mercredi 7 juillet 2021

Un amour retrouvé de Véronique de Bure

 
À 73 ans, veuve depuis plusieurs années, Monique reçoit une lettre de son premier amour. 
Elle s'en ouvre à sa fille Véronique (la narratrice) avec qui elle entretient une relation fusionnelle, en lui annonçant "qu'il lui arrive une drôle d'histoire"... 
 
Au fil des pages, Véronique raconte comment cette relation amoureuse interrompue il y a si longtemps reprend un nouveau cours, de façon d'abord épistolaire puis en personne. Elle observe comment l'amour transforme sa mère, physiquement, psychologiquement et dans sa façon de vivre, ainsi que la manière dont évoluent ses relations avec ses proches, famille et amis ; il faut aussi concilier cette nouvelle relation avec le passé et l'histoire de chacune des familles. Elle note plus particulièrement comment l'arrivée d'un nouvel homme transforme leur relation fille-mère, son ressenti et les sentiments fluctuants qui s'imposent. 

Une chronique qui serait en grande partie autobiographique, faite de chapitres courts rédigés à la deuxième personne du singulier soulignant la proximité et le lien privilégié mère-fille, une intimité dans laquelle le lecteur est invité à s'immiscer ; c'est comme une série de messages adressés par Véronique à sa mère à qui elle peut ainsi exprimer son ressenti et la façon dont elle vit cette histoire.
Un récit qui couvre une vingtaine d'années, d'une "vieillesse active" au grand âge, pendant lesquelles la fille déploient ses états d'âmes et revisite le passé familial avec plus ou moins de compréhension pour cette mère avec laquelle la relation de complicité devient progressivement plus distante : avec cet "amour retrouvé", c'est l'ensemble des rapports familiaux et intimes qui changent pour trouver un nouvel équilibre alors que le temps passe et impose sa marque.
 
Un joli roman facile à lire, empreint d'une certaine délicatesse, déclinant avec sensibilité l'idée selon laquelle l'amour n'a pas d'âge et qu'il se moque de l'ordre établit auquel il s'impose. S'y ajoute une plongée culturelle au cœur de la vie de province "à la française ", avec une maison de famille et son lot de souvenirs, son jardin et son village, des endroits où le temps semble s'être arrêté et où on s'ennuit un peu, que les jeunes générations ont quittés mais où l'on revient voir les grands-parents pour les vacances et les réunions de famille. C'est finement observé et rendu, authentique et agréable à lire. 
 
Des pages qu'on tourne sans prise de tête, parfait pour l'été !

Tirés du texte :
Aujourd'hui, un demi-siècle plus tard, c'est la même émotion qui te serre le coeur. 
Elle est là, intacte. À soixante-treize ans, tu as vingt ans. 
 
Tu aimes, tu es aimée, et rien de tout cela n'a plus d'importance. Non, le désir ne s'éteint pas avec l'âge. Il l'efface.
 
Plus je découvre la femme et plus je m'attache à la mère, celle que tu étais avant, que tu redeviens encore parfois, celle qu'aujourd'hui je crains fort de perdre. 
 
Tu es libre, totalement libre. Ta vie prend un chemin inattendu. Tu vas vers tes 75 ans et tu rayonnes. Tu as un amoureux, dans quelques jours tu vas prendre un train pour le rejoindre, rien ni personne ne t’en empêchera.
Ma mère est heureuse et je suis jalouse. 

 
Le temps ne coule pas comme un sablier, régulier, impassible. Le temps file, marque des pauses, s'accélère, repart plus lentement, passe l'air de rien, puis à nouveau s'emballe, soubresaute. Le temps avance par à-coups. 
 
On ne remplace jamais un amour par un autre. Pourquoi m'aura-t-il fallu vingt ans pour le comprendre ?
Titre : un amour retrouvé
Auteur : Véronique de Bure
Première édition : 2021

dimanche 4 juillet 2021

Nos âmes oubliées de Stéphane Allix

Dans ce livre témoignage, à la fois très documenté et intime, Stéphane Allix nous raconte comment ses enquêtes sur la conscience l'ont conduit à débloquer ses propres verrous pour libérer son âme d'enfant brisée et trop longtemps oubliée. 
 
