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dimanche 4 juillet 2021

Nos âmes oubliées de Stéphane Allix

Dans ce livre témoignage, à la fois très documenté et intime, Stéphane Allix nous raconte comment ses enquêtes sur la conscience l'ont conduit à débloquer ses propres verrous pour libérer son âme d'enfant brisée et trop longtemps oubliée. 
 
Stéphane Allix est un journaliste d'investigation expérimenté, ancien grand reporter de guerre qui a bourlingué au coeur des conflits de notre époque et sur les chemins de la drogue jusqu'à ce qu'il assiste à la mort de son frère en 2001, dans un accident en Afghanistan. Depuis, il s'intéresse à la mort, à l'au-delà, aux phénomènes inexpliqués. En 2007, il a fondé, avec le docteur Bernard Castells, l'INREES (l'Institut de Recherche sur les Expériences Extraordinaires) et est en outre le créateur et l'animateur des "Enquêtes Extraordinaires" sur M6. Un pédigré pour le moins "sérieux" qui lui permet d'allier l'expérience journalistique à la fascination, pour raisons très personnelle, aux phénomènes extraordinaires.     

Mais cette enquête sur les chemins de la conscience qui le conduit à expérimenter des drogues psychédéliques sous contrôle thérapeuthique a des conséquences totalement inattendues que lui-même a d'abord du mal à croire tant le traumatisme est ancien, profond et occulté.
Un parcours initiatique au plus profond de la conscience, bouleversant et puissant.
 
Tirés du texte :
"Personne ne prétend que la Résilience est une recette de bonheur. C'est une stratégie de lutte contre le malheur qui permet d'arracher du plaisir à vivre, malgré le murmure des fantômes au fond de sa mémoire." (Boris Cyrulnik) 

Depuis toujours, j'ai désiré être englouti par les voyages, ces événements géographiques bien commodes. (...) 
à force de partir, revenir devient de plus en plus difficile.
J'ai exploré tant de pistes, suspecté de si nombreuses origines à mes blessures émotionnelles, mais dans certaines zones obscures de notre conscience, il est impensable de se rendre. Il s'y cache des secrets si bien camouflés que sans un cataclysme, ils demeureront invisibles toute notre vie. Ils sont là, imperceptibles, et pourtant leur poison nous consume. 

En matière de psychédéliques, l'argument standard justifiant la prohibition de la consommation - les drogues sont interdites parce qu'elles représentent un danger pour la santé - ne repose sur aucun argument scientifique.
(...) La deuxième idée fausse est celle qui prétend que les psychédéliques sont inutiles. Les centaines de publications scientifiques et médicales disponibles prouvent exactement le contraire. 
La troisième affirmation prétend qu'ils induisent une dépendance, ce qui n'est pas le cas : là encore, les études le démontrent. Ils permettent même de soigner les addictions, comme celle à l'alcool. (...) Enfin,  selon la quatrième fausse affirmation, la prohibition permettrait un jour d'éradiquer la consommation. C'est faux. La prohibition est incapable d'empêcher qu'un produit interdit atteigne ceux qui désirent le consommer. (...) Il est communément admis que la mise au ban de ces substances à davantage obéi à des motivations politiques que sanitaires. 

Ces substances [psychédéliques] élargissent la conscience, elles conduisent à de profondes remises en question existentielles. Elles nourrissent la créativité et la priorisation des aspirations à une plus grande justice. Elles ouvrent également à des dimensions spirituelles, à l'opposé du carcan parfois rigide des religions.

Au delà de l'intérêt qu'ils représentent sur le plan médical, les psychédéliques offrent aussi la possibilité d'explorer un domaine à la frontière entre science, philosophie et spiritualité. Celui de la conscience.
 
 La conscience semble avoir besoin du cerveau pour se manifester, mais dire qu'un cerveau est nécessaire à la conscience pour exister, ou que la conscience ne peut pas exister en dehors du cerveau, est purement spéculatif. (...) Dire que l'âme -cet aspect de la conscience affranchi des contraintes de l'espace et du temps- n'existe pas est  encore une supposition. 
Une supposition qu'en outre de plus en plus de faits invalident. 

Nous savons désormais que notre cerveau filtre. C'est-à-dire qu'il réduit l'immensité du réel, figé l'espace, ainsi que le temps, dans cette course linéaire que nous lui connaissons au quotidien. (...) Quand le cerveau ne l'a retient plus, notre conscience serait en mesure d'accéder à une réalité plus grande, échappant aux contraintes du temps et de l'espace. C'est ce que les sages nous disent depuis la nuit des temps. 

La vraie spiritualité se caractérise par sa simplicité. 

Le propre de l'inconscient est de dissimuler, d'effacer tout ce qui est susceptible de faire du mal : traumatismes, blessures, mémoires douloureuses, etc. Si tous ces éléments pénibles ont été rangés dans notre inconscient, voire plus profondément encore, c'est pour éviter que leur rappel nous torture au quotidien. 
Notre inconscient nous protège.
 
