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samedi 29 janvier 2022

Régression de Fabrice Papillon


Sous les falaises de Bonifacio, les gendarmes découvrent une scène de crime particulièrement morbide, semblant suivre une mise en scène ritualistique avec des traces de cannibalisme. Le capitaine de gendarmerie Vannina Aquaviva est chargé de l'enquête mais elle va devoir travailler avec les services de la police représentés par le commandant Brunier, ancien de la PJ du 36 quai des orfèvres, promu et envoyé "attendre la retraite" en Corse après sa dernière enquête au cours de laquelle il a vu mourir sa fille (voir le dernier Hyver du même auteur). Celui-ci associe très vite la scène du crime avec le site préhistorique de Filitosa situé à 80 km de Bonifacio où le cœur de la victime est retrouvée au creux d'un arbre millénaire, à proximité de stèles gravées de signes mystérieux et d'une fosse remplie de carcasses de béliers. Outre l'aspect anthropologique et les luttes d'influence des services chargés de l'enquête (auxquels s'ajouteront les services secrets !), l'affaire prend une tournure internationale lorsque des scènes similaires sont découvertes en Espagne et en Angleterre à proximité d'autres sites préhistoriques (Sarragosse et site de Atapuerca de l'homo Antecessor / Stonehenge) .

Parallèlement à l'enquête qui nous fait voyager et découvrir les derniers développements des sciences, des biotechnologies et des mystères de l'ADN, le thriller déroule un fil rouge à travers les siècles, de la préhistoire à nos jours, partant de la (quasi) annihilation de néandertal par sapiens et mettant dos à dos "la race de fer dominante des hommes vils et jaloux" à "la race d'or des hommes nobles et vertueux". Au travers de plusieurs "passages de relais", de grands personnages et des récits mythiques seront ainsi mis en valeur : il sera question d'Atlantes, d'Homère et des récits de son Illiade et son Odyssée, de Socrate et Platon, de Yeshoua (Jésus) et de Ponce Pilate, d'une rencontre à Rome entre Michel-Ange et Rabelais et puis plus tard à Paris, d'une opposition à l'académie des sciences entre Cuvier et Saint-Hilaire et Lamarck anciens élèves de Buffon avant un détour par Weimar chez un Nietzsche vieillissant manipulé par sa sœur qui laissera l'héritage de son frère aux nazis. Un habile mélange d'éléments historiques, sociologiques, littéraires, scientifiques et mythiques revisités pour servir l'intrigue du roman.
 
L'apparition d'êtres velus monumentaux apparentés au Yéti, à la Vénus Hottentot, aux hyperboréens de Thulé et la mystérieuse "régression" de certains personnages ajoutent une dimension fantastique à ce thriller très documenté et pour le moins ébouriffant. 
La conclusion ne va pas forcément où on l'attend, surfant sur les grandes questions liées à l'évolution climatique de la planète mais une choses est sûre, comme à la lecture du dernier Hyver, je ne me suis pas ennuyée et j'ai beaucoup appris. 
Souvent intriguée et la curiosité aiguisées, le livre m'a amenée à faire pas mal de recherches complémentaires absolument passionnantes remettant  en cause des théories apprises à l'école, notamment celle de l'évolution de l'homme dont la représentation linéaire n'est plus vraiment de mise remplacée par l'approche "en buisson". 
 
Passionnant !
 
Du même auteur, voir aussi :

Titre : Régression
Auteur : Fabrice Papillon
Première édition :

lundi 29 novembre 2021

Les suppliciées du Rhône de Coline Gatel

 
Lyon, 22 décembre 1897 / 12 janvier 1898.

En cette fin de siècle, Lyon est le théâtre d'une série de meurtres de jeunes femmes de toutes conditions, retrouvées exsangues au fond de sombres ruelles. Pour l'éminent professeur-enseignant Lacassagne qui s'intéresse à toutes sortes de sciences nouvelles, c'est l'occasion de prouver l'utilité de la médecine forensique capable de faire parler les morts. Il convainc la justice de mettre en place une cellule consacrée à l'enquête qu'il confie à deux de ses étudiants, Félicien et Bernard, auxquels va s'adjoindre Irina, une jeune journaliste d'origine polonaise aux idées avant-gardistes.

Une intrigue machiavélique et une enquête aux multiples rebondissements avec des personnages complexes, ayant tous des choses à cacher. Un polar rondement mené au cœur de la capitale des Gaulles, des pentes de Fourvières à celle de la Croix-Rousse, des bords de Saône à ceux du Rhône, de lieux emblématiques (comme l'hôtel Dieu, refuge des indigents) à d'autres oubliés (comme les lavoirs et la morgue flottante) avec une jolie évocation du peuple qui la compose, bourgeois, ouvriers, soyeux, marchands, etc. 

Titre : Les suppliciées du Rhône
Auteur : Coline Gatel
Première édition : 2019

dimanche 19 septembre 2021

Et vous, comment vivrez-vous ? / How do you live? De Yoshino Genzaburô

A Tokyo, dans le Japon des années 1930, Copper est un collégien de 15 ans. Il vit avec sa mère et depuis le décès de son père, son oncle joue le rôle de figure paternelle pour le guider dans la vie et faire de lui un homme de bien dans le sens humaniste du terme. C'est ainsi que les petits évènements rythmant sa vie quotidienne - une visite à Tokyo, ses amis, l'école, etc - sont autant de prétextes à réflexion, touchant finalement des questions existentielles et des sujets aussi variés que les sciences, l'économie, la sociologie ou la philosophie. 
 
