dimanche 17 mars 2019
La méthode Schopenhauer / The Schopenhauer Cure d'Irvin Yalom
San Francisco, époque contemporaine.
Psychiatre réputé, Julius Hertzfeld apprend qu'il est atteint d'un cancer incurable et qu'il lui reste encore une année de "bonne vie" devant lui. Une fois intégré le choc de cette nouvelle, il décide deux choses :
- d'abord et dans la mesure du possible, ne rien changer à sa pratique - qui est au coeur du sens de sa vie.
- s'interroger ensuite sur son plus grand échec, Philip Slate, un ancien patient qui a disparu du jour au lendemain il y a une quinzaine d'année après trois années de thérapie, un personnage alors totalement associable et obsédé du sexe, enchaînant les conquêtes sans aucune satisfaction durable.
Julius retrouve facilement la trace de Philip qui lui confirme que sa thérapie n'a servie à rien, qu'il ne doit son salut qu'à Schopenhauer et qu'il s'apprête, ô surprise, à devenir lui même psychothérapeute. Pour parfaire sa formation, Philip a d'ailleurs besoin d'un tuteur et voulait justement, lui aussi recontacter Julius pour lui demander de bien vouloir le parrainer. Devant la froideur du personnage libéré de ses obessions mais pas de son associabilité, Julius hésite et y met des conditions : il faut que Philip accepte d'abord de se joindre à la thérapie d'un groupe que Julius affectionne particulièrement.
On va alors connaître et suivre ce groupe, la façon dont il va intégrer Philip, comment il continue à fonctionner avec la mort annoncée de son modérateur, comment ses membres interragissent et évoluent pendant l'année qui leur est donnée.
Troisième livre d'Irvin Yalom que j'enchaîne en quelques semaines, je suis totalement "accrochée" par cet auteur qui nous permet d'aborder la philosophie et la psychanalyse de façon aussi limpide. Yalom est un grand conteur capable de faire partager son savoir et son expérience au travers de ses histoires savamment orchestrées, ici une thérapie de groupe dont on suit le déroulé en s'attachant aux différents personnages qui viennent solder leurs problèmes avec une urgence, l'échéance donnée par la maladie de Julius. Après Spinoza (le problème Spinoza) et Nietzsche (Et Nietzsche a pleuré), nous abordons cette fois Schopenhauer, philosophe tourmenté, a priori peu sympathique, personnifié par Philip.
Psychologie des personnages et vulgarisation intelligente des idées, un brillant doublé gagnant !
Titre original : The Schopenhauer Cure
Titre français : La méthode Schopenhauer
Auteur : Irvin Yalom
Première édition : 2005
dimanche 10 mars 2019
Le parrain de Katmandou / The Godfather of Kathmandu de John Burdett
Dans ce nouvel épisode de la série "Bangkok", l'inspecteur Sonchaï Jitleepcheet fait une entorse à son incorruptibilité et met son karma à rude épreuve. Comme dans les films Le Parrain, il va en effet jouer les consigliere pour son patron Vikorn, le chef de la police, qui l'envoit négocier l'achat d'héroïne auprès d'un curieux lama tibétain de Katmandou. Dans le même temps, Sonchaï va enquêter sur le meurtre particulièrement atroce d'un magna de la production hollywoodienne alors que sur le plan personnel sa vie est totalement bouleversée par l'accident de son jeune fils.
Drogue, protitution, trafics de pierres précieuses, société des VIP nantis, entre Bangkok, Katmandou et Hong Kong, cette enquête sert à nouveau de prétexte à la découverte d'éléments culturels de l'Asie, du Tibet, du bouddhisme tantrique et des clans chinois. Un polar bien monté, pas tout à fait comme les autres parce que les codes diffèrent de ceux de l'occident - mais habilement décodés par notre inspecteur mi-occidental mi-oriental qui ne manque pas de nous prendre, nous lecteur "farang", à parti - alors qu'on a grand plaisir à retrouver les personnages d'un livre à l'autre, même lorsqu'ils frisent la caricature.
Un bon moment de lecture sans façon, non dénué d'humour et d'ironie ; on jubile en tournant les pages et en se demandant où tout ça va nous mener. À lire pour le plaisir, sans modération !
Titre original : The Godfather of Kathmandu
Titre français : Le parrain de Katmandou
Quatrième volume de la série "Bangkok"
Auteur : John Burdett
Première édition : 2009
jeudi 7 mars 2019
Cinq méditations sur la beauté de François Cheng
À la frontière de deux cultures - la française d'adoption et la chinoise d'origine - François Cheng nous livre ces cinq "méditations" sur la beauté. Cinq dissertations rassemblées dans ce petit livre pour aller chercher la signification profonde portée par cette locution, une approche assez intellectuelle mais aussi spirituelle dans un énoncé à la fois philosophique et poétique. Un discours construit et riche de références multiples, qui se mérite un peu et que j'ai donc abordé de-ci, de-là, une méditation puis une autre.
