vendredi 3 mai 2019
Le cahier de Maya / Maya's Notebook d'Isabel Allende
Avec l'aide de son inénarable grand-mère, Maya s'est exilée sur une île perdue de l'archipel de Chiloé au Chili pour se cacher et se reconstruire après les frasques d'une adolescence rebelle qui l'ont menée aux portes de l'enfer. Isolée du monde qu'elle a connu jusque là, elle raconte son histoire dans son cahier, en évoquant non seulement sa vie à Chiloé avec ses découvertes de la culture locale et des habitants mais aussi ses souvenirs d'une enfance illuminée par l'amour de ses grands-parents dans leur maison de Berkeley ainsi que la pente malheureuse qu'elle a suivie à Las Vegas après le décès de son grand-père d'adoption.
Entre États-Unis et Chili, le parcours de rédemption d'une jeune femme, de la dégringolade dans l'univers de l'alcool et de la drogue à la découverte d'une autre culture et d'une histoire dont elle est l'héritière, celles d'un pays marqué par les années de terreur sombres d'une dictature militaire.
Isabel Allende nous offre encore une fois toute une galerie de personnages hauts en couleurs avec lesquels on ne s'ennuit pas, des résilients meurtris par la vie, les événements et/ou les mauvais choix. Des parcours douloureux racontés dans un style fluide et évocateur de deux mondes diamétralement opposés : l'un qui bouillonne, totalement frénétique alors que l'autre semble figé dans le temps, ultime refuge des âmes cassées.
Une belle plume qui se confirme pour moi à cette deuxième lecture et qui, dans l'exil, n'en est pas moins une remarquable ambassadrice de son pays d'origine, le Chili.
Du même auteur, voir :
La maison aux esprits / The house of the spirits
Titre original : El cuaderno de Maya
Titre Français : Le cahier de Maya
Titre anglais : Maya's notebook
Auteur : Isabel Allende
Première édition : 2011
mercredi 24 avril 2019
Compartiment pour dames / Ladies Coupé d'Anita Nair
Inde.
Très jeune, Akhila a du s'occuper des autres sans que ceux-ci se préoccupent de ses besoins ou de ses aspirations. Ainsi, à la mort de son père, elle a du assumer seule la charge de famille, s'occuper de sa mère, de ses jeunes frères et de sa soeur pour assurer leur éducation et les marier. Le temps a beau passer, sa condition de femme célibataire et ses obligations ne lui laissent toujours aucune liberté. Un jour, elle ment à sa famille et prend pour la première fois le train seule pour se rendre dans une station balnéaire afin de réfléchir, le temps d'un week-end. Dans le compartiment de nuit réservé aux dames, les autres femmes, d'âges et de condition variés, vont partager avec elle leur histoire et alimenter sa réflexion.
Le portrait d'Akhita est celui d'une femme aux aspirations intrinsèquement et résolument modernes. Ses compagnes de voyage donnent un panorama plus panaché et nuancé d'une société indienne encore très archaïque dans laquelle les femmes restent très dépendantes des hommes et des conventions sociales.
Ce n'est peut-être pas un "très grand" roman mais c'est un bon livre, agréable à lire, un huis-clos féminin intimiste porteur d'une certaine dose d'universalité par une auteur indienne vivant dans son pays.
Titre original : Ladies Coupé
Titre français : Compartiment pour dames
Auteur : Anita Nair
Première édition : 2001
Très jeune, Akhila a du s'occuper des autres sans que ceux-ci se préoccupent de ses besoins ou de ses aspirations. Ainsi, à la mort de son père, elle a du assumer seule la charge de famille, s'occuper de sa mère, de ses jeunes frères et de sa soeur pour assurer leur éducation et les marier. Le temps a beau passer, sa condition de femme célibataire et ses obligations ne lui laissent toujours aucune liberté. Un jour, elle ment à sa famille et prend pour la première fois le train seule pour se rendre dans une station balnéaire afin de réfléchir, le temps d'un week-end. Dans le compartiment de nuit réservé aux dames, les autres femmes, d'âges et de condition variés, vont partager avec elle leur histoire et alimenter sa réflexion.