Roman initiatique publié il y 84 ans pour un public "jeunesse", c'est devenu un "classique" de la littérature japonaise qui garde toute sa fraîcheur ; dans sa façon d'aborder les choses et son ambition, il n'est pas sans rappeler Le monde de Sophie de Jostein Gaarder. Parce qu'il prônait la curiosité et le questionnement permanent, ce livre avait été jugé subversif dans le Japon totalitariste de l'époque n'acceptant aucune remise en cause l'ordre établi, qui l'avait interdit pendant la guerre. Il fut ensuite republié des dizaines de fois et conserve aujourd'hui toute sa pertinence. 
 
C'est après la découverte de Âme brisée de Akira Mizubayashi que j'ai enchaîné sur ce Et vous, comment vivrez-vous ? / How do you live ?. Ce petit livre occupe une place très particulière dans le roman, la vie et le cœur du personnage principal qui y indiquait, je cite :
 
C'est un livre magnifique. En pleine période de folie fasciste et d'engouement militariste et ultra nationaliste, Yoshino à eu l'audace d'écrire, à l'intention des jeunes Japonais, un livre qui prônait l'usage critique de la raison et défendait la supériorité éthique de l'amitié des égaux par rapport à la soumission rampante et aveugle à l'égard des aînés et des dominants. 
Je crois que mon père voulait faire de moi un jeune homme capable de garder sa lucidité en toute situation, de ne pas succomber à la folie collective et de s'insurger contre les aberrations...
 
Un livre de référence qui a traversé le temps sans prendre une ride, à mettre entre toutes les mains, jeunes ou moins jeunes, à portée universelle avec au passage, une jolie découverte du Tokyo d'avant-guerre. 

Titre français : Et vous, comment vivrez-vous ?
Titre anglais : How do you live ?
Auteur : YOSHINO Genzaburô
Première édition : 1937

lundi 6 septembre 2021

Voyage aux confins de l'esprit / How to change your mind de Michael Pollan

Après la lecture de Qui sont les anges gardiens de Samuel Socquet et de Nos âmes oubliées de Stéphane Allix j'ai eu envie de creuser certains thèmes développés dans ces ouvrages pour en savoir plus. C'est ainsi que je me suis plongée dans ce livre cité en référence/bibliographie, "Voyage aux confins de l'esprit / How to Change your Mind de Michel Pollan". Cet écrivain, journaliste au New York Times est aussi un auteur scientifique spécialisé dans les plantes et la nutrition si bien que la question des psychédéliques - au travers notamment des "champignons hallucinogènes" et leur psylocybine* - constitue une sorte de prolongement de son domaine de prédilection. 

Dans cet essai, il nous entraîne dans une quête à la fois personnelle et journalistique sur les traces de ces drogues psychédéliques au parcours semé d'obstacles : objets d'études pleines de promesses après la seconde guerre mondiale et la découverte du LSD synthétique, démonisées et totalement interdites à la fin des années 1960 sur des critères plus politiques que scientifiques rationnels et connaissant, de nos jours, un très discret retour en grâce qui permettra peut-être de les sortir officiellement de la clandestinité dans laquelle elles sont toujours plongées. Les perspectives d'applications sont aujourd'hui prouvées et bien réelles pour certaines maladies mentales (dépression, dépendance, anxiété), pour les malades en phases terminale et fonctionne aussi, pour des individus issus de la population générale, comme clé d'ouverture individuelle au niveau de la conscience.
 
Esprit cartésien confronté à une expérience qualifiée de mystique, Michael Pollan nous offre une étude passionnante, étayée et rationnelle, très complète, faite de témoignage à la première et à la troisième personne, d'éléments historiques, sociologiques, anthropologiques, scientifiques et médicaux qui, au-delà de la question des "altérations psychiques" provoqués par l’absorption de substances psychédélique nous entraîne sur les chemins de la conscience et de ses mystères, le sens de la vie et de la mort, notre place dans l'univers.
 
Facile à lire malgré certaines répétitions et longueurs. Un ouvrage de vulgarisation pour se mettre à la page avec beaucoup d'éléments de réflexion sur la conscience vers laquelle semblent finalement converger des domaines très différents commençant à communiquer et à s'enrichir les uns les autres (sciences, chamanisme, méditation, etc.). Fascinant !   
 
 * J'ai d'ailleurs noté tout un chapitre dédié au monde des champignons, captivant !
 
Tirés du texte :
Something important, and special, about psychedelics : the critical influence of "set" and "setting". Set is the mind-set or expectation one brings to the experience, and setting is the environnement in which it takes place. 
Compared with other drugs, psychedelics seldom affect people the same way twice, because they tend to magnify whatever's already going on both inside and outside one's head.
 
What is striking about this whole line of clinical research is the premise that it is not the pharmacological effect of the drug itself but the kind of mental experience it occasions - involving the temporary dissolution of one's ego - that may be the key to changing one's mind. 
 
Psychedelics are far more frigthening to people than they are dangerous. Many of the most notorious perils are either exaggerated or mythical. It is virtually impossible to die from an overdose of LSD or psylocybin, for example, and neither drug is addictive. After trying them once, animals will not seek a second dose, and repeated use by people robs the drugs from their effect. 
 
