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lundi 27 février 2023

The Joy and Light Bus Company de Alexander McCall Smith

 
Vingt-deuxième rendez-vous à Gaborone, capitale du Botswana, avec Mma Ramotswe et sa célèbre agence de détective, la "Number One Ladies' Detective Agency". 

Dans ce nouvel opus dont ne peuvent que se délecter tous les aficionado dont je fais partie, nous retrouvons les personnages centraux de la série avec une attention plus particulière portée sur M. J. L. B. Matekoni, mari de la détective, propriétaire-garagiste de Tlokweng Speedy Motors. Au cours d'un séminaire organisé par la chambre de commerce pour les entrepreneurs soucieux de développer leurs affaires, celui-ci retrouve T. K. Molefi, un ancien camarade d'école perdu de vue depuis bien longtemps, qui lui propose de s'associer afin de créer une nouvelle compagnie de bus. Un projet qui l'enthousiasme mais nécessitant un emprunt auprès de la banque, conditionné à une hypothèque sur le garage et ses annexes-dont les bureaux de l'agence de détective. Mma Ramotswe n'en dort plus et s'en ouvre à son amie Mma Potowski -la directrice de l'orphelinat- puis à sa collègue Mma Makutsi qui pensent comme elle : il serait très imprudent et bien risqué de se lancer dans ce type d'investissement... Alors, il faut trouver un moyen de faire capoter l'affaire tout en ménageant les sentiments de M. J. L. B. Matekoni, une résolution bien délicate à mener. 

Dans le même temps, l'agence se voit confier une mission qui va créer un cas de conscience à nos détectives. Leur nouveau client soupçonne l'infirmière qui s'occupe depuis plus de dix ans de son père âgé d'avoir manipulé le vieil homme pour hériter de sa maison. S'agit-il d'un abus de faiblesse ou d'un vrai geste de reconnaissance ? Est-ce une enquête mandatée avec sincérité ou par cupidité et comment la traiter avec probité ? 
 
Et puis, s'ajoute encore le trouble de Mma Ramotswe affectée par l'histoire d'une nouvelle pupille accueillie à l'orphelinat de Mme Potowski. C'est une petite victime d'esclavagisme moderne qui a échappé à une famille richissime et influente de la capitale agissant en toute impunité. S'il est difficile de prouver leurs malversations, peut-être y a-t-il tout de même moyen de trouver une faille qui permettrait de sauver deux autres enfants vulnérables que l'on sait tombés entre leurs griffes ?
 
Le roman ne serait bien sûr pas complet sans une apparition de Violet Sepotho, une rencontre avec Mma Ramotswe et Mma Potowski au supermarché au cours de laquelle la jeune femme qui ne manque ni d'aplomb ni de culot laissera les deux amies bien embarassées...

On peut être sûr qu'à la fin "tout est bien qui finit bien" dans cette série feel-good un peu simpliste et sans aucune prétention, pleine de bons sentiments et d'un bon sens d'un autre âge dans lequel ne manque portant pas de pointer une certaine modernité. Certains y verront même une touche de philosophie avec des sujets abordés touchant à la condition masculine, au temps qui passe, à la vie, à la conscience, etc.
Une p'tite lecture récréative pour retrouver de bons vieux amis, certains un peu obtus mais avec le cœur sur la main  ! 
22... Et je ne m'en lasse toujours pas...

Titre original : The Joy and Light Bus Company
Pas (encore) de traduction française
#22 de la série No1 Ladies' Detective Agency
Auteur : Alexander McCall Smith
Première édition : 2021

vendredi 26 novembre 2021

Près de la mer / By the Sea de Abdulrazak Gurnah

Début des années 1990.
 
À l'aéroport londonien de Gatwick, un vieil homme demande le droit d'asile au moment de son passage à l'immigration. Il voyage avec un passeport au nom de Rajab Shaaban Mahmud, mais son véritable patronyme est Saleh Omar ; comme cela lui a été conseillé, il fait croire qu'il ne parle pas anglais. Dans sa valise, quelques vêtements et une boîte d'encens qui réveille des souvenirs du passé sur la façon dont elle est entrée en sa possession lors d'une transaction avec Hussein, un marchant persan de passage à Zanzibar où il était encore un jeune marchand de meubles prospère.
 
Son dossier est pris en charge par Rachel, jeune avocate qui va chercher un interprète afin de pouvoir communiquer avec lui ; elle prend ainsi contact avec Latif Mahmud, un universitaire parlant le Kiswahili mais son intervention ne sera pas nécessaire parce que le vieil homme fini par révèler qu'il parle couramment l'anglais. Le message laissé sur le répondeur de Latif fait lui aussi renaître des souvenirs de Zanzibar, son enfance, ses parents, le séjour d'un marchand persan, Hussein, dans sa maison, la disparition soudaine de son frère Hasan et son départ sans retour. 

Les mois passent jusqu'à ce que Latif demande à Rachel de rencontrer le vieil homme. Une confrontation est nécessaire pour apaiser les fantômes du passé, combler les trous d'une histoire commune et comprendre comment l'identité du père de Latif a pu être reprise par un autre. 
 
Dans ce roman, le passé est revisité par vagues, par l'un, puis par l'autre, avant que le flux fusionne pour battre de concert. Il y a un regard d'enfant et ce qu'il a compris d'une situation d'une part, et de l'autre une vérité différente, celle d'un homme sans réelle malice qui s'est montré orgueilleux à un moment de sa vie et l'a lourdement payé. Une histoire d'argent, de maison reçue en héritage, de femme volage et d'homme trompé, de commérages, de cupidité, d'amertume, de trahisons, de haine et de vengeance... Une fresque humaine et familiale, marquée par la petitesse et la bassesse alors qu'en arrière-plan se modifie la structure du pays, de l'époque coloniale à l'indépendance et l'histoire moderne. 

Un récit riche et subtil, axé sur des personnages avec leurs joies et leurs faiblesses, dans leur quotidien fait de tous ses petits détails qui le rendent si vivant. L'ancrage dans la réalité historique est par ailleurs passionante, offrant des indices marquants sur les différentes périodes comme les relations commerciales maritimes ancestrales, les conditions bancaires discriminatoires pour l'attribution des prêts selon le groupe d'appartenance- blancs/indiens ou autochtones-, les accords universitaires avec les pays de l'est ou l'expulsion des Omaris après l'indépendance même s'ils étaient assimilés depuis plusieurs générations.
 
C'est son prix Nobel de littérature 2021 qui m'a incitée à ouvrir les livres de Abdulrazak Gurnah mais après Afterlives et cette deuxième lecture, l'auteur m'a convaincue avec ses récits profondément humains et puissamment évocateurs...Une valeur sûre, à suivre ! 
 
 Extraits du texte :
What do you think you'll find here ? (...) I know something about uprooting yourself and going to live somewhere else. I know about the hardship of being alien and poor, because that is what they went through when they came here, and I know the rewards.But my parents are Europeans, they have a right, they're part of the family. Mr Shaaban, look at yourself (...) People like you come pouring in here without any thought of the damage they cause.You don't belong here, you don't value any of the things we value, you haven't paid for them through generations, and we don't want you here.We'll make life hard for you, make you suffer indignities, perhaps even commit violence on you. Mr Shaaban, why do you want to do this ?
 
Years before, the British authorities had been good enough to pick me out of the ruck of native school-boys eager for more of their kind of education, though I don't think we all knew what it was we were eager for. It was learning (...) I think also we secretly admired the British (...) perhaps admired is too uncomplicated a way of describing what I think we felt, for it was closer to conceding to their command over our material lives, conceding in the mind as well as in concrete, succumbing to their blazing self-assurance. In their books I read unflattering accounts of my history, they seemed truer than the stories we told ourselves. I read about the diseases that tormented us, about the future that lay before us, about the world we lived in and our place in it. It was as if they had remade us, and in ways we no longer had any recourse but to accept, so complete and well-fitting was the story they told about us.

They told us about the nobility of resisting tyranny in the classroom and then applied a curfew after sunset, or sent pamphleteers for independence to prison for sedition.

Leaving. I've had years to think about that, leaving and arriving, until the moments acquire a crust and a gnarled disfigurement that gives them a kind of nobility.
 
I was flying for the first time, and I did not want to do something embarassing and childish. I did not think of her, and I did not think what a long shadow that moment would cast over what was to come to my life. I did not think to myself that I should pay attention to everything around me so that later I would remember those last seconds before departure. I did not remind myself to secrete away the images and the sights and the smells of that moment for the sterile years ahead, when memory would strike out of dilence and leave me quivering with helpless sorrow at the way I had parted from my beautiful mother.

