mains, ça arrive ! Si cette histoire n'était donc pas une véritable nouveauté, j'ai tout de même eu beaucoup de plaisir à redécouvrir ce texte, la finesse de l'écriture, l'élaboration de la trame, les personnages, le contexte historique et sociétal de l'Angleterre mondaine et coloniale, la relation alambiquée avec Sarah, l'amitié inconditionnelle avec le petit voisin japonais avec ses non-dits et ses sous-entendus culturels ... Bien qu'il ne soit pas le plus central, le personnage d'Akira est attachant et intéressant pour sa sensibilité et ses tiraillements d'enfant expatrié exposé à une autre culture que celle dont il est originaire, le poids de sa partie nippone se révèlant particulièrement impitoyable dans le contexte de l'époque.
"Auteur britannique d'origine japonaise", si le nom de Kazuo Ishiguro est on ne peut plus japonais, la plume n'en est pas moins très anglaise*, enrichie de la pertinance de celui qui a grandit avec une double culture. Après cette relecture, l'envie est là pour explorer d'autres de ses textes ...
Note :
* Pas plus britannique non plus que son Les Vestiges du jour / The Remains of the Days immortalisé à l'écran par Anthony Hopkins dans le role du majordome.
Titre original : When we were orphans
Titre français : Quand nous étions orphelins
Auteur : Kazuo Ishiguro (Prix Nobel de littérature 2017)
Première édition : 2000
lundi 17 juillet 2017
La mémoire retrouvée / The Hare with Amber Eyes d'Edmund de Waal
Edmund de Waal est un céramiste anglais connu. C'est aussi un descendant Ephrussi, une famille de banquiers juifs originaires d'Odessa qui avait fait fortune dans le commerce de grains avant d'étendre son empire financier et son influence à Vienne et à Paris, à l'égal des Rotschild et des Camondo.
Quand il hérite d'une collection de 264 Netsuke* léguée par son grand oncle au début des années 2'000, Edmund de Waal va mener une enquête quasi-obsessionnelle pendant laquelle il délaisse son métier afin de reconstituer le parcours suivi par ces objets avant qu'ils n'arrivent jusqu'à lui. En se basant sur des documents de famille, des archives, des publications d'époque, des livres, des témoignages, des voyages pour retourner aux sources, Edmund de Waal retrace non seulement l'histoire de ces objets au sein de sa famille mais aussi et surtout celle de ses ascendants dans le contexte historique des époques traversées ... à Paris, Vienne et au Japon ... de celui qui a acheté la collection - Charles le mondain parisien amoureux des arts et ami des artistes, modèle probable du personnage de Charles Swann créé par Proust - jusqu'au grand-oncle Iggie qui l'a lui a léguée après un sauvetage miraculeux par la fidèle servante, Anna, au moment de la déferlante nazie ...
Ce livre est né de la recherche personnelle d'Edmund de Waal pour en savoir plus sur une collection particulière d'objets. Une histoire tellement passionnante que ceux à qui il la confiait lui ont conseillé de l'écrire. Dans sa démarche, on sent que l'auteur est scrupuleux, ses recherches très approfondies, si bien qu'il donne beaucoup de détails en essayant de rendre une image aussi fidèle que possible de ses personnages tout en laissant parfois libre cours à son imagination.
Un livre très intéressant pour l'aspect témoignage et sa remise en contexte qui couvre un siècle et demi d'histoire.
* Nota :
Avant l'ère Meiji, le Netsuke était un objet vestimentaire traditionnel japonais : de petits objets qui pendaient à la ceinture, finement sculptés, en matériaux divers, plus ou moins précieux, qui constituaient de véritables œuvres d'art miniatures.
Citations du livre :
- Yanagi [Soetsu], a philosopher, art historian and poet, had evolved a theory of why some objects - pots, baskets, cloth made by unknown craftsmen - were so beautiful. In his view, they expressed unconscious beauty because they had been made in such numbers that the craftsman had been liberated from his ego.
- With languages, you are at home anywhere.
- Great patronage comes through the astute use of money and is not hereditary.
- It is an interesting question for any artist: how long must you go on feeling grateful once someone has bought your work ?
- Losing things can sometimes gain you space in which to live.
- Objects have always been carried, sold, bartered, stolen, retrieved and lost. People have always given gifts. It is how you tell their stories that matters. (...) It is not just things that carry stories with them. Stories are a kind of thing, too. Stories and objects share something, a patina.(...) Perhaps patina is a process of rubbing back so that the essential is revealed.
Titre original : The Hare with Amber Eyes, a hidden inheritance
Titre français (titre initial) : La mémoire retrouvée, l'incroyable destin de la collection Ephrussi
Titre français (éditions plus récentes) : Le Lièvre aux yeux d'Ambre, une collection mythique, un siècle d'histoire : splendeur et déclin de la famille Ephrussi
Auteur : Edmund de Waal
Première édition : 2010
















