jeudi 17 octobre 2019

Once a midwife de Patricia Hartman

La saga de la sage-femme des Appalache continue et nous retrouvons Patience à la fin de l'année 1941, pour quatre nouvelles saisons chroniquant la vie d'une communauté rurale au moment où l'Amérique, sortie de la crise, se retrouve entrainée dans la guerre après Pearl Harbor. Dans le contexte d'un grand élan patriotique, le couple Patience-Daniel est mis à rude épreuve lorsque Daniel, vétéran de la première guerre mondiale, refuse purement et simplement tout enregistrement ou engagement dans cette nouvelle guerre. Une attitude à contre courant, mal comprise, qualifiée de "lacheté" et qui singularise toute la famille...

La narration revient de nouveau à Patience car le rythme des naissances continue à faire battte le coeur de cette saga. Je ne m'en lasse pas car ces mises au monde sont des moments intimistes forts, presque toujours synonymes de "délivrance" (un mot qui prend véritablement sens), de joie ou d'espoir.
On retrouve les personnages des deux premiers tomes comme de vieux amis pour lesquels on vient aux nouvelles, content de savoir où ils en sont et par où le destin les a mené : c'est par exemple le cas avec Bitsy, l'assistante noire de Patience qui avait disparu à la fin du premier tome et qui nous revient dans ce troisième volet.
Et puis il ne faut pas oublier le contexte de l'époque que l'auteur sait si bien faire vivre, cette Amérique qui renait après dix ans de crise, portée par l'enthousiasme d'une nouvelle génération qui s'engage et part se battre la fleur au fusil, bien trop sûre d'elle.

La naissance et la mort, la vie et l'Histoire ramenée au quotidien d'une communauté ordinaire, voilà les clés de cette saga très réussie. 

Voir aussi :
La sage-femme des Appalaches / The Midwife of Hope River (tome 1)
The Reluctant Midwife (tome 2)

Titre original : Once a Midwife
Pas encore de traduction française. 
Troisième tome de la saga de la sage-femme des Appalaches
Auteur : Patricia Hartman
Première édition : 2018

mercredi 16 octobre 2019

The Reluctant Midwife de Patricia Harman

Le deuxiėme volume de la saga de la sage-femme des Appalaches nous ramène, pour un cycle de quatre nouvelles saisons, sur les rives de la rivière Hope, en 1934-1935.
Alors que l'Amérique est dévastée par la Grande Dépression, nous retrouvons notre petite ville rurale frappée par le marasme, où chacun essaye de survivre au jour le jour mais où la vie suit aussi son cours avec de nouvelles naissances à accompagner. Parience, désormais mariée au vétérinaire Daniel est elle même enceinte et immobilisée si bien que c'est Becky, l'infirmière, qui n'a pas d'autre choix que de prendre le relais afin d'assurer le rôle de sage-femme, bien malgré elle. Il faut dire que Becky a eu son lot de misères et qu'elle est de retour dans la région accompagnée du docteur Blum dont elle s'occupe, un homme brisé depuis la mort de sa femme et enfermé dans le mutisme depuis des mois.
Sage-femme à temps partiel, l'infirmière va aussi avoir l'opportunité de travailler dans un camp gouvernemental semi-militaire CCC (Civilian Conservation Corp) qui emploie de jeunes hommes pour revitaliser l'économie rurale dans le cadre d'un des tous premiers projets du New Deal lancé par le président Rossevelt afin de redresser le pays.

Un roman et une saga faciles à lire, qu'on dévore avec plaisir, plongé dans cette Amérique profonde au moment de la mise en place du New Deal. L'acte de la mise au monde reste au coeur du livre si bien que la narration est désormais relayée par Becky et non plus par Patience qui reste un personnage important, placé au second plan pour veiller au grain.Une histoire qui non seulement nous emporte mais nous enrichit pour sa part historique et humaine, réaliste, crédible et si bien rendue.

J'aime vraiment cette combinaison, alors hop, je n'attends pas : au suivant ...