Titre français : Près de la mer
Titre anglais : By the Sea
Auteur : Abdulrazak Gurnsh
Première édition : 2001

mardi 23 novembre 2021

Le verger des âmes perdues / The Orchard of Lost Souls de Nadifa Mohamed

 
Somalie / fin des années 1980

Dans le stade d'Hargeisa, 2ème ville du pays, la population est rassemblée pour une manifestation orchestrée dans une grande mise en scène afin d'acclamer les généraux du régime en place. Dans la foule, trois personnages :
 
D'abord, Deqo, une fillette de 9 ans, une petite réfugiée orpheline qui fait partie d'un groupe sorti d'un camp et amené au stade pour chanter et danser pendant la parade. Une performance avec une promesse à la clé, celle d'une toute première paire de chaussures. Mais à la suite d'un incident, la gamine va finalement s'enfuir et se retrouve à vagabonder et à devoir survivre seule dans les rues de la ville. Une enfant en mal d'affection, pleine de ressources et de bon sens mais aussi une proie facile et bien vulnérable.
 
Dans les tribunes ensuite, la fière Kawsar, une veuve qui a perdu sa fille unique. Pour être intervenue au cours de l'incident au stade, elle est emprisonnée au poste de police où elle est victime d'un violent passage à tabac qui la laisse grabataire, entièrement dépendante d'une amie fidèle et d'une servante. Coincée sur son lit, dans sa petite maison bleue entourée du jardin qu'elle avait jusque là amoureusement entretenu, elle va assister impuissante à la détérioration de la situation ambiante et à l'abandon de tous.
 
Filsan enfin, militaire ambitieuse, appartenant aux troupes qui s'occupent du bon déroulement des cérémonies. Elle est originaire de Mogadiscio, la capitale, où elle a été élevée d'une main de fer par un père aigri après son divorce, lui aussi militaire. La trentaine passée, célibataire, terriblement seule, elle souhaite faire ses preuves mais l'idéalisme qu'elle a placé dans la révolution va être mis à l'épreuve face aux réalités des violences et des mensonges de la répression contre la rébellion dans le nord. 

Alors que le pays sombre dans le chaos, le destin va irrémédiablement lier les trois femmes. 

En cette fin des années 1980, c'est un vent de folie qui balaye le nord d'une Somalie dont le régime est à bout de souffle, tenant à coup de mise-en-scène et de démonstrations de force, gangrené par la corruption et les brutalités. Dans ce théâtre, ce sont trois points de vue, trois visions, trois milieux, trois générations qui nous sont donnés de la situation ; trois âmes perdues qui n'ont pas été épargnées par la vie mais qui pourtant portent en elles, envers et contre tout, beauté, rêves, besoin d'amour et d'espoir. 
J'ai beaucoup aimé la trame de ce roman, la force de résilience de ces trois femmes emportées par les événements, la petite flamme d'espoir qu'elles arrivent malgré tout à faire persister au fond des ténèbres. J'ai été transportée vers la Somalie, magnifiquement croquée sous la plume de Nadifa Mohamed, avec l'évocation de la vie et des ambiances d'Hargeisa ainsi que celle des paysages de cette région soumise à la chaleur et au froid, aux pluies saisonnières, aux vents.
 
Rude et triste mais un bon moment de lecture avec la découverte d'un pays sur un continent que je connais peu, une mise en perspective historique et une auteur à suivre dont je poursuivrai volontier la découverte.  
 
Note sur l'auteur : Nadifa Mohamed, est née en 1981 à Hargeisa en Somalie. Elle est arrivée en Angleterre en 1986 où elle est restée avec sa famille quand leur pays s'est enlisé dans la guerre. Elle compte déjà cinq romans à son actif, multi-primés. Le verger des âmes perdues est, à ce jour, son seul roman traduit en français.
 
Extraits du texte : 
Even in her uniform they see nothing more than breasts and a hole. He knows who her father is but still parades her like a protitute.
 
She has become one with the bed; from two-legged creature she has grown four metal feet, the mattress moulded to her flesh, its springs entwined with her ribs. Trapped within a skin within a bed within a house, only her two peeping eyes feel mobile, alive; they flutter about the room , settling hesitantly on her dusty possessions, the mysterious bundles and packages that litter the nests of old women.
 
She certainly appeared to have been diminished in some respect that day, while the other girls recovered from their circumcisions stronger than before. Whichever bitter old sorceress devised this practice back in pagan times must have convinced the others that this was the way to winnow the strong from tbe weak; that girls who could not survive this were not worth the milk it took to raise them. If a few managed to hobble along, neither dead nor properly alive, well, they could be suffered as long as they didn't get the way This philosophy had given generations of women - kept like Russian dolls one within the other- the same hardness, the same ability to not look back to whoever was left behind until eventually it was them who dallied at the rear.
 
She doesn't want food that prolongs her life; she only wants to sustain her soul while it remains in her body.

From desperate drought to desperate flood, it seems as if Somalia can only expect disaster.

It was the first time the young country had needed to beg the former colonial rulers, and since then the government hasn't stop asking; from floods to famines to tractors and x-rays machines, prayer mats turned to the west and knees bent in supplication.
Ever since the Italians and British had gone, the country had seemed besieged ny difficulties, whether natural or political. The Europeans must have left a bone-deep curse as they were departing, raising long-dead jinns like Oodweyne in their wake to turn everything to sand and waste.
 
"If you know it, teach it, if you don't know it learn it" had been the slogan, all the schools, colleges, universities emptied of students and professors for seven months so they could be sent to fight against illiteracy in every town, village and encampment.
 
Follow orders. Follow orders. Follow orders. That is the code they have been brought up under and it endures until the burden of guilt cracks the spine. Her father would probably explain their actions as the necessities of war, but to her they seem like the cannibals of old tales : totally ordinary yet irrevocably depraved.
 
As rainstorms come quick and heavy before leaving a clear sky, so do tears.
 
Titre français : Le verger des âmes perdues
Titre anglais : The Orchard of lost Souls
Auteur : Nadifa Mohamed
Première édition : 2013

samedi 20 novembre 2021

Afterlives de Abdulrazak Gurnah

Début du XXè siècle / épilogue au début des années 1960, après l'indépendance. 
Une ville portuaire d'Afrique de l'Est et son arrière-pays ; colonie sous domination allemande puis sous mandat anglais.
 
Il y a d'abord Khalifa, issu d'une famille pauvre, de père indien originaire du Gujarati et de mère africaine. Il travaille comme comptable pour Amur Biashara un commerçant indien qui ne s'encombre pas de scrupules ; celui-ci lui fait d'ailleurs épouser sa nièce Asha après l'avoir déposédée.
 
Il y a ensuite Ilyas qui arrive en ville avec une lettre d'introduction auprès d'un marchand allemand. Il a été enlevé par les schutztruppe (troupes coloniales) quand il était enfant puis éduqué dans une mission allemande. Il devient ami avec Khalifa. Sous son impulsion, il retrouve sa sœur Afiya abandonnée petite dans une famille qui l'exploite, il la fait venir en ville et l'éduque puis l'abandonne de nouveau lorsqu'il s'engage dans l'armée allemande où va son allégeance lorsque la guerre éclate.
En attendant le retour d'Ilyas qui disparaît sans donner de nouvelles, Afiya est recueillie par Khalifa et Asha chez qui elle grandit. 

Enfin, il y a Hamza. Jeune recrue de l'armée allemande. Il dégage une aura particulière et s'attire les faveurs de l'officier du régiment qui le prend sous son aile et noue avec lui une relation un peu étrange lui permettant d'apprendre à parler et à lire l'allemand. Nous voilà plongés dans le quotidien des redoutables schutztruppe et de ses féroces askari, un régiment qui va combattre dans une guerre épouvantable entre puissances impériales qui déportent et reproduisent en Afrique le conflit qui fait rage en Europe (première guerre mondiale) . Dans un acte de vengeance, Hamza sera grièvement blessé, recueilli et soigné par des missionnaires avant de rejoindre la ville portuaire où son destin va croiser celui de Khalifa, Asha et Afiya.
 
Un des ouvrages les plus récents du prix Nobel de littérature 2021. Né à Zanzibar (Tanzanie) mais vivant aujourd'hui en Angleterre où il enseigne la littérature, Abdulrazak Gurnah nous fait découvrir le quotidien des habitants d'une Afrique de l'Est à l'époque coloniale. 
Une histoire en forme de boucle, de la disparition de Ilyas que tout le monde attend jusqu'au dénouement permettant de connaître son sort en fin de livre.
 