L'unicité transforme chaque être en présence, laquelle, à l'image d'une fleur ou d'un arbre, n'a de cesse de tendre, dans le temps, vers la plénitude de son éclat, qui est la définition même de la beauté.
La beauté est la noblesse du bien, le plaisir du bien, la jouissance du bien, le rayonnement même du bien.
La beauté est la noblesse du bien, le plaisir du bien, la jouissance du bien, le rayonnement même du bien.
Comment nier que, du fait de l'unicité des êtres et des cultures, la diversité est la condition même de l'humain,
qu'elle est sa richesse et sa chance ?
Auteur : François Cheng
Première édition : 2006
dimanche 3 mars 2019
Vous êtes fous d'avaler ça de Christophe Brusset
La fraude alimentaire a toujours existé mais à l'heure de la mondialisation et à l'échelle industrielle cela prend des proportions dantesques inimaginables. Le bien être du consommateur est sacrifié sur l'autel des profits et peu importe les conséquences, l'essentiel est d'être "plus malin que les autres" et de ne pas se faire prendre. Les normes ? L'hygiène ? Les contrôles ? La traçabilité ? On peut toujours rêver tout est facile à contourner et l'imagination des "petits malins" est sans limite alors que les risques d'être inspecté sont faibles.
Christophe brusset sait de quoi il parle puisqu'il a travaillé pendant plus de vingt dans l'industrie alimentaire, un rêve de gosse qui l'a amené à des postes d'acheteur, des postes à responsabilité dans une industrie qu'il dénonce aujourd'hui au nom de la morale, comme "lanceur d'alerte" auprès des consommateurs pour qu'ils sachent de quoi il ressort véritablement. Un livre qu'on dévore (à ce niveau, aucun risque d'avaler ça !), traité avec une légèreté de ton et humour, étayé d'exemples et de cas concrets qui font bondir quand on découvre l'étendu des scandales dénoncés : tomates, poivre, épices, miel, thés et tisanes, herbes aromatiques, viandes, origines, emballages, marketing, offres spéciales, tout est finalement bon pour faire quoi ? Du fric !
Après la lecture de ce livre on perd, s'il en subsistait, toute insoucience de consommateur et si ce n'est pas déjà le cas, c'est avec une méfiance particulièrement aiguisée qu'il faut s'armer avant toute visite au supermarché car après tout, qui est le maître des achats sinon le client ?
À lire sans modération. Faites passer.
Nota : en fin de livre, l'auteur donne quelques pistes et principes à suivre pour les achats alimentaires ("Guide de survie en magasin") ... et a sorti une suite à son premier livre : Et maintenant, on mange quoi ? ... il est déjà sur ma liste des prochaines lectures !
Titre : Vous êtes fous d'avaler ça !
Auteur : Christophe Brusset
Première édition : 2015
mercredi 27 février 2019
Mille petits riens / Small Great Things de Jodi Picoult
États-Unis.
Ruth est infirmière-obstétrique depuis plus de vingt ans, une employée modèle, consciencieuse et sans histoire, respectée de tous. Elle est veuve, son mari était un soldat mort en service en Aghanistan et elle est mère d'un garçon de 17 ans, brillant élève promis à un bel avenir.
Un beau matin, après sa prise de service, elle se voit déchargée des soins de Davis, un nouveau-né dans le dossier duquel a été ajouté un post-it indiquant "pas de personnel afro-américain". Dans la mesure où Ruth est la seule employée noire, la subtilité de l'énoncé est sans appel. Elle est choquée mais doit obéir aux ordres de sa hiérachie qui a cédé aux exigences des parent, Turk et Brittany, un couple de suprémacistes blancs.
Mais voilà, avant de quitter l'hopital, le nouveau-né décède après une opération de routine alors qu'il est resté quelques minutes sous la garde de Ruth. Dans cette triste affaire, elle est un bouc émissaire évident et facile pour les parents désespérés qui vont l'attaquer en justice et pour l'hopital qui ne la soutient pas. Du jour au lendemain, la vie bien rangée de Ruth est totalement bouleversée et c'est Kennedy, une jeune avocate idéaliste "qui ne voit pas la couleur", commis d'office, qui va assurer sa défense.
Oui mais, et si cette couleur politiquement incorrecte qu'on évite, il faudrait peut-être un peu mieux la voir parce que c'est justement le coeur du sujet ?