Extraits tirés du texte :
Childbirth is such an intense experience (...) The moment a new person enters the world, everything changes. Everyone must move over to make room, every person, every rock, every tree, every star, and the midwife is privileged to witness the miracle.

I have lived under the presumption that there is great pain in this life and you must move carefully or you will get hurt, but I see today, that sometimes pain brings great joy, like labor contractions bring us the baby.

Voir aussi :
La sage-femme des Appalache / The Midwife of Hope River (Tome 1)
Once a Midwife (Tome 3)

Titre original : The Reluctant Midwife
Pans encore de traduction française
Deuxième volet de la saga "La sage-femme des Appalaches"
Auteur : Patricia Harman
Première édition : 2015

lundi 14 octobre 2019

Ma mémoire assassine de Kim Young-ha


Kim Byeong-su a 70 ans.
Dans son village, il vit isolé, à côté d'un bois de bambous.
Ex tueur en série assagi, il est atteint de la maladie d'Alzheimer.
Il se souvient parfaitement de chacun de ses vieux crimes mais sa mémoire à court terme est de plus en plus confuse.
Pour essayer de s'y retrouver, il écrit et s'enregistre parce qu'il a encore une tâche importante à accomplir : éliminer un prédateur qu'il a reconnu et qui tourne autour de sa fille adoptive qu'il veut protéger.

Il y a longtemps que je n'avais pas ouvert un roman coréen dont les auteurs sont souvent champions des scénarios tordus alors même s'il ne faut bien sûr pas généraliser, celui ci rentre assez bien dans cette catégorisation. Un roman aigre-doux, caustique, agrémenté d'une touche d'humour noir qui traite avec beaucoup de justesse de la maladie d'Alzheimer. À partir de petits mots écrits et de pensées dans la tête du tueur, le lecteur est plongé dans la même  confusion et les mêmes frustrations que le narrateur qui lutte contre l'oubli. Comme lui, on a du mal à faire la part du vrai et du faux, jusqu'à ce que quelques points d'ancrages viennent nous remettre sur la voie de la réalité.
Un personnage vraiment peu recommandable mais dont la vulnérabilité le rend attachant, un tour de passe-passe exécuté de main de maître !

Une lecture très intéressante et prenante, faite quasiment d'une traite, à découvrir.

Extraits tirés du texte :

Chaque fois que j'enterrais une nouvelle victime, je me disais : "Je ferai mieux à la prochaine fois." 
Si j'ai cessé de tuer, c'est parce que cet espoir a disparu. 

Je suis sûr de connaître les réponses, mais elles refusent de surgir dans ma tête. 
Je les connais et, en même temps, je ne les connais pas. Comment une chose aussi absurde est-elle possible ? 

Les mots disparaissent. Mon cerveau me fait de plus en plus penser à un concombre de mer, gluant et percé de petits trous. Tout s'en échappe. Le matin, je parcours le journal de la première à la dernière page, mais une fois que j'ai terminé, j'ai l'impression d'avoir oublié plus de choses que j'en ai lu. Malgré tout, je lis, même si déchiffrer une phrase est pour moi aussi ardu que d'essayer de monter un meuble dont il manque les principales pièces. 

Ces derniers temp, je perds de plus en plus la mémoire,
 tout ce que je n'ai pas noté me glisse entre les doigts comme une poignée de sable. 

En perdant la mémoire, mon esprit perd aussi son domicile. 

Il existe bon nombre d'imbéciles qui veulent systématiquement mettre les gens dans des cases. C'est pratique, mais toujours un peu risqué, ils imaginent mal qu'il puisse exister des êtres humains qui n'entrent dans aucune de leurs catégories. 

Quand je perds la mémoire du passé, je ne sais plus qui je suis, 
tandis que si je perds la mémoire du futur, je suis coincé dans le présent pour toujours. 

En perdant la mémoire, on perd aussi son humanité. 
Le présent n'est qu'un point virtuel reliant le passé et le futur, en lui-même il n'est rien. 

Il n'est pas seulement enfermé dans le présent, 
il est prisonnier d'un temps qui n'appartient ni au passé, ni au présent, ni au futur, un temps erroné. 

