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dimanche 12 décembre 2021

Pamela de Stéphanie des Horts


Roman biographique consacré à Pamela Harriman qui fut ambassadrice des États-Unis à Paris de 1993 jusqu'à sa mort en 1997, première femme à occuper ce poste, nommée par le président Clinton qu'elle avait contribué à faire élire ; son décès - une attaque cérébrale - sorti l'administration américaine de l'embarras causé par les poursuites entamées contre elle par les enfants de son dernier mari, le milliardaire Averell Harriman, l'accusant d'avoir détourné l'héritage de leur père à son seul profit.
 
Née en 1920, Pamela Digby a grandit dans une famille de l'aristocratie terrienne anglaise avec pour perspectives celles de son époque et de sa condition, le mariage et des enfant. Mais une fois "lancée", la jeune Pamela s'affranchit très vite des conventions et de l'ennui de son milieu car elle a bien l'intention de croquer la vie et de se frayer un chemin dans les cercles du pouvoir avec ses armes, la beauté et la dévotion des hommes qui entrent dans son lit, riches et puissants autant que faire se peut.
 
Elle épouse en premières noces Randolph Churchill, le fils de Winston, ce qui la propulse au cœur du pouvoir politique de son pays. Elle sera toujours très proche de son beau-père même après son divorce de Randolph, un homme faible, alcoolique et flambeur. Ses amants se succèdent et se comptent à la pelle, Ali Khan, Gianni Agnelli, Élie de Rothschild, Maurice Druon, Stravros Niarchos, etc. Elle a une réputation sulfureuse de femme scandaleuse et sans scrupules, d'intrigante et de putain, de courtisanne des temps modernes ou de grande amoureuse, c'est selon. Elle s'accorde à ses amants qu'elle aime plus agés qu'elle, véritable caméléon qui se fond dans leur environnement, même si pouvoir, argent et politique sont presque toujours une constante de ses innombrables conquêtes. 
Elle adopte la nationalité américaine en 1971 et se rachète une respectabilité avec ses deux mariages américains qui la laisseront deux fois veuve, le premier avec Leland Hayward (1960-1971), le second avec Averell Hariman (1971-1986).
 
Autant j'avais aimé La Panthère de Stéphanie des Horts, autant je me suis ennuyée avec Pamela, non pas que son destin soit moins significatif mais parce que j'ai souvent eu l'impression de lire un inventaire plus qu'un roman, avec de longues listes des amants, des personnes cotayées en leur compagnie et des lieux fréquentés pour lesquels j'ai passé beaucoup de temps sur google afin de pouvoir associer des visages, des images voire quelques informations complémentaires pour mieux contextualiser ; le personnage et le roman y perdent nécessairement en fluidité et en profondeur. La lecture que j'avais faite de Les cygnes de cinquième avenue / The Swans of Fifth Avenue de Mélanie Benjamin m'a toutefois aidée à naviguer et à apprécier un peu mieux la partie New Yorkaise évoquant Babe Paley, Truman Capote et des événements mondains de l'époque. Le roman fait également allusion à d'autres personnalités traitées dans les romans de Stéphanie des Horts (Jeanne Toussaint, les soeurs Livanos, Jackie Kennedy, etc.). 
Globalement, l'écriture ne m'a pas particulièrement emballée, utilisant une alternance de la 1ere et de 3eme personne dans une narration au rythme très soutenu pour dérouler une vie peut-être trop bien remplie, très mondaine et dans l'entre-soi des lieux d'influence et de pouvoir.
 
Le portrait d'une femme vivant à l'excès, négligeant son fils, aimant les hommes dans la démesure en se moquant du qu'en dira-t-on, se consolant de l'un avec l'autre tout en gardant des liens de fidélité et d'influence avec ses ex .... un destin certes peu commun mais qui m'a finalement déçue dans la façon dont il a été traité dans ce roman.

Titre : Pamela
Auteur : Stéphanie des Horts
Première édition : 2017

mardi 9 novembre 2021

La Panthère de Stéphanie Des Horts


Je suis Jeanne Toussaint, la panthère de Cartier. Je porte en moi le symbole du Gai Paris, des Années folles, de la passion et de l'élégance.
 
Dans Paris occupé par les Allemands, Jeanne Toussaint, directrice de la création chez Cartier, est arrêtée pour les oiseaux en cages dont elle a délibérement décoré les vitrines du célèbre joallier, geste interprété comme un défi et comme un signe de résistance par l'occupant. Pendant que les Allemands enquêtent sur ses justifications avant de statuer sur son sort, Jeanne, surnommée "la panthère", est enfermée et se rappelle la façon dont elle est arrivée jusque là, elle, modeste petite belge originaire de Charleroi... 
 
C'est ainsi que Stéphanie de Horts nous entraîne, à la première personne, sur les traces de la Panthère, égérie de Cartier née en 1887 à Charleroi, ancienne "cocotte" du demi-monde de la belle époque, amie de Coco Chanel, maîtresse d'hommes puissants qui lui ont permis de tracer son chemin et de sortir son épingle du jeu par le travail, le talent et l'amour des belles choses. Au travers de ce destin d'exception, ce n'est pas seulement une vie qui est racontée mais aussi celle de la maison Cartier. C'est également l'évocation d'époques (Belle époque, Années Folles, première et deuxiéme guerre mondiale) et de modes de vie d'une certaine société évoluant dans l'élégance et le luxe, avec ses femmes entretenues couvertes de bijoux, leur capital pour l'avenir, une façon pour les grandes familles soucieuses de préserver apparences et privilèges de compartimenter passion et raison.
On y croise beaucoup de grands noms et la création d'objets et de bijoux mythiques, une bague trois anneaux, la première montre bracelet Tank / Pershing, les parfums Channel numéro 5 ou Arpège, etc.
 
Un portrait très intéressant qui montre aussi la capacité d'adaptation et de résilience de femmes qui ne se laissent pas réduire par les règles et les circonstances imposées par la société de leur époque et qui savent au contraire les exploiter pour en tirer liberté, pouvoir et reconnaissance, en laissant leur empreinte pour la postérité.
 
Finalement, un roman très documenté, bourré d'anecdotes et plaisant à lire, combinant habilement éléments romancés, biographiques, historiques et sociologiques ; une panthère symbole du luxe et du savoir-vivre à la française offrant au lecteur une touche de frivolité et de légèreté.
 
Tirés du texte :
Le mariage de toute façon, n'a rien à voir avec les sentiments, c'est bien connu, on épouse des femmes de bien, on aime des femmes de rien. 
 