Ce roman change par rapport au discours de la littérature occidentale parce qu'il n'adopte pas le regard des puissances dominantes écrivant l'histoire (Allemagne puis Royaume Unis) mais celui de la population locale auprès de laquelle les blancs ne sont que des seconds rôles. Il ne s'agit pas d'un roman anti-colonial pour autant, la question n'est pas vraiment là, mais il oriente les projecteurs sur les individu constituant la trame de la société, en leur donnant forme et humanité, avec leurs imperfections, leurs habitudes, dans leur quotidien. C'est donc la vie qui continue, plus ou moins immuable et indifférente, dans un brassage d'ethnies, de croyances, de cultures, montrant un peuple aux multiples facettes avec sa propre histoire, qui cohabite pacifiquement en marge des affaires coloniales. Et puis il y a toutes ces guerres au service desquelles beaucoup d"indigènes" sont entraînés : les guerres de pacification pour le contrôle des territoires, contre les tribus qui résistent et les guerres entre puissances coloniales elles-mêmes. Les forces vives constituent le gros des troupes, organisées selon un système hiérarchique très efficace, qui ne donne pas le même prestige ou les mêmes privilèges selon l'affectation, entre soldats et porteurs notamment, autant de moyens pour assurer allégeance et contrôle... Mais au final, de la chair à canon dont la vie n'a pas la même valeur que celle des européens qui les contrôlent. 
 
Je me suis attachée à cette galerie de personnages plus ou moins fatalistes et résilients, entrouvrant avec simplicité la porte de leur quotidien dans cette cité portuaire grouillante d'activité et de vie. La fin arrive un peu comme une verrue, courte et sans trop de détails ; une petite frustration qui pourtant illustre bien le peu de cas apporté par les puissances coloniales aux colonisés.  
J'ai aimé toutes ces voix qui me donnent envie de poursuivre la découverte de cet auteur comptant une dizaine de romans à son actif - trois seulement traduits de l'anglais en français (mais on peut sans doute espérer d'autres traductions à l'avenir du fait de son prix Nobel).

Tirés du texte :
That was how that part of the world was at the time. Every bit of it belonged to Europeans, at least on a map: British East Africa, Deutsch-Ostafrica. Africa Oriental Portuguese, Congo Belge.
 
They did not know that they were to spend years figthing across swamps and mountains and forests and grasslands, in heavy rain and drought, slaughtering and being slaughtered by armies of people they knew nothing about : Punjabis and Sikhs, Fantis and Akans and Hausas and Yorubas, Kongo and Luba, all mercenaries who fought the European's war for them, the German's shutztruppe, the British with their King's African Rifles and the Royal West African Frontier Force and their Indian troops, the Belgian with their Force Publique. 

The askari left the land devastated, its people starving and dying in the hundreds of thousands, while they struggled on in their blind and murderous embrace of a cause whose origins they did not know and whose ambition were vain and ultimately intended for their domination. (...) Later these events would be turned into stories of absurd and nonchalant heroics, a sideshow to the great tragedies in Europe, but for those who lived through it, this was a time when their land was soaked in blood and littered with corpses.
 
The German civilians were treated with the courtesies befitting citizens of an enlightened combattant nation and were taken away to Rhodesia or British East Africa or Blantyre in Nyasaland where they could be interned by other Europeans until the end of hostilities. It would not do to have Europeans watched over and restrained by unsupervised Africans. The local Africans, who were neither citizens nor members of a nation nor enlightened, and who were in the path of the belligerents, were ignored or robbed and, when necessity required, forcibly recruited into the carrier corps.

We lied and killed for this empire and then called it our Zivilsierungmission. 

Some of the stories in the Standard provided compelling discussion material for the three sages, especially the heated exchanges between settlers who wanted to remove all Africans from Kenya and make it what they called A White Man's Country, and those who wanted to remove all Indians and only allow in Europeans but keep the Africans as labourers and servants, with a sprinkling of some savage pastoralists in a reserve for spectacle. The propositions and their defenders sounded so strange that it was as if the settlers were living on the moon. 

Titre anglais : Afterlives
Pas (encore) de traduction française
Auteur : Abdulrazak Gurnah
Première édition :

lundi 15 novembre 2021

La force des femmes de Denis Mukwege

Je défends les femmes parce qu'elles sont mes égales - parce que les droits des femmes sont les droits humains et que je constate avec rage ces violences qui leur sont infligées. Il faut se battre tous ensemble pour les femmes. 
Mon rôle à toujours été de faire entendre la voix de celles dont la marginalisation les empêche de raconter leur histoire. 
Je me tiens à leurs côtés, jamais devant elles. 
 
La force des femmes c'est la force de la parole, la force du témoignage, la force du partage, la force de l'amour, la force de l'action, la force de l'expérience, la force de l'écrit et du livre, le triomphe de l'humanité sur la barbarie, la lueur de l'espoir au fond des ténébres.

Dans ce livre, Denis Mukwege, médecin gynécologue-obstétricien au Congo, co-récipiendaire du prix Nobel de la paix en 2018 raconte le parcours qui l'a conduit à faire sienne la cause des femmes au travers de sa lutte contre les violences sexuelles, avec, au-delà du témoignage, une vraie réflexion sur un sujet à portée universelle. Je m'étais intéressée à ce médecin exceptionnel lorsqu'il avait reçu son prix Nobel et j'étais un peu appréhensive à l'idée de me lancer dans cette lecture, inquiétudes qui n'avaient pas lieu d'être car l'essentiel du message n'est pas dans la brutalité mais dans la recherche de ses causes et des solutions à y apporter : les violences sexuelles existent partout dans le monde mais elles sont le symptôme d'un mal plus profond nécessitant d'aller à la racine si on veut avoir une chance de les éradiquer, une fois pour toute. 

Le livre commence par des éléments biographiques sur l'auteur, ses origines, sa famille et sa vocation expliquant comment et pourquoi il en est venu à sa spécialité de médecin-gynécologue. Il fourni également des informations sur son pays, l'effet papillon du génocide rwandais qui a eu des implications dramatiques pour le Congo dans sa région frontalière avec le Rwanda et le Burundi, entraînant plusieurs guerres et une déstabilisation dont les effets durent encore après plusieurs décennies de conflits. S'y ajoutent la damnation d'un Congo dont le sous-sol regorge de matières premières qui, au lieu d'apporter la prospérité, attise les convoitises et le pillage en entraînant la misère et le martyr des populations locales... tout ça pour faire fonctionner les appareils électroniques du monde entier, dans l'indifférence la plus totale.
Dans ce contexte, les violences sexuelles sont utilisées comme arme de guerre et de terreur même si le viol n'est pas un phénomène limité aux guerres puisqu'il existe et reste encore présent dans les pays en paix. Le docteur Mukwege part toujours d'exemples concrets et des solutions mises en place localement, initiées avec les femmes concernées, pour développer ensuite plus largement son sujet, illustrant ainsi sa valeur universelle. Il parle d'autres guerres, de la façon dont la question des viols a longtemps été un "non-sujet", sans reconnaissance pour les souffrances de celles qui les ont subies même s'il y a des "progrès" et une levée progressive du silence : il aura fallu 40 ans aux "femmes de réconfort" exploitées par l'armée japonaise pendant la seconde guerre mondiale pour briser le silence, une quinzaine d'années aux survivantes des guerres dans l' ancienne Yougoslavie et bien moins pour les "esclaves Yézidies" exploitées par Daesch. Dans le même temps le prix Nobel explique le chemin parcouru sur le plan des lois et des tribunaux internationaux pour la reconnaissance du viol comme crime contre l'humanité et même sa valeur génocidaire, offrant des recours possibles sans prescription temporelle pour les victimes contre les profanateurs agissant depuis trop longtemps en toute impunité.

Beaucoup de choses sont abordées dans une approche exhaustive, documentée, logique : les raisons pour lesquelles le viol se perpétue, les inégalités hommes-femmes, les règlementations et leur (non)-application, le rôle des dirigeants, celui de toute la chaîne police-politico-judiciaire, l'importance du message des personnalités représentantes de l'autorité morale, la maternité, la façon d'élever les enfants, la prise en charge pour la reconstruction physique et psychologique après les violences, ce dont les femmes ont besoin pour se reconstruire et pour que ces violences reculent, la nécessité de changer le regard porté sur les victimes, la question du recentrage de la faute avec le poids encore tellement puissant du biais de genre (sur tous le plans, l'histoire, la presse, les lois, leur application, encore largement dominées par les hommes), celle du consentement et la recherche des solutions qui passe nécessairement par la mise sur un pied d'égalité des hommes et des femmes.
 