 The efficiencies of the adult mind, useful as they are, blind us to the present moment. We're constantly jumping ahead to the next thing. We approach experience much as an artificial intellingence (AI) program does, with our brain continually translating the data of the present into terms of the past, reaching back in time for the relevant experience, and then using that to make its best guess as to how to predict and navigate the future. 

The term "psychedelic", coined in 1956, is etymologically accurate. Drawn from the Greek, it means simply "mind manifesting", which is precisely what these extraordinary molecules hold the power to do. 
 
Dalai Lama had said, that the idea that brains create consciousness - an idea accepted without question by most scientists-"is a metaphysical assumption, not a scientific fact."
 
[Stanislav] Grof, who has guided thousands of LSD sessions, once predicted that psychedelics "would be for psychiatry what the microscope is for biology or the telescope is for astronomy. These tools make it possible to study important processes that under normal circumstances are not available for direct observation."
 
[Richard Griffith]. I've given lots of drugs to lots of people, and what you get are drug experiences.
 What's unique about the psychedelics is the meaning that comes out of the experience.
 
What doomed the first wave of psychedelic research was an irrational exuberance about its potential that was nourished by the drugs themselves - that, and the fact that these chemicals are what today we would call disruptive technologies. (...)
[Leary, 1963] "Make no mistake : the effect of consciousness-expanding drugs will be to transform our concepts of human nature, of human potentialities, of existence."
 
LSD was tryly an acid, dissolving almost everything with which it came into contact, beginning with the hierarchies of the mind (the superego, ego, and unconsciousness) and going on from there to society's various structures of authority and then to lines of every imaginable kind : between patient and therapist, research and recreation, sickness and health, self and other, subject and object, the spiritual and the material.  
 
Other societies have long and productive experience with psychedelics, and their examples might have saved us a lot of trouble had we only known and paid attention. The fact that we regard many of these societies as "backward" probably kept us from learning from them. But the biggest thing we might have learned is that these powerful medicines can be dangerous- both to the individual and to the society-when they don't have a sturdy social container : a steadying set of rituals and rules-protocols-governing their use, and the crucial involvement of a guide, the figure that is usually called a shaman.
 
"Consciousness narrows as we get older," Gopnik says."Adults have congealed in their beliefs and are hard to shift (...) whereas children are more fluid and consequently more willing to entertain new ideas. If you want to understand what an expanded consciousness looks like, all you have to do is have tea with a four-year old."

It's still early days in our understanding of consciousness, and no single one of our vocabularies for approaching the subject -the biological, the psychological, the philosophical, or the spiritual-has yet earned the right claim it has the final word.

Jeffrey Guss (...) interprets what happens during the session in terms of the psilocybin's "egolytic" effects-the drug's ability to either silence or at least muffle the voice of the ego. In his view, which is informed by his psychoanalytic training, the ego is a mental construct that performs certain functions on behalf of the self. Chief among these are maintaining the boundary between the conscious and the unconscious realms of the mind and the boundary between self and other, or subject and object. It is only when these boundaries fade or disappear, as they seem to do under the influence of psychedelics, that we can "let go of rigid patterns of thought, allowing us to percieve new meanings with less fear." 
 
Existencial distress at the end of life bears many of the hallmarks of a hyperactive default network, including obsessive self-reflection and an inability to jump the deepening grooves of negative thinking. The ego, faced with the prospect of its own extinction, turns inward and becomes hypervigilant, withdrawing its investment in the world and other people. The cancer patients I interviewed spoke of feeling closed off from loved ones, from the world, and from the full range of emotions; they felt, as one put it, "existentially alone".
(...)
These medicine may help us construct meaning, if not discover it.
 (...)
However it works, and whatever the vocabulary we try to explain it, this seems to me the great gift of the psychedelic journey, especially to the dying : its power to imbue everything in our field of experience with a heightened sense of purpose and consequence. (...) To situate the self in a larger context of meaning, whatever it is - a sense of oneness with nature or universal love-can make extinction of the self somewhat easier to contemplate.

[Bertrand Russell] An individual human existence should be like a river : small at first, narrowly contained within its banks, and rushing passionately past rocks and over waterfalls. Gradually, the river grows wider, the banks recede, the water flows more quietly, and in the end, without any visible break, they become merged in the sea, and painlessly lose their individual being.
 
The usual antonym for the word "spiritual" is "material". That at least is what I believed when I began this inquiry-that the whole issue with spirituality turned to a question of metaphysics. Now I'm inclined to think a much better and certainly more useful antonym for "spiritual" might be "egotistical". Self and spirit define the opposite ends of a spectrum, but that spectrum needn't reach clear to the heavens to have meanings for us. 
 
A spiritual experience does not by itself make a spiritual life. 
Integration is essential to making sense of the experience, whether in or out of the medical context. 
Or else it remains just a drug experience.  
 
Sur la question de la conscience, voir aussi :
 
Titre original : How to change your mind (The new science of psychedelics)
Titre français : Voyage aux confins de l'esprit (Ce que le LSD et la psillocybine nous apprennent sur nous-même, la conscience, la mort, les addictions et la dépression)
(Titre édition poche : les nouvelles promesses des psychotropes)
Auteur : Michael Pollan
Première édition : 2018 

dimanche 4 juillet 2021

Nos âmes oubliées de Stéphane Allix

Dans ce livre témoignage, à la fois très documenté et intime, Stéphane Allix nous raconte comment ses enquêtes sur la conscience l'ont conduit à débloquer ses propres verrous pour libérer son âme d'enfant brisée et trop longtemps oubliée. 
 