Vivre, c'est consentir à souffrir. Plus tu consens à souffrir, plus ton cœur va s'ouvrir. Parce que aimer et vivre, c'est souffrir : sentir la frustration, le manque, la peur de perdre, la peur d'être abandonné. "Dans la peur de mourir il y a la peur de vivre." 

Mon père géographe avait renoncé à certains voyages après qu'il avait fait le constat amer que le temps qui passe, ce temps perdu, avait littéralement emporté paysages, villes et lieux si passionnément aimés autrefois. Poussant ce raisonnement, il pensait que les lieux n'existent en définitive pas vraiment, mais sont des souvenirs, des époques, des émotions en nous. 
(...) Et si les lieux étaient d'abord extraordinaires à travers le regard que nous portons sur eux, à un moment particulier de notre vie ? Et si les lieux n'étaient vivants que parce que nous les regardons avec amour ? 
Faut-il un regard d'enfant pour qu'un monde existe ? 
Est-ce l'émotion et l'amour qui créent la réalité ? 

Que savons-nous vraiment de la vie et de la mort ? Il existe des réponses qui ne puisent ni dans la subjectivité des religions ni dans l'abstraction de la philosophie, mais s'appuient sur une démonstration étayée par des preuves scientifiques. Ces recherches démontrent que la vie est un phénomène plus vaste et plus complexe qu'il n'y paraît, et que des aspects de ce qui nous constitue ne semblent pas disparaître après la mort physique du corps. Aussi surprenant que cela puisse être, les évidences qui étayent cette hypothèse sont à la disposition de qui se donne les moyens de les rassembler. Et pourtant, bien peu le font. 

Nous sommes aujourd'hui dans ce moment de transition entre le modèle matérialiste, qui est encore défendu avec rage, et le nouveau modèle en train d'émerger et qui soulève conte lui une bien compréhensible opposition. 
Savoir que nous sommes au coeur d'un changement de paradigme est essentiel (...)
de plus en plus de scientifiques pensent que ces phénomènes apparemment "anormaux" ne se produisent pas en contradiction avec les lois de l antaure, mais uniquement en contradiction avec ce que nous pensons savoir de ces lois de la nature. (...)
C'est la science elle-même qui démontre que la conscience échappe aux contraintes de l'espace et du temps où nos corps sont coincés. (...)
L'homme est un être spirituel -il possède en lui cette dimension qui transcende le temps et l'espace. Cette réalité s'impose aujourd'hui et constitue la prochaine révolution scientifique. 
Le spirituel est une dimension constitutive de la réalité. Peut-être même en est-ce la source.  

Mais la carte n'est pas le territoire. Les religions sont les cartes, c'est-à-dire un mode d'emploi pour tenter d'approcher le territoire qui, lui, est l'expérience spirituelle. Les religions sont autant d'invitations à cheminer ensemble. Le spirituel est un espace intime et personnel. 

L'amour, c'est cet état d'harmonie qui nous envahit lorsque la réalité apparaît derrière le voile de nos sensations ordinaires. 
L'amour c'est ce qui est éprouvé lorsqu'on accède à la connaissance pure et totale, dès lors que le cerveau cesse de tout interpréter constamment. Baigner dans la connaissance augmente l'harmonie, et cette harmonie est vécue comme une sensation d'amour indescriptible.(...)
L'amour est une force bienveillante qui vit tapie au fond de chacun de nous. Inépuisable. Le mental et ses ruminations nous en masquent l'accès, nous cachent l'harmonie de notre âme. 

Il est vain d'imaginer que le bonheur se trouve ailleurs qu'en soi, il se cultive.

La réalité de la télépathie, de la précognition ou de la clairvoyance prouve l'existence d'une dimension non locale de notre conscience. Ces perceptions extrasensorielles ne s'expliquent pas par un transfert d'information ou d'énergie, mais plutôt par la connexion à une dimension, en soi, qui transcende le temps te l'espace : notre conscience fondamentale. La réalité de ces capacités démontre que nous ne sommes pas limités à notre enveloppe physique. Un aspect de nous est naturellement partout, en tout temps, ailleurs et ici. A un certain niveau de notre être, nous sommes déjà connectés entre nous, et avec tout. Le passé comme le futur, tout le vivant comme tout "l'au-delà". 

Ma capacité à pardonner fait de moi un homme libre.

Titre : nos âmes oubliées 
Auteur : Stéphane Allix
Première édition : 2021

mercredi 12 mai 2021

La diagonale de la joie de Corine Sombrun

  
C'est la lecture de Mon initiation chez le chamanes* qui m'a fait découvrir Corine Sombrun il y a déjà quelques années ; elle y racontait la façon dont ses "facultés de chamanes" avaient été révélées lors d'un reportage en Mongolie et l'initiation qu'elle avait ensuite reçue là-bas, en vivant auprès d'éleveurs de rennes, pour cultiver et maîtriser ces capacités.
 