Les courtisanes de la Belle Époque sont devenues les aristocrates des Années folles.

Titre : La Panthère 
Auteur : Stéphanie Des Horts
Première édition : 2010


dimanche 31 octobre 2021

Soleil Amer de Lilia Hassaine


Au début des années 1960, Naja quitte son Algérie natale avec ses trois filles, Maryam, Sonia et Nour, pour rejoindre son mari Saïd, ouvrier spécialisé en France. Pleine d'espoir pour l'avenir et pas encore minée par le secret entourant les deux "cousins" Amir et Daniel, la famille est installée en HLM, creuset du "vivre-ensemble". Mais au fil des décennies- 1960,1970,1980- l'environnement et les perspectives se transforment, l'utopie des cités de la fin des trente glorieuses est progressivement sappée par le chômage, l'uniformisation, la détérioration et la ghetto‐isation qui impactent impitoyablement la chronique familiale.
 
Un roman tracé à grands coups de pinceaux pour offrir au lecteur une fresque familiale et sociale sur trois décénnies. L'écriture est délicate et sûre, le trait efficace et ajusté pour aller à l'essentiel sans se perdre en développements. 
Un roman éclairé du regard des femmes, décliné sous le signe de la soumission, de la solidarité, des amitiés féminines, des joies et de la souffrance, des désillusions. Il y a le poids de la tradition avec ses entraves non seulement pour la condition féminine mais aussi par rapport à ce qui est attendu des garçons. Et puis bien sûr il y a la question de l'exil - quand on n'est pas d'ici et plus de là-bas non plus - et, dans son sillage, ses dérivés liées à l'immigration, l'intégration, le rejet, le racisme, la stigmatisation.
 
C'est joliment écrit et les pages tournent vite. J'ai aimé, aussi bien la chronique familiale sur laquelle pèse son étrange secret, que le fil historique illustrant l'évolution des cités HLM, de grandeur à décadence.
 
Extraits du livre :
Naja avait à peine vingt-six ans, mais elle vivait déjà dans l'angoisse de la perte.Ici, tout était si fragile.
 
Saïd avait connu les bidonvilles, puis écumé les foyers pour travailleurs immigrés, des dortoirs où les ouvriers s'entassaient à six ou sept sans intimité. Considérés comme de simples outils de travail, ces hommes avaient été coupés de leurs familles et des plaisirs de la vie.
Ils étaient nombreux à avoir sombré dans l'alcool.
À leur arrivée, les femmes furent les proies des frustrations de leur mari.
Naja tomba enceinte.
 
Elle lui avait donné, comme seuls les êtres profondément généreux savent donner : gratuitement.
 
Le projet des HLM, c'était l'utopie du vivre-ensemble, cette idée selon laquelle on mélangeait les cultures et les milieux sociaux.
C'est ce qui se produisit, dans un premier temps.
 
Plus les années passaient, plus le secret s'enfonçait, et on empilait par-dessus des mensonges comme on coule du béton pour combler un trou.
 
 Elle aurait voulu ne jamais avoir de filles, car elle en savait les tourments. Le bon Dieu lui en avait donné trois, et lui avait retiré un fils dont l'âme planait chaque jour au-dessus de sa tête. Naître fille, ça voulait dire devenir la boniche de ses frères, puis celle de son mari, ne jamais jouir d'aucun plaisir, si ce n'est ceux de la bouche, et donc grossir, grossir, grossir, tomber enceinte autant de fois que possible, accoucher sans bruit, brider ses propres filles, qui reproduiront le même schéma à leur tour : "La féminité est une maladie transmissible. On trimballe les tares de nos mères et on les refile à nos mômes." 

Dans le regard des français, il était l'immigré ; en Algérie, il s'en était aperçu au mariage de Maryam, il était aussi devenu l'immigré. On ne veut pas de celui qui arrive, on en veut à celui qui nous quitte. Il appartient à un ailleurs, à un espace qu'on tient à distance. Ne pas être "un", c'est être suspecté de duplicité. 

La vie quotidienne est un décors de théâtre. La vie quotidienne est ce qui vient, par une somme d'habitudes, encadrer nos pensées obscures et nos douleurs secrètes. Faire les courses, le ménage, s'occuper des enfants, autant d'activités qui nous obligent, sans quoi on ne ferait plus rien. Le divertissement nous aide à survivre, car le désespoir est l'état naturel de l'homme. On ment tous. 

 Les maisons inhabitée sont des vieux livres, elles témoignent de la vie passée au présent.
 
Quand il allumait la télé, il regrettait malgré tout de ne voir personne comme lui. Aucune speakerine ne ressemblait à ses filles. Aucun journaliste à ses fils. Ils étaient invisibles, mais on ne parlait que d'eux. Cette année-là, Giscard instaurait l'aide au retour pour les Algériens : 10'000 francs. 10'000 francs, c'est ce à quoi avaient droit tous ces gens pour laisser derrière eux vingt ou trente ans de vie. (...) La valeur d'un homme c'est sa valeur de main d'œuvre, sa valeur d'outil. C'est le message qu'on leur délivrait. Sans quoi ils devenaient des parasites sociaux. 

Peu importe d'où tu viens (...) le seul trait d'union entre les hommes c'est la culture, cette culture qu'on dit élitiste mais qui est universelle car elle a traversé les siècles. (...) L'excellence de l'art dépasse les préférences, elle est la caisse de résonance de Dieu...
 
Naja aimait la France malgré tout. Elle répétait : "l'Algérie et la France sont deux sœurs empêchées. Elles n'ont jamais su vivre l'une sans l'autre."
 
 Les enfants d'immigrés portent en eux l'exil et l'ancrage. On les a perfusé à la mélancolie. 

Notre mémoire ne devrait pas être une pierre qui nous tire vers le fond, mais une vie contenue dans la nôtre, qui, par un jeu de poupées russes, donne de l'épaisseur au temps et de la perspective aux choses.
 