Stéphane Allix est un journaliste d'investigation expérimenté, ancien grand reporter de guerre qui a bourlingué au coeur des conflits de notre époque et sur les chemins de la drogue jusqu'à ce qu'il assiste à la mort de son frère en 2001, dans un accident en Afghanistan. Depuis, il s'intéresse à la mort, à l'au-delà, aux phénomènes inexpliqués. En 2007, il a fondé, avec le docteur Bernard Castells, l'INREES (l'Institut de Recherche sur les Expériences Extraordinaires) et est en outre le créateur et l'animateur des "Enquêtes Extraordinaires" sur M6. Un pédigré pour le moins "sérieux" qui lui permet d'allier l'expérience journalistique à la fascination, pour raisons très personnelle, aux phénomènes extraordinaires.     

Mais cette enquête sur les chemins de la conscience qui le conduit à expérimenter des drogues psychédéliques sous contrôle thérapeuthique a des conséquences totalement inattendues que lui-même a d'abord du mal à croire tant le traumatisme est ancien, profond et occulté.
Un parcours initiatique au plus profond de la conscience, bouleversant et puissant.
 
Tirés du texte :
"Personne ne prétend que la Résilience est une recette de bonheur. C'est une stratégie de lutte contre le malheur qui permet d'arracher du plaisir à vivre, malgré le murmure des fantômes au fond de sa mémoire." (Boris Cyrulnik) 

Depuis toujours, j'ai désiré être englouti par les voyages, ces événements géographiques bien commodes. (...) 
à force de partir, revenir devient de plus en plus difficile.
J'ai exploré tant de pistes, suspecté de si nombreuses origines à mes blessures émotionnelles, mais dans certaines zones obscures de notre conscience, il est impensable de se rendre. Il s'y cache des secrets si bien camouflés que sans un cataclysme, ils demeureront invisibles toute notre vie. Ils sont là, imperceptibles, et pourtant leur poison nous consume. 

En matière de psychédéliques, l'argument standard justifiant la prohibition de la consommation - les drogues sont interdites parce qu'elles représentent un danger pour la santé - ne repose sur aucun argument scientifique.
(...) La deuxième idée fausse est celle qui prétend que les psychédéliques sont inutiles. Les centaines de publications scientifiques et médicales disponibles prouvent exactement le contraire. 
La troisième affirmation prétend qu'ils induisent une dépendance, ce qui n'est pas le cas : là encore, les études le démontrent. Ils permettent même de soigner les addictions, comme celle à l'alcool. (...) Enfin,  selon la quatrième fausse affirmation, la prohibition permettrait un jour d'éradiquer la consommation. C'est faux. La prohibition est incapable d'empêcher qu'un produit interdit atteigne ceux qui désirent le consommer. (...) Il est communément admis que la mise au ban de ces substances à davantage obéi à des motivations politiques que sanitaires. 

Ces substances [psychédéliques] élargissent la conscience, elles conduisent à de profondes remises en question existentielles. Elles nourrissent la créativité et la priorisation des aspirations à une plus grande justice. Elles ouvrent également à des dimensions spirituelles, à l'opposé du carcan parfois rigide des religions.

Au delà de l'intérêt qu'ils représentent sur le plan médical, les psychédéliques offrent aussi la possibilité d'explorer un domaine à la frontière entre science, philosophie et spiritualité. Celui de la conscience.
 
 La conscience semble avoir besoin du cerveau pour se manifester, mais dire qu'un cerveau est nécessaire à la conscience pour exister, ou que la conscience ne peut pas exister en dehors du cerveau, est purement spéculatif. (...) Dire que l'âme -cet aspect de la conscience affranchi des contraintes de l'espace et du temps- n'existe pas est  encore une supposition. 
Une supposition qu'en outre de plus en plus de faits invalident. 

Nous savons désormais que notre cerveau filtre. C'est-à-dire qu'il réduit l'immensité du réel, figé l'espace, ainsi que le temps, dans cette course linéaire que nous lui connaissons au quotidien. (...) Quand le cerveau ne l'a retient plus, notre conscience serait en mesure d'accéder à une réalité plus grande, échappant aux contraintes du temps et de l'espace. C'est ce que les sages nous disent depuis la nuit des temps. 

La vraie spiritualité se caractérise par sa simplicité. 

Le propre de l'inconscient est de dissimuler, d'effacer tout ce qui est susceptible de faire du mal : traumatismes, blessures, mémoires douloureuses, etc. Si tous ces éléments pénibles ont été rangés dans notre inconscient, voire plus profondément encore, c'est pour éviter que leur rappel nous torture au quotidien. 
Notre inconscient nous protège.
 
Vivre, c'est consentir à souffrir. Plus tu consens à souffrir, plus ton cœur va s'ouvrir. Parce que aimer et vivre, c'est souffrir : sentir la frustration, le manque, la peur de perdre, la peur d'être abandonné. "Dans la peur de mourir il y a la peur de vivre." 