Depuis,  je "la suis" fidèlement parce que son histoire est unique, inhabituelle et troublante pour un esprit cartésien occidental -à commencer par le sien- et qu'elle nous ouvre un monde de possibles différent. Ses livres jusque-là pleins d'humour, de doutes et de dérision forment un véritable parcours initiatique dont La diagonale de la joie est l'aboutissement. Ce nouveau témoignage est marqué du sceau du sérieux donné par la science : il récapitule 18 années de lutte de Corine Sombrun pour faire reconnaître la transe comme un sujet d'étude et de recherches, prouver qu'elle a un potentiel cognitif accessible à tous (ou presque), qu'elle n'est pas une pathologie ou une fantaisie d'illuminée et qu'elle ouvre la voie à des applications thérapeutiques intéressantes. Les perspectives sont immenses et la création du Transe Science Research Institute, association ouverte à tous domaines scientifiques, doit permettre d'en coordonner les applications.

Que de chemin parcouru... Portée par son intuition et ses convictions, Corine Sombrun a commencé par témoigner mais ne recevait au départ que des regards dubitatifs (voire parfois même des menaces) et n'avait en retour que des propositions de consultations pour évaluer sa santé mentale. Au fil du temps et des rencontres elle finit par intéresser quelques spécialistes des neurosciences qui lui imposent des conditions d'études scientifiques drastiques pour étudier son cas : il lui faut arriver à provoquer une transe sans son tambour tout en restant suffisamment immobile pour permettre aux électrodes de faire leur travail ou encore s'engager à ne faire aucune consultation thérapeutique de ses capacités. La première étude menée à Edmonton au Canada mettra toutefois 10 ans avant la publication de ses conclusions, référence tant attendue alors que les premières analyses avaient laissé penser au chercheur que la pratique était dangereuse, recommandant initialement à Corine d'y renoncer.
 
Corine étant par ailleurs un cas unique pour les études, se posait aussi la question de trouver d'autres sujets susceptibles de les valider ; c'est du côté de la musique, de contacts et d'expérimentations parallèles avec des écoles d'art que le sujet de la transe va avancer grâce à une "sound loop" réalisée à partir d'extraits d'enregistrements efficaces et puissants de rythmes chamaniques. Là encore, une véritable épopée ! 

La narration temporelle de cette histoire de persévérance extraordinaire est entrecoupée de chapitres / paragraphes intermédiaires de deux types :
- "la minute perceptuelle" offrant des citations d'auteurs et de penseurs très variés
- les "lettre(s) à mon basilic", plus personnelles dans lesquelles Corine Sombrun fait part de son état d'esprit, de réflexions, de convictions, d'expériences et de ressentis par rapport aux éléments ou à la période qu'elle évoque.
C'est finalement le récit d'une formidable aventure profondément humaine qui au-delà de la reconnaissance scientifique touche une dimension spirituelle universelle.

Un livre qui m'a une nouvelle fois passionnée et qui donne véritablement envie d'en savoir plus voire d'expérimenter la transe, véritable "outil d'exploration d'une réalité sous-jacente" et de notre condition humaine au sein de l'univers. ❤️❤️❤️
 
Nota :
*  Cette initiation et l'histoire de Corine ont été adaptées au cinéma dans le film Un monde plus grand. Des indications à ce sujet sont d'ailleurs fournies dans le livre.
 
Tirés du texte :
"C'est le paradoxe suprême de la pensée que de vouloir découvrir quelque chose qu'elle ne puisse penser." (Soren Kierkegaard) 
 
"C'est mon corps qui pense, il est plus intelligent que mon cerveau." (Colette) 
 
 Je ne comprends toujours pas pourquoi certaines choses parlent et d'autres pas. Mais je sais maintenant que tout peut parler autour de nous. 
C'est un sentiment agréable de n'être plus jamais seule. (...) 
Tu ne crois pas que le sentiment de solitude est la conséquence de notre perception amoindrie de l'environnement ?

En fait le cerveau est une feignasse, il ne va pas développer ou entretenir des capacités dont il n'a pas besoin. Et sans un entraînement ou une stimulation forte, comme une situation d'urgence, une expérience de mort imminente, un état mis en évidence en 1975 sous la dénomination de near death experience (NDE), ou un choc psychologique violent, ces capacités restent en sommeil. 

Je me demande, dit-il, si l'état de transe n'est pas la source d'un enseignement intuitif. Celui dont nous rêvons tous en tant qu'artistes. 
Savoir sans avoir à apprendre. 

La distance est un leurre créé par le mental, oui. Nous sommes tous connectés, à un point que nous n'imaginons pas. 

Le mot "inspiration" s'ouvre en moi. Je me demande si les idées ne viennent pas uniquement quand on inspire. 
Aucun artiste ne peut créer sur une expiration. Et personne ne meurt sur une inspiration.

Si la transe nous permet d'accéder aux mêmes capacités que celles d'un chamanes, elle ne fait pas de nous des chamanes. 
Pas plus que le fait de savoir dire une prière ne fait d'un Mongol un curé. 

Que comprenons-nous dans les mots de l'autre, à part nos propres interprétations ? Projections ? La signification donnée à un mot en réduit le sens. 