Titre : Soleil Amer
Auteur : Lilia Hassaine
Première édition : 2021

lundi 18 octobre 2021

Pachinko / Pachinko de Min Jin Lee

Au début des années 1930, la Corée fait partie de l'empire colonial japonais. Sunja vit alors sur une petite île proche de Busan avec sa mère Yangjin, veuve qui tient une modeste pension pour essayer de survivre pendant une période d'occupation économiquement difficile. Un soir, la famille accueille et sauve Isak, un jeune pasteur missionnaire à la santé fragile, originaire de Pyongyang, qui fait étape avant de rejoindre son frère au Japon pour s'occuper de la congrégation coréenne chrétienne d'Osaka. Une fois remis sur pied, Isak va sortir Sunja de la situation embarrassante dans laquelle elle se trouve - elle est enceinte et ne veut pas devenir la maîtresse entretenu de Hansu, son amant qui lui avait caché être déjà marié et père de trois filles - en lui offrant le mariage et un nom pour son enfant à naître. 
 
Au travers de l'histoire de ce couple originaire de Corée, de sa famille et de sa descendance - Noa le studieux, Solomon le pragmatique - Min Jin Lee nous offre une fresque familiale sur quatre générations, des années 1930 à nos jours, illustrant sans généralisation réductrice le destin complexe et souvent douloureux des "Zainichi*" du Japon [Zainichi : "étrangers résidents au Japon"]. Cette Américaine d'origine Coréenne qui a elle-même vécu plusieurs années d'expatriation à Tokyo, aborde avec intelligence et sensibilité la situation si particulière de cette communauté auprès de laquelle elle s'est longuement documentée.
 
Un livre riche et dense, tant sur le plan historique et sociologique que romanesque. Le contexte initial est celui d'une Corée sous l'emprise coloniale japonaise qui, une fois la guerre terminée, se retrouve "libérée" mais divisée entre un nord et un sud nécessitant un choix de rattachement arbitraire, absurde et un peu ubuesque pour les zainichi ; une histoire complexe pour les Coréens qui se sont installés au Japon où ils constituent une "sous-classe" méprisée et mal vue. Au delà du racisme lattent, cette saga familiale aborde de nombreux sujets tels que la guerre, la pauvreté, la religion, l'éducation, l'homosexualité, les yakuzas (la mafia japonaise) ou le monde des Pachinko (salles de machines à sous) offrant une voie opaque mais alternative à la pauvreté.
 
Un livre dont j'ai aimé les personnages qui veulent avancer et surmonter les difficultés envers et contre tout, pour s'en sortir par le travail et/ou l'éducation, portés par la solidarité familiale, leurs épreuves et leurs espoirs. Ils offrent une large palette de destins permettant d'éviter l'écueil d'une réduction trop simpliste de la question des Zainichi.
Une lecture agréable et instructive, je recommande.

Extraits du texte :
"Absorbe tout le savoir que tu pourras. Remplis ton cerveau de connaissances - c'est la seule forme de pouvoir que personne ne pourra jamais te reprendre." Hansu ne lui disait jamais d'étudier mais plutôt d'apprendre, et Noa se rendait compte qu'il y avait une véritable différence. L'apprentissage était un jeu, pas un travail.

La plupart des Coréens au Japon ne pouvaient pas voyager. Pour obtenir un passeport japonais, il fallait devenir un citoyen japonais - ce qui était presque impossible (...) Sinon, pour voyager, on pouvait mettre la main sur un passeport sud-coréen en passant par la Mindan, mais peu de gens voulaient être affiliés à la République de Corée depuis que le pays appauvri était dirigé par un dictateur. Les Coréens affiliés à la Corée du Nord ne pouvaient partir nul part, hormis les rares autorisés à se rendre à Pyongyang. Même si tous ceux qui y étaient retournés en souffraient, il y avait encore bien plus de Coréens au Japon dont la citoyenneté était affiliée au Nord plutôt qu'au Sud.

Tu ne peux rien y faire. Le pays ne va pas changer. Les Coréens comme moi, on ne peut pas partir. Où voudrais-tu qu'on aille ? Mais au pays, les Coréens ne changent pas non plus. A Séoul, on me traite de bâtard japonais, et au Japon, je ne suis qu'un sale Coréen parmi les autres. J'ai beau gagner une fortune et me montrer d'une gentillesse à toute épreuve, ça ne change rien. Alors qu'est-ce-que tu veux y faire ? Tous ceux qui rentrent ua Nord y crèvent de faim ou meurent de trouille.

Les Coréens nés au Japon après 1952 avaient obligation de s'inscrire au registre de leur municipalité le jour de leur quatorzième anniversaire pour la demande de permis de résidence au Japon. Tous les trois ans, Solomon devrait renouveler cette démarche, à moins qu'il ne décide de quitter le pays pour de bon.
 
Aux États-Unis, Zainichi du Sud et du Nord, ça n'existe pas. Pourquoi devrais-je m'identifier à l'une ou l'autre des Corées ? C'est absurde ! Je suis née à Seattle, et mes parents sont arrivés en Amérique à l'époque où il n'y avait qu'une seule Corée (...) Et pourquoi le Japon s'obstine-t-il à faire la distinction des deux pays pour des résidents coréens qui sont là depuis quatre générations ? Tu es né ici. Tu n'es pas un étranger ! C'est de la folie. Ton père est né ici. Pourquoi vous avez des passeports sud-coréens ? C'est n'importe quoi. 
Elle savait aussi bien que lui qu'après la division de la péninsule, les Coréens du Japon avaient chacun choisi leur camp, et que cela avait souvent eu des conséquences sur leur statut de résidents. Il était encore difficile pour un Coréen d'obtenir la citoyenneté japonaise, et nombre d'entre eux voyaient même cette démarche comme une honte - devenir citoyen de l'oppresseur de son peuple. Quand elle avait raconté à ses amis new-yorkais les bizarreries de cette anomalie historique et ce biais ethnique envahissant, ils n'imaginaient pas que les japonais si sympathiques et bien élevés parmi leur connaissances puissent la percevoir comme une délinquante paresseuse, corrompue, ou agressive - le stéréotype négatif associé aux Coréens au Japon. 
 
Le Japon refuse encore que les Coréens soient profs, policiers ou infirmières. Tu n'as même pas pu louer ton propre appartement à Tokyo et ce n'est pas faute d'argent. On est en 1989 (...) J'ai longtemps vécu aux States et en Europe ; ce que les Japonais ont fait aux Coréens et aux Chinois nés ici est révoltant. 
 
Le Pachinko est un plus gros business au Japon que l'industrie automobile. 
 