Mon père géographe avait renoncé à certains voyages après qu'il avait fait le constat amer que le temps qui passe, ce temps perdu, avait littéralement emporté paysages, villes et lieux si passionnément aimés autrefois. Poussant ce raisonnement, il pensait que les lieux n'existent en définitive pas vraiment, mais sont des souvenirs, des époques, des émotions en nous. 
(...) Et si les lieux étaient d'abord extraordinaires à travers le regard que nous portons sur eux, à un moment particulier de notre vie ? Et si les lieux n'étaient vivants que parce que nous les regardons avec amour ? 
Faut-il un regard d'enfant pour qu'un monde existe ? 
Est-ce l'émotion et l'amour qui créent la réalité ? 

Que savons-nous vraiment de la vie et de la mort ? Il existe des réponses qui ne puisent ni dans la subjectivité des religions ni dans l'abstraction de la philosophie, mais s'appuient sur une démonstration étayée par des preuves scientifiques. Ces recherches démontrent que la vie est un phénomène plus vaste et plus complexe qu'il n'y paraît, et que des aspects de ce qui nous constitue ne semblent pas disparaître après la mort physique du corps. Aussi surprenant que cela puisse être, les évidences qui étayent cette hypothèse sont à la disposition de qui se donne les moyens de les rassembler. Et pourtant, bien peu le font. 

Nous sommes aujourd'hui dans ce moment de transition entre le modèle matérialiste, qui est encore défendu avec rage, et le nouveau modèle en train d'émerger et qui soulève conte lui une bien compréhensible opposition. 
Savoir que nous sommes au coeur d'un changement de paradigme est essentiel (...)
de plus en plus de scientifiques pensent que ces phénomènes apparemment "anormaux" ne se produisent pas en contradiction avec les lois de l antaure, mais uniquement en contradiction avec ce que nous pensons savoir de ces lois de la nature. (...)
C'est la science elle-même qui démontre que la conscience échappe aux contraintes de l'espace et du temps où nos corps sont coincés. (...)
L'homme est un être spirituel -il possède en lui cette dimension qui transcende le temps et l'espace. Cette réalité s'impose aujourd'hui et constitue la prochaine révolution scientifique. 
Le spirituel est une dimension constitutive de la réalité. Peut-être même en est-ce la source.  

Mais la carte n'est pas le territoire. Les religions sont les cartes, c'est-à-dire un mode d'emploi pour tenter d'approcher le territoire qui, lui, est l'expérience spirituelle. Les religions sont autant d'invitations à cheminer ensemble. Le spirituel est un espace intime et personnel. 

L'amour, c'est cet état d'harmonie qui nous envahit lorsque la réalité apparaît derrière le voile de nos sensations ordinaires. 
L'amour c'est ce qui est éprouvé lorsqu'on accède à la connaissance pure et totale, dès lors que le cerveau cesse de tout interpréter constamment. Baigner dans la connaissance augmente l'harmonie, et cette harmonie est vécue comme une sensation d'amour indescriptible.(...)
L'amour est une force bienveillante qui vit tapie au fond de chacun de nous. Inépuisable. Le mental et ses ruminations nous en masquent l'accès, nous cachent l'harmonie de notre âme. 

Il est vain d'imaginer que le bonheur se trouve ailleurs qu'en soi, il se cultive.

La réalité de la télépathie, de la précognition ou de la clairvoyance prouve l'existence d'une dimension non locale de notre conscience. Ces perceptions extrasensorielles ne s'expliquent pas par un transfert d'information ou d'énergie, mais plutôt par la connexion à une dimension, en soi, qui transcende le temps te l'espace : notre conscience fondamentale. La réalité de ces capacités démontre que nous ne sommes pas limités à notre enveloppe physique. Un aspect de nous est naturellement partout, en tout temps, ailleurs et ici. A un certain niveau de notre être, nous sommes déjà connectés entre nous, et avec tout. Le passé comme le futur, tout le vivant comme tout "l'au-delà". 

Ma capacité à pardonner fait de moi un homme libre.

Titre : nos âmes oubliées 
Auteur : Stéphane Allix
Première édition : 2021

mardi 29 juin 2021

Qui sont les anges gardiens ? de Samuel Socquet

Anges-gardiens, Noble Céleste, esprits, guides, forces, énergie... Qu'est-ce qui se cache sous ces appellations recouvrant plus ou moins les mêmes concepts, des affabulations ou une réalité "autre" plus large que la perception du monde que nous pouvons avoir ?
Dans cet essai très accessible et bien construit, Samuel Socquet nous livre une enquête journalistique très documentée sur ce sujet de "l'angiologie" (terme que j'ai découvert au passage). En partant d'exemples concrets d'expériences "inexplicables" selon la logique strictement cartésienne, vécues par des individus pas forcément ouverts aux questions spirituelles,  l'auteur explore la question des anges gardiens sous différents angles :  occurrences et représentations dans les textes religieux de confessions variées, place dans les sociétés traditionnelles à travers le chamanisme, place dans la culture chinoise, missions et rôles qui leur sont attribués, présence auprès des médiums qu'ils guident, prise en compte dans les soins et de nouvelles branches de la médecine, etc.
Mais dans le monde matérialiste qui est le notre et le scepticisme généralisé face à ce type de questions qui relèvent pour beaucoup de la foi, de la croyance ou de la superstition, l'auteur ajoute de l'objectif au subjectif avec un volet scientifique intéressant et surprenant sur des expériences menées aux États-Unis attestant de phénomènes lumineux associés à ces présences dont parlent les médiums.