Stéphane Allix est un journaliste d'investigation expérimenté, ancien grand reporter de guerre qui a bourlingué au coeur des conflits de notre époque et sur les chemins de la drogue jusqu'à ce qu'il assiste à la mort de son frère en 2001, dans un accident en Afghanistan. Depuis, il s'intéresse à la mort, à l'au-delà, aux phénomènes inexpliqués. En 2007, il a fondé, avec le docteur Bernard Castells, l'INREES (l'Institut de Recherche sur les Expériences Extraordinaires) et est en outre le créateur et l'animateur des "Enquêtes Extraordinaires" sur M6. Un pédigré pour le moins "sérieux" qui lui permet d'allier l'expérience journalistique à la fascination, pour raisons très personnelle, aux phénomènes extraordinaires.     

Mais cette enquête sur les chemins de la conscience qui le conduit à expérimenter des drogues psychédéliques sous contrôle thérapeuthique a des conséquences totalement inattendues que lui-même a d'abord du mal à croire tant le traumatisme est ancien, profond et occulté.
Un parcours initiatique au plus profond de la conscience, bouleversant et puissant.
 
Tirés du texte :
"Personne ne prétend que la Résilience est une recette de bonheur. C'est une stratégie de lutte contre le malheur qui permet d'arracher du plaisir à vivre, malgré le murmure des fantômes au fond de sa mémoire." (Boris Cyrulnik) 

Depuis toujours, j'ai désiré être englouti par les voyages, ces événements géographiques bien commodes. (...) 
à force de partir, revenir devient de plus en plus difficile.
J'ai exploré tant de pistes, suspecté de si nombreuses origines à mes blessures émotionnelles, mais dans certaines zones obscures de notre conscience, il est impensable de se rendre. Il s'y cache des secrets si bien camouflés que sans un cataclysme, ils demeureront invisibles toute notre vie. Ils sont là, imperceptibles, et pourtant leur poison nous consume. 

En matière de psychédéliques, l'argument standard justifiant la prohibition de la consommation - les drogues sont interdites parce qu'elles représentent un danger pour la santé - ne repose sur aucun argument scientifique.
(...) La deuxième idée fausse est celle qui prétend que les psychédéliques sont inutiles. Les centaines de publications scientifiques et médicales disponibles prouvent exactement le contraire. 
La troisième affirmation prétend qu'ils induisent une dépendance, ce qui n'est pas le cas : là encore, les études le démontrent. Ils permettent même de soigner les addictions, comme celle à l'alcool. (...) Enfin,  selon la quatrième fausse affirmation, la prohibition permettrait un jour d'éradiquer la consommation. C'est faux. La prohibition est incapable d'empêcher qu'un produit interdit atteigne ceux qui désirent le consommer. (...) Il est communément admis que la mise au ban de ces substances à davantage obéi à des motivations politiques que sanitaires. 

Ces substances [psychédéliques] élargissent la conscience, elles conduisent à de profondes remises en question existentielles. Elles nourrissent la créativité et la priorisation des aspirations à une plus grande justice. Elles ouvrent également à des dimensions spirituelles, à l'opposé du carcan parfois rigide des religions.

Au delà de l'intérêt qu'ils représentent sur le plan médical, les psychédéliques offrent aussi la possibilité d'explorer un domaine à la frontière entre science, philosophie et spiritualité. Celui de la conscience.
 
 La conscience semble avoir besoin du cerveau pour se manifester, mais dire qu'un cerveau est nécessaire à la conscience pour exister, ou que la conscience ne peut pas exister en dehors du cerveau, est purement spéculatif. (...) Dire que l'âme -cet aspect de la conscience affranchi des contraintes de l'espace et du temps- n'existe pas est  encore une supposition. 
Une supposition qu'en outre de plus en plus de faits invalident. 