Observer la nature en pensant à ce qu'elle peut m'apprendre à changé ma façon de la regarder. De la respecter. Nous sommes devenus trop bruyants, trop voyants, trop arrogants pour avoir encore l'humilité d'écouter simplement le vivant. Il n'y a pourtant aucune séparation entre nous, tout communique. Pour en prendre conscience il faudrait commencer par fixer l'attention, pas la pensée, dit en substance Marguerite Yourcenar. 
La transe supprime ce qui nous sépare. Mais quoi, qui communique ? 

Et si c'était ça, la réincarnation : la résonance d'une fréquence qui perdure comme un écho dans un autre corps ? 

Le corps n'est pas la maladie, mais son Miroir. Grâce à lui elle se révèle et nous donne le moyen de la transformer.

Le secret de l'immortalité, ne serait-il pas déjà d'accepter la naissance et la mort comme une transmutation de ce flux de vie qui nous traverse ? 

Notre société occidentale n'est-elle pas la seule à avoir laissé de côté l'utilisation de ce potentiel ? 
Des études anthropologiques ont en effet montré que sur quatre cent quatre-vingt-huit sociétés étudiées dans le monde, 
plus de 90% avaient une forme institutionnelle de pratique de la transe. (...) 
Si notre société a travaillé à faire de nous des êtres plus savants, 
les sociétés traditionnelles se sont de tout temps attachées à faire de nous des êtres plus conscients. 

La transe a remis en cause mes schémas mentaux, mes certitudes, mon rapport au monde. (...)
 Vivre une transe, c'est accepter de ne plus savoir qui je suis, et si je ne sais plus qui je suis, je suis libre de devenir ce que je suis. 
Grâce à elle, j'ai découvert le sens du sacré. Cette racine de la spiritualité est bien là, en chacun de nous.
 
Du même auteur,  voir aussi :

Titre : La diagonale de la joie
Auteur : Corine Sombrun
Première édition : 2021

jeudi 18 mars 2021

Généalogie du mal de Jeong You-jeong

 L'oubli est le mensonge le plus abouti, le mensonge le plus parfait que l'on puisse se faire à soi-même.
 C'est aussi la dernière carte que pouvait jouer mon cerveau.
 
Ville nouvelle d'incheon près de Séoul (Corée du Sud) / époque contemporaine.
Yujin se réveille un matin couvert de sang, l'esprit confus. Dans l'appartement, il découvre le corps de sa mère Kim Jiwon, égorgée, baignant dans son sang. Pour le jeune homme de 26 ans placé sous la coupe de cette mère qui contrôle tout de sa vie, coupable d'avoir arrêté en cachette son traitement depuis quelques jours et susceptible d'avoir succombé à "une crise", commence alors une course contre la montre : il n'a aucun souvenir de ce qui a pu se passer la veille et va tout faire, avant de contacter la police, pour essayer de retrouver la mémoire en épluchant le moindre indice et en enquêtant afin de comprendre et surtout de répondre à la question centrale : est-il innocent ou coupable du meurtre de sa mère ?
Un quasi huis-clos familial dont les racines du mal ancrées dans le passé sont liées à cette mère dominante, à un père et un frère Yumin décédés trop tôt, à une tante psychiatre Kim Hyewon et un demi-frère adoptif Haejin....

Un scénario alambiqué et macabre à souhait, parfois assez gorre, mais totalement prenant. On ne sait pas où on va ni sur quel pied danser; au fil des pages, l'auteur arrive à créer un effet de balancier troublant pour ce qui est de nos sentiments vis-à-vis de Yujin dont l'image oscille entre celle d'une victime et celle d'un monstre.
Pervers  !
 
Titre : généalogie du mal
Auteur : Jeong You-jeong
Première édition : 2016

mardi 8 septembre 2020

La part des flammes de Gaëlle Nohant

 

C'est si rare maintenant quand une femme a du tempérament, que quand une femme en a, on dit que c'est de l'hystérie. 
Jules Barbey d'Aurevilly 
 
En cette fin de XIXè siècle, le monde des dames de la bonne société parisienne est en pleine ébullition car le bazar de la Charité est pour bientôt, un événement social de toute première importance auquel il faut participer, se montrer ou encore mieux, y tenir un stand.
 
L'événement est orchestrée par la charismatique duchesse Sophie d'Alençon, femme de coeur qui consacre son temps aux nécessiteux malades de la tuberculose. 
Pour la tenue de son stand, elle s'entoure cette année de Violaine de Raezal et de la jeune Constance d'Estingel. La première est comtesse par son mariage, veuve depuis peu ; son défunt mari n'est plus là pour l'imposer ou la protéger des ragots et ses beaux enfants sont des monstres d'égoïsme, manipulateurs, champions des convenances et des apparences mais elle a su toucher la duchesse en l'accompagnant auprès des indigents. La seconde est une jeune femme tourmentée, fille unique de parents peu investis qui ont confié son éducation à des gouvernantes puis aux soeurs dominicaines de Neuilly chez qui elle était pensionnaire ; elle vient de rompre ses fiançailles avec Lazslo. De vieille noblesse, le jeune éconduit reste très amoureux et n'a pas renoncé à reconquérir sa belle ; par ailleurs jeune journaliste, il ne veut pas mener la vie oisive de son milieu.