Le livre est étayé de statistiques édifiantes illustrant notamment les progrès restant à faire, partout dans le monde ;  il est également riche des exemples de solutions mises en place localement et à l'international sous l'impulsion du docteur et des femmes qu'il a traitées au Congo ainsi que de personnalités rencontrées au fil des ans, en commençant par l'hôpital, la Cité de la joie, le système coopératif de financement de projets, le refuge pour les mères d'enfants nés de viols, jusqu'au réseau international des survivantes (SEMA). 
Enfin, entre les pages, il y a la voix de toutes ces femmes dont le Dr Mukwege se fait le porte-parole avec un respect, une compassion et une pudeur exceptionnels, attestant de sa profonde abnégation ; les mots sont pesés et les exemples choisis, pas plus que nécessaire mais poignants et inoubliables comme celui de cette fillette de 12 ans qui fait s'effondrer - au sens littéral du terme - un général lorsqu'il entend son témoignage.
 
Une aventure humaine semée d'embuches, nécessitant beaucoup de courage face aux menaces qui continuent de planer, portée par l'espoir et les avancées réalisées, riche de la résilience et de la force des femmes qui brisent le silence, retrouvent la dignité et un sens à la vie, pour que ce qu'elles ont subi ne se reproduise plus.
 
Il y a des livres qui comptent et ne s'oublient jamais, celui-là en est. 
À lire absolument.
 
Extrait du texte :
Cette toile de fond peut paraître lugubre car les vies de bien des familles de ce livre sont assombries par la violence. Mais chacune d'elles est une lumière et un exemple qui prouve que les meilleurs instincts de l'humanité - aimer, partager, protéger - sont capables de triompher, même dans les pires circonstances. Elles sont la raison pour laquelle j'ai persévéré. La raison pour laquelle je n'ai jamais perdu la foi ni ma santé mentale, même lorsque, exposé aux conséquences de la cruauté, je me sentais submergé. 

Je vous encourage à voir le Congo, parfois encore appelé "la capitale mondiale du viol", comme une fenêtre sur les pires extrémités de ce fléau mondial que sont les violences sexuelles. Car c'est un problème universel qui se produit aussi bien à la maison, au bureau, sur les champs de bataille que dans les lieux publics partout sur la planète. 
Mon expérience m'a appris que l'origine des violences sexuelles et leurs conséquences sont partout identiques. Comme toujours, nos différences - couleur de peau, nationalité, langue et culture - comptent bien moins que nos points communs. 

Les femmes ne peuvent résoudre seules le problème des violences sexuelles ; les hommes doivent faire partie de la solution.

Il faut que dans toutes les sociétés, le blâme, la culpabilité et la responsabilité des violences sexuelles des femmes portent sur les agresseurs. 
Ce sont eux qui doivent en payer le prix, pas les victimes. 
Les pays et les cultures sont différemment avancés sur ces questions, mais aucune n'a atteint le point où les survivantes de violences sexuelles peuvent s'attendre à de la compassion et au soutien inconditionnel de tous, depuis les chefs de leur communauté jusqu'aux policiers, juges, journalistes, politiciens-y compris leur propre famille. 
 
Pourquoi les hommes violent-ils  ? (...) 
Les déshumaniser et les voir comme des monstres, ça me permettait de me dire qu'ils n'étaient pas comme moi et les miens. (...) Mais il faut considérer le viol comme un choix conscient et délibéré qui est la conséquence d'un mépris pour les femmes en général, car l'origine se trouve là.
 
Au Rwanda, le viol était utilisé comme arme de guerre. Il est important de comprendre la distinction entre cet abus sexuel délibéré, prémédité, et le viol qui sévit dans toutes les zones de conflit. Le viol fait malheureusement partie de la guerre, tout autant que la destruction et les massacres, même s'il est souvent tabou. Dans toutes les guerres, les soldats abusent de leur position de pouvoir pour se procurer des femmes. Ce sont des actes de conquérants, ils visent les "corps des femmes des ennemis vaincus" comme l'a écrit l'Autrice féministe américaine Susan Brownmiller. (...) 
Le viol comme arme de guerre est différent. Il devient tactique militaire. Il est planifié. Les femmes sont délibérément prises pour cibles comme moyen de terroriser la population. Son adoption dans les conflits en Asie, en Afrique et en Europe au cours du XXe siècle peut s'expliquer par le fait qu'il est peu coûteux, facile à organiser et, malheureusement, terriblement efficace. (...) 
Le viol fait peur à tout le monde, hommes et femmes, au même titre que les menaces de mort. Quand il est commis en public ou sous le regard de toute la famille, il a pour effet de terroriser. (...) 
En commettant leurs viols en public, ils détruisent la famille : les couples volent en éclat ; les hommes divorçaient de honte. (...) 
Le viol de masse est également utilisé comme arme dans les conflits avec des motivations économiques sous-jacentes. C'est une manière d'exercer son contrôle sur la population locale sans avoir à la déplacer. (...) 
La particularité du Congo, c'est que le viol y a été commis pour toutes ces raisons : par les soldats-étrangers d'une force occupante à la recherche de frissons ou de vengeance, comme moyen de contrôle et de nettoyage ethnique des populations locales et pour des raisons économiques. 

Je dis toujours que le désordre du Congo oriental est un désordre organisé. Il sert les intérêts d'un réseau de personnages qui va jusqu'au plus haut niveau de l'état congolais, ainsi qu'aux élites des pays voisins. 
Le viol fait parti de ce processus d'exploitation sans merci. Les vingt-cinq dernières années de violences sexuelles au Congo sont étroitement liées au pillage des matières premières.
 
Chaque fois qu'un homme viole, quelle que soit la situation, quel que soit le pays, ses actes trahissent la même croyance : ses besoins et désirs sont de la plus haute importance, les femmes sont des êtres inférieurs dont on peut user et abuser. Les hommes violent parce qu'ils ne considèrent pas la vie des femmes comme aussi précieuse que la leur.
 
Ne pas lutter contre les violences sexuelles revient, tacitement, à les autoriser.
 
La façon dont j'ai été traité à l'ONU par mon propre pays m'a servi de formation accélérée quand aux difficultés rencontrées par les femmes qui trouvent malgré tout le courage de dénoncer leurs agresseurs. On leur conseille de se taire, d'éviter de causer un scandale, de ne pas déranger. Ces dernières décennies, des progrès ont été accomplis dans plusieurs pays, mais l'instinct qui pousse à se voiler la face, à ignorer, à ne pas croire ou à intimer celles ou ceux qui veulent briser la loi du silence demeure désespérément banal et profondément ancré dans les esprits. 
Briser le silence qui plane autour des violences sexuelles- harcèlement, viol, Inceste-est un pas essentiel vers la résolution du problème. Premièrement, le silence permet aux violences sexuelles de prospérer. Se taire crée un environnement où les hommes peuvent continuer d'abuser les femmes en toute impunité. Le silence sert leurs intérêts. Tant qu'un problème est tu, les schémas comportementaux destructeurs à l'œuvre peuvent se poursuivre. 
Deuxièmement, l'autocensure empêche les femmes de puiser leurs forces les unes chez les autres. (...) Troisièmement, briser le silence permet d'éduquer tout le monde, à commencer par les hommes. 

Après la Seconde Guerre mondiale, les tribunaux internationaux mis en place pour juger les criminels de guerre - à Nuremberg, en Allemagne, pour les atrocités nazies, et à Tokyo, au Japon, pour les crimes commis en Asie -  ont reçu un grand nombre de preuves sur l'usage systématique du viol sans jamais en faire un chef d'accusation au titre de crime contre l'humanité. Au procès de Nuremberg, il n'y  a pas une seule condamnation pour viol. 
Dans les années 1990, les premiers tribunaux internationaux depuis Nuremberg et Tokyo ont permis de grands bonds en avant. Au Tribunal Pénal international pour l'ex Yougoslavie réuni à La Haye, aux Pays-Bas, à partir de 1993, les procureurs ont pour la première fois démontré que le viol pouvait être considéré comme un crime de guerre et un crime contre l'humanité. (...) 
Le tribunal pénal international pour le Rwanda, qui a siégé en Tanzanie, en Afrique de l'est, a lui aussi établi une jurisprudence sur les poursuites possibles pour viol par la loi internationale. Le cas de Jean-Paul Akayesu, un maire hutu qui avait dirigé le massacre de deux mille personnes dans sa région, a pour la première fois jugé que le viol pouvait être considéré comme acte génocidaire.
 