Le portrait d'Akhita est celui d'une femme aux aspirations intrinsèquement et résolument modernes. Ses compagnes de voyage donnent un panorama plus panaché et nuancé d'une société indienne encore très archaïque dans laquelle les femmes restent très dépendantes des hommes et des conventions sociales.
Ce n'est peut-être pas un "très grand" roman mais c'est un bon livre, agréable à lire, un huis-clos féminin intimiste porteur d'une certaine dose d'universalité par une auteur indienne vivant dans son pays.
Titre original : Ladies Coupé
Titre français : Compartiment pour dames
Auteur : Anita Nair
Première édition : 2001
lundi 8 avril 2019
My absolute darling / My absolute darling de Gabriel Tallent
Turtle (Julia), quatorze ans, est élevée par un père survivaliste qui la tient entièrement sous sa coupe : ils vivent dans une vieille baraque isolée au bord de la mer et au milieu des bois et rien ne filtre de ce qui se passe chez eux. On plonge dans leur univers avec le regard de Turtle alors que l'adolescente est tiraillée entre l'amour et la loyauté qu'elle ressent pour ce père lui vouant un "amour absolu" et les sentiments d'enfermement et d'étouffement qui l'envahissent de plus en plus, la poussant à des escapades solitaires au fond des bois pour échapper à cette emprise et libérer son âme.
Un véritable parcours iniatique dans le contexte de ce huit-clos familial progressivement sapé grace à quelques fenêtres entrebaillées sur un autre monde par un grand-père, une enseignante, une amitié accidentelle née une nuit d'orage au fond des bois et l'arrivée d'une petite fille dans la maison.
Une tension, une emprise et une violence aussi bien physique que psychologique portées à leur comble pour cette jeune fille charismatique à l'esprit de survie particulièrement aiguisé qui ne cherche qu'à sauver son âme.
Ce premier roman a fait une forte impression aux Etats-Unis et on comprend pourquoi en découvrant cette histoire à classer dans le même registre que La vraie vie d'Adeline Dieudonné. Impuissants et incrédules lecteurs découvrant l'horreur du monde de Turtle - qui n'est pour elle que sa "normalité"-, on tourne les pages, magnétisés, en se demandant comment tout cela va bien pouvoir finir. Au dela de Turtle, un récit intense et admirablement ficelé jouant admirablement sur l'ambiguité et la complexité du personnage du père, sur l'inaction de ceux qui se doutent mais ne font rien et préfèrent détourner le regard. Au passage, on aborde l'Amérique des armes, celle des survivalistes tout en découvrant une nature sauvage de ce coin de Californie, magnifiquement évoquée.
Haletant, brutal et troublant.
Titre original : My absolute darling
Titre français : My absolute darling
Auteur : Gabriel Tallent
Première édition : 2017
jeudi 4 avril 2019
Selfies d'Adler Olsen
Au département V dédié aux cold-cases, dans les sous-sols de la brigade criminelle de Copenhague, Carl, Assad et Gordon sont particulièrement inquiets pour Rose : leur collaboratrice de choc mène habituellement le service à la baguette mais ils la voient perturbée et perdre les pédales si bien qu'elle finit par choisir de se faire interner afin de tenter de régler de graves traumastismes psychologiques. Pendant ce temps, l'équipe va tenter d'apporter un éclairage nouveau sur le sombre passé qui hante Rose tout en menant des investigations sur plusieurs fronts : le meurtre d'une vieille femme dans un parc, similaire à celui d'un cold case dont ils ont la charge, une série d'accidents mortels de jeunes femmes fauchées par un chauffard, un hold-up dans une boîte de nuit ... Autant de symptomes d'un monde à la dérive dans lequel une assistante sociale et des midinettes pètent elles aussi les plombs.
Pour pimenter tout cela, une dose de rivalité entre les services et les politiques ainsi qu'une collaboration forcée avec une équipe de télé réalité.
En plus de l'équipe du département V, on retrouve des personnages récurrents qu'on aime suivre, Mona, la psychologue dont est toujours amoureux Carl ; l'ancien chef de département parti à la retraite qui gamberge sur l'enquête ancienne non résolue ; Hardy, l'ancien partenaire paralysé, hébergé depuis 9 ans chez Carl, etc.