Zainichi, mot utilisé pour désigner les Coréens du Japon ayant émigré durant la période coloniale, ainsi que leur descendants. Certains Coréens au Japon ne souhaitent pas être qualifiés de Zainichi, parce que le terme signifie littéralement "étranger résidant au Japon", ce qui n'a aucun sens dans la mesure où ils y vivent depuis trois, quatre, voire cinq générations ininterrompues. Beaucoup de Coréens d'origine sont maintenant des citoyens Japonais, même si la naturalisation n'est pas une démarche facile. Une partie d'entre eux se sont aussi mariés avec des Japonais, créant une génération avec un patrimoine commun partiel. Malheureusement, il existe un long passif de discrimination sociale et institutionnelle à l'encontre de ceux dont les origines ethniques sont entièrement ou en partie coréenne. Au point que certains choisissent de ne jamais divulguer leur héritage culturel, même si leur identité ethnique peut encore être retracée sur leur papiers d'identité et sur les registres du gouvernement.
 
Titre français : Pachinko
Titre anglais : Pachinko
Auteur : Min Jin Lee
Première édition : 2017

vendredi 24 septembre 2021

Tatiana / The Bronze Horseman de Paullina Simons

A Leningrad, lorsque l'Allemagne Nazie entre en guerre contre l'URSS, Tatiana a tout juste 17 ans. Pendant que sa famille s'active pour essayer de protéger son frère jumeaux de la conscription en l'envoyant à l'abri dans un camp d'été, elle est chargée de faire des provisions afin d'anticiper la période difficile qui s'annonce. Au cœur de la frénésie ambiante, alors que la jeune fille un peu insouciante, bredouille et désabusée finit par déguster une glace à un arrêt de bus, son regard croise celui d'Alexander, jeune officier de l'armée rouge qui va l'aider à remplir la mission confiée par sa famille.
Si le coup de foudre est immédiat entre Tatiana et Alexander, leur amour est damné dès le départ par la relation déjà existante entre le jeune officier et Dasha, la sœur aînée de Tatiana. Le lien sera en outre parasité par la présence de Dimitri - l'ami d'Alexander dont il ne peut se dissocier parce qu'il détient le secret de ses origines américaines - qui va courtiser la jeune fille..              

Ce premier "pavé" d'une trilogie est porté par le souffle de la grande tradition romanesque. Organisé en trois parties, la première nous entraîne au cœur d'un Leningrad en guerre, de l'été à l'hiver pendant lequel, presque totalement encerclé par l'avancée allemande, la ville et ses habitants vont souffrir du froid, de la faim, de la peur, de la mort. La seconde est la plus heureuse, illuminée de la chaleur de l'été et des couleurs de la campagne alors que la troisième est marquée par le retour des épreuves et l'exil au cœur d'un nouvel hiver.
 
Comment dire ?  Oui... Mais...

La lecture commençait bien : la promesse d'une grande histoire d'amour à la "Autant en Emporte le Vent", celle d'une jeune fille qui découvre les premièrs émois de l'amour sur fond de seconde guerre mondiale. Un récit pimenté par la situation d'Alexander, né aux États-Unis et emmené enfant en URSS par des parents activistes convaincus par un système soviétique qui finira par les broyer. Ajoutons à cela un cadre intéressant et sur lequel je n'ai pas trop lu, celui d'une famille de Leningrad qui nous fait découvrir sa vie soviétique, l'organisation du travail, les appartements communautaires exempts d'intimité, la désinformation, ou encore l'incroyable dureté du premier hiver de guerre.         
 
MAIS .... que c'est loooooong ! ... Et répétitif aussi, avec des scènes qui semblent revenir encore et toujours sans forcement enrichir l'intrigue. J'avoue que certains aspects de cet "amour interdit" ne m'ont pas complètement convaincue et laissée plutôt dubitative, notamment du fait de personnages pour le moins agaçants, comme Dasha, incroyablement égoïste et aveugle ou Dimitri, tout aussi individualiste et maléfique. Par opposition,Tatiana semble posséder toutes les qualités et attirer l'amour de tous, d'une grande naïveté initiale, elle est tout à la fois fragile et d'une force à toutes épreuves en plus d'être gentille et dévouée, quelles que soient les circonstances. Quant à Alexander, malgré un passif de débauché, il a tout du prince charmant et tourne au chevalier servant parfait, tout à la fois courageux, protecteur et viril. Alors que dire des tergiversations incessantes empoisonnant la relation des deux amoureux ? Les "Tu viens, tu ne viens pas, tu me regardes, tu ne me regardes pas, tu dois continuer à courtiser Dasha mais pas trop quand même, etc." ... tout aussi insupportable que la relation absurde qui semble devoir s'imposer entre Tatiana et Dimitri.
 
J'ai bien sûr tourné les pages jusqu'au bout mais, contrairement à beaucoup des avis dithyrambiques qui m'avaient incitée à ouvrir ce livre, je n'ai pas été suffisamment accrochée pour me précipiter sur la suite de la trilogie. Il n'est d'ailleurs pas sûr que je la compléterai un jour malgré l'ouverture et les interrogations laissés par la conclusion... ou alors, peut-être allongée au soleil sur une plage en sachant que j'ai tout le temps pour retrouver les interminables et parfois improbables tribulations de Alexander et Tatiana !  

Titre français : Tatiana
Titre original : The bronze Horseman
Trilogie The Bronze Horseman / volume 1
Auteur: Paullina Simons
Première édition : 2009

dimanche 21 mars 2021

Les caves du Potala de Dai Sijie

En 1968, pendant la révolution culturelle, Bstan Pa, peintre du Dalaï-lama, est un très vieil homme. Alors que les étudiants chinois en art ont envahi Lhassa et le Potala pour semer derrière eux destruction et violence systématiques, vandalisme absurde et désacralisation aveugle, il essaye de se faire discret et de se fondre dans le décors des écuries où il a été enfermé. C'est sans compter sur "Le Loup", leader cruel qui le repère et n'aura de cesse de le martyriser pour lui faire avouer la "dépravation" du Dalaï-lama après la découverte d'une peinture de femme nue cachée dans le cadre d'un tanka immolé. Le vieil artiste tourmenté déroule alors le chemin de sa mémoire : son enfance dans une famille d'éleveurs nomades, son arrivée à Lhassa à 7 ans où il est repéré par un moine qui le présente au grand maître des tanka de son monastère, son apprentissage, l'ascension de son maître Snyung Gnas et la sienne au centre du pouvoir,  un voyage à Pékin dans la suite officielle du 13ème Dalaï-lama et après la mort de celui-ci, sa participation aux recherches de la réincarnation du 14ème Dalaï-lama... avec, au cœur de tout ça, l'art spirituel des tanka, la symbolique, les pigments, les couleurs vers lesquels il va retourner pour composer sa dernière œuvre qui, par le calme et la méditation, est une échappatoire à l'hyper-violence.
 