Le 4 mai 1897, le sort de ces trois femmes bascule avec l'incendie d'une violence extrême qui réduit en cendres le bazar en un quart d'heure : le bilan est terrible, environ 130 morts, essentiellement des femmes. Une ambiance d'apocalypse avec des morts mais aussi les survivants et les blessés, les corps et les âmes meurtris, les héros et les rumeurs...
Ce drame historique sert de prétexte à la trame romanesque - qui n'est pas un roman historique - imaginée par Gaëlle Nohant, une histoire de femmes à la fin du XIXè siècle dans une société alors dominée par les hommes. Trois destins fauchés, réunis et portés par une tragédie qui pousse à sonder les âmes et à sortir des carcans et des apparences imposés aux femmes par la société et leur condition. 
 
Un style et une approche à rebondissement qui rappellent un peu ceux des feuilletons si typiques de l'époque évoquée avec des ingrédients savamment dosés et mitonnés - une ambiance, une époque, manipulation, amour, amitié, fidélité, dévotion, duel, enfermement, enlèvement, etc. 
Une plume assurée et agréable à lire, une évasion assurée, dans la grande tradition romanesque !

Titre : La part des flammes
Auteur : Gaëlle Nohant
Première édition : 2014

mardi 14 janvier 2020

The Topeka School de Ben Lerner


The Topeka School ouvre ses pages à la famille Gordon :
Adam, le fils, apparaît alternativement sous ses traits de lycéen, promo 97, et celui de père de deux fillettes / jeune prodige des concours oratoires à la conquête d'un titre national et jeune adulte qui revient à ses sources.
Jane, la mère, est psychologue et auteur feministe réputée.
Jonathan, le père, est psychologue également, spécialiste des garçons refermés.
Entre leurs voix qui interviennent en alternance--récits introspectifs, anecdotes, interviews-se fait aussi entendre celle de Darren Eberheart, jeune retardé mental qui fut brièvement "inclus" par ses pairs à la fin de leurs années lycée, un souvenir qui pèse sur la conscience d'Adam.
Et puis un lieu, le campus de Topeka, centre de "renommée mondiale" dans le domaine de la psychologie, attirant à ses heures de gloire chercheurs de tous poils et de toutes origines dans une bulle intellectuelle foisonnante.

Un roman psychologique dans lequel chacun fait son introspection pour arracher les mauvaises herbes, les peurs, le passé refoulé, une relation incestueuse, une infidélité, une amitié brisée, etc. Sur fond d'une Amérique qui change, le passé est décortiqué ; il y a le poids de ce qu'on ne veut pas reproduire, la volonté de bien et de mieux faire et les réalités qui  poussent à l'impulsion et prennent parfois le pas sur la raison. Des relations parfois ambiguës et une analyse globale à la charnière des époques, des croyances, des points de vues pour aborder des questions comme l'éducation, la place des garçons dans la société, celle des femmes, la place dans le groupe ou l'inclusion.

Un roman reprenant des éléments autobiographiques de l'auteur sur Topeka et sur sa propre pratique des concours* oratoires par exemple mais avec lequel je n'ai finalement pas réellement réussi à accrocher : le contexte culturel est très particulier, peut-être trop américain et trop intellectuel pour pouvoir m'y retrouver et adhérer.
J'en avais lu de bonnes revues mais personnellement, je ressors de cette lecture avec une impression "qu'on se gratte un peu trop le cerveau" qui ne me convainc pas, pas plus qu'elle ne me convient.

*Nota : on apprend au passages quelques éléments très intéressants sur ces concours oratoires / débats et leurs dérives qui semblent impacter les discours et la politique américaine actuels. (Notamment : notions de "spread" - parler très vite en incluant un maximum d'arguments- et de "extemporaneous"- discourir sur un sujet sans notes ni aucun filet).

Tirés du texte :
The spread was controversial (...). Old-timer coaches longed for the days when debate was debate. The most common criticism of the spread was that it detached policy debate from the real world, that nobody used language the way that these debaters did, save perhaps for auctioneers. (...) 
Even before the twenty-four hour news cycle, Twitter storms, algorithmic trading, spreadsheets, the DDos attack, Americans were getting "spread" in their daily lives; meanwhile, their politicians went on speaking slowly, slowly about values utterly disconnected from their policies.

Titre anglais : The Topeka School
Pas encore de traduction française
Auteur : Ben Lerner
Première édition : 2019

dimanche 17 mars 2019

La méthode Schopenhauer / The Schopenhauer Cure d'Irvin Yalom

 
San Francisco, époque contemporaine.

