Ma mère est heureuse et je suis jalouse.
mercredi 7 juillet 2021
Un amour retrouvé de Véronique de Bure
Ma mère est heureuse et je suis jalouse.
samedi 10 avril 2021
Le crépuscule de Shigezo / The twilight years de Sawako Ariyoshi
Tokyo / années 1970.
À la mort de son épouse, Shigezo doit être pris en charge par la famille de son fils Nobotushi qui vit dans la maison voisine du pavillon occupé jusqu'alors par les deux anciens. Malgré cette proximité spatiale, Nobotushi, sa femme Akiko et leur fils Satochi, n'avaient aucune idée de la dégénérescence psychique de Shigezo et de sa dépendance, un état qu'ils découvrent, qu'il va leur falloir gérer et qui va bousculer leur quotidien bien rodé et sans temps mort : Notobushi, aux idées et au comportement des plus traditionnels travaille dans une grande entreprise qui occupe tout son temps ; Satochi est lycéen et prépare de façon intensive ses examens d'entrée à l'université ; Akiko jongle entre un travail auquel elle tient et les tâches ménagères qui lui incombent... Mais c'est tout de même sur les épaules de cette dernière que va reposer la responsabilité des soins au vieil homme d'autant plus que celui-ci, après lui avoir mené la vie dure pendant des années, ne semble plus jurer que par elle, il ne reconnait qu'elle.
Entre fugues, réveils au milieu de la nuit, incontinence, isolement et problèmes de garde en journée ou encore un appétit jamais rassasié alors que Shigezo avait l'estomac plutôt délicat autrefois, la vie semble tout d'abord devenir un enfer. Mais Akiko, malgré sa modernité, a le sens du devoir et va se consacrer à l'accompagnement du crépuscule de ce beau-père, l'occasion de comprendre que son problème n'est pas isolé, de s'interroger sur la place de chacun dans la famille et sur sa propre et ineluctable vieillesse tout en développant une certaine tendresse pour celui qui ne semblait pas trop la mériter.
La famille Tachibana nous plonge dans les problématiques de la fin de vie et Sawako Ariyoshi nous dresse encore une fois un magnifique portrait de femme coincée entre tradition et modernité, ainsi qu'une chronique familiale finement observée et rendue, pleine d'humanité et de valeurs universelles. Bien que l'histoire se déroule au Japon dans les années 1970, beaucoup des réflexions et des observations du livre restent intemporelles et totalement d'actualité, me renvoyant à ma propre expérience. J'ai beaucoup aimé ce livre sur un thème difficile et pas franchement rigolo mais traité de main de maître, une valeur sûre, une auteure "classique" qui ne m'a jamais déçue.
lundi 14 octobre 2019
Ma mémoire assassine de Kim Young-ha
Kim Byeong-su a 70 ans.
Dans son village, il vit isolé, à côté d'un bois de bambous.
Ex tueur en série assagi, il est atteint de la maladie d'Alzheimer.
Il se souvient parfaitement de chacun de ses vieux crimes mais sa mémoire à court terme est de plus en plus confuse.
Pour essayer de s'y retrouver, il écrit et s'enregistre parce qu'il a encore une tâche importante à accomplir : éliminer un prédateur qu'il a reconnu et qui tourne autour de sa fille adoptive qu'il veut protéger.
Il y a longtemps que je n'avais pas ouvert un roman coréen dont les auteurs sont souvent champions des scénarios tordus alors même s'il ne faut bien sûr pas généraliser, celui ci rentre assez bien dans cette catégorisation. Un roman aigre-doux, caustique, agrémenté d'une touche d'humour noir qui traite avec beaucoup de justesse de la maladie d'Alzheimer. À partir de petits mots écrits et de pensées dans la tête du tueur, le lecteur est plongé dans la même confusion et les mêmes frustrations que le narrateur qui lutte contre l'oubli. Comme lui, on a du mal à faire la part du vrai et du faux, jusqu'à ce que quelques points d'ancrages viennent nous remettre sur la voie de la réalité.