Quelle belle lecture 🤩 ! 
Dans ce roman court, Dai Sijie, l'auteur de Balzac et la petite tailleuse chinoise revient avec un texte puissant, magnifiquement évocateur dont la thématique, bien que traitée différemment, recoupe celle de la petite tailleuse : les deux romans se déroulent pendant la révolution culturelle et les deux personnage sont "sauvés"  par l'art, l'une par la littérature, l'autre par la peinture spirituelle. Bien que le livre ne fasse pas l'impasse de la violence ambiante, ce n'est pas l'élément dominant qui ressort de cette lecture mais au contraire la beauté poétique qui transcende, celle de la création, celle de l'âme, celle de toute une culture et celle de ce vieux peintre plein de sagesse riche d'une vie pleine. 
Lumineux ❤️❤️❤️ !

Extrait du texte:
Et il ne dit plus rien malgré les gesticulations et les vociférations du garde rouge. Ce fou révolutionnaire n'existe plus pour lui. Il ne l'entend même plus, entièrement concentré sur son monde intérieur. Là où il se trouve désormais, il prépare ses couleurs pour peindre le dernier
Tanka de sa vie. 

Pour la première fois de sa vie monastique, Bstan Pa, l'un des plus grands peintres de sa génération, 
décide de ne plus respecter les codes. Il est revenu en enfance, à l'époque où il commençait toujours par dessiner les yeux de ses personnages.

Applique toi se dit-il. Rappelle-toi la devise de Snyung Gnas : "On ne peint pas avec le cœur, mais avec la tête." Aussi doué soit-on, on ne doit jamais relâcher sa concentration, qui seule donne de la vigueur aux traits et du relief aux couleurs. 

Sur le Tibet, voir aussi :

Titre : Les caves du Potala
Auteur : Dau Sijie
Première édition :

lundi 18 mai 2020

Adieu au lac mère / Leaving Mother Lake de Yang Erche Namu et Christine Mathieu

Dans les montagnes sino-tibétaines dominant le lac Lugu, à la frontière du Yunnan et du Sichuan, Namu appartient à la minorité Moso, assimilée aux Naxi ou aux Mongols selon les classifications chinoises alors que c'est un peuple bien à part qui se revendique comme tel. Traditionnellement, la société Moso fonctionne en effet selon un système matrilinéaire unique dans lequel les femmes sont au cœur du foyer, les hommes vivant avec leurs mères et leur sœurs ou transitant dans des caravanes commerciales, amants "ambulants" des femmes qui leur ouvrent leurs portes pour une nuit ou toute une vie, l'acte sexuel relevant d'un choix de la femme indépendamment du mariage qui n'existe pas ou d'une vie en commun.

C'est dans cette société que Namu voit le jour à la fin des années 1960. Elle y passe son enfance, grandit à l'école de la vie en jouissant d'une grande liberté, entre la ferme de sa mère et l'isolement des pâturages de yacks en altitude avec un oncle, jusqu'à son passage à l'âge adulte marqué par la "cérémonie des jupes". Une vie marquée par des rythmes immuables, à peine perturbée par les événements historiques qui secouent la Chine, du passage des soldats militants révolutionnaires à celui des gardes rouges de la révolution culturelle.
À l'adolescence, Namu va rompre avec la tradition pour assouvir son besoin de découvrir le monde qui s'est entrouvert grâce à ses talents musicaux et qui se concrétise par des concours, des représentations et finalement, une place à la prestigieuse académie de musique de Shanghai. Des choix qui s'imposent à elle, chargés de culpabilité, marqués par la rupture mais aussi l'appartenance.

Le récit de cette petite fille analphabète traçant sa voie dans un monde moderne qui lui est totalement étranger mais qui l'envoute est raconté à la première personne, organisé et mis en forme sous la plume d'une anthropologue française, Christine Mathieu. À la fin du livre, cette dernière complémente l'histoire de Namu par des éléments sur les Moso qu'elle a étudié et connaît bien, une belle façon de conclure et d'enrichir la biographie.

Un récit "de l'intérieur" d'un personnage authentique parfois superficiel qui m'a semblé manquer de "fond" à mesure de l'avancement de l'histoire (peut-être facile à dire quand on n'a pas connu de tels bouleversements ??? Imputable à l'âge de la toute jeune femme au moment des faits relatés ???) : autant l'enfance dans les montagnes m'a passionnée pour sa fraîcheur, ses anecdotes, son exotisme et ses aspects sociologiques, autant le passage à l'âge adulte m'a paru chaotique ; le personnage est certes transformé par son contact avec la "civilisation" mais son comportement pour y accéder est parfois totalement erratique, une envie plus animale que rationnelle, la musique un moyen plus qu'une passion.

J'avoue avoir fait quelques recherches par ailleurs qui n'ont pas forcément renforcé ma sympathie pour le personnage (un article de blog notamment, writing and losing the autobiography of Erche Namu Yang la fait ressortir comme cupide et peu fiable). Si on en croit les nombreux articles de presse qui lui ont été consacrés à travers le monde, il ressort que Namu est une femme farouchement indépendante, complexe, non conformiste, une ancienne chanteuse et mannequin adulée mais parfois controversée...
... Son livre n'en est pas moins unique, une formidable introduction à un modèle de société porté par les femmes, donnant véritablement matière à réflexion, aux antipodes du modèle dominant dans lequel nous baignons.

Nota : Outre les articles de presse, des documentaires sont disponibles avec des interviews du personnage ou des reportages sur les Moso pour ceux qui comme moi auront eu la curiosité piquée par ce livre.

Tirés du livre:
Women and men should not marry, for love is like the seasons - it comes and goes. A Moso woman may have many lovers during her lifetime and she may have many children. Yet each of them will perhaps have a different father, and none of the fathers will live with his children. Moso children should be raised in their mother's house and take the family name of their maternal ancestors. 

We live close to one another but we don't cultivate the stuff that makes for public outrage in other places. To begin with, Moso women are not sullied by sexual shame - for sex, as I have now discovered, is a much favored source of disgrace in the world. But quite aside from this sexual freedom, which has proved fascinating to revolutionaries, journalists, social scientists, public health officials, and in more recent years, international tourists, we Moso abide by rules of honor that forbid us the dubious pleasures of malicious gossip. 