 Le plus tragique, c'est que tandis que dans plusieurs pays de plus en plus de femmes tiennent compte de ce conseil [briser le silence], les poursuites fructueuses n'ont pas augmenté de concert. Les femmes sont toujours plus nombreuses à vouloir témoigner. Le mouvement #MeToo a fait décoller cette tendance de façon très significative. (...) 
Mais le nombre de poursuite reste très faible.(...) 
Pour que davantage de femmes portent plainte pour ce qu'elles ont subi, il faut qu'elles sachent que le jeu en vaut la chandelle. En général, le problème, ce n'est pas la loi (....) toutes ont le même défaut : elles n'offrent de protection que théorique. Le problème réside dans les biais systémiques à l'œuvre contre les femmes au sein du système pénal. 
L'origine de la plupart de ces biais peut être retracé en étudiant la manière dont le viol a été puni à travers les âges. Dans les premières civilisations il était traité comme un crime d'adultère ou de fornication. Les lois de l'Europe médiévale ont ensuite évolué jusqu'à considérer le viol comme un crime commis contre les femmes, mais seulement si leur "honneur" était entaché. Ce concept se retrouvait au cœur de presque tous les systèmes juficiaires. 
Seules les femmes en position d'avoir un honneur - ce qui excluait les pauvres, les prostituées et les minorités - pouvaient être considérées comme victimes de viol. Les tribunaux exclusivement masculins exigeaient ainsi des femmes qu'elles montrent patte blanche. Leur passé sexuel jouait contre elles, tout comme une suggestion qu'elles puissent avoir, d'une manière ou d'une autre, encouragé leurs agresseurs. On voulait être certain que la personne avait résisté à l'agression, car il était entendu qu'une femme "honorable" tenterait de se débattre pour protéger sa réputation. Une absence de blessure ou de cris était par conséquent mal vue, voire disqualifiante. 
Les célibataires devaient prouver qu'elles étaient vierges avant l'agression. Une expérience sexuelle leur barrait l'accès au statut de victime. Des tests de virginité douteux (...) étaient monnaie courante au XVIIIe et XIXe siècles dans la plupart des pays européens.
Toutes les plaignantes étaient considérées d'un œil soupçonneux parce qu'il était largement admis-par les juristes de sexe masculin-que les femmes n'hésitaient pas à inventer des histoires d'agression sexuelle pour forcer un homme au mariage, justifier une grossesse ou alors parce qu'elles étaient faibles d'esprit ou enclines à l'hystérie.

La première étape pour affronter l'épidémie mondiale de viols est une législation claire qui inclue le concept de consentement et qui reconnaisse les femmes comme des êtres autonomes et indépendants. Des lois strictes contre les agressions sexuelles avec à la clé de lourdes peines de prison pour les violeurs sont des mesures dissuasives et, au moment des bébats parlementaires, une occasion d'éduquer hommes et femmes à leurs droits et responsabilités.  
 
Dès l'instant où nous appuyons l'idée que les garçons sont plus forts, plus méritants, plus valeureux, nous perpétuons une injustice et, au final, la violence envers les femmes.(...) 
Non seulement les parents et la société renforcent sans cesse l'idée que la vie d'un garçon a plus de valeur, mais ils appuient aussi de façon explicite l'idée que les garçons sont des mâles et que le masculin, c'est la force et la dureté.(...) 
Je crois que la "masculinité" est quelque chose que les enfants acquièrent au cours de leur développement. Ils ne naissent pas avec. Il s'agit d'une construction sociale. Le petit garçon s'y glisse en grandissant, comme s'il enfilait des couches et des couches de vêtements.
 
Plus je voyage, plus j'apprends, plus je me rends compte que la douleur issue des violences sexuelles exercées sur les femmes est la même, que ce soit dans les zones de conflits ou dans les pays en paix, et quelles que soient leur culture, leur langue ou leurs croyances religieuses.
 
Partout où des femmes sont nommées, elles aident à briser les normes masculines historiques.
 
Je rêve d'une société où les mères sont reconnues comme les héroines qu'elles sont, où les filles issues de notre maternité sont autant considérées que les garçons, où les femmes grandissent sans craindre les violences. 
Je souhaite un monde où les femmes ont les mêmes opportunités professionnelles, les mêmes joies et les mêmes sources de satisfaction que les hommes, où le pouvoir politique est partagé à égalité. J'attends avec impatience le jour où nos entreprises et institutions publiques reflèteront la diversité de la société. J'imagine aussi un avenir où les agressions sexuelles seront vues comme des méfaits d'une époque certes brutale mais révolue. 
Je crois fermement que tout ce que j'ai énoncé est désirable et possible. Je crois qu'en tant qu'individu et collectifs, nous pouvons œuvrer à cette réalisation. Je crois en la force des femmes.
 
Titre : La force des femmes
Auteur : Denis Mukwege
Première édition : 2021

samedi 13 mars 2021

How to raise an Elephant de Alexander McCall Smith

 

Une fois n'est pas coutume, j'ai enchaîné deux volumes de ma bonne Mma Ramotswe d'un coup. 
A vrai dire, l'agence de détectives ne croûle toujours pas sous le travail et comme toute la bande des personnages qui semble ralentie par la chaleur écrasante en attendant une éventuelle pluie salvatrice, on est un peu dans l'expectative.
Alors on prend le temps d'observer discrètement l'installation de nouveaux voisins sur Zébra drive, de réfléchir à la meilleure façon de traiter la demande d'une lointaine cousine venue solliciter une aide financière justifiée par une injustice mais cachant un mensonge et puis il faut régler un drôle de micmac dans lequel s'est fourré Charlie sans oublier une histoire d'orphelin pas comme les autres, celle d'un éléphanteau. 

Des personnages tout simples avec leurs forces et leurs travers que j'aime retrouver comme de chers vieux amis, une ambiance botswanaise finement rendue et tellement évocatrice, des histoires prétextes pour aborder toutes sortes de relations humaines, des points de vues qui s'affrontent plus ou moins subtilement avec plus ou moins de bon sens, je me régale de ces petites parenthèses littéraires sans prétention, en attendant le prochain rendez-vous auquel je serai bien évidemment fidèle 😊.


Titre original : How to Raise an Elephant
Pas encore de traduction française
#21 de la série The no1 ladies détective agency
Auteur : Alexander McCall Smith
Première édition : 2020

To the land of long lost friends de Alexander McCall Smith

 

Au Botswana, les affaires sont plutôt calmes à l'agence de détectives de Mma Ramotswe, l'occasion de s'intéresser aux raisons du froid qui entrave les relations d'une amie d'enfance retrouvée depuis peu et sa fille. Une enquête qui, contre toute attente, semble recouper les déboires d'une autre amie d'enfance perdue de vue et passée sous la coupe d'un jeune prédicateur charismatique en pleine ascension.

Dans le même temps, le jeune Charlie, qui partage désormais son temps de travail entre l'agence de détective et le garage de M. J. L. B. Metekoni, est pris par des problèmes de conscience : il souhaite épouser sa douce Queenie-queenie mais il sait que la différence de milieux et de moyens ne lui permettra jamais de financer la dote nécessaire, alors, pour trouver les fonds nécessaires, doit-il accepter l'offre de travail un peu douteuse proposée par le frère de Queenie-queenie ? 

20ème rendez-vous avec cette agence de détective et je ne m'en lasse toujours pas  ! 
Une histoire encore une fois sans aucune prétention apportant un souffle de fraîcheur et d' exotisme venu d'Afrique, pleine de bons sentiments avec son lot d'échanges légèrement moralisateurs, qui permet de retrouver toute une bande de vieux amis dont on vient prendre les dernières nouvelles jusqu'à la prochaine édition. 

Voir aussi :

Titre original : To the Land of Long Lost Friends
Pas encore de traduction française
 #20 de la série The no1 ladies détective agency
Auteur : Alexander McCall Smith
Première édition : 2019

dimanche 9 février 2020

Autour de ton cou / The thing around your neck de Chimamanda Ngozi Adichie

Dans ce recueil de nouvelles, Chimamanda Ngozi Adichie nous fait voyager entre Nigéria et États-Unis pour nous offrir une douzaine de tranches de vies aux contours les plus variés.