Psychiatre réputé, Julius Hertzfeld apprend qu'il est atteint d'un cancer incurable et qu'il lui reste encore une année de "bonne vie" devant lui. Une fois intégré le choc de cette nouvelle, il décide deux choses :
- d'abord et dans la mesure du possible, ne rien changer à sa pratique - qui est au coeur du sens de sa vie.
- s'interroger ensuite sur son plus grand échec, Philip Slate, un ancien patient qui a disparu du jour au lendemain il y a une quinzaine d'année après trois années de thérapie, un personnage alors totalement associable et obsédé du sexe, enchaînant les conquêtes sans aucune satisfaction durable.

Julius retrouve facilement la trace de Philip qui lui confirme que sa thérapie n'a servie à rien, qu'il ne doit son salut qu'à Schopenhauer et qu'il s'apprête, ô surprise, à devenir lui même psychothérapeute. Pour parfaire sa formation, Philip a d'ailleurs besoin d'un tuteur et voulait justement, lui aussi recontacter Julius pour lui demander de bien vouloir le parrainer. Devant la froideur du personnage libéré de ses obessions mais pas de son associabilité, Julius hésite et y met des conditions : il faut que Philip accepte d'abord de se joindre à la thérapie d'un groupe que Julius affectionne particulièrement.
On va alors connaître et suivre ce groupe, la façon dont il va intégrer Philip, comment il continue à fonctionner avec la mort annoncée de son modérateur, comment ses membres interragissent et évoluent pendant l'année qui leur est donnée.

Troisième livre d'Irvin Yalom que j'enchaîne en quelques semaines, je suis totalement "accrochée" par cet auteur qui nous permet d'aborder la philosophie et la psychanalyse de façon aussi limpide. Yalom est un grand conteur capable de faire partager son savoir et son expérience au travers de ses histoires savamment orchestrées, ici une thérapie de groupe dont on suit le déroulé en s'attachant aux différents personnages qui viennent solder leurs problèmes avec une urgence, l'échéance donnée par la maladie de Julius. Après Spinoza (le problème Spinoza) et Nietzsche (Et Nietzsche a pleuré), nous abordons cette fois Schopenhauer, philosophe tourmenté, a priori peu sympathique, personnifié par Philip.

Psychologie des personnages et vulgarisation intelligente des idées, un brillant doublé gagnant !

Titre original :  The Schopenhauer Cure
Titre français : La méthode Schopenhauer
Auteur : Irvin Yalom
Première édition : 2005

dimanche 10 février 2019

Et Nietzsche a pleuré / When Nietzsche Wept d'Irvin Yalom


(Nietzsche) Ce qui est immortel, c'est la vie, c'est cet instant. 
Il n'y a pas d'au-delà, ni de but vers lequel tendrait la vie, ni de jugement dernier, ni d'Apocalypse !
 L'instant présent existe pour toujours, et vous êtes votre seul unique public.
(...)
Vivez pleinement la vie ! 
L'horreur de la mort disparaît dès lors que l'on meurt en ayant vécu jusqu'au bout ! 
Si vous ne vivez pas au bon moment, alors vous ne mourrez jamais au bon moment non plus. 

Vienne, 1882, aux balbutiements de ce qui deviendra la psychanalyse, la rencontre fictive et romancée de plusieurs personnages tirés du réel : le Dr Breuer et Nietzsche et dans leur périphérie, d'autres figures comme Lou Salomé ou Sigmund Freud.

Le docteur Breuer est alors un éminant thérapeuthe reconnu par ses pairs. Il expérimente de nouvelles techniques avec ses patients, la mesmérisation (l'hypnose) ou la cure par la parole, notamment avec Anna O. dont le cas d'école servira plus tard à Freud dans le développement de ses théories (Dans ce livre, Breuer est le mentor de Freud qui n'est encore qu'apprenti médecin et un ami de la famille Breuer chez qui il déjeune régulièrement) .
Dans notre histoire, le Dr Breuer est solicité par Lou Salomé pour s'occuper - sans qu'il le sache - de Nietzsche, maladif et profondément déprimé après l'échec de leur "ménage à trois" avec Paul Rée. À l'époque, Nietzsche a déjà plusieurs publications à son actif (le gai savoir / Humain, trop humain) mais ce sont des ouvrages plutôt confidentiels et le philosophe n'est encore qu'un individu obscur et méconnu.
Après une première rencontre entre Breuer et Nietzsche, commence un jeu du chat et de la souris qui va conduire à un pacte entre le médecin et le philosophe dans lequel les rôles vont s'inverser puisque le médecin ne voit pas d'autre solution que de devenir à son tour le patient, se dévoiler pour amener l'autre à s'ouvrir à son tour. S'ensuivent une série d'échanges approfondis entre les deux hommes pour aller chercher au plus profond de leurs êtres ce qui laisse entrevoir les prémisses de la psychanalyse, le moi, l'insconscient ainsi que les bases des théories qui alimenteront l'ouvrage de référence de Nietzsche : "Ainsi parlait Zarathoustra".