Un titre qui m'a interpellée et intéressée parce qu'il constitue un prolongement d'autres lectures alimentant un intérêt personnel sur les questions du cerveau, de la conscience et d'une façon plus large, de ce qui touche à la spiritualité laïque. Une pierre sur le chemin de la connaissance de soi et une référence ouvrant la voie à d'autres développements, auteurs et études afin d'approfondir encore un sujet sans absolu, sur lequel on n'a jamais fini d'apprendre et de s'enrichir. 

Tirés du texte :
 Un ange gardien, c'est comme un muscle. Si on ne le sollicite pas, il ne répond pas.
 
(...) Deux des fonctions traditionnellement attribuées aux anges, qui auraient pour rôle de protéger les hommes ou de les guider sur leur chemin. (... ) une troisième fonction leur est souvent attribuée, celle de la guérison - guérison physique et guérison spirituelle. 

[Définition du chamanisme par Laurent Hugueli] "Pour moi, il s'agit avant tout d'un rapport au monde : la pratique du chamanisme permet de prendre conscience que l'on est profondément lié à tout ce qui nous entoure." (...) 
Traditionnellement, le rôle du chamane est de maintenir le contact avec la réalité invisible, 
et de favoriser une sorte d'équilibre entre le monde matériel dit "ordinaire" et le monde des esprits.
 Une manière simple, très chamanique, d'expliquer cela consiste à considérer que la nature a une âme avec laquelle on peut communiquer. 

Que nous vivions en Occident ou dans un pays du monde occidentalisé, nous grandissons dans un système éducatif qui apprend à privilégier la raison discursive à l'intuition, le visible à l'invisible. Notre raison perceptive et nos ressentis ne sont pas valorisés dans cet apprentissage car ils sont forcément subjectifs - donc ni quantifiables ni observables selon les normes scientifiques actuelles. 
Selon ces normes, les esprits des monde(s) invisibles n'existent que dans l'imagination de ceux qui y croient.
 
Le chamanisme est (...) presque une méthode scientifique pour entrer dans la structure intime de l'univers, 
avec un accès direct, non intellectuel, au monde qui nous entoure. 

Aldous Huxley : "le XXieme siècle est, entre autres choses, l'Âge du bruit. Le bruit physique, le bruit mental et le bruit du désir - nous détenons le record de l'histoire en ce qui les concerne tous."

La pensée occidentale s'est totalement détournée des forces invisibles, comme si elles étaient le signe d'un retour à l'irrationnel, au Moyen Âge, etc. 

En Suisse, on ne parle pas de médecine "parallèle", encore moins de médecine "non conventionnelle", mais de médecines complémentaires.(...) Je trouve que la médecine est devenue très protocolaire, alors même qu'il y a un besoin de personnalisation dans les soins.
 
[Claire Guillemin] Dans les facultés de médecine américaines, la médecine intégrative est quelque chose de complètement acquis. À mon sens, il faut absolument sortir de la peur, qui est un problème central. À l'opposé de la peur on trouve l'amour : pas l'amour comme sentiment, mais en tant que vibration. L'amour, c'est une vibration de confiance, d'acceptation que tout ce qui est en train d'arriver est juste. 
Lorsqu'il se trouve dans cette vibration-là, l'individu est en paix.
 
Nous vivons dans une culture où on nous a appris à nous méfier des croyances, un mot devenu synonyme d'obscurantisme selon certains, qui craignent que nous ne revenions à des âges archaïques où prévalait la superstition si nous laissons les croyance (re) prendre le dessus. Les connaissances qui relèvent du domaine du perceptif sont elles aussi suspectes, car dans notre société contemporaine occidentale domine une pensée issue d'un "positivisme radical"  qui, au nom de la modernité, "exclut toute référence à la subjectivité, à la sensibilité, à l'intuition." (...) 
Pour être pris en compte, un phénomène doit être observé dans un laboratoire, où il sera analysé selon les normes contemporaines, c'est-à-dire qu'il doit pouvoir être transformé en expérience qui, reproduite un certain nombre de fois, fournira des données en quantité suffisante.(...) 
Ces conventions en vigueur - et les scientifiques qui les respectent - n'accordent aucun crédit aux mots "esprit", "âme"  ou "sacré", désignés en anglais comme "the S words" (Spirit, soul, sacred), mots devenus tabous à force d'être assimilés à des croyances superstitieuses.

[Gary Schwartz]  la recherche contemporaine sur la conscience commence à fournir des preuves qui suggèrent que (1) la conscience est séparée du cerveau; (2) la conscience et l'âme peuvent être comparées à de l'énergie et de l'information, qui persiste quelque part dans l'espace ; (3) les individus peuvent recevoir des informations intuitives utiles pour eux et la collectivité ; (4) la santé physique et la santé psychologique peuvent être renforcées en utilisant des procédures basées sur l'amour spirituel. (...) 
les preuves convergent vers l'émergence d'un paradigme postmatérialiste, en psychologie et dans les sciences en général.

Titre : qui sont les anges gardiens?
Auteur : Samuel Socquet
Première édition :  2015

mercredi 12 mai 2021

La diagonale de la joie de Corine Sombrun

  
C'est la lecture de Mon initiation chez le chamanes* qui m'a fait découvrir Corine Sombrun il y a déjà quelques années ; elle y racontait la façon dont ses "facultés de chamanes" avaient été révélées lors d'un reportage en Mongolie et l'initiation qu'elle avait ensuite reçue là-bas, en vivant auprès d'éleveurs de rennes, pour cultiver et maîtriser ces capacités.
 