Nous passons d'un pays à l'autre, du séjour initiatique d'un jeune homme indiscipliné passant par la case prison dans Cellule Un à Imitation, dans laquelle une épouse jusque là soumise, mère de deux enfants, dont le mari appartient au "club des Riches Nigérians qui Envoient leurs Épouses Accoucher en Amérique" prend une décision irrévocable ...
Au Nigéria, Une expérience intime rapproche deux femmes, l'une chrétienne, l'autre musulmane pendant une nuit d'émeutes alors que Fantôme évoque des vies entières lorsque deux hommes se croisent sur un campus, un retraité dont la pension n'est pas versée, visité par sa femme décédée et l'autre, un "revenant" que tout le monde croyait mort depuis longtemps.

Retour aux États-Unis pour une expérience intime des plus troublante Lundi de la semaine dernière quand une nounou est comme envoûtée par la mère du garçonnet dont elle s'occupe. Petit détour ensuite par l'Afrique du Sud et Jumping Monkey Hill pour une nouvelle dans la nouvelle et un atelier d'écriture regroupant des auteurs venus de plusieurs pays d'Afrique. De nouveau l'Amérique et l'écart entre les attentes de ceux qui restent au pays, les idées préconçues et la réalité pour une jeune immigrante nigérianne qui a gagné sa carte verte à la loterie, un vrai poids Autour de ton cou. Pendant ce temps à Lagos, une femme qui vient de vivre un drame, en état de choc, fait la queue devant l'ambassade américaine pour une demande d'asile. À la suite d'une autre tragédie, un crash aérien au Nigéria, deux voisins immigrés d'une résidence du campus de Princeton, font une prière générant Le Tremblement, se lient d'amitié et se confient progressivement l'un à l'autre, il est question de foi, de peines de cœur, de sexualité. Quant à elles, Les marieuses nous permettent de découvrir un couple de jeunes mariés sur présentation : "sur le papier" c'est "le jackpot" pour une orpheline élevée par son oncle et sa tante qui lui ont trouvé cet excellent parti, un médecin aux États-Unis, mais la réalité tient du miroir aux alouettes.
Demain est trop loin, une histoire terrible de jalousie et de mensonges avec la mort d'un enfant pendant ses vacances chez sa grand-mère alors qu'une toute autre grand-mère semble passer le relais à L'historienne obstinée en nous faisant traverser l'histoire de son pays et les conséquences de la colonisation au travers de la destinée familiale.

La nouvelle n'est pas mon genre favori mais je dois avouer que les qualités d'écriture de Chimamanda Ngozi Adichie le rend tout à fait appréciable : elle arrive à donner une densité remarquable à chacune de ses histoires qui sont toutes très abouties, évocatrices, vivantes à souhait. Les thématiques développées sont souvent très dures mais l'ensemble du recueil n'en est pas moins étonnamment lumineux sans doute du fait de l'humanité qui se dégage des personnages, parfaitement croqués, avec leur complexité et celle du monde qui les entoure. Elle porte un regard très affûté et sans concession sur la société, réaliste mais non exempt d'une certaine tendresse et de générosité, riche des deux cultures dans lesquelles elle évolue qui lui permettent d'avoir un certain recul tout en percevant la relativité des choses, à valeur universelle, loin des clichés et des idées preconçues qu'elle redresse bien souvent.

Une auteur que je recommande à 100%, passionnante dans tous les genres qu'elle aborde ; que ce soient nouvelles, romans ou essais, elle y excelle et où qu'elle choisisse d'aller, je la suis désormais les yeux fermés !

Du même auteur, voir aussi :
L'hibiscus Pourpre / Purple Hibiscus
Nous sommes tous des féministes / We should all be feminists
L'autre moitié du soleil / Half of a yellow sun
Americanah / Americanah (non chroniqué sur ce blog)

Titre français : Autour de ton cou
Titre anglais : The Thing Around your Neck
Auteur : Chimamanda Ngozi Adichie 
Première édition : 2009

mardi 21 janvier 2020

L'hibiscus pourpre / Purple Hibiscus de Chimamanda Ngozi Adichie

Nigéria.
Un jour, au moment de rendre les grâces au début d'un repas, Jaja saisi le missel de son père et le jette dans un geste de révolte sur la vitrine de sa mère :  Kimbili, sa sœur d'un an sa cadette, raconte l'incident et l'origine de cette insubordination soudaine dans cette famille aisée d'Enunga...

Dans ce roman, la plume sûre et captivante de Chimamanda Ngozi Adichie nous transporte avec sensibilité et subtilité dans une famille placée sous le joug d'un père au visage multi-facettes : fondamentaliste catholique porté par une foi intransigeante, il se révéle à la fois généreux, rigoureux, droit et exigeant mais aussi brutalement sectaire et intolérant. Chef d'entreprise à la tête de plusieurs usines et du seul journal indépendant du pays capable de dénoncer les turpitudes gouvernementales, il régit sa famille strictement, avec des objectifs clairs : les enfants doivent être premiers de classe en suivant un emploi du temps extrêmement précis préparé par ses soins. Une discipline de fer qui va toutefois se fissurer lorsque les enfants sortent pour la première fois de leur environnement, accueillis  chez leur Tatie Ifeoma et ses trois enfants, Obiora, Amaka et Chima. Ils débarquent comme deux extra-terrestres dans cette famille universitaire exubérante, ouverte, pleine de rires et d'amour, malgré les difficultés et l'exiguité de leur logement sur le campus de l'université de Nsuka. Petit à petit, les deux adolescents vont s'ouvrir et Kimbili sortir de sa timidité apparente qui touche au mutisme.

Des personnages très bien campés, dans toute leurs complexités et leurs ambiguïté ; des relations et des sentiments très bien rendus et analysés ; une histoire universelle dans le cadre du Nigéria qui apporte quelques informations sur le pays ; un très bon livre. Que ce soit Americana, l'autre moitié du soleil/ Half of a yellow sun ou nous sommes tous des féministes /We should all be feminists, je n'ai encore jamais été déçue par Chimamanda Ngozi Adichie : son écriture est toujours juste et prenante et elle sait raconter des histoires, une romancière de talent, une vraie valeur sûre.

Tirés du texte :
Le défi de Jaja me semblait à présent similaire aux hibiscus pourpres expérimentaux de Tante Ifeoma: rare, chargé des parfums de la liberté différente de celle que les foules agitant des feuilles vertes scandaient à Government Square après le coup d'état. 
Une liberté d'être, de faire. 

Elle parlait à la façon dont mange un oiseau, par petites quantités. 

"Voici ce que les nôtres disent au Dieu Haut, le chukwu, dit Papa-Nnukwu. Donne-moi et la richesse et un enfant, mais si je dois choisir entre les deux, donne-moi un enfant parce que quand mon enfant grandira ma richesse fera de même."

Il y a des gens écrivit-elle une fois, qui pensent que nous ne pouvons pas nous gouverner nous-même parce que les rares fois où nous avons essayé, nous avons échoué, comme si ceux qui se gouvernent par eux-mêmes aujourd'hui y étaient arrivés du premier coup. C'est comme si l'ont disait à un bébé à quatre pattes qui essaie de se lever pour marcher, puis retombe sur son derrière, de rester où il est. Comme si les adultes qui lui passent devant n'avaient pas tous commencé à quatre pattes !

Titre original : Purple Hibiscus
Titre français : L'hibiscus pourpre
Auteur : Chimamanda Ngozi Adichie
Première édition : 2003

lundi 13 janvier 2020

Nous sommes tous des féministes / We should all be feminists de Chimamanda Ngozi Adiche

Plus opuscule que livre, cette publication reprend la conférence faite par Chimamanda Ngozi Adichie devant une audience TedEx réunie sur le thème de l'Afrique. Elle y développe le sujet du féminisme, mot à la connotation  parfois plutôt négative mais nécessitant toutefois qu'on y réfléchisse pour permettre une évolution de la société en passant par l'éducation des enfants. Une conférence percutante, nourrie d'exemples personnels même si on n'y apprend finalement pas tant de nouvelles choses.
Peut-être juste une mise en bouche pour nourrir une envie de recreuser un peu plus ce sujet du féminisme au travers de la littérature et aussi celle de continuer à suivre cette écrivaine brillantissime.
À suivre.

Conférence TedEx sur le Féminisme Vidéo YouTube / TedEx Chimamanda Ngozi Adichie
Voir aussi sa conférence sur les dangers de la pensée unique "The danger of a single story"

Du même auteur, voir aussi :
L'autre moitié du soleil / Half of a yellow sun

Titre original : we should all be feminists
Titre français : nous sommes tous féministes
Auteur : Chimamanda Ngozi Adichie
Première édition : 2012

jeudi 9 janvier 2020

Kintu / Kintu de Jennifer Nansubuga Makumbi

On ne s'aperçoit pas qu'on est maudit jusqu'à ce qu'on soit exposé à cette autre façon de vivre.

