mercredi 24 février 2021

Bilan des livres et des books chroniqués en 2020

 

Ce n'est pas parce que j'ai laissé filer le mois de janvier que j'ai renoncé au petit bilan annuel "des livres et des books"
pour l'année 2020 qui compte une soixantaine de livres chroniqués sur le blog.
Une année marquée par la pandémie de la Covid19 limitant les voyages à travers le monde ...
 mais nullement ceux que l'on peut faire dans les livres !
C'est grâce à eux que j'ai continué à parcourir la planète, en suivant les plûmes d'auteurs venus des quatre horizons dont voici une sélection,
des coups de coeurs, des romans et des polars offrant au fil des pages des tranches de cultures et d'histoires,
avec l'approfondissement de quelques uns de mes "écrivains valeurs sûres".

Suivez les liens !
 
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Du côté de l'Afrique        ,                                                                                                        
Un livre fort, Kintu de Jennifer Nansabuga Makumbi (En Ouganda, l'histoire des membres maudits d'une famille dispersée... pourront-ils lever la malédiction qui les frappe depuis plusieurs générations ?)
♥♥♥ Chimamanda Ngozi Adichie, auteure américano-nigérianne que j'avais découverte avec Americanah et l'autre moitié du soleil / half of a yellow sun :
L'hibiscus pourpre / Purple hibiscus (Une "famille modèle" et son émancipation de l'emprise paternelle)
Autour de ton cou / The thing around your neck (recueil de nouvelles, entre Nigéria et Etats-Unis)
 
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Du côté de l'Asie  
 
🇲🇾 Malaisie :
La somme de nos folies / The sum of our follies de Shih-li Kow (chroniques familiales extravagantes dans une petite ville de province)
🇯🇵 Japon :
♥♥♥ La papeterie Tsubaki de Ogawa Ito (Chronique d'une "écrivaine publique")
♥♥♥ Sawako Ariyoshi, la "Simone de Beauvoir" japonaise et deux de ses "classiques":
Kaé ou les deux rivales / The doctor's wife (Rivalité d'une mère et de sa belle-fille auprès du fils/époux médecin-chercheur, fin du 18ème / début du 19ème)
Les dames de kimoto / The river Ki (chronique familiale sur trois générations de femmes, de la fin du 19ème aux années 1950) 
🇨🇳 Chine : 
Adieu au lac mère / Leaving Mother Lake de Yang Erche Namu & Christine Mathieu (Témoignage, une enfance au sein d'une des  minorités chinoises suivant un modèle rare de société matriarcale) 
Tibet :
Tempête rouge de Tsering Dondrup (témoignage sur la sinisation du Tibet par les camps de rééducation)  
🇰🇷 Corée   : 
♥ L'échelle de Jacob de Gong Ji-yong (Chez les moines bénedictins de Séoul, histoire d'un parcours) 
🇷🇺 Russie / Péninsule de Kamchatka :
♥ Dégels / Disappearing earth de Julia Philipps (Une disparition d'enfants et des portraits de femmes du bout du monde)
 
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Des livres portés par un souffle oriental