Titre : Ma mémoire assassine 
Auteur : Kim Young-ha
Première édition : 2013

vendredi 11 octobre 2019

Les femmes de La Principal de Lluis Llach


Catalogne.
Maria a 20 ans en 1893 quand son père la réunit avec ses quatre frères dans le domaine familial pour leur annoncer les décisions et dispositions qu'il a prises face à la menace du phylloxéra qui attaque les vignes et va ruiner l'activité traditionnelle ayant fait la fortune de la famille : le père et les garçons vont s'établir définitivement à Barcelone où ils occuperont chacun un étage d'un immeuble-bastion et feront carrière de façon solidaire et complémentaire dans les hautes sphères de la société locale, dans le milieu médical, politique et écclésiastique. Quant à Marie, elle n'a pas le choix, et doit se sacrifier pour rester sur place dans l'isolement du village afin de garder la propriété avec la promesse qu'elle en héritera un jour.
Surnommée "la vieille" à 20 ans, elle est la première des trois générations de Marie qui vont se succéder à la tête du domaine, trois femmes qui vont traverser le XXème siècle en position de pouvoir dans un monde rural habituellement dominé par les hommes.

Des femmes peu conventionnelles, voire carrément excentriques et pas forcément très sympathiques que le lecteur découvre au travers d'une enquête de police pour un meurtre non élucidé, mise de côté au moment où éclate la seconde guerre mondiale mais reprise plus tard par un policier zélé.
 Il ne faut surtout pas se fier au titre qui semble donner des airs de grande saga romanesque à cette histoire, ce n'est pas tout à fait l'orientation qu'elle prend. On tourne les pages avec, au fil du texte, un meurtre, central, de l'amour, un peu, si peu, si mal, des rancœurs familiales, beaucoup, du sexe, de la domination, de la perversion, des mensonges, des secrets qui finissent par éclater ou qu'il faut taire, à jamais.

Un roman détonnant, parfois déconcertant, entre drame et comédie, entre admiration et détestation pour ces femmes dominatrices, toutes puissantes.
J'ai été un peu déroutée puis je me laissée prendre par cette histoire que j'ai finalement aimé pour sa touche d'extravagance, le ton décapant et satirique, ou encore ses retournements de situations pleins de surprises.

Titre : La Principal
Auteur : Lluis Llach
Première édition : 2017

jeudi 10 octobre 2019

Le lilas ne refleurit qu'après un hiver rigoureux / Lilac girls de Martha Hall Kelly


Caroline Ferriday est américaine, elle travaille au consulat français de New York, vient d'un milieu privilégié et investit une partie de son temps à défendre et promouvoir des œuvres caritatives auxquelles elle croit.
Kasia Kuzmerick est une toute jeune polonaise dont la vie bascule après l'invasion allemande et son arrestation pour collaboration avec la résistance.
Herta Oberheuser est allemande et médecin mais elle a du mal à se faire une place dans un monde d'hommes. Tenant enfin une chance d'exercer vraiment son métier, elle va accepter l'offre qui lui faite par la SS de travailler dans un camp, un pacte avec le diable.

Trois vies de femmes emportées par la seconde guerre mondiale et dont le fil du destin qui les relie s'appelle Ravensbrück... et ses "lapins".
Les lapins, ce sont des jeunes femmes qui servent de cobayes et font l'objet d'expérimentations médicales épouvantables mais qui réussissent à survivre en sautillant dans le camp pour échapper à la mort et pouvoir un jour témoigner.

Un roman à trois voix. Trois points de vues - deux proches, un lointain-, offrant chacun un éclairage différent sur un épisode particulier d'une époque et d'un lieu, Ravensbrück.

C'est un premier roman très réussi, très bien documenté, inspiré pour partie de faits réels : le volet américain incarné par Caroline est par exemple inspiré d'un personnage qui a réellement existé.