Nous savons désormais que notre cerveau filtre. C'est-à-dire qu'il réduit l'immensité du réel, figé l'espace, ainsi que le temps, dans cette course linéaire que nous lui connaissons au quotidien. (...) Quand le cerveau ne l'a retient plus, notre conscience serait en mesure d'accéder à une réalité plus grande, échappant aux contraintes du temps et de l'espace. C'est ce que les sages nous disent depuis la nuit des temps. 

La vraie spiritualité se caractérise par sa simplicité. 

Le propre de l'inconscient est de dissimuler, d'effacer tout ce qui est susceptible de faire du mal : traumatismes, blessures, mémoires douloureuses, etc. Si tous ces éléments pénibles ont été rangés dans notre inconscient, voire plus profondément encore, c'est pour éviter que leur rappel nous torture au quotidien. 
Notre inconscient nous protège.
 
Vivre, c'est consentir à souffrir. Plus tu consens à souffrir, plus ton cœur va s'ouvrir. Parce que aimer et vivre, c'est souffrir : sentir la frustration, le manque, la peur de perdre, la peur d'être abandonné. "Dans la peur de mourir il y a la peur de vivre." 

Mon père géographe avait renoncé à certains voyages après qu'il avait fait le constat amer que le temps qui passe, ce temps perdu, avait littéralement emporté paysages, villes et lieux si passionnément aimés autrefois. Poussant ce raisonnement, il pensait que les lieux n'existent en définitive pas vraiment, mais sont des souvenirs, des époques, des émotions en nous. 
(...) Et si les lieux étaient d'abord extraordinaires à travers le regard que nous portons sur eux, à un moment particulier de notre vie ? Et si les lieux n'étaient vivants que parce que nous les regardons avec amour ? 
Faut-il un regard d'enfant pour qu'un monde existe ? 
Est-ce l'émotion et l'amour qui créent la réalité ? 

Que savons-nous vraiment de la vie et de la mort ? Il existe des réponses qui ne puisent ni dans la subjectivité des religions ni dans l'abstraction de la philosophie, mais s'appuient sur une démonstration étayée par des preuves scientifiques. Ces recherches démontrent que la vie est un phénomène plus vaste et plus complexe qu'il n'y paraît, et que des aspects de ce qui nous constitue ne semblent pas disparaître après la mort physique du corps. Aussi surprenant que cela puisse être, les évidences qui étayent cette hypothèse sont à la disposition de qui se donne les moyens de les rassembler. Et pourtant, bien peu le font. 

Nous sommes aujourd'hui dans ce moment de transition entre le modèle matérialiste, qui est encore défendu avec rage, et le nouveau modèle en train d'émerger et qui soulève conte lui une bien compréhensible opposition. 
Savoir que nous sommes au coeur d'un changement de paradigme est essentiel (...)
de plus en plus de scientifiques pensent que ces phénomènes apparemment "anormaux" ne se produisent pas en contradiction avec les lois de l antaure, mais uniquement en contradiction avec ce que nous pensons savoir de ces lois de la nature. (...)
C'est la science elle-même qui démontre que la conscience échappe aux contraintes de l'espace et du temps où nos corps sont coincés. (...)
L'homme est un être spirituel -il possède en lui cette dimension qui transcende le temps et l'espace. Cette réalité s'impose aujourd'hui et constitue la prochaine révolution scientifique. 
Le spirituel est une dimension constitutive de la réalité. Peut-être même en est-ce la source.  

Mais la carte n'est pas le territoire. Les religions sont les cartes, c'est-à-dire un mode d'emploi pour tenter d'approcher le territoire qui, lui, est l'expérience spirituelle. Les religions sont autant d'invitations à cheminer ensemble. Le spirituel est un espace intime et personnel. 

L'amour, c'est cet état d'harmonie qui nous envahit lorsque la réalité apparaît derrière le voile de nos sensations ordinaires. 
L'amour c'est ce qui est éprouvé lorsqu'on accède à la connaissance pure et totale, dès lors que le cerveau cesse de tout interpréter constamment. Baigner dans la connaissance augmente l'harmonie, et cette harmonie est vécue comme une sensation d'amour indescriptible.(...)
L'amour est une force bienveillante qui vit tapie au fond de chacun de nous. Inépuisable. Le mental et ses ruminations nous en masquent l'accès, nous cachent l'harmonie de notre âme. 