L'histoire commence dans la violence, par le lynchage du jeune Kamu sur un marché. Elle nous emmène ensuite au 18ème siècle, au royaume du Bunganda, sur les traces de Kintu Kidda, l'ancêtre qui, à la suite d'une gifle mortelle malheureuse et malgré les précautions prises, attira une redoutable malédiction sur toute sa descendance.
Au fil des "cinq livres" qui constituent ce roman et qui démarrent tous le 5 janvier 2004 avant de repartir dans le passé, nous découvrirons le destin tragique des héritiers infortunés de Kintu Kidda : Suubi Nnakintu, Kanani Kintu, Isaac Newton Kintu et Miisi Kintu. Enfant abandonné et livré à lui-même, inceste, folie, suicide, sida, guerre, les maux s'abattent comme la normalité dans les différentes branches plus ou moins éduquées, plus ou moins religieuses, de cette famille maudite caractérisée par la jumelité. Alors, pour essayer de surmonter toute cette fatalité, les "anciens" du clan dispersé vont tenter de le reconstituer et de le rassembler sur les terres ancestrales afin d'acomplir les cérémonies rituelles- superstitions pour certains- seules capables de vaincre le mal.

Pas toujours facile à suivre avec les changements temporels et patronimiques mais un roman dépaysant qui nous mène en Ouganda, au cœur du continent africain. Une sorte de saga familiale aux ramifications multiples et indépendantes au départ et une approche d'écriture originale pour brasser ces histoires personnelles à un passé historique post-colonial douloureux et trouble. La partie pré-coloniale évoquant un monde traditionnel disparu est quant à elle particulièrement intéressante et bien mise en scène.
Entre drames, résilience et espoirs, un premier roman original qui compte et qui vient enrichir cette jeune littérature africaine, ougandaise en l'occurence.

D'origine Ougandaise, l'auteur vit aujourd'hui en Angleterre ; une voix/plume pour le moins ensorcelante qui apporte un nouveau souffle à la littérature mondiale.
À suivre.


Tiré du texte :
Africanstein
Ekisode
Contrairement au reste de l'Afrique, le Bunganda se laissa attirer sur la table d'opération par des flatteries et des promesses. Le protectorat était la chirurgie plastique censée conduire plus rapidement le corps africain léthargique à la maturité. Mais une fois son patient sous chloroforme, le chirurgien fut libre de faire ce qui lui chantait. D'abord, il sectionna les bras et les jambes puis mis les membres noirs dans un sac-poubelle avant de les jeter. Il prit ensuite des membres européens et entreprit de les greffer sur le torse noir. Quand l'africain se réveilla, l'européen s'était installé chez lui.
Bien que l'africain ait été trop faible pour se lever, il dit tout de même à l'européen : "Je n'aime pas ce que tu es en train de faire, mon ami. Sors de chez moi, s'il te plaît." Mais l'européen répondit : "J'essaie seulement de t'aider, mon frère. Tu es encore trop faible et trop groggy pour t'occuper de ta maison. Je vais m'en occuper en attendant. Quand tu seras complètement rétabli, je te promets que tu travailleras et que tu courras deux fois plus vite."
Mais le corps africain rejeta les membres européens. L'Afrique dit qu'ils sont incompatibles. Les chirurgiens disent que l'Afrique est sortie de l'hôpital trop tôt et que c'est pour cela qu'il y a une hémorragie. Il lui faut une intraveineuse beaucoup plus régulière de sang et d'eau. L'Afrique dit que le sang et l'eau sont trop chers. Les chirurgiens disent : "mais non, nous avons fait la même chose avec l'Inde, et regarde comme elle court vite."
Quand l'Afrique se regarda dans le miroir, elle se trouva hideuse. Elle regarda dans les yeux des autres pour voir comment ils la voyaient : il y avait de la révulsion. Cela donna à l'Afrique la permission de s'automutiler et de se haïr. Parfois quand le monde a le dos tourné, les chirurgiens remuent le couteau dans les plaies de l'Afrique. Quand elle tombe, les chirurgiens disent :"vous voyez, on vous avait dit qu'ils n'étaient pas prêts."
Nous ne pouvons pas retourner sur la table d'opération pour réclamer les membres africains. L'Afrique doit apprendre à marcher sur des jambes européennes et à travailler avec des bras européens. Avec le temps, les enfants naîtront avec des corps évolués et avec le temps, l'Afrique évoluera en fonction de sa nature d'Ekisode et prendra sa forme la meilleure. Mais celle-ci ne sera ni africaine ni européenne. Alors la douleur s'estompera.

Titre français : Kintu
Titre anglais : Kintu
Auteur : Jennifer Nansubuga Makumbi
Première édition : 2014

lundi 11 novembre 2019

La soeur du soleil / The sun sister de Lucinda Riley

Sixième et avant dernier volet de la saga des sept soeurs qui commence presque comme les autres et se termine en annonçant le suivant...

Cette fois, nous voici partis à la découverte du destin d'Électra, la plus jeune des sœurs d'Aplièse, toutes adoptées aux quatre coins de la planète par Pa, leur père charismatique et énigmatique, dont le décès marque le point de départ de chacune des histoires. Pour ce qui est d'Électra, jeune femme sculpturale et top modèle de renommée internationale, ce décès reste un moment de confusion lié à l'abus de substances, alcool et drogues ; elle porte encore le poids de la déception qu'elle pense avoir causé à son père et beaucoup de colère qu'elle va devoir apprendre à comprendre et à contrôler.

Dans ce roman ambitieux, l'auteur nous promène dans l'univers d'Électra, l'argent qui coule à flôt, l'hyper médiatisation, l'abus des substances et les centres/ traitements pour s'en détacher. La jeune femme est à la croisée des chemins et doit réagir pour éviter de se perdre, axée sur elle-même. L'histoire de ses origines lui sera rapportée par sa grand-mère qui la retrouve et elle nous fera voyager dans le temps, entre États-Unis et Kenya, des milieux nantis new-yorkais d'avant-guerre aux luttes afro-américaines des droits civiques des années soixante, en passant par le Kenya colonial et l'évocation des tribus Masaï. Il est aussi question de ségrégation, de racisme, de drogue, de SIDA...

Alors même si l'écriture reste comme toujours très agréable et pleine de bons sentiments, à vouloir couvrir autant de sujets en même temps, je trouve que l'auteur en perd en efficacité si bien que j'ai été moins emportée par ce volet que par les précédents. Je reste toutefois fidèle à la série dont j'attends bien sûr le dénouement, rendez-vous en 2020 ! ...2021 ?

Du même auteur, voir aussi :
La soeur de la lune / The moon sister
Les sept soeurs / The seven sisters

Mise à jour 22/2/2021

Titre original : The Sun Sister
Titre français : La soeur du soleil (juin 2020)
Tome 6 de la saga de sept soeurs
Auteur : Lucinda Riley
Première édition : 2019

mardi 20 août 2019

Les fantômes du roi Leopold / King Leopold's Ghost d'Adam Hochschild

 
Auteur, journaliste, historien et enseignant américain, Adam Hochschild reconstitue dans cet ouvrage l'histoire de la colonisation du Congo sous l'égide du roi Leopold II de Belgique.

On y apprend qu'entre 1884 et 1908, sous couvert d'"humanitarisme", de lutte contre les esclavagistes et de campagnes de manipulations bien orchestrées, ce roi s'appropria cet immense territoire africain pour en faire son domaine privé. Au delà des images romantiques de la "découverte des derniers territoires africains méconnus" se cache une histoire d'une extrême violence pour les populations locales qui furent embrigadées, martyrisées, terrorisées, mutilées, assassinées pour satisfaire l'appat du gain des occidentaux.
Des méthodes qui furent dénoncées en leur temps par les missionnaires et quelques activistes dont les écrits permettent de redécouvrir l'histoire soigneusement "oubliée" d'un véritable holocauste alors que de son côté, le roi des Belge avait pris soin de détruire toutes ses archives avant de devoir céder sa précieuse colonie au gouvernement Belge. 

A contre-courant de l'histoire coloniale officielle, le livre bien documenté fut très controversé en Belgique lors de sa sortie mais n'en a pas moins suscité la curiosité pour en faire un best-seller.

Une oeuvre plus documentaire que littéraire, alourdit parfois de répétitions et de longueurs. Une lecture toutefois édifiante pour lever le voile sur tout un pan d'histoire, celle d'une colonisation brutale reposant sur des méthodes largement employées par ailleurs dans d'autres pays du continent : il est vraiment terrifiant le pouvoir destructeur de la cupidité et le déploiement de violence qu'elle peut engendrer au mépris des droits humains.

