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mercredi 7 juillet 2021

Un amour retrouvé de Véronique de Bure

 
À 73 ans, veuve depuis plusieurs années, Monique reçoit une lettre de son premier amour. 
Elle s'en ouvre à sa fille Véronique (la narratrice) avec qui elle entretient une relation fusionnelle, en lui annonçant "qu'il lui arrive une drôle d'histoire"... 
 
Au fil des pages, Véronique raconte comment cette relation amoureuse interrompue il y a si longtemps reprend un nouveau cours, de façon d'abord épistolaire puis en personne. Elle observe comment l'amour transforme sa mère, physiquement, psychologiquement et dans sa façon de vivre, ainsi que la manière dont évoluent ses relations avec ses proches, famille et amis ; il faut aussi concilier cette nouvelle relation avec le passé et l'histoire de chacune des familles. Elle note plus particulièrement comment l'arrivée d'un nouvel homme transforme leur relation fille-mère, son ressenti et les sentiments fluctuants qui s'imposent. 

Une chronique qui serait en grande partie autobiographique, faite de chapitres courts rédigés à la deuxième personne du singulier soulignant la proximité et le lien privilégié mère-fille, une intimité dans laquelle le lecteur est invité à s'immiscer ; c'est comme une série de messages adressés par Véronique à sa mère à qui elle peut ainsi exprimer son ressenti et la façon dont elle vit cette histoire.
Un récit qui couvre une vingtaine d'années, d'une "vieillesse active" au grand âge, pendant lesquelles la fille déploient ses états d'âmes et revisite le passé familial avec plus ou moins de compréhension pour cette mère avec laquelle la relation de complicité devient progressivement plus distante : avec cet "amour retrouvé", c'est l'ensemble des rapports familiaux et intimes qui changent pour trouver un nouvel équilibre alors que le temps passe et impose sa marque.
 
Un joli roman facile à lire, empreint d'une certaine délicatesse, déclinant avec sensibilité l'idée selon laquelle l'amour n'a pas d'âge et qu'il se moque de l'ordre établit auquel il s'impose. S'y ajoute une plongée culturelle au cœur de la vie de province "à la française ", avec une maison de famille et son lot de souvenirs, son jardin et son village, des endroits où le temps semble s'être arrêté et où on s'ennuit un peu, que les jeunes générations ont quittés mais où l'on revient voir les grands-parents pour les vacances et les réunions de famille. C'est finement observé et rendu, authentique et agréable à lire. 
 
Des pages qu'on tourne sans prise de tête, parfait pour l'été !

Tirés du texte :
Aujourd'hui, un demi-siècle plus tard, c'est la même émotion qui te serre le coeur. 
Elle est là, intacte. À soixante-treize ans, tu as vingt ans. 
 
Tu aimes, tu es aimée, et rien de tout cela n'a plus d'importance. Non, le désir ne s'éteint pas avec l'âge. Il l'efface.
 
Plus je découvre la femme et plus je m'attache à la mère, celle que tu étais avant, que tu redeviens encore parfois, celle qu'aujourd'hui je crains fort de perdre. 
 
Tu es libre, totalement libre. Ta vie prend un chemin inattendu. Tu vas vers tes 75 ans et tu rayonnes. Tu as un amoureux, dans quelques jours tu vas prendre un train pour le rejoindre, rien ni personne ne t’en empêchera.
Ma mère est heureuse et je suis jalouse. 

 
Le temps ne coule pas comme un sablier, régulier, impassible. Le temps file, marque des pauses, s'accélère, repart plus lentement, passe l'air de rien, puis à nouveau s'emballe, soubresaute. Le temps avance par à-coups. 
 
On ne remplace jamais un amour par un autre. Pourquoi m'aura-t-il fallu vingt ans pour le comprendre ?
Titre : un amour retrouvé
Auteur : Véronique de Bure
Première édition : 2021

dimanche 6 octobre 2019

La sage-femme des Appalaches / The Midwife of Hope River de Patricia Hartman

Automne, hiver, printemps, été, automne... À la fin des années 1920 alors que commence la Grande Dépression, au bord de la rivière Hope, aux pieds des Appalaches, Patience Murphy - le nom sous lequel elle se cache - exerce son métier de sage-femme. Chaque accouchement dont elle fait soigneusement le rapport dans son journal, la fait entrer dans l'intimité d'une autre femme, d'une famille, d'un milieu, alors que, pour tous, à l'extérieur, les conditions de vie deviennent de plus en plus difficiles et précaires du fait de la crise qui s'installe.