Il est vain d'imaginer que le bonheur se trouve ailleurs qu'en soi, il se cultive.

La réalité de la télépathie, de la précognition ou de la clairvoyance prouve l'existence d'une dimension non locale de notre conscience. Ces perceptions extrasensorielles ne s'expliquent pas par un transfert d'information ou d'énergie, mais plutôt par la connexion à une dimension, en soi, qui transcende le temps te l'espace : notre conscience fondamentale. La réalité de ces capacités démontre que nous ne sommes pas limités à notre enveloppe physique. Un aspect de nous est naturellement partout, en tout temps, ailleurs et ici. A un certain niveau de notre être, nous sommes déjà connectés entre nous, et avec tout. Le passé comme le futur, tout le vivant comme tout "l'au-delà". 

Ma capacité à pardonner fait de moi un homme libre.

Titre : nos âmes oubliées 
Auteur : Stéphane Allix
Première édition : 2021

mardi 29 juin 2021

Qui sont les anges gardiens ? de Samuel Socquet

Anges-gardiens, Noble Céleste, esprits, guides, forces, énergie... Qu'est-ce qui se cache sous ces appellations recouvrant plus ou moins les mêmes concepts, des affabulations ou une réalité "autre" plus large que la perception du monde que nous pouvons avoir ?
Dans cet essai très accessible et bien construit, Samuel Socquet nous livre une enquête journalistique très documentée sur ce sujet de "l'angiologie" (terme que j'ai découvert au passage). En partant d'exemples concrets d'expériences "inexplicables" selon la logique strictement cartésienne, vécues par des individus pas forcément ouverts aux questions spirituelles,  l'auteur explore la question des anges gardiens sous différents angles :  occurrences et représentations dans les textes religieux de confessions variées, place dans les sociétés traditionnelles à travers le chamanisme, place dans la culture chinoise, missions et rôles qui leur sont attribués, présence auprès des médiums qu'ils guident, prise en compte dans les soins et de nouvelles branches de la médecine, etc.
Mais dans le monde matérialiste qui est le notre et le scepticisme généralisé face à ce type de questions qui relèvent pour beaucoup de la foi, de la croyance ou de la superstition, l'auteur ajoute de l'objectif au subjectif avec un volet scientifique intéressant et surprenant sur des expériences menées aux États-Unis attestant de phénomènes lumineux associés à ces présences dont parlent les médiums.

Un titre qui m'a interpellée et intéressée parce qu'il constitue un prolongement d'autres lectures alimentant un intérêt personnel sur les questions du cerveau, de la conscience et d'une façon plus large, de ce qui touche à la spiritualité laïque. Une pierre sur le chemin de la connaissance de soi et une référence ouvrant la voie à d'autres développements, auteurs et études afin d'approfondir encore un sujet sans absolu, sur lequel on n'a jamais fini d'apprendre et de s'enrichir. 

Tirés du texte :
 Un ange gardien, c'est comme un muscle. Si on ne le sollicite pas, il ne répond pas.
 
(...) Deux des fonctions traditionnellement attribuées aux anges, qui auraient pour rôle de protéger les hommes ou de les guider sur leur chemin. (... ) une troisième fonction leur est souvent attribuée, celle de la guérison - guérison physique et guérison spirituelle. 

[Définition du chamanisme par Laurent Hugueli] "Pour moi, il s'agit avant tout d'un rapport au monde : la pratique du chamanisme permet de prendre conscience que l'on est profondément lié à tout ce qui nous entoure." (...) 
Traditionnellement, le rôle du chamane est de maintenir le contact avec la réalité invisible, 
et de favoriser une sorte d'équilibre entre le monde matériel dit "ordinaire" et le monde des esprits.
 Une manière simple, très chamanique, d'expliquer cela consiste à considérer que la nature a une âme avec laquelle on peut communiquer. 