Un récit terrible mais nécessaire, indispensable.

Titre original : King Leopold's Ghost /astory of greed, terror and heroism in colonial Africa
Titre français : Les fantômes du roi Leopold / Un holocauste oublié
Auteur : Adam Hoshschild
Première édition : 1998

mardi 26 mars 2019

L'empire de l'or rouge de Jean-Baptiste Malet


Résultat d'une incroyable enquête menée sur plusieurs années par le journaliste Jean-Baptiste Malet, l'empire de l'or rouge nous apprend tout tout tout sur la tomate industrielle. Un produit courant pour les foyers du monde entier, totalement mondialisé et globalisé, dont on découvre les dessous avec des acteurs clés en Chine, en Italie, aux États-Unis en plus de toute une histoire insoupsonnée qui passe par l'immigration italienne aux États-Unis, la Californie et la mécanisation des récoltes ou encore les usines Heinz à l'avant garde du paternalisme et de la taylorisation dès le début du XXème siècle.

Un essai exhaustif qui pose beaucoup de questions et dont les réponses expliquées de façon claire et soigneusement documentées font véritablement froid dans le dos. Au fil des pages, de la récolte à la transformation, du négoce au transport en passant par la distribution, l'auteur décortique un imbroglio-industrialo-géopolitique extrêmement complexe avec des acteurs peu scrupuleux qui ne pensent qu'au business et jouent sur les législations - le diable est dans les détails - en sachant toujours s'adapter pour contourner les mesures d'ajustement qui pourraient les géner. En Italie, il est question d'agro-mafia et de formes d'esclavagismes modernes insoutenables dans l'exploitation qui est faite des vagues de migrants qui affluent vers l'Europe, un mouvement d'une perversité absolue qui soulève le coeur.   

On lit cette enquête passionnante comme un polar avec parfois une certaine incrédulité devant les proportions et les dérives d'une machine emballée, inhumaine, dégoûtante. S'il y a une certitude, c'est qu'après cette lecture, on ne pourra plus jamais regarder une boîte de tomates de la même façon et qu'il faut non seulement apprendre à lire entre les lignes des étiquettes des produits alimentaires industriels si on ne peut pas les éviter en plus d'aiguiser sa méfiance pour tout ce qui subit une transformation ... mais bon, pour ce qui est de la tomate, tout le monde le sait : elle se consomme fraîche et en saison !

Titre : L'empire de l'or rouge
Auteur : Jean-Baptiste Malet
Première édition : 2017

jeudi 31 janvier 2019

The colours of all the cattle d'Alexander McCall Smith


Et de dix-neuf !

Dans la série Mma Ramotswe, nous voici plongés dans une nouvelle enquête commandité à notre grande détective afin de retrouver un chauffard coupable d'un déli de fuite. Nous sommes également et surtout associés aux problèmes de conscience de notre chère enquêtrice, solicitée par Mma Motokwane - celle qui dirige d'une main de fer l'orphelinat et à laquelle on ne résiste pas - pour se présenter aux élections contre l'ambitieuse Violet Sepotho, unique candidate d'un siège à pourvoir au sein du conseil municipal de Gaborone. Une élection cruciale, compte tenu d'un projet contreversé d'hotel à batir en limite du cimetière.    

Entourée de son équipe de choc désormais élargie à trois autres détectives (aux divers titres d'associé-apprenti-assistant-détectives), on se régale toujours autant en suivant les réflexions et l'évolution de chacun des personnages comme par exemple celui de Charlie, le bourreau des coeurs qui commence un peu plus sérieusement à mûrir. 

Sans aucune prétention, un petit rendez-vous annuel de lecture, incontournable et toujours apprécié. Fan je suis, fan je reste ! 

 Voir aussi :

Titre original : The Colours of all the Cattle

Série The Ladies Detective Agency (19e volume)
Auteur : Alexander McCall Smith
Première édition : 2018





lundi 21 mai 2018

The house of Unexpected Sisters d'Alexander McCall Smith

Fidèle à la série des enquêtes de Mma Ramotswe d'Alexander McCall Smith, je me suis plongée dans le 18ème volume qui vient de paraître, The House of Unexpected Sisters. On y retrouve notre bonne Mma Ramotswe et sa famille, son mari mécanicien J.L.B. Matekoni et leurs enfants adoptés Motholeli et Puso, son assistante Mma Makutsi et les autres employés que compte l'agence de détective, M.Polopetsi enseignant la chimie à mi-temps et Charlie, le jeune apprenti mécanicien un peu frivole devenu assistant détective.

Cette fois, l'équipe va enquêter sur le cas d'un licenciement pour faute grave qui parait au premier abord abusif, celui d'une employée d'un marchand de mobilier de bureau qui aurait insulté un client après huit ans de bons et loyaux services sans aucune faute. Évidemment les choses ne sont pas aussi évidentes qu'elles le semblent et notre équipe finit par découvrir que ce renvoi cache un complot plus complexe qui menace indirectement Mme Makutsi et dans lequel est impliqué l'impitoyable et ambitieuse Violet Sephotho.

Dans le même temps, Mma Ramotswe va mener une enquête qui la perturbe, sur une infirmière qui porte le même nom qu'elle ...  

Toujours autant de légèreté et de fraîcheur portées par ce vent venu d'Afrique ... Une évocation attendrissante du Botswana au travers de ces personnages pittoresques emprunts de tradition dans un monde qui se modernise alors que se poursuit le cours de leur vie. 
Une petite parenthèse de lecture sans prétention que j'attends et me réserve chaque année afin de retrouver ma bonne Mma Ramotswe, fille d'Obe et première femme détective privé du Botswana !

Voir aussi :
Precious and Grace

Titre anglais : The House of Unexpected Sisters
Série No 1 Ladies' Detective Agency - 18ème volume 
Pas encore de traduction française
Auteur : Alexander McCall Smith
Première édition : 2018

mardi 19 décembre 2017

Patricia de Geneviève Damas


Jean Iritimbi est Centrafricain. Il a quitté son pays pour le Canada dans l'espoir d'une vie meilleure, en laissant sa femme et ses deux filles avec la promesse de les faire venir à lui dès qu'il le pourra. Entré dans l'illégalité à l'expiration de son visa, la vie n'est pas facile et le temps a passé. Alors qu'il travaille dans les cuisines d'un hôtel, il rencontre Patricia, une française qui s'éprend de lui et sans rien connaitre de ses engagements familiaux va jusqu'à voler un passeport pour le faire revenir avec elle à Paris. Une folle histoire d'amour alors que la famille de Jean, lasse d'attendre, entreprend le dangereux périple des migrants pour traverser l'Afrique et la Méditerranée afin de le rejoindre. Mais c'est le drame, le bateau sur lequel la famille s'est embarquée coule. Jean ne retrouve que sa plus jeune fille, Vanessa, 12 ans, traumatisée et enfermée dans son mutisme, qu'il va confier à Patricia ...

Au travers d'un drame familial et de beaucoup d'amour, ce livre aborde avec délicatesse, originalité, sensibilité et aussi espoir le thème douloureux des migrants, de l'arrachement, de la résilience. C'est un roman polyphonique à trois voix :
- d'abord celle de Jean qui s'adresse à Patricia pour raconter son amour pour elle mais aussi ce qu'il lui a caché et les dessous du drame qui l'amène à lui confier sa fille Vanessa,
- celle de Patricia qui prend ensuite le relais au moment où Jean lui confie Vanessa. C'est à elle qu'elle s'adresse pour relater la façon dont elle l'a prise en charge pendant les jours, les semaines et les années qui ont suivi,
- celle de Vanessa enfin qui s'adresse à Patricia pour relater son vécu et apporter le dernier mot à cette histoire.

J'ai beaucoup aimé ce livre qui m'a touchée et qu'on peut lire presque d'une traite : une écriture directe, simple, dense et chargée d'émotion à laquelle je me suis laissée prendre, non sans verser une petite larme à la fin.

Un livre juste, intense et touchant.

Titre : Patricia
Auteur : Geneviève Damas
Première édition : 2017

Tiré du livre :
- La vraie richesse, c'est de rester avec ceux qu'on aime.
- C'est bien plus qu'un continent que l'on traverse, c'est quelque chose d'invisible qui nous transforme et nous laisse sur le qui-vive, à ne plus faire confiance à personne.
- Peut-être que les morts prennent possession de nos vies bien plus qu'on ne l'imagine.