 🇹🇷 A la découverte d'une auteure turque particulièrement intéressante, ♥♥♥ Elif Shafak :
La bâtarde d'Istanbul / The Bastard of Istanbul  (Etats-Unis et Turquie, un roman qui dresse des portraits de femmes atypiques dans une tentative de réconciliation de l'histoire turco-arménienne)
Soufi, mon amour / The forty rules of love  (Sur les traces de Rumi -13ème siècle - et le sens de l'Amour)
Crime d'honneur / Honnor  (Entre Angleterre et Turquie, chronique tragique, sur 3 générations d'une famille turco-kurde)
... Et des livres complémentaires sur le drame arménien de 1915 :
♥L'étrangère de Valérie Toranian  (Biographie romancée de la grand-mère de l'auteur)
♥Erevan de Gilbert Sinoué   (Roman très documenté qui remet le génocide arménien dans une perspective historique autour du destin d'une famille imaginaire)
Le troisième et dernier volet de la grande saga moyen-orientale "Inch Allah" de Gilbert Sinoué, avec  Les cinq quartiers de la lune  (Du 11 septembre à nos jours en passant par le printemps arabe)
Ainsi que deux beaux romans d'une auteur anglaise d'origine chypriote et d'une auteure aéricaine d'origine palestinienne à suivre :
♥ L'apiculteur d'Alep / The beekeeper of Aleppo de Christy Lefteri (L'exode et le chemin de rédemption d'un couple, d'Alep à l'Angleterre)
♥♥♥ Le silence d'Esra / A woman is no man de Etaf Rum (Entre Palestine et Etats-Unis, trois voix, trois destins personnifiant trois générations de femmes)   
 
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Du côté nord-américain 

🇨🇦  De gros coups de coeurs pour deux auteurs canadiens qui tous deux abordent le sort des populations indigènes :
♥♥♥ Richard Wagamese , issu des tribu natives :
♥♥♥ Jeu blanc / Indian Horse (Une histoire identitaire poignante)
♥ Les étoiles s'éteignent à l'aube / Medecine Walk (Roman initiatique d'un fils et son père)
♥ Embers (Recueil de méditations)
♥♥♥ Joseph Boyden :
♥♥♥ Le chemin des âmes / Three days road (Trois jours d'un voyage en canoe pour retrouver son âme/ l'histoire de deux amis indiens emportés par la première guerre mondiale)
♥♥♥ Dans le grand cercle du monde / The Orenda (17ème siècle, grandeur et déclin des populations Hurons face aux Iroquois)

 🇺🇸 En littérature américaine, un peu plus au sud, j'ai retenu :
La note américaine / Killers of the Flower Moon de David Grann (Enquête sur une série de meurtres d'indiens Osage de l'Oklahoma des années 1920)
♥Là où chante les écrevisses / Where the crawdads sing de Delia Owens (Une histoire d'enfance au fin fond des marais de la Caroline du Nord)
Les cygnes de la 5ème avenue / The Swans of the 5th avenue de Melanie Benjamin (Roman basé sur l'étrange amitié ayant existé entre Babe Paley et Truman Capote)

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Du côté de l'Europe 
🇨🇵  En littérature française, deux auteures "valeur sûres" dont la bibliographie continue de m'enchanter :
♥♥♥ Claude Pujade-Renaud avec:
Tout dort paisiblement sauf l'amour (Entre Danemark et Antilles danoises, sur les traces de l'ancienne fiancée du penseur Soren Kierkengaard)
Les femmes du braconnier (L'histoire du triangle maudit de la poésie anglaise, Sylvia Prath, Ted Hughes et Assia Wevill)
♥♥♥ Isabelle Autissier :
Soudain, seuls (Histoire de survie de naufragés au bout du monde)
Et trois lectures plus ou moins "notables" :
Le liseur du 6h27 de Jean-Paul Didierlaurent (Une histoire d'amour improbable, joliment farfellue)
Ces dames aux chapeaux verts de Germaine Acremant (Une histoire un peu désuète de vieilles filles)
La part des flammes de Gaëlle Nohant (Parenthèse romanesque sur fond d'incendie du bazar de la Charité de 1897.)