Un magnifique roman, enrichissant à bien des points de vue.
C'est d'abord une histoire et des personnages sympas à découvrir et à suivre, le début d'une saga qui nous emporte et nous fait partager, au rythme des saisons, la vie de tous les jours de gens humbles et modestes au quotidien somme toute assez banal.
Plus largement, c'est l'esquisse d'une époque et d'une société, la façon dont la Grande Dépression s'installe dans cette Amérique rurale du milieu du XXème siècle mais aussi l'évocation de l'exploitation minière avec ses conditions rudimentaires ou encore celle des mouvements féministes et ouvriers, les relations noirs-blancs qui vivent en bonne harmonie même si ce n'est pas toujours au goût de tous,  la condition de la femme indépendante soumise au qu'en dira-t-on, etc.

Enfin, et c'est ce qui fait la singularité de ce roman, il y a cette pratique de la sage-femme sollicitée à toute heure du jour ou de la nuit qui exerce à domicile. Un métier qui se transmet par la pratique dans un cadre alors peu réglementé - mais tout de même verrouillé par quelques règles absurdes et impraticables - avec des responsabilités énormes, sans supervision. Un récit d'autant plus intéressant, riche, varié et réaliste que l'auteur sait de quoi elle parle puisqu'elle a elle-même longtemps pratiqué auprès des autres femmes. Finalement, c'est un bel hommage à la maternité et à ce métier de sage-femme si essentiel.

Un livre de vie, un p'tit coup de ❤.

Voir aussi :
The Reluctant Midwife (tome 2)
Once a Midwife (tome 3)

Extraits du texte :
When we lived in Pittsburg (...)(we) fought alongside the International Workers of the World, the Wobblies, for the Child Labor Admendment of 1919, but the Supreme Court shot it down. Somehow the judges believed the federal government didn't have a right to regulate the industrialists and it would be just fine for young children to work in sweatshops or miles underground.

The West Virginia Midwifery Statute of 1925 bans midwives from doing internal exams. We are also "expressly forbidden to assist labor by any artificial, forcible or mechanical means, or administer, advise, prescribe, or employ any dangerous or poisenous drugs".The local medical societies jealously guard their right to prescribe and treat. In addition, the law requires that we must be "of good moral character."

It's the fear of the pain more than the pain that gets to you.

Life is too hard. You are born, and you die...that's the sum of it. In between you love someone or you don't, and if you are lucky you leave behind someone who loves you.

Titre francais : La sage-femme des Appalaches
Titre original : The Midwife of Hope River
Auteur : Patricia Hartman
Premiere edition : 2012

mercredi 20 mars 2019

Le lambeau de Philippe Lançon

La maladie n'est pas une métaphore ; elle est la vie même.

7 janvier 2015 : attentat de Charlie hebdo. Philippe Lançon assiste à la conférence de rédaction du journal auquel il collabore et pendant laquelle sa vie bascule, en quelques secondes. 

Nous étions une bande de copains plus ou moins proches dans un journal désormais fauché, presque mort. Nous le savions, mais nous étions libres. Nous étions là pour nous amuser, nous engueuler, ne pas prendre au sérieux un monde désespérant.

J'ai senti (...) la solitude d'être vivant. (...) L'évènement nous a unis à l'instant même où il nous séparait.

Ses camarades sont morts, lui survit, gravement touché au bras, à la main et au visage. Une victime de guerre, une "gueule cassée".
Pendant des mois, sa vie est soumise aux impératifs de la reconstruction mise en oeuvre par le corps médical, placée sous la protection des personnels de santé et de sécurité qui l'entourent à l'hopital puis aux Invalides. 

J'écrivais dans Charlie, j'avais été blessé et j'avais vu mes compagnons morts à Charlie, mais je n'étais pas Charlie. 
Le 11 janvier, j'étais Chloé [son médecin]. 

Le premier principe de civilisation reste pour moi : "tu ne tueras point". Rien n'en excuse la transgression dont j'ai vu et subi le résultat. Je n'ai aucune colère contre les frères K, je sais qu'ils sont les produits de ce monde, mais je ne peux simplement pas les expliquer. (...) Je ne supporte pas plus les discours anti-musulmans que les discours pro-musulmans. Le problème, ce ne sont pas les musulmans, ce sont les discours : qu'ils foutent la paix aux musulmans ! 

Dans ce livre, qui n'est ni un manifeste ni une analyse de l'attentat mais un témoignage intime, Philippe Lançon se raconte et se met à nu pour décrire l'avant, le pendant et surtout l'après de l'attentat avec ses conséquences charnelles. C'est le vécu "de l'intérieur" d'un homme témoignant de son parcours unique.