Un personnage vraiment peu recommandable mais dont la vulnérabilité le rend attachant, un tour de passe-passe exécuté de main de maître !
Une lecture très intéressante et prenante, faite quasiment d'une traite, à découvrir.
Extraits tirés du texte :
Auteur : Kim Young-ha
Première édition : 2013
mercredi 2 octobre 2019
L'amant japonais / The Japanese Lover d'Isabel Allende
Au fil des mois, alors que des liens se tissent entre les deux jeunes gens et qu'ils cherchent à élucider les escapades secrètes de la vieille dame, Alma va leur raconter son histoire qui commence dans les années 30 avec sa fuite de Pologne et son arrivée aux États-Unis où elle fut confiée à son oncle et sa tante alors que le reste de sa famille restée en arrière fut exterminée par la vague nazie. Un destin marqué par son amitié pour son cousin Nathaniel et sa rencontre avec Ichimei, le fils du jardinier qui fut parqué avec sa famille pendant le seconde guerre mondiale du fait de ses origines nippones ...
Une vie riche, non conformiste et partiellement affranchie, qui traverse le 20ème siècle, jalonnée d'amours forts couverts par le secret pour céder aux convenances d'une autre époque.
Parallèlement, le voile se lève aussi sur le parcours d'Irina.
Troisième lecture d'un livre d'Isabel Allende, troisième essai réussi avec ici, une belle et profonde histoire d'amour qui traverse à sa manière le temps et le qu'en dira-t-on.
A chaque roman, avec une écriture juste, parfois envoutante, l'auteur sait se renouveler pour nous proposer des personnages complexes, captivants et attachants qui doivent affronter avec toute leur humanité les affres du destin pour surmonter les épreuves de l'histoire ou les carcans de la société, des traumatismes et/ou l'ostracisme ... une valeur sure !
Du même Auteur, voir aussi:
Le cahier de Maya / Maya's notebook
La maison aux esprits / House of spirits
Titre français : l'amant japonais
Titre anglais : the Japanese Lover
Auteur : Isabel Allende
Première édition : 2015
samedi 10 novembre 2018
Nos âmes la nuit / Our souls at Night de Kent Haruf
Etats-Unis, une petite ville du Colorado.
Lasse des nuits sans sommeil passées dans la solitude, Adie, veuve, 75 ans, propose à son voisin Louis, veuf lui aussi, de venir la rejoindre dans son lit la nuit pour parler et rompre leur isolement jusqu'au petit matin.
Une drole de proposition et de relation qui va apporter chaleur et humanité dans la vie des deux protagonistes d'abord peu soucieux du qu'en dira-t-on jusqu'à ce que la famille s'en mèle ...
Tout en délicatesse et sans prétention, un très joli livre dont on tourne rapidement les pages en s'attachant aux personnages qui font un bout de chemin ensemble. Avec subtilité, on touche à la question du vieillissement et celle des liens intergénérationnels, au sens de la vie, à l'amour, au bonheur, au poids des apparences et du qu'en dira-t-on.
Un bon moment de lecture tout simple.
Titre français : Nos âmes la nuit
Titre anglais : Our Souls at Night
Auteur : Kent Haruf
Première édition : 2016
mardi 1 mai 2018
Il pleuvait des oiseaux / And the birds rained down de Jocelyne Saucier
Au fin fond de la forêt canadienne, trois vieillards se sont retirés du monde pour vivre en paix et en liberté en attendant une mort qu'ils ne craignent pas.
Dans leur isolement, ils sont épaulés par le gardien d'un hôtel fantôme et un cultivateur de marijuana. Un jour, ils voient débarquer une photographe qui est sur la trace des derniers survivants des "grands feux" qui ont dévasté les forêts canadiennes du début du 20ème siècle ... Un autre jour, ils recueillent Marie-Desneige qui va commencer à vivre avec eux, après une vie volée par un internement forcé ...