🇮🇹 En littérature italienne, énorme coup de coeur pour :
♥♥♥Les huit montagnes de Paolo Cognetti (Roman initiatique et de montagnes, une amitié entre un enfant de la ville et un de la montagne)

🇮🇸 Et enfin, dans la perspective d'un voyage qui a du être repoussé, poursuite de la découverte de l'Islande par les livres :
Lecture "obligatoire" des deux "classiques grands titres" du prix Nobel de littérature islandais, Halldor Laxness :
Gens Indépendants / Independent People (Chronique paysanne islandaise)
La clôche d'Islande / Island's Bell (Chronique islandaise et rapport avec le Danemark) 
Un essai pour connaître l'"histoire de l'Islande" de Michel Sallé et Aesa Sigurjonsdottir
La fin d'une des deux trilogies de ♥♥♥ Ian Kalman Stefanson, Le coeur de l'homme / The heart of a man 
Et l'incontournable série de polars venus du froid / enquêtes du Commissaire Erlandur de ♥♥♥  Arnaldur Indridason :

Voir aussi :

dimanche 21 février 2021

La consolation de l'ange de Frédéric Lenoir

 

Après une tentative de suicide, Hugo, 20 ans, est à l'hôpital où il partage la chambre de Blanche, une vieille dame en fin de vie. Une rencontre improbable donnant prétexte à un dialogue entre deux êtres qui vont, à coup de tâtonnements et de confidences, se livrer l'un à l'autre en abordant des questions philosophiques, métaphysiques et spirituelles essentielles sur le sens de la vie, la mort, la liberté, l'amour, la famille, le bonheur, etc.
 
Un beau texte joliment écrit, émaillé de poèmes - Victor Hugo, Beaudelaire, etc. - faisant également référence de façon très abordable et lumineuse à de grands philosophes tels que Spinoza. Au fil des secrets dévoilés, je me suis laissée émouvoir, emportée par cette amitié inattendue source de résilience, d'humanité et d'universalité transgénérationnelle.
 
Un livre arrivé entre mes mains un peu par hasard, que je l'ai lu d'une traite ; facile et rapide à lire, il ne tombe pas pour autant dans la facilité que j'associe souvent aux romans "feel-good", un sentiment qui transpire au fil des pages mais, pour une fois, dans le sens le plus positif que je puisse donner au terme. 
 
Je ne connaissais pas l'auteur alors que, renseignements pris, je m'aperçois que c'est "une pointure" qui compte plus d'une cinquantaine d'ouvrages à son actif, romans, essais, théâtre, encyclopédie, etc. 
Un esprit curieux tourné vers une spiritualité bien conçue et clairement énoncée, vers lequel je n'hésiterai sans doute pas à retourner m'abreuver.    
 
Simple mais pas simpliste, efficace.     
 
Titre : La consolation de l'ange
Auteur : Frédéric Lenoir
Première édition : 2019

jeudi 17 décembre 2020

La somme de nos folies / The Sum of Our Follies de Shih-li Kow

 

En Malaisie, loin des circuits réservés au tourisme de masse, Lubok Sayong est une petite ville de province sans prétention, nichée dans une cuvette avec lac, coupée par deux rivières sujettes à débordements aux proportions parfois légendaires. C'est là qu'a grandi et que vit toujours l'inénarrable Beevi, fille aînée de la maison à quatre tourelles édifiées pour les quatre femmes de son défunt père; une bâtisse chargée de l'héritage familial qu'elle réintègre après avoir quitté sa cabane sur piloti et des circonstances particulières pour la transformer en Bed & Breakfast. Aidée par l'indéfectible Miss Boonsidik, katoï venu de Thaïlande, elle s'occupe de Mary Anne, fille adoptive débarquée inopinément de son orphelinat de Kuala Lumpur et accueille les rares touristes de passage à qui elle livre ses histoires plus fantaisistes les unes que les autres. 
 
Une chronique des temps modernes joliment écrite, originale et fantasque, pleine d'humour et de fantaisie, profondément humaine rapportée par les voix de Mary Anne et de Auyong, vieil ami de Beevi, directeur de la conserverie de litchis. 
 
Un roman et des personnages tendres et cocasses parfois extravagants, loin des clichés, "de l'intérieur" par une auteur de la commnauté chinoise de Kuala Lumpur, pour découvrir une Malaisie contemporaine et une société multiculturaliste trop souvent méconnues. 
Un petit bonheur !
 