Mille petits riens, c'est le racisme ordinaire au quotidien, celui que ceux qui ne le vivent pas ne peuvent ni percevoir ni même concevoir, un sujet souvent minimisé mais auquel Jodi Picoult a prêté sa plume, avec sa perception et sa subtilité habituelles. Une histoire pour présenter et attaquer les préjugés à la racine, là où on ne les voit pas. Un récit ni tout noir ni tout blanc, dans lequel elle donne voix, tour à tour, à Ruth, l'infirmière attaquée en justice, à Turk, le père suprémaciste blanc et à Kennedy, l'avocate. Trois vies touchées par la mort d'un nourisson, trois vies qui basculent et sont transformées par cette histoire.
Un vrai sujet de société qui ronge l'Amérique en profondeur, mais qui, malheureusement, est aussi en grande partie transposable ailleurs.
C'est un roman qu'on ne lache pas parce que l'écriture est fluide et agréable à lire, les personnages attachants et/ou intéressants, l'histoire prenante et même si elle est parfois un tantinet mélodramatique (prévoir les mouchoirs !), on n'a qu'une envie, tourner les pages pour savoir où tout cela va nous mener.
Après My Sister's keeper/Ma vie pour la tienne, House Rules/À l'intérieur, Nineteen Minutes et maintenant Small Great Things/Mille petits riens, Jodi Picoult ne m'a encore jamais déçue. Ses romans sont des page-turners prenants et marquants qui ont tous laissé une trace dans ma mémoire, même longtemps après les avoir lus parce qu'ils traitent efficacement de sujets pas toujours évidents (La maladie, l'autisme, un tueur qui fait un massacre dans une école, le racisme ordinaire). Jodi Picoult ne cherche pas la facilité pour s'attaquer aux préjugées et aux clichés qu'elle traite avec justesse et sensibilité en essayant de multiplier les points de vues mais je ne peux malgré tout pas m'empêcher de garder une toute petite réserve parce qu'elle péche parfois par un excès de sentimentalité "à l'américaine", imprégnée d'un soupçon d'angélisme.
Titre original : Small Great Things
Titre français : Mille petits riens
Auteur : Jodi Picoult
Première édition : 2016
dimanche 24 février 2019
21 Leçons pour le XXIe siècle / 21 Lessons for the 21st Century de Yuval Noah Harari
J'avais aimé Sapiens et Homo Deus en admirant la capacité de réflexion et de synthèse de l'auteur alors c'est sans aucun hésitation que je me suis jetée sur ce nouvel opus rédigé par Yuval Noah Harari, 21 leçons pour le XXIe siècle. Cette fois, le jeune historien ne développe pas une thèse sur l'histoire de l'humanité ou son avenir, il se concentre plutôt sur vingt et une questions du monde d'aujourd'hui en tentant d'y apporter ses réponses en allant au coeur des choses, en prenant parfois des risques, en relativisant et sans faux-semblant :
Pourquoi le modèle des démocraties libérales est-il en crise ? Comment expliquer l'invasion des "fake-news" ? Comment réguler la propriété des données ? L'humanité saura-t-elle surmonter ses deux plus grands défis, les questions écologiques et technologiques ? Comment l'individu peut-il trouver une place et du sens dans le monde qui se profile ?
L'auteur développe des sujets liés aux civilisations, à l'Histoire, aux nationalismes, à l'immigration, aux religions, à la technologie, à l'ignorance, à la justice, etc. Une foultitude d'idées qui nous touchent tous, nous humains, et qui sont traités encore une fois avec brio pour alimenter une vraie pensée sur le monde et surtout, la place de l'individu en son sein. Une approche finalement assez philosophique pour aller à l'essence de l'être.
Un auteur brillantissime à lire et à partager pour alimenter non seulement une réflexion personnelle mais aussi la discussion et le dialogue même si certaines idées sont sans doute dérangeantes pour ceux qui sont ancrés dans leurs certitudes.
Quelques "petits" extraits tirés d'un texte par ailleurs parfaitement documenté et étayé :
In a world deluged by irrelevant information, clarity is power.
Humans think in stories rather than in facts, numbers or equations, and the simpler the story, the better.
Humans think in stories rather than in facts, numbers or equations, and the simpler the story, the better.
Homo Sapiens is just not built for satisfaction. Human happiness depends less on objective conditions and more on our own expectations. Expectations, however, tend to adapt to conditions, including to the condition of other people. When things improve, expectations balloon, and consequently even dramatic improvements in conditions might leave us as dissatisfied as before.
Feelings are not based on intuition, inspiration or freedom - they are based on calculation.