Que nous vivions en Occident ou dans un pays du monde occidentalisé, nous grandissons dans un système éducatif qui apprend à privilégier la raison discursive à l'intuition, le visible à l'invisible. Notre raison perceptive et nos ressentis ne sont pas valorisés dans cet apprentissage car ils sont forcément subjectifs - donc ni quantifiables ni observables selon les normes scientifiques actuelles. 
Selon ces normes, les esprits des monde(s) invisibles n'existent que dans l'imagination de ceux qui y croient.
 
Le chamanisme est (...) presque une méthode scientifique pour entrer dans la structure intime de l'univers, 
avec un accès direct, non intellectuel, au monde qui nous entoure. 

Aldous Huxley : "le XXieme siècle est, entre autres choses, l'Âge du bruit. Le bruit physique, le bruit mental et le bruit du désir - nous détenons le record de l'histoire en ce qui les concerne tous."

La pensée occidentale s'est totalement détournée des forces invisibles, comme si elles étaient le signe d'un retour à l'irrationnel, au Moyen Âge, etc. 

En Suisse, on ne parle pas de médecine "parallèle", encore moins de médecine "non conventionnelle", mais de médecines complémentaires.(...) Je trouve que la médecine est devenue très protocolaire, alors même qu'il y a un besoin de personnalisation dans les soins.
 
[Claire Guillemin] Dans les facultés de médecine américaines, la médecine intégrative est quelque chose de complètement acquis. À mon sens, il faut absolument sortir de la peur, qui est un problème central. À l'opposé de la peur on trouve l'amour : pas l'amour comme sentiment, mais en tant que vibration. L'amour, c'est une vibration de confiance, d'acceptation que tout ce qui est en train d'arriver est juste. 
Lorsqu'il se trouve dans cette vibration-là, l'individu est en paix.
 
Nous vivons dans une culture où on nous a appris à nous méfier des croyances, un mot devenu synonyme d'obscurantisme selon certains, qui craignent que nous ne revenions à des âges archaïques où prévalait la superstition si nous laissons les croyance (re) prendre le dessus. Les connaissances qui relèvent du domaine du perceptif sont elles aussi suspectes, car dans notre société contemporaine occidentale domine une pensée issue d'un "positivisme radical"  qui, au nom de la modernité, "exclut toute référence à la subjectivité, à la sensibilité, à l'intuition." (...) 
Pour être pris en compte, un phénomène doit être observé dans un laboratoire, où il sera analysé selon les normes contemporaines, c'est-à-dire qu'il doit pouvoir être transformé en expérience qui, reproduite un certain nombre de fois, fournira des données en quantité suffisante.(...) 
Ces conventions en vigueur - et les scientifiques qui les respectent - n'accordent aucun crédit aux mots "esprit", "âme"  ou "sacré", désignés en anglais comme "the S words" (Spirit, soul, sacred), mots devenus tabous à force d'être assimilés à des croyances superstitieuses.

[Gary Schwartz]  la recherche contemporaine sur la conscience commence à fournir des preuves qui suggèrent que (1) la conscience est séparée du cerveau; (2) la conscience et l'âme peuvent être comparées à de l'énergie et de l'information, qui persiste quelque part dans l'espace ; (3) les individus peuvent recevoir des informations intuitives utiles pour eux et la collectivité ; (4) la santé physique et la santé psychologique peuvent être renforcées en utilisant des procédures basées sur l'amour spirituel. (...) 
les preuves convergent vers l'émergence d'un paradigme postmatérialiste, en psychologie et dans les sciences en général.

Titre : qui sont les anges gardiens?
Auteur : Samuel Socquet
Première édition :  2015

dimanche 27 juin 2021

La soeur disparue / The Missing Sister de Lucinda Riley

 