Titre français : La somme de nos folies
Titre anglais : The Sum of Our Follies
Auteur : Shih-li Kow
Première édition :   

dimanche 13 décembre 2020

Kaé ou les deux rivales / The Doctor's Wife de Sawako Ariyoshi

 

 Le 13 octobre 1805 (...) La première opération du cancer du sein fut (...) une réussite (...). 
Si cette intervention eut une telle importance, ce ne fut pas parce qu'elle représenta un succès personnel pour le nom de Hanaoka Seishu, mais parce qu''il s'agit là de la première opération effectuée sous anesthésie générale dans l'histoire de la chirurge mondiale. 
Il fallut attendre 1842 pour que Long utilisât l'éther dans une intervention chirurgicale, aux Etats-Unis, 
et 1847 pour que le gynécologue anglais Simpson pensât à recourir au chloroforme dans le même but.
Hanaoka Seishû avait plus de quarante ans d'avance sur eux.
 
Fin du 18ème / début du 19ème siècle - Japon

Bien que de milieux sociaux différents, la belle Otsugi, femme du médecin Naomichi, parvient à convaincre la famille de Kaé de la marier à son fils aîné Umpei / Hanaoka Seishu. Mais comme le jeune homme étudie au loin la médecine, le mariage est célébré par procuration et la jeune femme emménage chez sa belle-famille en attendant le retour de son époux. Les trois premières années, sous le charme de sa belle-mère qui la fascine, elle s'adapte à son nouvel environnement plus spartiate que celui dans lequel elle a grandi et mène une vie harmonieuse et affectueuse avec tous les membres de la famille qui dédient activités et ressources aux études du fils prodigue promis à une brillante carrière. 
 
Mais l'harmonie entre Otsugi et Kaé est rompue lorsque Umpei réintègre le milieu familial : la mère et l'épouse deviennent rivales, chacune désirant tenir la première place auprès du fils et de l'époux. Attentives à préserver les apparences, les hostilités sont du domaine de la guerre psychologique, perfides, totalement invisibles aux yeux d'Umpei qui, lui, se consacre à la pratique de la médicine, à ses élèves, à ses recherches, à ses expériences sur des chiens et des chats afin de mettre au point un anesthésique à base de plantes dangereuses si le dosage n'est pas bon. Alors, lorsqu'après dix ans de recherches et de mises au point il commence à envisager de passer à l'expérimentation humaine, la rivalité des deux femmes les conduit à se proposer comme cobaye, l'épouse ayant alors à souffrir le plus des conséquences...
 
J'avais beaucoup aimé Les Dames de Kimoto et me suis laissée une nouvelle fois emportée par l'écriture de Sawako Ariyoshi qui combine, avec Kaé ou les deux rivales, des éléments historiques (l'histoire de la première opération du cancer du sein sous anesthésie générale par Hanaoka Seishu) et sociologiques (un Japon féodal déjà moderne, une médecine à deux écoles, chinoise et hollandaise) à une saga familiale sans merci avec ses rivalités, les suspicions, la jalousie et les tensions. Car dans ce roman, ce sont avant tout les portraits de femmes et leur rapports que l'on retient : au service des hommes et de leurs ambitions, coeur de la famille et du foyer ce sont des femmes "traditionnelles" modèles d'abnégation qui n'en sont pas moins fortes et essentielles, aptes à briser certaines conventions et par là même, porteuses d'un certain modernisme. Des éléments qui traitent avec subtilité de la condition de la femme et permettent de  comprendre pourquoi cette auteur fut souvent comparée à Simone de Beauvoir au Japon. 
 
Un "classique" japonais qui n'a pas pris une ride d'un auteur dont je poursuivrai la découverte même si sa large bibliographie n'est malheureusement que partiellement traduite. 
   