Depuis,  je "la suis" fidèlement parce que son histoire est unique, inhabituelle et troublante pour un esprit cartésien occidental -à commencer par le sien- et qu'elle nous ouvre un monde de possibles différent. Ses livres jusque-là pleins d'humour, de doutes et de dérision forment un véritable parcours initiatique dont La diagonale de la joie est l'aboutissement. Ce nouveau témoignage est marqué du sceau du sérieux donné par la science : il récapitule 18 années de lutte de Corine Sombrun pour faire reconnaître la transe comme un sujet d'étude et de recherches, prouver qu'elle a un potentiel cognitif accessible à tous (ou presque), qu'elle n'est pas une pathologie ou une fantaisie d'illuminée et qu'elle ouvre la voie à des applications thérapeutiques intéressantes. Les perspectives sont immenses et la création du Transe Science Research Institute, association ouverte à tous domaines scientifiques, doit permettre d'en coordonner les applications.

Que de chemin parcouru... Portée par son intuition et ses convictions, Corine Sombrun a commencé par témoigner mais ne recevait au départ que des regards dubitatifs (voire parfois même des menaces) et n'avait en retour que des propositions de consultations pour évaluer sa santé mentale. Au fil du temps et des rencontres elle finit par intéresser quelques spécialistes des neurosciences qui lui imposent des conditions d'études scientifiques drastiques pour étudier son cas : il lui faut arriver à provoquer une transe sans son tambour tout en restant suffisamment immobile pour permettre aux électrodes de faire leur travail ou encore s'engager à ne faire aucune consultation thérapeutique de ses capacités. La première étude menée à Edmonton au Canada mettra toutefois 10 ans avant la publication de ses conclusions, référence tant attendue alors que les premières analyses avaient laissé penser au chercheur que la pratique était dangereuse, recommandant initialement à Corine d'y renoncer.
 
Corine étant par ailleurs un cas unique pour les études, se posait aussi la question de trouver d'autres sujets susceptibles de les valider ; c'est du côté de la musique, de contacts et d'expérimentations parallèles avec des écoles d'art que le sujet de la transe va avancer grâce à une "sound loop" réalisée à partir d'extraits d'enregistrements efficaces et puissants de rythmes chamaniques. Là encore, une véritable épopée ! 

La narration temporelle de cette histoire de persévérance extraordinaire est entrecoupée de chapitres / paragraphes intermédiaires de deux types :
- "la minute perceptuelle" offrant des citations d'auteurs et de penseurs très variés
- les "lettre(s) à mon basilic", plus personnelles dans lesquelles Corine Sombrun fait part de son état d'esprit, de réflexions, de convictions, d'expériences et de ressentis par rapport aux éléments ou à la période qu'elle évoque.
C'est finalement le récit d'une formidable aventure profondément humaine qui au-delà de la reconnaissance scientifique touche une dimension spirituelle universelle.

Un livre qui m'a une nouvelle fois passionnée et qui donne véritablement envie d'en savoir plus voire d'expérimenter la transe, véritable "outil d'exploration d'une réalité sous-jacente" et de notre condition humaine au sein de l'univers. ❤️❤️❤️
 
Nota :
*  Cette initiation et l'histoire de Corine ont été adaptées au cinéma dans le film Un monde plus grand. Des indications à ce sujet sont d'ailleurs fournies dans le livre.
 
Tirés du texte :
"C'est le paradoxe suprême de la pensée que de vouloir découvrir quelque chose qu'elle ne puisse penser." (Soren Kierkegaard) 
 
"C'est mon corps qui pense, il est plus intelligent que mon cerveau." (Colette) 
 
 Je ne comprends toujours pas pourquoi certaines choses parlent et d'autres pas. Mais je sais maintenant que tout peut parler autour de nous. 
C'est un sentiment agréable de n'être plus jamais seule. (...) 
Tu ne crois pas que le sentiment de solitude est la conséquence de notre perception amoindrie de l'environnement ?

En fait le cerveau est une feignasse, il ne va pas développer ou entretenir des capacités dont il n'a pas besoin. Et sans un entraînement ou une stimulation forte, comme une situation d'urgence, une expérience de mort imminente, un état mis en évidence en 1975 sous la dénomination de near death experience (NDE), ou un choc psychologique violent, ces capacités restent en sommeil. 

Je me demande, dit-il, si l'état de transe n'est pas la source d'un enseignement intuitif. Celui dont nous rêvons tous en tant qu'artistes. 
Savoir sans avoir à apprendre. 

La distance est un leurre créé par le mental, oui. Nous sommes tous connectés, à un point que nous n'imaginons pas. 

Le mot "inspiration" s'ouvre en moi. Je me demande si les idées ne viennent pas uniquement quand on inspire. 
Aucun artiste ne peut créer sur une expiration. Et personne ne meurt sur une inspiration.

Si la transe nous permet d'accéder aux mêmes capacités que celles d'un chamanes, elle ne fait pas de nous des chamanes. 
Pas plus que le fait de savoir dire une prière ne fait d'un Mongol un curé. 

Que comprenons-nous dans les mots de l'autre, à part nos propres interprétations ? Projections ? La signification donnée à un mot en réduit le sens. 