Une fois la normalité brutalement effacée, l'homme est remplacé par un être conscient mais cassé, qui flotte d'abord entre deux mondes en se raccrochant à quelques brides de matérialité, conforté dans le cocon de l'hopital qui devient son univers et son unique horizon.

 Eux [mes parents] souffraient, je le voyais, mais moi, je ne souffrais pas : j'étais la souffrance. Vivre à l'intérieur de la souffrance, entièrement, ne plus être déterminé que par elle, ce n'est pas souffrir ; c'est autre chose, une modification complète de l'être. 

La chambre était mon royaume et nous y vivions hors du temps.
 
C'est la vie intérieure intense d'un journaliste bavard qui ne peut plus parler associée à une vie du moment assujetie au corps, sans réelle perspective autre que la prochaine opération qui impose son rythme avec ses échecs, ses "inconforts", ses succès, l'apprentissage d'un nouveau champ lexical, une lutte quotidienne pour rejoindre, dans la douleur et métamorphosé, la rive des vivants.
En me jouant des tours, mon sorps m'initie. En m'échappant, il m'appartient.

La maladie n'est pas une métaphore ; elle est la vie même.(...) Mon esprit (...) est de plus en plus soumis à mon corps, à mesure que ce corps quitte la zone où il avait tout envahi. L'esprit a résisté au corps tant que l'un et l'autre habitaient dans les ruines. Maintenant, le corps s'éveille de nouveau à la vie, mais il le fait par des sensations inédites, imprévisibles, douloureuses, que l'esprit ne parvient pas à assimiler, et qu'il accueille comme des intrus. Il ne s'élève plus au-dessus des symptomes et des signes ; il les guette, comme un boutiquier. 

C'est aussi un regard et des liens très particuliers qui se créent, portés par la musique de Bach et les oeuvres littéraires de quelques auteurs qui réconfortent et prennent une nouvelle dimension dans la chambre d'hopital.   

Je ne vivais ni le temps perdu, ni le temps retrouvé ; je vivais le temps interrompu.

Un livre que j'ai longtemps hésité à ouvrir et qui, une fois refermé, me laisse un léger sentiment d'"inconfort", l'impression d'avoir fait acte de voyeurisme sur cet homme qui se livre sans retenue au regard du lecteur, dans son intimité et sa vulnérabilité d'humain mis à terre et à nu ... ce regard à la fois coupable et curieux qu'on ne peut s'empêcher de jeter lorsque nous sommes témoins d'un accident au bord de la route et qui prend ici une autre dimension en nous rappelant la fragilité et la richesse de la vie pour nous ramener finalement à l'essence même de notre humanité.

Une écriture forte à portée peut-être thérapeuthique, un témoignage de résilience courageux qui offre aussi un bain de culture surprenant et stimulant.    

Un livre troublant, à âme ouverte. 

Titre : le lambeau
Auteur : Philippe Lançon
Première édition : 2018

lundi 4 février 2019

Les 5 langages de l'amour / The 5 love languages de Gary Chapman


Dans cet essai très accessible, le psychologue Gary Chapman propose une sorte de mode d'emploi à l'attention de tous les couples qui veulent durer. Il explique, développe, s'appuie sur son expérience et illustre ses propos de quantité de cas qui l'ont amené à dresser une typologie des langages de l'amour, le secret étant de comprendre auquel chacun adhère de façon dominante et à faire l'effort de parler le langage de l'autre pour faire durer le couple.
Tout est presque dit dans le titre avec ces cinq langages de l'amour : les paroles valorisantes, la qualité du temps partagé, les cadeaux, les services rendus et/ou les contacts physiques ... ce n'est pas très compliqué et yapluka !     

Un livre qui semble construit sur beaucoup d'évidences reposant sur nombre d'exemples concrets qui résonnent auprès des partenaires du couple. Un texte qui permet de discuter et de comprendre certains frottements qui peuvent perturber une relation mais qu'il est facile de corriger quand on en appréhende la cause.

Un peu comme les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus de John Grey, ce bouquin s'ajoute aux indispensables qu'il faudrait presque imposer à tous les couples !
À mettre entre toutes les mains, qu'il s'agisse de jeunes ou de vieux couples !

Titre original : The 5 love languages
Titre français : Les 5 langages de l'amour
Auteur : Gary Chapman
Première édition : 1992

samedi 10 novembre 2018

Nos âmes la nuit / Our souls at Night de Kent Haruf


Etats-Unis, une petite ville du Colorado.
Lasse des nuits sans sommeil passées dans la solitude, Adie, veuve, 75 ans, propose à son voisin Louis, veuf lui aussi, de venir la rejoindre dans son lit la nuit pour parler et rompre leur isolement jusqu'au petit matin.