Matrilineal Moso family cannot help but fascinate - for the Moso are reputed to be the only people in the world who consider marriage an attack on the family.

Sur le sujet des minorités en Chine, voir aussi :
La mémoire du thé / The tea girl from Hummingbird Lane de Lisa See

Titre : Adieu du lac mère
Titre anglais : Leaving Mother Lake / A girlhood at the end of the world
Auteurs : Yang Erche Namu et Christine Mathieu
Première édition : 2003

jeudi 9 janvier 2020

Kintu / Kintu de Jennifer Nansubuga Makumbi

On ne s'aperçoit pas qu'on est maudit jusqu'à ce qu'on soit exposé à cette autre façon de vivre.

L'histoire commence dans la violence, par le lynchage du jeune Kamu sur un marché. Elle nous emmène ensuite au 18ème siècle, au royaume du Bunganda, sur les traces de Kintu Kidda, l'ancêtre qui, à la suite d'une gifle mortelle malheureuse et malgré les précautions prises, attira une redoutable malédiction sur toute sa descendance.
Au fil des "cinq livres" qui constituent ce roman et qui démarrent tous le 5 janvier 2004 avant de repartir dans le passé, nous découvrirons le destin tragique des héritiers infortunés de Kintu Kidda : Suubi Nnakintu, Kanani Kintu, Isaac Newton Kintu et Miisi Kintu. Enfant abandonné et livré à lui-même, inceste, folie, suicide, sida, guerre, les maux s'abattent comme la normalité dans les différentes branches plus ou moins éduquées, plus ou moins religieuses, de cette famille maudite caractérisée par la jumelité. Alors, pour essayer de surmonter toute cette fatalité, les "anciens" du clan dispersé vont tenter de le reconstituer et de le rassembler sur les terres ancestrales afin d'acomplir les cérémonies rituelles- superstitions pour certains- seules capables de vaincre le mal.

Pas toujours facile à suivre avec les changements temporels et patronimiques mais un roman dépaysant qui nous mène en Ouganda, au cœur du continent africain. Une sorte de saga familiale aux ramifications multiples et indépendantes au départ et une approche d'écriture originale pour brasser ces histoires personnelles à un passé historique post-colonial douloureux et trouble. La partie pré-coloniale évoquant un monde traditionnel disparu est quant à elle particulièrement intéressante et bien mise en scène.
Entre drames, résilience et espoirs, un premier roman original qui compte et qui vient enrichir cette jeune littérature africaine, ougandaise en l'occurence.

D'origine Ougandaise, l'auteur vit aujourd'hui en Angleterre ; une voix/plume pour le moins ensorcelante qui apporte un nouveau souffle à la littérature mondiale.
À suivre.


Tiré du texte :
Africanstein
Ekisode
Contrairement au reste de l'Afrique, le Bunganda se laissa attirer sur la table d'opération par des flatteries et des promesses. Le protectorat était la chirurgie plastique censée conduire plus rapidement le corps africain léthargique à la maturité. Mais une fois son patient sous chloroforme, le chirurgien fut libre de faire ce qui lui chantait. D'abord, il sectionna les bras et les jambes puis mis les membres noirs dans un sac-poubelle avant de les jeter. Il prit ensuite des membres européens et entreprit de les greffer sur le torse noir. Quand l'africain se réveilla, l'européen s'était installé chez lui.
Bien que l'africain ait été trop faible pour se lever, il dit tout de même à l'européen : "Je n'aime pas ce que tu es en train de faire, mon ami. Sors de chez moi, s'il te plaît." Mais l'européen répondit : "J'essaie seulement de t'aider, mon frère. Tu es encore trop faible et trop groggy pour t'occuper de ta maison. Je vais m'en occuper en attendant. Quand tu seras complètement rétabli, je te promets que tu travailleras et que tu courras deux fois plus vite."
Mais le corps africain rejeta les membres européens. L'Afrique dit qu'ils sont incompatibles. Les chirurgiens disent que l'Afrique est sortie de l'hôpital trop tôt et que c'est pour cela qu'il y a une hémorragie. Il lui faut une intraveineuse beaucoup plus régulière de sang et d'eau. L'Afrique dit que le sang et l'eau sont trop chers. Les chirurgiens disent : "mais non, nous avons fait la même chose avec l'Inde, et regarde comme elle court vite."
Quand l'Afrique se regarda dans le miroir, elle se trouva hideuse. Elle regarda dans les yeux des autres pour voir comment ils la voyaient : il y avait de la révulsion. Cela donna à l'Afrique la permission de s'automutiler et de se haïr. Parfois quand le monde a le dos tourné, les chirurgiens remuent le couteau dans les plaies de l'Afrique. Quand elle tombe, les chirurgiens disent :"vous voyez, on vous avait dit qu'ils n'étaient pas prêts."
Nous ne pouvons pas retourner sur la table d'opération pour réclamer les membres africains. L'Afrique doit apprendre à marcher sur des jambes européennes et à travailler avec des bras européens. Avec le temps, les enfants naîtront avec des corps évolués et avec le temps, l'Afrique évoluera en fonction de sa nature d'Ekisode et prendra sa forme la meilleure. Mais celle-ci ne sera ni africaine ni européenne. Alors la douleur s'estompera.

Titre français : Kintu
Titre anglais : Kintu
Auteur : Jennifer Nansubuga Makumbi
Première édition : 2014

mercredi 2 octobre 2019

L'amant japonais / The Japanese Lover d'Isabel Allende

En Californie, à 80 ans passés, la riche Alma Belasco quitte le domaine familial pour s'installer dans une résidence pour seniors de San Francisco qui la soulage de tous soucis d'intendance. Elle s'y lie d'amitié avec Irina, une jeune infirmière moldave qui cache un lourd et douloureux passé. Une jeune femme intrigante et séduisante pour Seth Belasco, le petit-fils d'Alma qui vient régulièrement voir sa grand-mère en prenant prétexte de ses visites pour lui faire raconter l'histoire de la famille.

Au fil des mois, alors que des liens se tissent entre les deux jeunes gens et qu'ils cherchent à élucider les escapades secrètes de la vieille dame, Alma va leur raconter son histoire qui commence dans les années 30 avec sa fuite de Pologne et son arrivée aux États-Unis où elle fut confiée à son oncle et sa tante alors que le reste de sa famille restée en arrière fut exterminée par la vague nazie. Un destin marqué par son amitié pour son cousin Nathaniel et sa rencontre avec Ichimei, le fils du jardinier qui fut parqué avec sa famille pendant le seconde guerre mondiale du fait de ses origines nippones ...
Une vie riche, non conformiste et partiellement affranchie, qui traverse le 20ème siècle, jalonnée d'amours forts couverts par le secret pour céder aux convenances d'une autre époque.
Parallèlement, le voile se lève aussi sur le parcours d'Irina.