Peut-être pas le meilleur polar de la série mais une équipe qu'on retrouve tout de même avec plaisir pour un moment de divertissement en attendant le prochain épisode.
Titre original : selfies
Titre français : selfies
Volume 7 de la série Département V
Auteur : Jussi Adler-Olsen
Première édition : 2016
Série Département V d'Adler Olsen- Voir aussi :
Promesse - Volume 6 ICI
L'effet papillon - Volume 5 ICI
Dossier 64 - Volume 4 ICI
Délivrance - Volume 3 ICI
Profanation - Volume 2 ICI
Miséricorde - Volume 1 ICI
samedi 30 mars 2019
Taqawan d'Éric Plamondon
Au Québec, on a tous du sang indien. Si c'est pas dans les veines, c'est sur les mains.
Au Québec, dans les années 80, sous prétexte de protéger l'espèce et d'empêcher la pêche au saumon, le gouvernement provincial fait intervenir massivement les forces de l'ordre dans la réserve de Restigouche des indiens mig'maq. Dans ce contexte historique dramatique, contreversé et très politique, le roman nous raconte l'histoire d'Océane, une jeune indienne qui disparait le jour du raid. Elle est retrouvée prostrée dans la forêt par un garde forestier misanthrope qui vient de démissionner pour marquer son opposition aux événement en cours. Afin de protéger la jeune fille victime d'un odieux traffic, il va se faire aider d'un vieil indien solitaire et de son ancienne maîtresse française.
Dans ce texte magnifique, évocateur, efficace et épuré, allant à l'essentiel, Éric Plamondon esquisse un tableau assez sombre sur la façon dont sont encore traitées les minorités indiennes au Canada. Il s'agit bien sûr d'un roman replacé dans un contexte historique particulier mais la trame développée par l'auteur, est tout aussi choquante que plausible : coïncidence oblige et même s'il ne faut pas faire d'amalgame, un article* publié il y a quelques jours aux États-Unis dénonce les violences subies par les femmes des minorités indiennes dont beaucoup disparaissent chaque année, dans l'indifférence générale.
J'ai lu ce Taqawan d'une traite en appréciant, outre la trame et les personnages, l'évocation historique et celle des grands espaces, enchantée par les dialogues québécois qui résonnent de façon si particulière à mes oreilles.
Décidément, après Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier et L'orangeraie de Larry Tremblay, j'aime vraiment beaucoup découvrir cette littérature canadienne francophone.
Nota : dans la langue des indiens mig'maq, Taqawan est le nom des saumons qui remontent pour la première fois leur rivière natale pour frayer.
* Voir article du 21/03/2019 dans "women who shaped history" :
These Haunting Red Dresses Memorialize Murdered and Missing Indigenous Women
Dans le texte :
Des indiens, ce sont des indiens. On les a appelés comme ça parce qu'on croyait être arrivé en Inde.
Mais non, on était arrivé en Amérique. Avec le temps, on s'est mis à les appeler des Amérindiens.
Plus tard, on dira des autochtones. Avant ça, on les a longtemps traités de sauvages.
On les a surnommés comme ça, des hommes et des femmes sauvages.
Ils faut se méfier des mots.
Ils commencent parfois par désigner et finissent par définir.
Je suis né dans le froid. La glace et la neige sont dans mes veines.
Il n'y a pas de ciel plus clair et d'air plus pur qu'au milieu de l'hiver.
Il n'y a pas d'odeur plus parfumée que celle de la neige fraîchement tombée sur les branches des sapins.
Il n'y a pas de silence plus parfait que celui d'une nuit étouffée sous les flocons d'un début de tempête.
J'aime cette saison parce que les choses y sont claires.
On sait exactement ce qui se passe dans les bois quand tout est blanc.
La moindre forme de vie laisse une trace. (...)
Ceux qui se plaignent du froid n'ont jamais passé une nuit dehors à moins quinze devant un feu de camp
et sous la lune qui éclaire comme en plein jour.