Ally et Maia, Ceccee et Star, Tiggy et Electra, les six sœurs d'Aplièse vont bientôt se retrouver pour une croisière en Méditerranée, direction la Grèce afin de rendre un dernier hommage à leur père disparu l'année précédente. À la fin du dernier roman, elles ont appris que la 7ème sœur dont leur père n'avait pas pu retrouver la trace avant sa mort pourrait avoir été localisée et identifiée. Alors, avec pour seul indice et "preuve" le dessin d'une bague remis par leur avocat injoignable, les voilà lancées sur la piste de cette "sœur disparue" qu'elles voudraient associer à leur pélerinage familial. Cela déclenche une sorte de course-poursuite-contre-la-montre débutant en Nouvelle-Zélande, passant ensuite par l'île de Norfolk, le Canada, Londres, Dublin, la France et la province de West Cork en Irlande qui met les sœurs à contribution les unes après les autres. 
La quête semble simple au départ : Mary-Kay, jeune kiwi adoptée est sans doute la sœur disparue mais il manque la preuve, la fameuse bague que sa mère a emportée avec elle dans un tour du monde. Mais à chaque fois qu'une des sœurs cherche à contacter la mère, celle-ci s'esquive affolée,  comme poursuivie et effrayée par des démons d'un passé qu'on découvre au fil des pages et qui passe par l'histoire tourmentée de l'Irlande des années 1920 aux années 1970 avec un éclairage particulier sur le rôle des femmes pendant les années de la révolte irlandaise pour l'indépendance.

Littéralement "tombée" dans la série, c'est sans attendre que je me suis plongée dans ce septième volet. On y retrouve tous les ingrédients qui font le succès de la saga, les références à la mythologie grecque, du romantisme en veux-tu en voilà, des voyages et de l'exotisme ainsi que tout un pan historique consacré cette fois à l'Irlande, pays de l'auteur. Une écriture parfois inégale mais toujours pleine de bienveillance et même de poésie sur des périodes pourtant noires de l'histoire. Une lecture facile en forme de conte de fées moderne, imprégnée de beaux sentiments et d'eau de rose, pour laquelle il vaut mieux faire abstraction de certaines facilités du récit afin d'en apprécier le déroulé et se laisser emporter. 
 
La septième sœur méritant finalement son propre volume,  l'auteur avait annoncé avant la publication de cet opus que la clé de l'ensemble relative au mystère Pa Salt ferait l'objet d'un autre livre, mais personne n'anticipait le décès de Lucinda Riley le 11 juin - paix à son âme. Ainsi, beaucoup se désolent déjà que l'auteur qui nous tient en haleine depuis plusieurs années ne pourra nous donner elle-même le fin mot de l'histoire... Peut-être pas très charitable et un peu égoïste mais il est vrai que comme tout "fan",  je reste moi aussi sur ce double deuil et dans l'expectative en espérant que ce joli cycle romanesque pourra être clôturé en respectant l'esprit de celle qui l'a imaginée.

Du même auteur, voir aussi :

Titre original : The Missing Sister
Titre français : La soeur disparue
Septième volume de la saga des sept soeurs
Auteur : Lucinda Riley
Première édition : mai 2021

vendredi 25 juin 2021

Bright de Duanwad Pimwana

 
Kampol a six ans lorsque ses parents se séparent : sa mère est partie et son père lui demande de l'attendre au coin de la rue pendant qu'il emmène son petit frère encore bébé chez sa grand-mère. Le jeune garçon se retrouve livré à lui même et aux bons soins de la communauté de son quartier qui va le prendre en charge alors que sa situation de semi-abandon perdure et s'installe. Des circonstances très particulières auxquelles le garçonnet va finir par s'accomoder grâce à la bienveillance de ses voisins - des gens simples et modestes - qui l'hébergent et le nourrissent à tour de rôle dans une sorte de mouvement solidaire naturel et tacite. S'en suit la chronique des petits évènements du quotidien de Kampol : ses états d'âmes, ses copains, l'école, ses "petits boulots", son élevage de criquets, une chasse aux fantômes, une pièce perdue dans le sable ... 