Troisième lecture d'un livre d'Isabel Allende, troisième essai réussi avec ici, une belle et profonde histoire d'amour qui traverse à sa manière le temps et le qu'en dira-t-on.
A chaque roman, avec une écriture juste, parfois envoutante, l'auteur sait se renouveler pour nous proposer des personnages complexes, captivants et attachants qui doivent affronter avec toute leur humanité les affres du destin pour surmonter les épreuves de l'histoire ou les carcans de la société, des traumatismes et/ou l'ostracisme ... une valeur sure !   

Du même Auteur, voir aussi:
Le cahier de Maya / Maya's notebook
La maison aux esprits / House of spirits

Titre français : l'amant japonais
Titre anglais : the Japanese Lover
Auteur : Isabel Allende
Première édition : 2015

lundi 15 juillet 2019

L'amant de Patagonie d'Isabelle Autissier


Fin du 19ème siècle.
Orpheline écossaise de 16 ans sans avenir, Émilie est envoyée au bout du monde, à Ouchouaya (Ushuaïa), comme gouvernante d'un révérend chargé d'évangéliser les populations locales. À son arrivée, la jeune fille est envoutée par l'immensité et la beauté des paysages qui l'entourent mais horrifiée par les "sauvages" qu'elle découvre. Elle ne se laisse toutefois pas aveugler par les préjugés de sa petite communauté et s'ouvre progressivement aux autochtones, à leur mode de vie et même à l'amour auprès d'Aneki.

L'histoire d'Émilie traverse les années et illustre la façon dramatique dont les "blancs", en apportant la "civilisation" aux "sauvages" qu'ils infantilisent et sédentarisent en modifiant l'équilibre des rapports, ne leur apportent finalement que dévastation, maladies et annihilation des modes de vie traditionnels. Une transformation irrémédiable au coeur de ces paysages superbes mais extrêmes et rigoureux, admirablement rendus sous la plume d'Isabelle Autissier.  

Un roman comme je les aime, qui permet de découvrir avec réalisme une tranche d'histoire de ce bout de terre du bout du monde en combinant un récit bien monté, bien écrit et agréable à lire avec des éléments historiques, éthnographiques, écologiques très bien documentés.
L'occasion pour moi de découvrir qu'Isabelle Autissier est non seulement une grande navigatrice mais aussi une remarquable conteuse ouverte sur le monde qu'elle a silloné et qu'elle nous offre en partage. Une invitation au voyage et à la tolérance agrémentée d'un petit goût de revenez-y ! 

Titre : L'amant de Patagonie
Auteur : Isabelle Autissier
Première édition : 2012

lundi 10 décembre 2018

Le dernier gardien d'Ellis Island de Gaëlle Josse


New York, novembre 1954.

Bientôt, le centre d'immigration d'Ellis Island fermera définitivement ses portes. Scrupuleux, son directeur rempli les ultimes vérifications et missions qui sont les siennes avant de rendre les clés. Profitant de ses derniers jours sur l'île, ce "dernier  gardien de l'île" se confie (voire se confesse) au papier pour raconter son histoire liée à celle du centre dans lequel il officie depuis presque un demi-siècle. Un destin à peine illuminé par l'amour de son épouse Lisa, assombri par le poids de la culpabilité liée au cas de Nella, l'immigrante italienne dont le souvenir pèse sur sa conscience, une vie finalement assez mécanique, vide et lugubre à travers toute la première moitié du XXème siècle ... 

Le cadre d'Ellis Island est un prétexte plus qu'un sujet parce que le roman reste toujours centré sur son personnage qui traine sa petite vie de fonctionnaire solitaire consciencieux (mais non sans un terrible écart d'abus de pouvoir) avec ses aspects rébarbatifs qui en font un simple pion/rouage du système auquel il appartient. Une existence finalement d'une lourde et grande tristesse et un personnage insipide auquel il est plutôt difficile de s'attacher si bien que la conclusion arrive de façon assez naturelle et inévitable, comme évidente.

Pas gai-gai mais un bel exercice de style, cohérent, et qui rend peut-être l'âme de ce lieu de passage terrible qui a marqué l'histoire des Etats-Unis et des millions d'immigrants qui y ont transité.

Nota : quelques anecdotes "historiques" intéressantes à glaner au passage comme par exemple celle du photographe à qui l'on doit pas mal de portraits - posés/imposés - présentés dans le musée mémorial ouvert aujourd'hui aux visiteurs d'Ellis Island. 

Titre : Le dernier gardien d'Ellis Island
Auteur : Gaëlle Josse
Première édition : 2014

jeudi 15 novembre 2018

La tache / The human stain de Philip Roth


Le troisième volume de la "trilogie américaine" de Philip Roth amène son personnage-écrivain Nathan Zuckerman à s'intéresser au cas d'un voisin, Coleman Silk, professeur de lettres classiques et  doyen dans une petite ville de Nouvelle-Angleterre, qui démissionne après avoir été accusé de tenir des propos racistes.
Pour ce professeur sans histoire et respecté, à la vieille de la retraite, il aurait pourtant été facile de se dédouanner en livrant tout simplement un secret qu'il porte depuis des années mais qu'il préfère garder pour lui. Il faut dire que l'image bien polissée  de ce personnage est en réalité entièrement construite et fondée sur un mensonge dont son entourage même le plus proche a toujours tout ignoré, qu'il s'agisse de sa femme, de ses quatre enfants, de ses collègues ou de ses amis.   
Dans l'amérique puritaine de la fin des années 1990, sur fond de scandale Lewinski, le respectueux professeur vit également une liaison toride et une histoire d'amour rocambolesque avec une femme de ménage prétenduement illétrée ...

Philip Roth fait à nouveau preuve d'une remarquable capacité de conteur dans sa façon de dévoiler la complexité de ses personnages pour lesquels il ne faut surtout pas se fier aux apparences afin de pouvoir aller au plus profond chercher leur substantifique moelle, tout en les intégrant dans le contexte de l'époque qui les façonnent. Du grand art !