Il n'y a pas d'âge pour vivre ou pour aimer et le grand âge n'est pas une fatalité, ce livre en une magnifique allégorie. Des personnages un peu iconoclastes mais non moins merveilleux d'hommes des bois, des ermites et des "sages" qui n'en sont pas parce qu'ils sont avant tout des hommes avec un passé qui n'a plus vraiment d'importance, et qui veulent simplement profiter du temps qu'il leur reste, en pleine nature, sans qu'on leur dise quoi faire. Ils sont touchants, pleins de délicatesse et d'attentions pour la nouvelle pensionnaire qu'ils intègrent à leur groupe, des protagonistes riches de simplicité et de bienveillance, conscients de la mort qui les attend au bout du chemin. Outre sa dimension humaine, le récit permet de découvrir des éléments historiques intéressants sur ces "grands feux" avec, en guise de jeu de piste, un volet artistique imbibé de lumière et d'images du passé.
Et pour ne rien gâcher, le texte, magnifique, évocateur des grands espaces et d'une grande limpidité. Une plume québecoise qui va à l'essentiel et nous emporte en nous enveloppant dans le souffle puissant qu'elle créée, absolument superbe !
Un livre rare, marquant et inoubliable. Multi-primé, tellement bien mérité.
Titre original : Il pleuvait des oiseaux
Titre anglais : And the Birds Rained Down
Auteur : Jocelyne Saucier
Première édition : 2011
Prix Ringuet, prix France-Québec, le Prix des cinq continents de la Francophonie, Prix littéraire des collégiens, etc.
dimanche 22 avril 2018
Les réfugiés / The Refugees de Viet Thanh Nguyen
Après Le Sympathisant / The Sympathizer, Viet Thanh Nguyen nous livre dans The Refugees une série de nouvelles dont les personnages ont pour point commun un lien plus ou moins ténu avec la question des réfugiés du Vietnam aux États-Unis. Des histoires qui se développent dans un cadre souvent actuel, le plus souvent dans le nouveau pays d'adoption, parfois dans celui d'origine, toutes influencées par une rupture du passé liée au statut de réfugié. On y croise une galerie de personnages des plus variés : une femme et sa mère hantées par des fantômes du passé, traumatisées par leur expérience de boat people ; un jeune garçon qui a pu se réfugier aux États-Unis où un couple homosexuel de San Francisco le sponsorise et l'accueille en assurant sa sortie du camp et un sérieux choc culturel ; un vieux professeur qui perd la tête et se met à confondre sa femme avec un ancien amour dont elle ne sait rien ; un receveur d'organe reconnaissant mais un peu naïf confronté à un filou qui l'exploite ; la famille dédoublée d'un père, entre Etats-Unis et Vietnam et la rencontre des deux demi-soeurs qui portent le même nom et démèlent les mensonges du passé ; Etc.
L'aspect "réfugié" est toujours présent mais pas forcément l'élément central de ces histoires qui sont tout simplement des tranches de vies bien observées, bien rendues, parfois même de façon un peu trop "clinique". Des histoires bien léchées mais qui me laissent un peu le même sentiment que le premier livre de Viet Thanh Nguyen : une façon différente et intéressante d'aborder les choses, des textes et des histoires bien écrites et que j'ai globalement bien aimées mais qui ne m'ont pas totalement emportées. Je n'arrive pas à classer ce livre en coup de coeur alors que, malgré tout, j'ai cette envie ambigue d'y revenir et de continuer à suivre l'auteur.