J'ai déjà beaucoup lu sur cette époque et ces sujets mais ce roman offre une perspective différente et nouvelle de la question, notamment la perception à distance, la façon dont le secret des camps a pu filtrer, comment il est ressenti et traité...On est emporté par cette histoire et ces femmes, leur psychologie aux ressorts très variés, la générosité, la culpabilité (ou non), l'ambition, la résilience portée par l'amour et la solidarité.

Un roman à la fois bien écrit et bien construit, un auteur de talent, à suivre.

Titre français : Le lilas ne refleurit qu'après un hiver rigoureux
Titre anglais original : Lilac Girls
Auteur : Martha Hall Kelly
Première édition : 2016

mercredi 9 octobre 2019

La mélancholie du kangourou de Laure Manel

Il n'y a pas de hasard(s), il n'y a que des rendez-vous. (Paul Éluard)

Formant un couple uni et amoureux, Antoine et Raphaëlle se préparent au bonheur d'être parents.
Sauf que le jour de l'accouchement, tout ne se passe pas comme prévu et Antoine, à 36 ans, devient à la fois père et veuf. Accablé par la douleur et le chagrin, il lui est impossible de s'occuper ou de même simplement regarder sa fille, la petite Lou. Au début, Simone, la grand-mère paternelle, vient de Bordeaux pour s'occuper du bébé mais c'est une solution transitoire qui n'est pas tenable et il faut rapidement trouver une nounou pour prendre le relai.

Contre l'avis de ses proches, Antoine opte pour l'embauche de Rose, une gamine de 20 ans, étudiante qui a besoin de gagner un peu d'argent en attendant l'admission qu'elle espère à l'école de danse de Londres.
Cotoyant ce père absent et broyé, dans un foyer où toute trace d'amour a disparu, la jeune femme va finalement s'occuper pendant deux ans de la petite fille, avec abnégation, en lui donnant son amour et en sachant, à force de patience et de psychologie tisser des liens entre sa protégée et ce papa qui refuse de l'être.

Un roman qui aborde une situation familiale extrême en la traitant sans mélodrame, avec justesse, réalisme et douceur, et aussi, un brin de magie qui en fait presque un conte de fée, à la Mary Poppins. Une plume qui m'avait déjà séduite et amusée dans la délicatesse du homard, et qui me donne le même plaisir de tourner les pages, presque de la jubilation : c'est à la fois triste et gai, entre deuil et (re)naissance. Un livre sur la résilience, les liens subtils qui se créent sur la durée, par la présence, la discrétion, la maturité aussi, celle du coeur dont la valeur n'attend pas le nombre des années.

Peut-être pas de la "grande littérature", marqué d'une touche de "feel-good" et de quelques larmes versées au passage,  la mélancholie du kangourou nous régale d'une bien jolie  histoire, en toute simplicité.

Extraits du livre :

On perd son empathie, on oublie les problèmes des autres quand on est centré sur les siens.

Titre : la mélancholie du Kangourou
Auteur : Laure Manel
Première édition : 2019

mardi 8 octobre 2019

Mapuche de Caryl Férey


Buenos Aires / Argentine, début des années 2000.

Jana est une jeune femme indépendante et secrète, artiste sculpteur d'origine Mapuche encore marquée par des traumatismes d'enfance. Une nuit, Paula, sa seule/meilleure amie, travesti /prostituée, l'appelle à l'aide après la disparition de Luz, un autre travesti qu'elle a pris sous aile et dont le cadavre sera retrouvé quelques heures plus tard.

Lui aussi fracassé de la vie, dans les années 1970, Ruben fut l'un des rares survivants des cachots sordides de l'école Mécanique de la Marine où furent engloutis sa petite sœur et son père, poète de renom : un épisode qui le ronge toujours, trente ans après, mais dont il ne parle jamais, pas même à sa mère qui espère toujours le retour de tous les siens. Aujourd'hui, il est détective privé et se consacre aux Mères de la Place de Mai qui réclament la vérité sur les enfants disparus et adoptés sous la dictature. C'est ainsi qu'il vient à enquêter sur la disparition de Maria Victoria Campallo, fille du promoteur le plus influent du pays.