Du même auteur, voir aussi :
 
Titre français : Kaé ou les deux rivales
Titre anglais : The Doctor's Wife
Auteur : Sawako Ariyoshi
Première édition : 1967

mercredi 11 novembre 2020

A Very Stable Genius de Carol Leonnig et Philip Rucker

  

Rédigé par Carol Leonnig et Philip Rucker, journalistes du Washington Post tous deux récipiendaires du prestigieux prix Pulitzer, ce livre traite du chaos de la présidence Donald Trump "de l'intérieur". Je n'ai pas trouvé de version française de l'ouvrage mais il est vrai que cette lecture nécessite une certaine connaissance des rouages de l'admisnitration américaine ainsi que celle des nombreuses personnalités citées. 
 
L'essai est basé sur des centaines d'heures d'interviews, plus de deux cents "sources" remontant jusqu'au plus haut niveau de l'État, des témoins directs dont certains parlent pour la première fois et dont bon nombre a souhaité gardé l'anonymat. Ils nous plongent dans un monde complètement paranoïaque, au coeur de la maison blanche et des moments les plus controversés des trois premières années de la présidence Trump. Une sorte de "House of Cards" (pour les amateurs de la série) encore plus tordue que la fiction avec son lot de mensonges, d'intimidations et de pressions sur des collaborateurs de tous niveaux, de bras de fer, de carrières brisées et de professionnels remerciés à coup de Tweets alors que valsent les avocats chargés de maintenir à flot un navire qui louvoit en prenant l'eau de tous bords.
 
On y retrouve les divers "scandales" qui ont emaillé l'actualité américaine et internationale ces dernières années, de la question de l'influence russe sur la campagne de 2016 au "règlement de la question nord coréenne", des rencontres controversées avec Vladimir Poutin ou Kim Jung Un à qui le président fait plus confiance qu'à ses propres services, ses "accrocs" avec Theresa May, les problèmes à la frontière, le blocage du budget fédéral au mépris des employés, l'enquête et le rapport Robert Mueller dont chaque terme a été trop lourdement pesé, etc. Il en ressort surtout un portrait totalement mégalomaniaque de Donald Trump tout à son égo, colérique, incompétent, versatile, imprévisible, méprisant les règles et la loi, dangereux, persuadé de tout savoir et d'avoir raison alors qu'au final seule compte l'allégeance et l'attention à sa propre personne.
 
Tiré d'une foultitude de publications pour la qualité et le sérieux de ses rédacteurs, ce document surfe sur la vague de l'actualité et d'un personnage hors du commun qui n'a pas fini de faire couler l'encre ... on pourrait presqu'en rire tant on atteint parfois l'absurdité mais c'est plutôt à méditer le plus sérieusement du monde quand on sait que tout cela s'est passé "au plus haut niveau de la plus grande démocration du monde', sic, et que Donald Trump obtient plus de 70 millions de voix au scrutin de 2020 dans un pays complètement fracturé ... tout simplement Ter-ri-fiant !
 
Nota : le titre A Very Stable Genius / Un Génie très Stable fait référence à un qualificatif revendiqué plusieurs fois par Trump lui-même après la publication en 2018 du livre de Michael wolff Le Feu et la Fureur / Fire and Fury. À l'époque, le président en exercice avait menacé l'auteur de poursuites en justice mais s'en était abstenu parce que justement il était "un génie très stable", signe de sa très grande intelligence !      
    
Sur Donald Trump, voir aussi :
 
Titre anglais : A Very Stable Genius
Pas de traduction française
Auteurs Philip Rucker et Carol Leonnig
Première édition : 2020 

mardi 27 octobre 2020

Histoire de ma vie / My Autobiography de Charlie Chaplin

 

Comme l'indique parfaitement le titre, ce livre est une autobiographie de Charlie Chaplin dans laquelle j'ai eu envie de me plonger après la fascinante visite de Chaplin's world à Vevey en Suisse, un musée parfaitement mis en scène qui lui est dédié dans la maison où il a passé les 25 dernières années de sa vie.
 