Un "abandon" en postula de départ qui pourrait introduire une histoire "à la Dickens" au risque de tomber dans le misérabilisme, le larmoyant ou le sordide alors qu'il n'en est rien. Bien au contraire, au fil des pages, ce roman se révèle plein de fraîcheur et d'humanité, d'amitié, de jeux, d'expériences, à la fois riche et profond tout en gardant une certaine légèreté et pas mal d'humour. Si l'apprentissage de la vie n'est pas toujours facile pour Kampol, il n'en demeure pas moins un petit garçon - presque - comme les autres ; les membres de la communauté de ce quartier qui vit en vase quasi-clos se substitue au couple parental, c'est là sa différence. Quelques adultes sont plus présents et attentifs que d'autres comme Chong, le marchand chinois ou Mon la mère de Oan, le meilleur ami de Kampol mais tous adoptent de bon coeur et avec sollicitude leur petit voisin.
 
Il n'est pas toujours facile de trouver des livres de qualité tirés de la littérature thaïlandaise et c'est avec ravissement que je me suis plongée dans cette pépite traduite du thaï vers l'anglais. Une lecture plaisante, en toute simplicité, offrant une immersion culturelle pleine d'humanité auprès de personnages plus attachants les uns que les autres, riches de grandes qualités de cœur. Encore  !

Titre anglais : Bright
Pas (encore) de traduction française
Auteur : Duanwad Pimwana
Première édition : 2002

lundi 14 juin 2021

Paz de Caryl Férey

 
Comme l'Afrique du Sud ou la Corée du Sud avant elle, la Colombie a entrepris une démarche "paix et réconciliation" mais après 60 ans de guerre civile, va-t-elle pouvoir tourner la page des heures sombres de son histoire pour rejoindre une fois pour toutes le camp de la paix ? 
C'est l'enjeu de cette histoire lorsque Lautaro, chef de la police criminelle de Bogotá (et fils de Saùl, le procureur général du pays), se trouve confronté à une série de meurtres rappelant par leurs atrocités les pires heures de la "Violencia". Pour ne pas compromettre le processus de paix et les élections toutes proches, l'ampleur de ce mouvement de violence est caché à la population alors que Lautaro met les bouchées doubles pour trouver qui peut bien tirer les ficelles : anciens FARC révolutionnaires  ? barons de la drogue ? C'est sans compter sur Diana,  journaliste d'investigation qui est elle aussi sur la piste et sur celle du passé de Lautaro, bien trouble.

Avec le coup de patte et le savoir-faire qui le caractérisent, Caryl Férey nous entraîne au cœur de la violence et de l'histoire colombienne à l'heure d'une "réconciliation" qui n'a rien d'évident : les cicatrices du passé ont du mal à se refermer et les "convertis" à la paix sont menacés par les luttes de pouvoirs pilotées par ceux qui veulent reprendre la main.
 
Donnant vie et voix aux plus démunis, aux exploités, aux exclus, les thrillers de Caryl Férey sont toujours emprunts de brutalité mais avec Paz, la violence semble atteindre de nouveaux sommets. L'auteur indique en postface combien il est pourtant resté en dessous de la vérité face aux horreurs commises/subies pendant la guerre civile alors il vaut mieux avoir le cœur bien accroché pour aborder cette lecture.
Un livre certes violent mais aussi haletant qui, au delà de l'intrigue et du suspence, dresse un panorama extrêmement documenté de ce pays d'Amérique latine, sur tous les plans : historique, sociologique, politique et géographique... Une combinaison qui fonctionne bien et me fait particulièrement apprécier cet auteur.
 

Titre : Paz
Auteur : Caryl Ferey
Première édition : 2019

vendredi 11 juin 2021

Les enfants sont rois de Delphine de Vigan

 
2001.
Clara Roussel et Mélanie Chaux sont ados lorsqu'elles découvrent la Télé-réalité avec le Loft. 
2019
Clara Roussel n'a pas réussi à devenir une "star" de la Télé-réalité comme elle aurait tant voulu mais elle est mariée à Bruno et mère de deux jeunes enfants, un garçon et une fille, Sammy et Kimmy. Toujours en quête de reconnaissance, elle s'est lancée avec succès sur youtube et les réseaux sociaux où elle cartonne avec sa chaîne Happy Récré sur laquelle elle met en scène et expose ses enfants et sa vie de famille. Sa vie bascule lorsque sa fille, petite star de ses vidéos, disparaît au cours d'une partie de cache-cache dans la cours de leur résidence. 
Au sein de l'équipe chargée de l'enquête policière, Mélanie Chaux est la "procédurière", celle qui réunit toutes les pièces du dossier en s'assurant qu'il est complet, détaillé et conforme aux procédures judiciaires. À cet effet, elle est amenée à analyser et documenter les séquences publiées par la famille sur sa chaîne, un monde très particulier qui lui est totalement étranger...

