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mercredi 9 mars 2022

La belle de Jérusalem / The Beauty Queen of Jerusalem de Sarit Yishai-Levi

 
À Jérusalem, Gabriela est encore enfant lorsqu'elle recueille les confidences de sa grand-mère Rosa et découvre la "malédiction" des femmes de la famille Ermoza mariées à des hommes qui ne les aiment pas : en son temps, Raphaël, l'arrière-grand-père, avait renoncé à une belle Ashkenaze inacceptable au sein de sa communauté Sépharade espagnole et il s'était résigné à un mariage de raison avec Merkada. À son tour, leur fils modèle Gabriel vit ses amours contrariés, l'origine d'une "faute" impardonable que Merkada lui fit payer en le mariant à Rosa, pauvre orpheline employée à faire le ménage au service des anglais ; un couple triste cohabitant sans amour pour élever ses trois filles dont l'aînée, Luna, est la prunelle des yeux de Gabriel et le cauchemar de sa mère Rosa. "Beauté de Jérusalem", sûre d'elle, Luna croit pouvoir échapper à la malédiction familiale en épousant le prince charmant auquel elle fini par succomber. .. mais à nouveau, c'est une union malheureuse au cœur de laquelle Gabriela voit le jour : la malédiction l'affligera-t-elle à son tour  ?
 
Les personnages ploient sous les non-dits et les conventions sociales sources d'aigreurs, de désillusions, de tensions et de tristesse avec parfois quelques joies et des compensations parce que la vie suit son cours et que chacun s'adapte ou résiste à sa manière. Résignation, acceptation, rejet de la maternité ... "plombée" sur quatre générations par ses ménages sans amour et ses tensions mères-filles insupportables opposées à l'amour inconditionnel des pères, la saga de cette famille de commerçants du grand marché de Jérusalem nous fait découvrir le quotidien de cette ville à travers tout le 20 ème siècle en dessinant une formidable fresque historique et sociologique. Une façon de vivre l'histoire contemporaine d'Israël "de l'intérieur", du point de vue d'une famille juive, de l'époque où elle était encore sous contrôle Ottoman jusqu'à nos jours, en passant par la période sous mandat anglais, la guerre, les milices, les années fastes, les années maigres, les émigrants et les immigrants, les communautés qui se côtoient mais ne se mélangent pas avec aussi l'atmosphère si différente de Jérusalem éternelle et de Tel Aviv la festive ...
 
Un roman qui n'a rien d'un conte de fées et sur lequel on pourrait longuement débattre quant aux excès, aux disfonctionnements et à la psychologie des personnages de la famille Ermoza... Et pourtant j'ai aimé la rencontre avec les individus de cette famille qui se dévoilent au fil des pages avec leurs personnalités, leurs désirs, leurs failles, leur humanité pour finir de révéler la réalité occultée derrière les apparences. Un roman douloureux comme la naissance d'Israël montrant finalement que ni la beauté, ni la richesse, ni la sagesse ne peuvent garantir la paix et l'amour dont chacun à besoin pour grandir et nourrir sa part d'humanité. ❤️

Titre français : La belle de Jérusalem 
Titre anglais : The Beauty Queen of Jerusalem
Auteur : Sarit Yishai-Levi
Première édition : 2020

mardi 4 février 2020

L'américaine de Catherine Bardon

Après Les Déracinés, voici L'américaine de Catherine Bardon. Surfant sans doute sur la vague du succès du premier livre qui m'avait beaucoup intéressé, l'auteur nous emmène cette fois sur les traces de Ruth, la fille d'Alma et Wilhelm Rosenheck, réfugiés en République Dominicaine où ils avaient reconstruit leur vie après avoir fuit l'Autriche et la Shoa. Bouleversée par la mort de son père, la jeune femme a abandonné ses études d'infirmière pour le journalisme et quitte son paradis natal pour New York où l'attendent sa tante Myriam, son oncle Aaron et son cousin Nathan qui l'accueillent comme leur fille/ leur soeur. On suit donc la vie cossue de Ruth dans l'Amérique du début des années 60 et ses états d'âmes qui n'en finissent pas, ses excursions vers Israël, et aussi l'écho de l'actualité de la République Dominicaine au travers de la voix d'Almah.

Autant j'avais aimé Les déracinés, autant j'ai trouvé L'américaine sans aucun  intérêt, quelle déception !

Que ce soit l'écriture, la structure, l'histoire, les personnages, j'ai une impression de copie baclée, du vite fait mal fait, comme si l'auteur avait dressé une liste de sujets et de thèmes qu'elle voulait "placer" sans réussir à les "faire vivre" en les intégrant dans son histoire, donnant une narration finalement plus descriptive que romanesque ... Ça part un peu dans tous les sens, sans queue ni tête; l'écriture est poussive, pleine d'expressions toutes faites qui tombent à plat, agaçantes ; des anachronismes absurdes m'ont faits bondir à plusieurs reprises ; les personnages et leurs relations sont parfois d'une niaiserie confondante et surtout ce texte manque totalement de substance, superficiel et sans aucune profondeur dans son ensemble.

On comprendra que je n'ai pas du tout été sensible aux états d'âme de Ruth, enfant gâtée qui passe son temps à "ouvrir son cœur" avant de "savoir ce qu'il faut faire" dans sa quête initiatique. Ça n'arrive pas souvent mais je referme le livre et cette chronique avec humeur et même la sensation de m'être faite un peu escroquer par l'éditeur pour la perte de temps occasionnée. À oublier très vite.

Du même auteur, voir aussi :
Les déracinés

Titre : L'américaine 
Auteur : Catherine Darbon
Première édition : 2019