jeudi 7 septembre 2017

Elle voulait juste marcher tout droit de Sarah Barukh


Alice passe ses premières années cachée à la campagne chez une nourrice qui ne peut souvent pas répondre à ses interrogations autrement que par "c'est la guerre". Quand sa mère dont elle n'a aucun souvenir vient la chercher en 1946 pour la ramener à Paris, elle s'adapte à une vie qui est loin de celle qu'elle avait pu imaginer alors que les questions qui l'assaillent sur son identité ne trouvent toujours pas de réponses. Lorsque la santé de sa mère se détériore, il faut de nouveau changer d'environnement et traverser l'océan pour être confiée à un père prêt à l'accueillir dans un foyer où elle n'est finalement pas vraiment la bienvenue, enjeu de questions qui la dépasse ...

Une petite fille en quête d'identité dans le monde de la guerre et de l'après-guerre, témoin innocent des horreurs d'une époque et victime des non-dits des adultes qui par leur silence cherchent à la protéger quand ils ne sont pas simplement brisés par ce qu'ils ont vécu.
Une écriture sensible et une façon un peu différente d'aborder cette période d'après-guerre au travers des yeux d'une enfant. Il s'agit du premier roman de cet auteur prometteur et même si, pour être difficile, je lui trouve quelques imperfections (une fin pas vraiment inattendue, une cavale tout juste plausible), j'ai eu un vrai grand plaisir à le lire.

Une découverte à suivre.

Titre : Elle voulait juste marcher tout droit
Auteur : Sarah Barukh
Première édition : 2017

lundi 4 septembre 2017

Profanation d'Adler Olsen



Au royaume du Danemark, dans les sous-sols de la brigade criminelle, Carl Morck dirige le département V créé pour rouvrir les "cold case" et tenter d'y apporter une résolution. Après le succès de l'affaire Merete Lyyngaard, son équipe est donnée en modèle à l'étranger et elle s'étoffe avec l'arrivée de Rose au secrétariat, une nouvelle venue extra-sensible qui tape sur les nerf de Carl mais qui vient renforcer son groupe pour le moins atypique aux côtés de l'assistant d'origine syrienne, l'imprévisible et truculent Hafez el Assad. 
Cette fois, le groupe est aux prises avec le dossier d'un double meurtre commis en 1987 impliquant des fils de bonne famille éduqués dans un des établissements le plus prestigieux du pays avec un puissant réseau d'anciens, connectés aux plus influants dans toutes les sphères de pouvoir et qui s'en sont sortis quand la justice menaçait de les rattraper grâce aux aveux de l'un des leurs qui coule des jours tranquilles en prison où il s'enrichit en attendant d'être libéré. Au coeur de l'imbroglio, d'autres actes de violence gratuite avec du plaisir malsain et purement sadique à la façon d'Orange Mécanique, des victimes qui se taisent, des parties de chasse un peu particulières, le pouvoir de l'argent et des relations, une femme complice et victime, cruelle mais fragile, qui ne manque pas de moyens financiers mais se cache sous des dessous de SDF pour mieux se venger...

J'avais accroché pour Miséricorde mais avec quelques petites réserves que je lève à la lecture de ce deuxième tome, plus abouti et bien rythmé. Adler Olsen dresse ici un portrait sans concession des milieux d'affaires et de la haute bourgesoisie de son pays qui contraste avec l'image proprette que l'on peut avoir de ce pays nordique.
Atypiques et attachants, on s'attache aux personnages parce qu'on apprend à les connaitre au fil de l'enquête tout en gardant une touche de mystère pour la suite. Ainsi, des éléments qui les touchent personnellement et professionnellement, semés comme des graines dans le premier tome, prennent forme dans le second volume pour donner une continuité qui reste toutefois en partie en suspens : les enquêtes passent mais les personnages restent et on a envie d'en savoir plus !

Pas de doute, j'attaque la suite ... avec a priori une dizaine de volume à la clé et de bons moments en perspective à déguster de-ci de-là !  

Titre original : Fasandræberne
Titre français : Profanation
2ème volume de la série "Département V"
Auteur : Jussi Adler-Olsen
Première édition : 2008

mercredi 30 août 2017

Embrasser le Ciel Immense / Embracing the Wide Sky de Daniel Tammet


Après avoir dévoré son Je suis né un jour bleu autobiographique, j'ai eu envie envie d'en savoir plus sur Daniel Tammet en abordant un autre de ses livres. "Autiste savant Asperger", il a travaillé avec des scientifiques et alimente sa propre curiosité et son envie de comprendre qu'il partage avec nous en développant et en explorant les mécanismes du cerveau, ceux de la vision, la notion d'intelligence et les tests de Q.I., la créativité, le langage, le fonctionnement de la mémoire, le traitement de l'information et la production des idées, le role et la beauté des mathématiques appliqués à la pensée, etc.    