Observer la nature en pensant à ce qu'elle peut m'apprendre à changé ma façon de la regarder. De la respecter. Nous sommes devenus trop bruyants, trop voyants, trop arrogants pour avoir encore l'humilité d'écouter simplement le vivant. Il n'y a pourtant aucune séparation entre nous, tout communique. Pour en prendre conscience il faudrait commencer par fixer l'attention, pas la pensée, dit en substance Marguerite Yourcenar. 
La transe supprime ce qui nous sépare. Mais quoi, qui communique ? 

Et si c'était ça, la réincarnation : la résonance d'une fréquence qui perdure comme un écho dans un autre corps ? 

Le corps n'est pas la maladie, mais son Miroir. Grâce à lui elle se révèle et nous donne le moyen de la transformer.

Le secret de l'immortalité, ne serait-il pas déjà d'accepter la naissance et la mort comme une transmutation de ce flux de vie qui nous traverse ? 

Notre société occidentale n'est-elle pas la seule à avoir laissé de côté l'utilisation de ce potentiel ? 
Des études anthropologiques ont en effet montré que sur quatre cent quatre-vingt-huit sociétés étudiées dans le monde, 
plus de 90% avaient une forme institutionnelle de pratique de la transe. (...) 
Si notre société a travaillé à faire de nous des êtres plus savants, 
les sociétés traditionnelles se sont de tout temps attachées à faire de nous des êtres plus conscients. 

La transe a remis en cause mes schémas mentaux, mes certitudes, mon rapport au monde. (...)
 Vivre une transe, c'est accepter de ne plus savoir qui je suis, et si je ne sais plus qui je suis, je suis libre de devenir ce que je suis. 
Grâce à elle, j'ai découvert le sens du sacré. Cette racine de la spiritualité est bien là, en chacun de nous.
 
Du même auteur,  voir aussi :

Titre : La diagonale de la joie
Auteur : Corine Sombrun
Première édition : 2021

mercredi 10 mars 2021

Le dernier Hyver de Fabrice Papillon

Le livre commence par l'évocation d'Hypatie, philosophe et mathématicienne sauvagement assassinée à Alexandrie en 415 après JC par des fanatiques chrétiens. Mais avant de mourir,  la savante a eut le temps de protéger un précieux manuscrit, fruit de ses recherches, qui servira de fil rouge au roman dont il tisse la trame en se faufilant à travers les siècles et l'alternance des chapitres, oscillants entre passé et présent.  

Été 2018, Paris. Brillante étudiante en biologie, Marie commence un stage à la police scientifique et se retrouve, dès le premier jour, mélée à une enquête placée sous la responsabilité de Marc Brunier, commandant à la brigade criminelle, vieux de la vieille qui s'accroche encore au légendaire quai des Orfèvres en train de fermer ses portes. Les voilà liés par le meurtre épouvantable d'une très jeune femme dont les restes ont été mis en scène dans une boutique Hermès où ils ont été retrouvés, placés au coeur d'une scène de crime soigneusement aseptisée, sans le moindre indice. D'autres assassinats pareillement ritualisés suivront avec leurs lots d'indices qui prennent, pour Marie, au delà de leur part de mystère scientifique à élucider, une dimension de plus en plus ésotérique et personnelle...

Thriller français historico-ésotérico-biologico-scientifique dont l'ambition et l'ambiance du scénario ne sont pas sans rappeler le Da Vinci Code de Dan Brown. Un roman divertissant, très dans l'air du temps avec une société secrète reposant non pas sur une fraternité mais sur une sororité qui permet de mettre en lumière toute une série de femmes savantes ayant marqué le temps, d'Hypatie à Marie et Irène Currie en passant par Élisabeth I d'Angleterre ou Émilie de Chatelet. 
Certains éléments, en particulier la finalité de la secte ont un côté un peu "jusque boutiste parfois tiré par les cheveux" mais ça n'enlève rien à cette lecture haletante dans laquelle il faut se laisser embarquer sans se poser trop de questions. D'autant moins que le livre est très documenté car en plus des aspects historiques, on découvre aussi le monde fascinant des méandres des sous-sols de Paris ou encore des éléments scientifiques passionnants, relatifs notamment au clonage, aux questions d'éthique et aux finalités de la recherche. Et sur ces derniers aspects, on peut faire confiance à l'auteur pour connaître son sujet, Fabrice Papillon est journaliste et producteur de documentaires scientifiques, c'est sa spécialité ! 

Pour l'anecdote, c'est une tante et le patronime de l'auteur qui m'ont fait ouvrir ce livre parce que ce nom de famille léger est aussi celui d'une de nos ancêtres... Une raison pas plus mauvaise qu'une autre pour découvrir un auteur (un lointain cousin ??) surtout quand le résultat est gagnant : un rythme soutenu, une histoire bien ficelée, une lecture facile, prenante et instructive, des personnages parfois racambolesques mais attachants, des figures féminines du monde de la science nombreuses et (re)-mises à l'honneur (j'ai trouvé le cas de Rosalind Franklin/découvertes sur l'ADN particulièrement intéressant), des lieux qu'on re-découvre d'une autre façon sans oublier toutes les informations qu'on peut grappiller au fil des pages, bref, un excellent thriller français (cocorico), parfait pour les amateurs du genre !

Titre : le dernier hyver
Auteur : Fabrice Papillon
Première édition : 2017