Du même auteur, voir aussi :
Le Sympathisant / The Sympathizer
Mis à jour 28/01/2020 (Ajout Titre français)
Titre original : The Refugees
Titre français : les réfugiés
Auteur : Viet Thanh Nguyen
Première édition : 2017
vendredi 6 avril 2018
Guerre et Térébenthine / War and Turpentine de Stefan Hertmans
Stefan Hertmans a hérité des carnets de son grand-père (1891-1981), six cents pages manuscrites dans lesquelles le vieil homme a consigné l'histoire de son enfance à Gand à la fin du 19ème / début du 20ème siècle dans une famille pauvre, aimante et croyante dont le père était peintre-restaurateur de fresques religieuses ainsi que le détail de ses années à combattre pendant la première guerre mondiale où il fut plusieurs fois blessé et décoré. Un héritage mis de côté pendant des années avant que Stefan Hertmans - écrivain flamand Belge, chercheur affilié à l'université de Gand - n'ose s'y attaquer pour l'analyser et nous relater ce qu'il contient en le croisant avec des recherches personnelles sur le terrain et des souvenirs/témoignages, une démarche qui a abouti à la publication de ce livre à l'occasion du centenaire des débuts de la "grande guerre".
Un ouvrage qui touche à la fois à l'intime et à la transformation profonde d'une société toute entière dont les valeurs traditionnelles ont été brisées et balayées par l'absurdité de la guerre des tranchées. Un témoignage qui montre la capacité de résilience d'un personnage auquel rien n'a été épargné, qui a traversé une vie marquée par la pauvreté et les épreuves, brisé par un amour perdu mais porté par l'obéissance, le sens du devoir et du sacrifice, le respect de l'autorité, la piété et la dignité. Un témoignage qui valait d'être relaté pour tout ce qu'il apporte avec plusieurs niveaux de lectures possibles, notamment sur :
- La société du Gand d'avant-guerre, la difficulté de la vie mais la dignité d'une famille pauvre, la mise au travail précoce dans une fonderie avec ses dangers, la foi, les maladies qu'on ne soignait pas encore, l'admiration et la fascination pour un père parti trop vite et l'amour pour une mère, etc.
- Le rôle de la peinture et son évolution dans cette famille avec l'image de l'arrière grand père asthmatique travaillant conscientieusement sur les fresques religieuses puis l'aspect thérapeutique du dessin et de la peinture pour le grand-père,
- La première guerre dans les tranchées d'un simple soldat blessé plusieurs fois, décoré, soigné, parti en convalescence ainsi que des éléments de ressentiments sur des différences de traitement entre soldats Wallons et Flamands qui donne un éclairage sur les frictions actuelles, etc.
- Le rapport du grand-père aux femmes et son sens du devoir, le rapport des générations, la transmission, etc.
Selon les parties, Stefan Hertmans est plus ou moins présent dans la narration pour apporter son grain de sel au récit, notamment quand il estime que celui du grand-père mérite plus d'explications, une remise en contexte ou des compléments sur des périodes/éléments de sa vie qu'il n'a pas documentés. Dans ce livre, l'auteur se base d'abord sur les cahiers laissés par le grand-père mais aussi sur le souvenir des récits familiaux et ceux des anciens de la famille qui peuvent encore témoigner, des photos, des recoupements. L'écriture m'a semblée parfois inégale mais globalement, c'est un livre marquant sur bien des plans en particulier pour la compréhension du décallage des valeurs qui sépare les générations, celles qui ont porté les soldats de la première guerre mondiale, un événement qui les ont fait voler en éclat pour les faire apparaitre, pour certaines, totalement dépassées et désuètes aujourd'hui, un autre monde pourtant si proche avec un personnage auquel on s'attache, touchant dans sa rigidité et la fragilité qu'elle cache.
Titre français : Guerre et Térébenthine
(Traduit du flamand)
Titre anglais : War and Turpentine
Auteur : Stefan Hertman
Première édition : 2013
Extraits du livre :
- [Mon grand-père] avait consigné ses souvenirs ; il me les a donnés quelques mois avant sa mort en 1981. Il avait alors quatre-vingt-dix ans. Il était né en 1891, sa vie semblait se résumer à l'inversion de ces deux chiffres dans une date. Entre ces deux dates étaient survenues deux guerres, de lamentables massacres à grande échelle, le siècle le plus impitoyable de toute l'histoire de l'humanité, la naissance et le déclin de l'art moderne, l'expansion mondiale de l'industrie automobile, la guerre froide, l'apparition et la chute des grandes idéologies, la découverte de la bakélite, du téléphone et du saxophone, l'industrialisation, l'industrie cinématographique, le plastique, le jazz, l'industrie aéronautique, l'atterrissage sur la Lune, l'extinction d'innombrables espèces animales, les premières grandes catastrophes écologiques, le développement de la pénicilline et des antibiotiques, Mai 68, le premier rapport du Club de Rome, la musique pop, la découverte de la pilule, l'émancipation des femmes, l'avènement de la télévision, des premiers ordinateurs - et s'était écoulée sa longue vie de héros oublié de la guerre. C'est sa vie qu'il me demandait de décrire en me confiant ces cahiers. Une vie se déroulant sur près d'un siècle et commençant dans un autre monde.