Avec beaucoup de regrets, je l'ai lu dans la version française que je trouve très mal traduite/écrite, avec beaucoup de lourdeurs, d'anglicismes et de traductions littérales qui font tomber complètement à plat ce qui sont sans doute des traits d'humour (et qu'on devine parfois quand on les remet en version anglo-saxonne). Faute de version digitale en anglais,  je me suis tout de même accrochée pour lire jusqu'au bout.
 
On se retrouve plongé dans une toute autre époque en commençant par ses parents issus du monde du spectacle et un frère dont Chaplin restera toujours très proche après une enfance à la Dickens dans le Londres de la fin du 19ème siècle, suivent les souvenirs des tournées théatrales burlesques alors qu'il est encore tout jeune au sein d'une troupe anglaise dans son pays d'origine puis aux Etats-Unis, ce qui va l'amener au cinéma et au personnage de Charlot qui connaitra un succès planétaire, du cinéma muet au cinéma parlant, de l'adulation aux controverses avec le gouvernement américain qui l'obligent finalement à revenir s'installer en Europe en 1952.

Un livre un peu désuet mais authentique dans lequel Chaplin s'efforce d'expliquer sa façon de travailler, ses sources d'inspiration, ses rencontres avec des personnalités prestigieuses aujourd'hui oubliées pour certaines, ses difficultés à la fin de sa période américaine tout en restant très pudique sur sa vie personnelle et familiale.
Un témoignage qui ne vaut peut-être pas la visite de sa maison à Vevey mais qui la complète tout de même, notamment sur la période précédent son départ des Etats-Unis et son installation en Suisse que j'ai trouvé particulièrement intérressante. 
 
Un personnage et une vie hors du commun.
 
Titre français : Histoire de ma vie
Titre anglais : My autobiography
Auteur : Charlie Chaplin
Première édition : 1964 

jeudi 15 octobre 2020

Le silence d'Isra / A woman is no man de Etaf Rum

 

It's time you grew up and learned this now: a woman is not a man (...) Fair or not, that's the way of the world.

1990
Isra a 17 ans quand elle épouse Adam, un mariage arrangé selon la tradition palestinienne. La jeune fille aime lire (en cachette) et aurait bien continué à étudier mais elle est docile et résignée, ses parents ne lui laissent de toute façon pas le choix : elle suit son époux, de Palestine à Brooklyn aux Etats-Unis où sa belle-famille a émigré vingt ans avant. Elle quitte donc la maison de ses parents pour celle de son mari sans vraiment savoir ce qui l'attend, en espérant que, peut-être, sa condition de femme s'en trouvera amélioréee et qu'elle saura gagner l'amour au sein de son nouveau foyer. Mais si le pays change, la pression culturelle reste la même: elle se retrouve aussi cloîtrée et chargée de corvées ménagères qu'auparavant, placée sous la houlette de sa belle-mère Fareeda au lieu de celle de sa mère, avec en plus le devoir, en tant qu'épouse du fils aîné, de "produire" au plus vite un héritier. Les grossesses s'enchaînent, épuisantes, et il faut s'occuper des enfants : une fille Deya, puis deux, puis trois, puis quatre, autant de "balwa/fardeaux" mais, comble de honte, pas de mâle tant attendu...

2008
Deya a dix-huit ans, elle est en dernière année de lycée et comme sa mère avant elle, elle aime la lecture ; elle souhaiterait poursuivre des études à l'université mais ses grands-parents s'y opposent ... et comme le veut la tradition pour toutes les jeunes filles de son âge, ils ont entamé la recherche d'un prétendant pour la marier et lui imposent la valse des présentations qu'elle sabote comme elle peut. Elle s'interroge sur sa condition et ses aspirations, hésitant entre soumission et révolte, respect de la tradition ou éducation sachant que ce sont ses grands-parents Khaled et Fareeda qui l'élèvent seuls avec ses trois soeurs depuis la mort de leurs parents, décédés dans un accident de la route lorsqu'elle avait 7 ans ... des parents idéalisés par la sororité mais dont les vagues souvenirs personnels de l'aînée sont en réalité emprunts de violence et de tristesse ... 