Deux rescapés dont les chemins se rejoignent pour mener une enquête qui tourne à l'opération survie tant sont fortes les menaces du passé car si l'Argentine est redevenue une démocratie, elle n'en a pas pour autant fini avec ses démons et les compromissions de ceux qui en tiennent encore les rouages.

Un thriller à la dimension historico-socio-culturelle remarquable, encore une fois extrêmement bien documenté. Caryl Férey a l'art de donner voix aux laissés pour compte brisés par les rouages d'un système tout en nous faisant découvrir un pays dans toutes ses dimensions. Des personnages résilients, à la fois forts et sensibles, humbles et fidèles, profondément humains.
Une plume sans concession, désormais bien maîtrisée, épurée de ses anciennes lourdeurs, pour nous faire découvrir peuples et paysages au rythme d'un scénario ébouriffant, digne des plus grands studios hollywoodiens.

Une lecture qui égratigne mais dont on a l'impression de ressortir plus intelligent, je recommande sans restriction !

Du même auteur, voir :
Condor
Saga Maorie - Haka / Utu

Extraits du texte :
Participer à des réunions d'étudiants de gauche, à des activités syndicales, avoir critiqué à haute voix les militaires, porter le même nom qu'un suspect, avoir assisté à un enlèvement, être juif, enseigner ou étudier la sociologie, conseiller des pauvres ou des suspects en matière juridique, soigner des suspects ou des pauvres, écrire des poèmes, des romans, des discours, être étranger et "trop bruyant", être réfugié d'un pays sous régime militaire, recherché pour des raisons politiques, exercer le métier de psychologue ou psychanalyste-influencés par des théoriciens juifs-, donner un récital de piano devant des ouvriers ou des paysans, être "trop" passionné d'histoire, être un jeune soldat qui en sait trop ou qui conteste, être "trop" fasciné pas l'occident ou réaliser des films "trop" axés sur des sujets de société ou contrevenant à la "bonne morale", militer dans une association des Droits de l'homme, avoir un frère ou une sœur, un cousin ou un ami proche d'une personne disparue : les militaires et la police enlevaient les gens pour n'importe quelle raison. Étaient considérés comme subversif quiconque se dressait contre le "mode de vie argentin." 
"La subversion est ce qui oppose le père à son fils" avait précisé le général Videla. Un paternalisme phallicratique qui puisait son idéologie dans le catholicisme, étendu à toute la société : 340 camps de concentration et d'extermination opérationnels répartis sur 11 des 23 provinces du pays, pour une efficacité maximum- 90% de la population incarcérée n'avait jamais revu le jour... 

Raconter l'ineffable, c'était le revivre, laisser remonter l'angoisse, le chagrin, la douleur, parler, 
c'était redonner à ses tortionnaires le pouvoir de l'écraser.

Écrasés militairement lors de la Grande Battue à travers la pampa, tirés comme des lapins à coups de Remington, livrés aux écoles religieuses ou comme esclaves aux estancieros qui s'étaient partagé leurs territoires, parqués, acculturés, appauvris, réduits au silence, mentant sur leur origine lors des rares recensements, oubliant par honte ou désœuvrement leur culture, les Mapuche avaient traversé le siècle comme des ombres. Des fantômes. En rayant vingt-cinq ans de traités signés avec l'Espagne, la Constitution de 1810 avait purement et simplement nié les Mapuche, les "gens de la terre" qui vivaient ici en nomades depuis deux mille ans. 
Sanctuaire des ancêtres, demeure des dieux, mythe et point de départ de toute représentation symbolique, fondement rituel et élément constitutif de leur identité, la terre pour eux était tout. Certaines communautés s'étaient accrochées à leurs  fermes et leurs troupeaux, mais beaucoup avaient dû vendre leurs terres sous la menace, au risque de disparaître d'autant plus facilement qu'ils ne figuraient sur aucun état civil. Aujourd'hui, les Mapuche ne représentaient plus que 3% de la population argentine, concentrés dans les régions pauvres du Sud ou noyés dans les bidonvilles des lointaines banlieues...

Titre : Mapuche
Auteur : Caryl Férey
Première édition : 2012