Titre : Taqawan
Auteur : Éric Plamondon
Première édition : janvier 2018
mercredi 27 mars 2019
Le pic du vautour / Vulture Peak de John Burdett
Alors que Vikorn, le patron de Sonchai Jitpleecheep, se présente comme candidat aux prochaines élections, notre inspecteur métis est lancé sur la piste de traficants d'organes. Une enquête dont le centre de gravité semble situé dans une villa d'exception sur les hauteurs Phukhet avec des ramifications à Dubaï, en Chine et à Hong Kong et pour laquelle il sera confronté aux redoutables soeurs Yip, des jumelles absolument diaboliques.
Une histoire machiavélique à laquelle on se laisse prendre même si la qualité du ton a perdu de sa fraîcheur et de son humour pour s'essouffler doucement par rapport aux premiers épisodes de la série. Un bon moment de lecture toutefois pour les amateurs de polars avec un sujet surfant malheureusement sur certaines réalités du monde mais de celles dont on parle peu parce qu'elles sont soigneusement passées sous le manteau.
Du même auteur, voir :
Le joker / The Bangkok Assett
Le parrain de Katmandou / The godfather of Kathmandu
Bangkok Haunts / Bangkok Psycho
Bangkok Tattoo / Bangkok Tattoo
Bangkok 8 / Bangkok 8
Titre original : Vulture Peak
Titre français : Le pic du vautour
Cinquième volume de la série "Bangkok"
Auteur : John Burdett
Première édition : 2012
Une histoire machiavélique à laquelle on se laisse prendre même si la qualité du ton a perdu de sa fraîcheur et de son humour pour s'essouffler doucement par rapport aux premiers épisodes de la série. Un bon moment de lecture toutefois pour les amateurs de polars avec un sujet surfant malheureusement sur certaines réalités du monde mais de celles dont on parle peu parce qu'elles sont soigneusement passées sous le manteau.
Du même auteur, voir :
Le joker / The Bangkok Assett
Le parrain de Katmandou / The godfather of Kathmandu
Bangkok Haunts / Bangkok Psycho
Bangkok Tattoo / Bangkok Tattoo
Bangkok 8 / Bangkok 8
Titre original : Vulture Peak
Titre français : Le pic du vautour
Cinquième volume de la série "Bangkok"
Auteur : John Burdett
Première édition : 2012
mardi 26 mars 2019
L'empire de l'or rouge de Jean-Baptiste Malet
Résultat d'une incroyable enquête menée sur plusieurs années par le journaliste Jean-Baptiste Malet, l'empire de l'or rouge nous apprend tout tout tout sur la tomate industrielle. Un produit courant pour les foyers du monde entier, totalement mondialisé et globalisé, dont on découvre les dessous avec des acteurs clés en Chine, en Italie, aux États-Unis en plus de toute une histoire insoupsonnée qui passe par l'immigration italienne aux États-Unis, la Californie et la mécanisation des récoltes ou encore les usines Heinz à l'avant garde du paternalisme et de la taylorisation dès le début du XXème siècle.
Un essai exhaustif qui pose beaucoup de questions et dont les réponses expliquées de façon claire et soigneusement documentées font véritablement froid dans le dos. Au fil des pages, de la récolte à la transformation, du négoce au transport en passant par la distribution, l'auteur décortique un imbroglio-industrialo-géopolitique extrêmement complexe avec des acteurs peu scrupuleux qui ne pensent qu'au business et jouent sur les législations - le diable est dans les détails - en sachant toujours s'adapter pour contourner les mesures d'ajustement qui pourraient les géner. En Italie, il est question d'agro-mafia et de formes d'esclavagismes modernes insoutenables dans l'exploitation qui est faite des vagues de migrants qui affluent vers l'Europe, un mouvement d'une perversité absolue qui soulève le coeur.
On lit cette enquête passionnante comme un polar avec parfois une certaine incrédulité devant les proportions et les dérives d'une machine emballée, inhumaine, dégoûtante. S'il y a une certitude, c'est qu'après cette lecture, on ne pourra plus jamais regarder une boîte de tomates de la même façon et qu'il faut non seulement apprendre à lire entre les lignes des étiquettes des produits alimentaires industriels si on ne peut pas les éviter en plus d'aiguiser sa méfiance pour tout ce qui subit une transformation ... mais bon, pour ce qui est de la tomate, tout le monde le sait : elle se consomme fraîche et en saison !
Titre : L'empire de l'or rouge
Auteur : Jean-Baptiste Malet
Première édition : 2017
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