Un premier roman qui serait en partie autobiographique, écrit par une jeune auteure d'origine palestino-américaine qui décline son récit à trois voix sur trois générations de femmes : celle d'Isra, celle de sa fille Deya et celle de Fareeda, belle-mère de l'une, grand-mère de l'autre. Chacune nous renvoie à une époque différente, entre Palestine et Etats-Unis mais quel que soit le contexte, la place de ces femmes arabes semble se reproduire de façon immuable : leur rôle est de se marier, de se mettre au service des hommes à la maison pour s'occuper de la cuisine, du linge, du ménage, des anciens et des enfants avec une préférence pour les garçons, futurs soutiens de famille alors que les filles ne sont qu'une charge destinée à renouveler le destin de leurs aïeules dans une autre famille. Une existence à laquelle il faut se soummetre sans rien dire, quelles que soient les différences de traitement entre les sexes, aussi injustes soient-elles, ou lorsque les violences s'immiscent parce qu'une "femme n'est pas un homme" et que "c'est comme ça et pas autrement". 
Se mèlent à ce quasi-huit-clos familial d'autres personnages féminins plus ou moins importants dont celui de Sarah, la fille de Fareeda, Nadine, l'autre belle-fille plus rétive, ou encore les amies voisines. Les quelques hommes de l'histoire appartiennent au foyer - beau/grand-père, mari, beaux-frères - ou viennent de l'extérieur pour être "présentés", certains ont la vie facile, d'autres portent le poids des responsabilités et des renoncements, totalement acculés et piégés par le devoir.   
 
S'il faut se taire, obéir et préserver à tout prix les apparences et l'honneur de la famille, ces femmes en situation de dépendance et d'asservissement n'en ont pas moins chacune des aspirations, des interrogations, une façon personnelle de supporter le carcan ou de s'en affranchir ; elle portent et cachent leurs propres secrets, leurs croyances, leurs espoirs ou leurs sacrifices, leur propre individualité et leur humanité...
 
Une tragédie violente et troublante qui offre des portraits de femmes subtils et sensibles, porteurs d'une vraie réflexion sur leur condition, leur place dans le cycle de la vie, la maternité, l'éducation ... Une porte entrouverte qui donne voix, corps et humanité à des opprimées ignorées par le monde et la littérature même s'il ne faut surement pas en tirer des généralités sur toute une culture.
 
Un texte à valeur de témoignage, douloureux mais non dénué d'espoir, prenant et puissant. 
Une auteure à suivre.

Extraits du texte :
Isra had learned from a very young age that obedience was the single path.

"This is all because of those books (...) Those books putting foolish ideas in your head! (...) Telle me, what are you reading for ?"
Deya folded her arms across her chest. "To learn"
"Learn what ?"
"Everything"
Fareeda shook her head. "There are things you have to learn for yourself, things no book will ever teach you."
 
Of course I am naive! (...) I've been stuck in the kitchen my entire life, first in Palestine and now here. How am I supposed to know anything about the world?
 
There is no such thing as happiness for people like us. Family duty comes first. 
 
I can't tell you what to do. If you don't decide for yourself, then what's the point? It won't matter what you do if it's not your own choice. It has to come from inside you. That's the only way I can help. 
 
   Sadness was like a cancer (...) a presence that staked its claim so quietly you might not even notice it until it was too late. 

Fareeda knew her granddaughter could never understand how shame could grow and morph and swallow someone until she had no choice but to pass it along so that she wasn't forced to bear it alone.

What if some man kills me ? Would you even care ? Or would you just be glad that I was no longer your balwa ?
 
Titre français : Le Silence d'Esra
Titre anglais : A Woman is no Man
Auteur : Etaf Rum
Première édition : 2019