- Il y a dans l’ethos disparu du soldat à l’ancienne quelque chose qui, pour nous, contemporains d’attentats terroristes de de jeux vidéo violents, est encore à peine concevable. Dans l’éthique de la violence est intervenue une rupture de style. La génération de soldats belges qui fut conduite dans la gueule monstrueuse des miltrailleuses allemandes au cours de la première guerre avait encore grandi selon l'éthique exaltée du dix-neuvième siècle, avec un sentiment de fierté, un sens de l'honneur et des idéaux naïfs. Leur morale de guerre tenait pour vertus essentielles : le courage, la maîtrise de soi, l'amour des longues marches, le respect de la nature et de son prochain, l'honnêteté, le sens du devoir, la volonté de se battre, si nécessaire, d'homme à homme.(...) La piété, une aversion radicale pour les abus sexuels, une grande mesure dans la consommation d'alcool, parfois même une abstinence totale. Un militaire devait constituer un exemple pour la population qu'il était tenu de protéger.
Toutes ces vertus d'une époque furent réduitent en cendres dans l'enfer des tranchées de la Première Guerre Mondiale. On enivrait sciemment les soldats avant de les amener jusqu'à la ligne de feu (un des plus grands tabous pour les historiens patriotiques, mais les récits de mon grand-père sont clairs à ce sujet) ; les bouis-bouis, comme les appelaient mon grand-père, se multipliaient, et en on voyait pour ainsi dire partout à la fin de la guerre, de ces lieux où l'on encourageait les soldats à apaiser leurs frustrations sexuelles pas toujours en douceur - une nouveauté en soi, sous cette forme organisée. Les cruautés et les massacres transformèrent définitivement l'éthique, la conception de la vie, les mentalités et les moeurs de cette génération. Des champs de batailles à l'odeur de prés piétinés, des mourants comme au garde-à-vous jusqu'à l'heure de leur mort, des scènes picturales militaires avec en toile de fond la campagne du dix-huitième siècle remplies de collines et de boqueteaux, il ne resta que des décombres mentaux asphyxiés par les gaz moutarde, des champs remplis de membres arrachés, une espèce humaine d'un autre âge qui fut littéralement déchiquetée.
dimanche 4 mars 2018
Les oubliés du dimanche de Valérie Perrin
Justine Neige a 21 ans. Elle travaille comme aide-soignante dans une maison de retraite où elle apporte une oreille attentive aux personnes agées qu'elle côtoie chaque jour. À la demande du petit-fils d'Hélène, elle écrit l'histoire de la vieille dame, sa mouette et son Lucien telle qu'elle lui a été confiée par cette pensionnaire de plus en plus déconnectée de la réalité qui l'entoure, plongée dans un passée revécu jour après jour .
En même temps qu'on découvre l'histoire touchante d'Hélène, marquée par des difficultés à lire et la seconde guerre mondiale, on observe la vie bien particulière de Justine dont l'enfance est entachée d'un drame familial et de secrets qu'elle va être amenée à percer : alors qu'elle était enfant, son père, son jumeau et leurs épouses sont morts tous les quatre brutalement dans un accident de voiture si bien que Justine et son petit cousin Jules qu'elle considère somme un frère ont été élevés par leurs grands-parents.