J'avais été séduite par la plume d'Irvin Yalom avec le problème Spinoza et, une nouvelle fois, je me suis laissée emporter par cette rencontre entre le Dr Breuer et Nietzsche même si le livre n'a pas tout à fait la même fluidité, sans doute parce que le personnage de Nietzsche est plus tourmenté et moins sympathique que Spinoza.
C'est un roman à la fois facile/agréable à lire et ultra-dense en terme de contenu, riche d'enseignements. Le texte est vraiment très bien ficelé, sur tous les plans : crédibilité, remise dans le contexte historique de l'époque, psychologie approfondie des personnages, présentation et développement des idées sous-jacentes ... avec, en fin de roman, les "notes de l'auteur" qui permettent de récapituler et de dérouler le vrai du faux, le "ce qui aurait pu être" de ce qui a été.  

 (Gide) L'histoire est un roman qui a été; le roman est de l'histoire qui aurait pu être.

Une lecture qui donnerait presque envie d'aller aborder les grands philosophes directement dans leurs textes même si pour le moment, c'est plutôt Irvin Yalom qui m'intéresse. Je ne vais certainement pas en rester là avec cet auteur fascinant ... à suivre ! 

Titre français : Et Nietzsche a pleuré
Titre anglais : When Nietzsche wept
Auteur : Irvin Yalom
Première édition : 1992

lundi 21 janvier 2019

Le problème Spinoza / The Spinoza Problem d'Irvin Yalom


En 1941, sur ordre d'Alfred Rosenberg - théoricien du nazisme jugé et condamné à mort au procès de Nuremberg - la bibliothèque Spinoza de la maison de Rijnsburg aux Pays-Bas fut pillée et ajoutée aux trésors de guerre accumulés par les nazis pour alimenter leur grand projet de führermuseum. Mais qu'est-ce qui fascinait tant Alfred Rosenberg chez Spinoza, reconnu comme l'un des plus grands philosophes, juif excommunié par sa communauté d'Amsterdam en 1656 à cause de ses idées peu orthodoxes pour l'époque ?

La réponse à cette question, c'est le problème Spinoza, romancé et imaginé par Irvin Yalom qui met en rapport de façon originale et très abordable ces deux personnages, Spinoza et Rosenberg, en les replaçant dans le contexte de leurs époques, le XVIIe et le XXe siècle au travers de leurs deux histoires personnelles, racontées en alternance, aussi passionnantes l'une que l'autre. C'est remarquablement bien écrit, que ce soit la psychologie des personnages ou l'aspect vulgarisation des idées et théories de Spinoza qui ne sont pourtant pas réputées d'un abord évident (mais quand on sait qu'Irvin Yalom est professeur en psychiatrie à Stanford, existancialiste et psychothérapeute, on comprend mieux...). Chaque chapitre se termine sur une note qui donne envie d'en savoir plus si bien qu'on aurait presque envie de lire les deux histoires en parallèle plutôt qu'en alternance.
En fin de livre, l'auteur donne des éléments pour faire la part du vrai et du romancé.

Au travers de ces deux individualités, on touche à l'histoire, à celle des idées, à la philosophie, à la psychanalyse. C'est riche, c'est dense, c'est instructif et c'est tout simplement pas-sion-nant.
Une certitude encore : Irvin Yalom est un auteur que je vais continuer à explorer. 

Titre original : The Spinoza Problem
Titre français : Le problème Spinoza
Auteur : Irvin Yalom
Première édition : 2012

samedi 1 décembre 2018

La tête du lapin bleu de Wendall Utroi


Depuis qu'elle a rencontré Léo et malgré les pressions familiales de parents qui n'ont jamais supporté leur mariage, Ava vit dans un cocon d'amour avec son mari et leurs jumeaux Rose et Kevin. Les parents d'Ava regrettent que leur fille aie abandonné trop jeune ses études et toute idée d'indépendance alors que la mère de Léo, veuve, n'a jamais approuvé cette belle-fille qui lui a volé son fils.
Cela ne les empêche pas de mener une vie apparemment heureuse, bien tranquille et sans nuage jusqu'au jour où tout bascule d'un coup avec une violence effroyable qui emporte avec elle insouciance et certitudes. Débute alors la descente aux enfers d'Ava confrontée à un choix cornélien, à la culpabilité, au deuil, à la trahison qui affectent sa santé mentale et vont la conduire au bord du gouffre puis sur la route de la marginalisation malgré une certaine volonté de survivre pour préserver la part d'amour qui lui reste.

Le récit d'une vie qui se décompose et se recompose en s'éffilochant, touchant au relationnel et à l'émotionnel. On suit cette femme brisée qui se raccroche à ce qui lui reste, se bat, s'isole, se perd et sombre. Ce n'est pas gai-gai et plutôt féroce. On a parfois envie de secouer ce personnage qui certes montre une volonté de se battre mais dont l'esprit vascillant lui fait prendre des décisions en dépit d'un bon sens perdu.

Une lecture prenante qui fait vibrer la fibre émotionnelle du lecteur témoin d'une histoire-choc poignante même si on n'est pas toujours convaincu par la tournure que prennent les choses.

Un auteur en auto-édition qui semble faire son chemin avec déjà 6 livres à son actifs, tous plutôt bien notés sur Babelio, à ne surtout pas sous-estimer !