Une écriture fluide et des notions mises à la portée de tous sur ce qui fait notre humanité et nos différences avec des éléments illustrés de la propre expérience de l'auteur mais aussi et surtout étayés des recherches actuelles apportant finalement une masse d'informations passionnantes quand on s'intéresse aux mécanismes du cerveau et aux avancés de la connaissance dans ce domaine*.
Un essai très abordable et enrichissant plaidant pour l'acceptation de la différence, la tolérance, la réflexion et l'émerveillement.

* Un livre qui s'ajoute et recoupe plusieurs ouvrages/témoignages/essais lus et appréciés dernièrement :
Sur le cerveau :
- Votre cerveau n'a pas fini de vous étonner (ouvrage collectif)
- Voyage au-delà de mon cerveau / My stroke from insight de Bolte Taylor
Sur l'avenir de l'humanité :
- Homo Deus de Yuval Noah Harari

Titre original : Embracing the Wide Sky
Titre français : Embrasser le Ciel Immense
Auteur : Daneil Tammet
Première édition : 2009 

lundi 28 août 2017

La tresse de Laetitia Colombani


Indienne, Smita est une intouchable qui souhaite donner un meilleur avenir que le sien à sa fille.
Sicilienne, Giulia veut sauver l'entreprise laissée par son père.
Canadienne, Sarah jongle entre sa vie professionnelle et ses enfants. 
Trois femmes, trois continents, trois destins très différents qui forment pourtant les trois brins d'une tresse qui doucement se dessine et les unies ...

Une très jolie histoire ancrée dans les réalités de notre époque, ne manquant pas de poésie, à la fois pleine de douceur et de force, celle de ces trois femmes qui doivent affronter la vie et ses difficultés alors que sans le savoir, un fil les relie et leur donne à chacune la force d'aller plus loin.

Un peu méfiante des trop bonnes critiques attribuées à ce premier roman de Laetitia Colombani et agacée de le voir trop systématiquement proposé en faisant mon shopping kindle sur amazon j'avais beaucoup hésité avant d'acheter le livre ... Au final, rien à regretter, j'ai aimé cette idée du lien et la construction de la tresse !

Un livre qu'on dévore mais à savourer, un livre qui fait du bien !

Titre : La tresse
Auteur : Laetitia Colombani
Première édition : 2017
Prix Relay des voyageurs lecteurs 2017

dimanche 27 août 2017

Miséricorde d'Adler Olsen



Fin enquêteur de la brigade criminelle, Carl Mock vient de perdre deux équipiers, l'un tué, l'autre blessé et entièrement paralysé. Il n'en est pas moins nommé à la tête d'un tout nouveau service créé à la demande de parlementaires, le département V chargé de rouvrir les dossiers classés sans suite ... pour ses patrons, c'est surtout l'opportunité "d'isoler" cet electron libre et de bénéficier des crédits pour l'ensemble de leurs services. Mis au placard dans un bureau du sous-sol, Carl n'est pas dupe et obtient quelques avantages dont un assistant pour effectuer pour lui les taches subalternes. Il se retrouve acoquiné à un certain Hafez el Assad d'origine syrienne, curieux et plein de ressources. Tous deux rouvrent le dossier de Merete Lyyngaard, une parlementaire disparue cinq ans plus tôt alors que des chapîtres intercalés nous font découvrir en parallèle le calvaire vécu par celle-ci ...     

Une paire d'enquêteurs improbable et un bon suspense. Un polar danois avec un touche d'humour, peut-être pas aussi palpitant et prenant que ses congénères suédois (Camilla Lackberg ou Stieg Larsson) mais on passe un bon moment, jusqu'au bout, avec l'envie d'y revenir.

Titre original : kvinden i buret
Titre français : Miséricorde (1er volume de la série "Département V")
Auteur : Jussi Adler-Olsen
Première édition : 2007

mercredi 16 août 2017

Un fils parfait de Mathieu Ménégaux



Daphné écrit à sa belle-mère Élise pour lui confier sa version de l'histoire qu'elle vient de vivre avec Maxime, son fils parfait, père de ses deux petites filles. En lui racontant tout, elle veut lui faire comprendre ce qui l'a mené à agir comme elle l'a fait :
Pour Daphné, la vie avec Maxime était un conte de fée jusqu'au jour où l'une de ses filles lui demande de ne plus partir en voyage comme elle le fait régulièrement pour le travail et que sa "peur du loup" laisse entrevoir le pire des crimes, celui d'un père incestueux sournoisement caché derrière une quasi-perfection. Une fois le doute installé, une spirale infernale se met en place, surtout lorsque Daphné panique et que le père sait parfaitement tirer les ficelles de ses relations et manipuler son entourage en préservant sa façade de respectabilité parfaite ... 