Avec ses talents de conteuse hors pair et un récit passionnant comme toujours finement construit, Delphine de Vigan nous entraîne dans le monde des réseaux sociaux où l'intime n'existe plus et où le paraître est plus important que l'être. Une histoire terrible en forme d'enquête policière dans laquelle les enfants sont des sacrifiés au service des névroses de leurs parents, aussi aimants soient-ils, tellement incroyable qu'on se dit que l'auteur a vraiment beaucoup d'imagination... jusqu'à ce qu'on veuille en avoir le cœur net et qu'on aille regarder de quoi il retourne sur youtube où l'on retrouve absolument tout ce qui est minutieusement décortiqué par Mélanie dans le livre !
Un roman documenté sur les dérives exhibitionistes d'une société nombriliste hypermatérialiste et les conséquences qu'elles pourraient avoir à long terme pour ces enfants sur-médiatisés et "digitalisés" dès leur plus jeune âge (l'épilogue nous transporte jusqu'en 2031). 
Delphine de Vigan intègre avec justesse les ressorts psychologiques de ces personnages si représentatifs de notre époque... Un très bon roman que je n'ai pas lâché, noir et dérangeant,  à lire !
 
Du même auteur, voir aussi :

Tirés du texte :
Cette perméabilité de l'écran. Ce passage rendu possible de la position de celui qui regarde à celui qui est regardé. Cette volonté d'être vu, reconnu, admiré. Cette idée que c'était à la portée de tous, de chacun. Nul besoin de fabriquer, de créer, d'inventer pour avoir droit à son "quart d'heure de célébrité". 
Il suffisait de se montrer et de rester dans le cadre où face à l'objectif. 

Chaque famille cultive sa fable. Ou tout au moins une version épique de son histoire, enrichie au fils du temps, à laquelle s'ajoutent peu à peu des prouesses, des coïncidences, des détails remarquables, voire quelques affabulations. 

Pourquoi ne lui revenaient que ces moments mélancoliques, quand il y en avait tant d'autres où ils avaient ri ? Car en réalité, depuis quatre ans, ils s'amusaient comme des fous. Happy Récré était le cadeau qu'elle avait offert à sa famille. Un cadeau qui avait illuminé leur vie.

Il suffisait de regarder les plate-formes de partage pour voir que la notion d'intimité, d'une manière générale, avait profondément évolué. Les frontières entre le dedans et le dehors avaient disparu depuis longtemps. Cette mise en scène de soi, de sa famille, de son quotidien, la quête du like, Mélanie ne les avait pas inventées. Elles étaient aujourd'hui une manière de vivre, d'être au monde.
 Un tiers des enfants qui naissaient avaient déjà une existence numérique.

Aujourd'hui, n'importe qui pouvait imaginer que sa vie était digne de l'intérêt des autres et en récolter la preuve. N'importe qui pouvait se considérer et se comporter comme une personnalité, un people...  (...) Pour exister, il fallait cumuler les vues, les likes et les stories.
 
Les frontières de l'intime s'étaient déplacées. Les réseaux censuraient les images de seins ou de fesses. Mais en échange d'un clic, d'un cœur, d'un pouce levé, on montrait ses enfants, sa famille, on racontait sa vie. Chacun était devenu l'administrateur de sa propre exhibition, et celle-ci étant devenue un élément indispensable à la réalisation de soi. 

La question était de savoir ce que l'époque tolérait, encourageait, et même portait aux nues. Et d'admettre qu'ils étaient inadaptés, dépassés, voire réactionnaires, ceux qui, comme elle, ne pouvaient plus s'y mouvoir sans s'étonner ou s'indigner. 

Titre : Les enfants sont rois 
Auteur : Delphine de Vigan
Première édition : 2021