Deux histoires denses et touffues, totalement indépendantes qui n'ont pas d'autre dénominateur commun que cette Justine qui transcrit d'un côté et dénoue les fils de l'autre tout en menant son bonhomme de chemin...
S'ajoute à celà une histoire de "corbeau" dans la maison de retraite qui annonce de faux décès pour provoquer les visites des familles de ceux qui n'en ont jamais, les "oubliés du dimanche".
Une lecture facile et beaucoup de choses abordées avec justesse et délicatesse dans ce livre : la maison de retraite (un cadre, pas le sujet), la vieillesse et l'intégrité des personnes âgées (un regard tendre mais lucide et sans complaisance, certains sont acariatres et puent !), la jalousie, l'absence, l'attente, la culpabilité, le poids des non-dits et puis surtout l'amour sous bien des formes, fraternel, amoureux, construit, volé, pressé, improbable, inavouable, etc.
MAIS ...
Ce premier roman laisse pas mal de frustrations. D'abord pas son côté "too much"; particulièrement alambiquées, les deux (voire trois) histoires pourraient chacune faire l'objet d'un roman à part entière. Ensuite parce qu'on ne sait pas bien où situer ce personnage de Justine parfois très légère dans un comportement plus ou moins conforme à son âge qui oscille par ailleurs entre une attachante héroïne moderne dévouée aux personnes dont elle s'occupe, la bonne fée de service quand elle ne met pas sa casquette de détective "club des cinq" qui mène l'enquête à ses heures perdues ... Et puis surtout, un final vraiment mielleux, limite conte de fée avec cadeaux à gogo et prince charmant ...
Du très bon mais globalement décevant, sentiments très mitigés et réservés après lecture.
Titre : les oubliés du dimanche
Auteur : Valérie Perrin
Première édition : 2015
Extraits du livre :
- Etre vieux, c'est être jeune depuis plus longtemps que les autres (Philippe Geluck)
- Je ne sais pas à partir de quand on est vieux. Madame Le Camus, ma chef de service, dit que c'est à partir du moment où on ne peut plus s'occuper de sa maison tout seul. (...) Moi je pense que ça commence avec la solitude. Quand l'autre est parti.
- (...) les vieux, comme ils n'ont plus que ça à faire, ils racontent le passé comme personne. Pas la peine de chercher dans les livres ni les films : comme personne. (...) J'ai compris que les anciens, il suffit de les toucher, de leur prendre la main pour qu'ils racontent.
- Vous ne vous ennuyez jamais ici ? - Jamais - Mais ce n'est pas trop dur comme travail ? - Si, c'est super dur. Je n'ai que vingt et un ans. Mes collègues sont plus vieilles que moi. Elles ont toutes commencé plus tard. Ce métier c'est souvent un deuxième métier. À mon âge, ce n'est pas normal de voir des corps fatigués. Enfin, ce que je veux dire c'est que ... c'est violent. Et puis, il y a la mort ... les jours d'enterrement, je ferme les fenêtres parce qu'on entend les cloches de l'église jusqu'ici ... - C'est quoi le plus dur ? - Le plus dur c'est d'entendre : il ne se rappelle jamais mes visites alors je ne viens plus.
- C'est fou ce que les filles s'occupent bien de leurs parents. Quand j'étais petite, je voulais avoir un garçon. Depuis que je travaille aux Hortensias, j'ai changé d'avis. À part quelques exceptions, les fils passent de temps en temps. Souvent accompagnés de leur femme. Les filles, elles, elles passent tout le temps. La plupart des oubliés du dimanche n'ont que des fils.
- En France on a du mal avec ce mot, aux Hortensias, nous n'avons pas le droit de le prononcer. Les résidents évoquent souvent la mort avec cynisme, casser sa pipe, canner, crever, foutre le camp, passer l'arme à gauche, bouffer les pissenlits par la racine, être plus près du Saint Père que de Saint- Tropez. Le personnel soignant se doit d'employer des mots dignes, disparaître, partir, s'éteindre, quitter, s'endormir sans souffrir.