Ce roman est inspiré de faits réels et il est étayé d'éléments juridiques qui font froid dans le dos sur la qualification du crime "d'inceste" qui n'en était pas un dans la loi française au moment de l'écriture du livre. Les réactions de panique et la volonté de la mère d'agir seule sont bien mises en contexte pendant la lecture même si, a postériori, elles me laissent très dubitative [idem pour ce qui relève des deux pirouettes finales].
Globalement, un livre facile à lire mais qui a ses limites, efficace pour traiter d'un sujet particulièrement sensible et interpeller sur ce crime terrible "qui n'arrive pas qu'aux autres" et dans tous les milieux ainsi que sur les limites du système judiciaire français.*

Tiré du livre :
* "(...) en Europe un enfant de moins de dix-huit ans sur cinq est victime de violences sexuelles, dont 70% à 80% sont commises au sein de la sphère familiale". 

Titre original : Un fils parfait
Auteur : Mathieu Ménégaux
Première édition : 2017

lundi 14 août 2017

L'autre moitié du soleil / Half of a Yellow Sun de Chimamanda Ngozi Adichie


Le roman se passe au Nigéria où il oscille entre deux périodes, celle du début des années 1960 et celle de la fin de cette décennie, au début de l'indépendance du pays puis pendant la guerre du Biafra.
L'histoire tourne autour de deux soeurs jumelles dissemblables, Olanna et Kainene, jeunes femmes indépendantes issues d'une riche famille Igbo de Lagos ayant fait fortune en surfant sur la vague de corruption usuelle dans la capitale. La première est professeur d'université, la seconde, une femme d'affaires redoutable. Dans l'orbite d'Olanna, Odenigbo, intellectuel idéaliste avec qui elle s'installe sur le campus de l'université de Nsukka et Ugwu, leur Boy, un jeune adolescent qui découvre leur monde après avoir quitté son village de la brousse. Dans l'orbite de Kainene basée à Port Harcourt, Richard, un anglais fasciné par la culture locale et le Major Maddu, cadre de l'armée.
Malgré la corruption ambiante et les différences ethniques sur lesquelles se sont appuyés les anglais pour assoir leur autorité pendant la colonisation, l'avenir semble au départ prometteur pour tous dans le Nigéria nouvellement indépendant ...  mais les tensions ethniques et les débordements deviennent telles que les Igbo se réfugient dans leur région d'origine où ils font sécession et crééent l'état du Biafra prélude à la "guerre civile nigérianne" de 1967-1970 que nos personnages vont traverser ...

J'avais découvert Chimamanda Ngozi Adichie avec le savoureux Americanah, un livre ne manquant pas de dérision et d'humour et après cette nouvelle lecture, c'est maintenant sans hésitation que je l'ajoute à ma liste d' "auteurs-valeurs sûres".
Avec L'autre moitié du Soleil, elle traite d'un sujet beaucoup plus difficile et douloureux. Elle nous fait en effet découvrir "de l'intérieur", à travers le vécu de ses personnages, ce qu'a pu être la guerre du Biafra. En Europe, si on se rappelle des images de famine des enfants au ventre gonflé qui ont marqué cette époque et les début d'actions humanitaires telles que MSF, cette lecture permet de comprendre la réalité qui se cache derrière et d'en mesurer l'impact humain au delà des simples questions politiques ou des intérêts financiers liés au pétrole. Le livre est dur mais passionnant, éducatif, très bien écrit avec des personnages attachants et une histoire réaliste pleine d'humanité.

Un très beau livre. 

Remarque : j'ai lu le livre en anglais. Je trouve encore une fois que la traduction du titre ne rend pas entièrement le sens original qui fait clairement référence, en anglais, à "la moitié d'un soleil", élément figuratif représenté sur le drapeau du Biafra qu'il symbolise, une portée différente de celle donnée en français. 

Titre original : Half of a Yellow Sun
Titre français : L'autre moitié du soleil
Auteur : Chimamanda Ngozi Adichie
Première édition : 2006
Prix littéraires :
Orange Prize  for fiction (2007)
Anisfield-Wolf Book Award for fiction (2007)
PEN Open Book Award (2007)
Baileys prize (best winner of the women's prize for fiction of the last decade) (2015)

En savoir plus :
Baileys prize crowns Chimamanda Ngozi Adichie as its "best of the best" - The Guardian 3/11/2015 ICI
The story behing the book / Chimamanda.com   ICI