Voir aussi :   
Comme un phare dans la tourmante

Titre : La tête du lapin bleu
Auteur : Wendall Utroi
Première édition : 2018

dimanche 11 février 2018

La salle de bal / Ballroom de Anna Hope


Angleterre, 1911.
Pour avoir cassé une vitre dans l'usine qui l'emploie depuis qu'elle est enfant, Ella est internée à l'asile d'aliéné de Sharston où elle n'aspire qu'à une seule chose : s'échapper. Elle y fait la connaissance de Clem que son père et son frère ont fait enfermer suite à une grève de la faim entamée pour marquer son refus d'être mariée à un ami de son père. D'abord nourrie de force, Clem s'est résolue à se soumettre à la routine de l'asile en s'investissant dans le travail et en s'évadant dans les livres. Du côté des pensionnaires masculins, John Mulligan est arrivé dans l'établissement pour "mélancolie" où l'irlandais déprimé fait la paire avec Dan, un personnage pittoresque qui a navigué sur toutes les mers.  
Dans cette institution comptant les patients par centaines, les pensionnaires des deux sexes sont assignés à des zones et des taches différentes mais une fois par semaine, le vendredi, ceux qui ont le privilège d'être sélectionnés se mélangent dans une immense salle de bal pour danser le temps d'une soirée organisée à des fins thérapeutiques. L'orchestre est mené par Charles (Dr Fuller), "consultant médical chef" qui semble avoir trouvé sa voie dans cet emploi le libérant de l'emprise familiale en combinant sa passion de la musique et les connaissances médicales glanées au cours d'études qui lui ont été imposées. Personnalité ambigue, il est captivé par les questions d'eugénisme abordées pendant sa formation, et en vient à s'intéresser de façon quasi-obsessionnelle au cas de John qui lui sert de référent pour une étude dans laquelle il a décidé de s'investir ...

À cheval sur trois saisons, le roman est organisé comme une valse à trois temps, tournant autour des trois personnages principaux, Ella, John, Charles, qui donnent le tempo avec des chapitres passants de l'un à l'autre. L'asile donne une unité de lieu entrecoupée de quelques ouvertures sur l'extérieur et le contexte de l'époque. Une histoire d'amour forçant le désespoir qui a le mérite de laisser entrevoir le quotidien d'un asile d'aliénés tel qu'il pouvait exister au début du 20ème siècle, un établissement auto-suffisant avec sa propre ferme et ses services pour assurer le loger-nourrir-blanchir du personnel et des pensionnaires mis au travail pour en assurer le bon fonctionnement. Centrée sur le vécu des trois protagonistes principaux, l'histoire ne cherche pas à explorer tous les recoins de l'asile qui garde ses zones de mystères.

En fin de livre, l'auteur précise qu'il s'agit avant tout d'un roman, surtout pour ce qui est de ses personnages entièrement fictifs, mais qu'elle s'est inspirée de l'histoire de l'un de ses grands-pères et de ces salles de bal qui ont réellement existées et l'ont incitée à se documenter sur les asiles de l'époque. Outre la découverte du système d'enfermement parfois aléatoire et désormais anachronique, ce qui fait le plus froid dans le dos, ce sont sans doute les questions d'eugénisme traitées dans le livre et un peu oubliées en Angleterre où elles ont pourtant été très sérieusement d'actualité et débatues avant la première guerre mondiale sachant qu'à l'époque, le terme "d'aliéné" était souvent assimilé à celui de "pauvreté".

On tourne facilement les pages et le fond de l'histoire est d'autant plus intéressant qu'il permet de mesurer le chemin parcouru dans le domaine de la psychiatrie. On ressent souvent les frustrations des personnages et l'état proche de la folie de celui qui les soigne, on se demande parfois ce qu'est la normalité et ce qui la différencie de l'état d'aliénation ... Je ne peux pas pour autant dire que je me suis laissée complètement emportée par les personnages et leur histoire si bien qu'au bout du compte, le roman vaut pour moi surtout pour ce qu'on y apprend ... ce qui est déjà pas mal !

Titre original : The Ballroom
Titre français : La salle de bal
Auteur : Anna Hope
Première édition : 2016

Extrait du livre :
- Do we not take more care in breeding our animals than we do in breeding our men ?
- The Eugenics movement was split between those who believed in sterilization and those who argued for the merits of segregation (...) (N.B. The root of the word Eugenics comes from the Greek, meaning of noble birth. Is it not most noble, indeed, to work towards the highest good for all ?). 
- Unlike music, excessive reading has been shown to be dangerous for the female. It was taught in our earliest lectures : the male cell is essentially katabolic: active and energetic; and female cells are anabolic: there to conserve energy and support life. While a little light reading is fine, breakdown follows when woman goes against her nature.
- It is the view of the Eugenics Society that destitution, so far as it is represented by pauperism (and there is no other standard), is to a large extent confined to a special and degenerate class. A defective and dependent class known as the pauper class. Lack of initiative, lack of control, and the entire absence of a right perception are far more important causes of pauperism than any of the alleged economic causes.