(...) Feelings are thus not the opposite of rationality - they embody evolutionary rationality.
Intelligence is the ability to solve problems. Consciousness is the ability to feel things such as pain, joy, love and anger. We tend to confuse the two because in humans and other mammals intelligence goes hand in hand with consciousness.
The race to obtain the data is already on, headed by data-giants such as Google, Facebook, Baidu and Tencent. So far, many of these giants seem to have adopted the business model of "attention merchants". They capture our attention by providing us with free information, services and entertainment, and they resell our attention to advertisers.(...)
We aren't their customers - we are their product. (...)
We aren't their customers - we are their product. (...)
Ordinary humans will find it very difficult to resist this process. At present, people are happy to give away their most valuable asset - their personal data - in exchange for free email services and funny cat videos. It is a bit like African and Native American tribes who unwittingly sold their entire countries to Europeans imperialists in exchange for colorful beads and cheap trinkets. If, later on, ordinary people decide to try and block the flow of data, they might find it increasingly difficult, especially as they might come to rely on the network for all their decisions, and even for their healthcare and physical survival.
Human groups are defined more by the changes they undergo than by any continuity, but they nevertheless manage to create for themselves ancient identities thanks to their storytelling skills.
(...) People often refuse to see these changes, especially when it comes to core political and religious values. We insist that our values are a precious legacy from ancient ancestors. Yet the only thing that allows us to say this, is that our ancestors are long dead, and cannot speak for themselves.
The people we fight most often are our own family members. Identity is defined by conflicts and dilemmas more than by agreements.
Though gods can inspire us to act compassionately, religious faith is not a necessary condition for moral behaviour. (...) Every religion, ideology and creed has its shadow, no matter which creed you follow you should acknowledge your shadow and avoid the naïve reassurance that "it cannot happen to us".
People rarely appreciate their ignorance, because they lock themselves inside an echo chamber of like-minded friends and self-confirming newsfeeds, where their beliefs are constantly reinforced and seldom challenged.
We now suffer from global problems, without having a global community (...) As a species, human prefer power to truth (...) One of the greatest fictions of all is to deny the complexity of the world, and think in absolute terms of pristine purity versus satanic evil.
People rarely appreciate their ignorance, because they lock themselves inside an echo chamber of like-minded friends and self-confirming newsfeeds, where their beliefs are constantly reinforced and seldom challenged.
We now suffer from global problems, without having a global community (...) As a species, human prefer power to truth (...) One of the greatest fictions of all is to deny the complexity of the world, and think in absolute terms of pristine purity versus satanic evil.
In truth, everything you will ever experience in life is within your own body and your own mind.
Du même auteur, voir aussi :
Titre anglais : 21 Lessons for the 21st Century
Titre français : 21 leçons pour le XXIe siècle
Auteur : Yuval Noah Harari
Première édition : 2108
vendredi 22 février 2019
Bangkok Haunts / Bangkok Psycho de John Burdett
La nouvelle enquête de Sonchaï Jitpleecheep tourne à l'obsession pour notre inspecteur mi-thaï mi-américain : la victime est Damrong, une prostituée dont il a été amoureux quatre ans plus tôt et qui vient le hanter la nuit en provoquant des rêves érotiques alors que près de lui, sa femme Chanya, enceinte, attend leur enfant, la réincarnation attendue de son ami disparu (voir le premier volume de la série, Bangkok 8).
La mort de Damrong a été filmé et la vidéo circule sous le manteau dans un cercle très fermé, montrant une victime consentante qui va se révéler une redoutable et ensorcelante manipulatrice dont l'objectif est d'obtenir vengeance de l'au-delà.
Pour retrouver la paix, Sonchaï n'a pas d'autre choix que d'élucider les tenants et aboutissants d'une affaire à la frontière du réel, dans un monde pourri par le pouvoir, le sexe, la drogue, les pratiques occultes, entre Bangkok et le mystérieux Cambodge. Un monde dans lequel il évolue comme un poisson dans l'eau de par ses origines, en électron libre incontrolable du fait de son aura bouddhique et de son incorruptibilité.
Une série vraiment peu conventionnelle qui dévoile une Thaïlande aux codes complexes, bien loin des images de cartes postales dominantes dans l'imaginaire occidental ... même si tout ça n'est bien sûr que du roman !
Voir aussi :
Bangkok 8 / Volume 1 de la série Bangkok
Bangkok Tattoo / Volume 2 de la série Bangkok
Titre original : Bangkok Haunts
Titre français : Bangkok Psycho
Troisième volume de la série Bangkok.
Auteur : John Burdett
Première édition : 2007
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