Je me demandais si vous accepteriez de venir chez moi de temps en temps pour dormir avec moi.
(...) c'est justement ce qui est amusant. Apprendre à bien connaître quelqu'un à un âge aussi avancé. Découvrir qu'on aime bien cette personne et s'apercevoir qu'on n'est pas complètement desséché en fin de compte.(...)
Il s'agit de quoi, alors ?
Une sorte de décision d'être libre. Même à nos âges.   

Une drole de proposition et de relation qui va apporter chaleur et humanité dans la vie des deux protagonistes d'abord peu soucieux du qu'en dira-t-on jusqu'à ce que la famille s'en mèle ...

Tout en délicatesse et sans prétention, un très joli livre dont on tourne rapidement les pages en s'attachant aux personnages qui font un bout de chemin ensemble. Avec subtilité, on touche à la question du vieillissement et celle des liens intergénérationnels, au sens de la vie, à l'amour, au bonheur, au poids des apparences et du qu'en dira-t-on. 
Un bon moment de lecture tout simple. 

Titre français : Nos âmes la nuit
Titre anglais : Our Souls at Night
Auteur : Kent Haruf
Première édition : 2016

mardi 6 novembre 2018

J'ai épousé un communiste de Philip Roth


Personnage-écrivain récurrent de Philip Roth, Nathan Zuckerman relate dans ce roman l'histoire d'Ira Ringold dont il était un grand admirateur. Nathan est un adolescent idéaliste lorsqu'il rencontre Ira, un homme déjà mûr, vedette de feuilletons radiophoniques qui le prend sous son aile, l'introduit dans sa sphère intime et entreprend son éducation politique. Témoin privilégié, il faudra du temps à Nathan pour découvrir toute la réalité du parcours d'Ira, ce qui se cache derrière les convictions de façade et le couple de rêve (mais explosif) qu'il semble former avec Eve Frame, ancienne star du cinéma muet.
L'histoire d'un ancien terrassier issus des milieux populaires pauvres de Newark, un temps voyou et  un autre, inscrit au parti communiste ... une adhésion qu'il cachera une fois devenu vedette de radio où il s'est réinventé sous le nom d'Iron Rinn. Mais voilà, alors qu'il se croit à l'abri de la chasse aux sorcières qui ébranle le pays sous l'égide de Mc Carthy, les pressions politiques, la trahison et la jalousie vont venir compromettre le monde qu'il s'était construit...

Un livre dense, remarquablement écrit. La trame se dévoile petit à petit, par couches que l'on retire, en commençant par la façade avant d'aller plus au coeur des choses, vers une vérité plus complexe et plus profonde des personnages. On est à la fois dans la sphère intime et dans le général, tout est parfaitement abordé et décortiqué, aussi bien au plan des petits arrangements de chacun avec sa conscience que du mécanisme implacable du Mc Carthysme.

Un auteur percutant et sans concession sur son pays, qui va au fond des choses et de ses analyses. Une lecture qui n'a pas pris une ride, à lire !

Voir aussi :
Pastorale américaine / American Pastoral de Philip Roth

Titre original : I married a communist
Titre français : j'ai épousé un communiste
Auteur : Philip Roth
Première édition : 1998

samedi 6 octobre 2018

Lait et Miel / Milk and Honey de Rupi Kaur


Milk and Honey / Lait et Miel est un recueil de poèmes intimes illustrés de croquis, organisé autour de quatre thématiques qui forment un cheminement : Souffrir, Aimer, Rompre, Guérir.
En 2014, ce petit opus a révélé sa jeune auteur canadienne d'origine indienne parce qu'elle ose aborder avec des mots justes, sans fausse pudeur ou censure ce qui touche au plus intime de la femme dans ce qu'il y a de beau et de laid : l'amour, la sexualité, la rupture, l'abus sexuel et le viol, la féminité, l'humanité qui est en nous, etc.

La poésie ce n'est pas forcément mon truc mais quelque chose m'a attiré et j'ai aimé ce petit livre qui ne m'a pas déçue : les poèmes sont courts et très abordables, sensibles, justes et forts, à lire et relire, d'une traite ou en butinant pour en apprécier toute la saveur de lait et/ou de miel. 

milk and honey is a 
collection of poetry about
love
loss
trauma
abuse
healing
and feminity
it is split into four chapters
each chapter serves a different purpose
deals with a different pain
heals a different heartache
milk and honey takes readers through
a journey of the most bitter moments in life
and finds sweetness in them
because there is sweetness everywhere
if you are just willing to look

- about the book
Titre original : Milk and Honey
Titre français : Lait et miel
Auteur : Rupi Kaur
Première édition : 2014