Voir aussi :
Pastorale américaine / American Pastoral de Philip Roth
J'ai épousé un communiste / I married a communist de Philip Roth

Titre original : The human Stain
Titre français : la tache
Auteur : Philip Roth
Première édition : 2000

mardi 6 novembre 2018

J'ai épousé un communiste de Philip Roth


Personnage-écrivain récurrent de Philip Roth, Nathan Zuckerman relate dans ce roman l'histoire d'Ira Ringold dont il était un grand admirateur. Nathan est un adolescent idéaliste lorsqu'il rencontre Ira, un homme déjà mûr, vedette de feuilletons radiophoniques qui le prend sous son aile, l'introduit dans sa sphère intime et entreprend son éducation politique. Témoin privilégié, il faudra du temps à Nathan pour découvrir toute la réalité du parcours d'Ira, ce qui se cache derrière les convictions de façade et le couple de rêve (mais explosif) qu'il semble former avec Eve Frame, ancienne star du cinéma muet.
L'histoire d'un ancien terrassier issus des milieux populaires pauvres de Newark, un temps voyou et  un autre, inscrit au parti communiste ... une adhésion qu'il cachera une fois devenu vedette de radio où il s'est réinventé sous le nom d'Iron Rinn. Mais voilà, alors qu'il se croit à l'abri de la chasse aux sorcières qui ébranle le pays sous l'égide de Mc Carthy, les pressions politiques, la trahison et la jalousie vont venir compromettre le monde qu'il s'était construit...

Un livre dense, remarquablement écrit. La trame se dévoile petit à petit, par couches que l'on retire, en commençant par la façade avant d'aller plus au coeur des choses, vers une vérité plus complexe et plus profonde des personnages. On est à la fois dans la sphère intime et dans le général, tout est parfaitement abordé et décortiqué, aussi bien au plan des petits arrangements de chacun avec sa conscience que du mécanisme implacable du Mc Carthysme.

Un auteur percutant et sans concession sur son pays, qui va au fond des choses et de ses analyses. Une lecture qui n'a pas pris une ride, à lire !

Voir aussi :
Pastorale américaine / American Pastoral de Philip Roth

Titre original : I married a communist
Titre français : j'ai épousé un communiste
Auteur : Philip Roth
Première édition : 1998

vendredi 28 septembre 2018

Le Turquetto de Metin Arditi


Dans ce roman, Metin Arditi raconte le destin du "Turquetto", peintre prodigieux de l'époque de la Renaissance vénitienne (16ème siècle), élève de Titien, dont il ne reste rien de l'oeuvre si ce n'est - peut-être - un seul tableau célèbre dont la signature présente une anomalie chromatique...

L'histoire du "petit turc" commence à Constantinople. Dans cette ville d'obédience musulmane, les perspectives des familles d'origines juives sont limitées, cantonant le père du personnage à un emploi au marché aux esclaves. Habité par le désir de dessiner et de représenter des images qui lui sont interdites dans la ville turque, le jeune homme choisit de s'exiler à Venise lorsque son père est subitement fauché par la mort. Cachant ses origines sous un nom d'emprunt, initié dans les ateliers du grand Titien, il trace alors son propre chemin et fait carrière pour produire quantité d'oeuvres d'inspiration bibliques, plus remaquables les unes que les autres, commanditées par les congrégations de Venise qui se font concurrence. Au sommet de sa gloire et peut-être puni pour une certaine arrogance, il est rattrapé par le destin et doit comparaitre devant les tribunaux de Venise ...

Un roman absolument passionnant, bien construit et bien écrit, en plusieurs tableaux qui évoquent d'abord à merveille la vie grouillante et colorée des ruelles de Costantinople puis les intrigues de Venise, le poids des religions et leur influence dans la production artistique de l'époque, les luttes de pouvoirs. De façon sous-jacente, la question de la filiation est elle aussi évoquée avec subtilité.

Bref, un très très beau livre et un auteur que j'ai eu un vrai grand plaisir à découvrir, je recommande et j'en redemande ! 

Titre original : Le Turquetto
Auteur : Metin Arditi
Première édition : 2011

samedi 26 mai 2018

Pietra Viva de Léonor de Récondo

1505.
Ébranlé par la mort mystérieuse d'Andrea, un jeune moine à la beauté solaire qu'il admirait, Michelangelo quitte Rome pour se réfugier pendant six mois aux carrières de Carrare où il supervise le choix des marbres nécessaires à la composition du tombeau du Pape Jules II commandité d'avance par le saint-Père. Avec sa célèbre Pietà, la réputation du sculpteur d'une trentaine d'année est déjà bien établie et respectée de tous. Tout à son obsession de capturer la beauté dans la pierre, le sculpteur n'en est pas moins très tourmenté, notamment lors de ses soirées solitaires à l'auberge avec pour seule compagnie un livre de Petrarque offert par Lorenzo de Medici et la bible d'Andrea qu'il n'ose ouvrir. Progressivement, son séjour au milieu des carriers fera ressurgir des souvenirs enfouis du passé et sera source d'apaisement intérieur grace aux liens de compagnonage qu'il développe avec les ouvriers ainsi qu'avec deux personnages très particuliers. Il y a d'abord Cavallino, individu excentrique atteint de folie douce, et aussi, le tout jeune Michele qui vient de perdre sa mère et dont l'amitié enfantine (non moins pleine de maturité) renvoie au sculpteur sa propre image.

Avec cette lecture d'un troisième roman de Léonor Récondo, je classe sans plus aucune hésitation l'auteur dans la catégorie des "valeurs sûres" pour sa douceur et sa sensibilité d'écriture sans parler de l'intérêt des sujets choisis, très différents dans les trois ouvrages abordés mais toujours riches de la justesse du ton et basés sur les faits réels. Ces livres ont quelque chose de transcendants, on est plongé dans une sorte de voyage intérieur au plus profond de l'âme des personnages tout en restant subtilement connecté aux réalités qui les entourent, ici le monde des carrières de Carrare. Il y a également dans ce roman toute une dimension poétique avec un appel aux cinq sens qui font ressurgir les souvenirs de la mémoire du sculpteur ainsi qu'une dimension historique sur la composition de l'une de ses oeuvres majeures réalisée en pointillé tout au long de sa vie, bref un ouvrage tout à la fois délicat, intelligent et bien ficelé.

Excellentissime, à lire !

Nota : ce livre m'a rappelé celui de Mathias Enard, Parle-leur de bataille, de rois et d'éléphant où l'on découvre le voyage de Michel Ange en 1506 à Constantinople pour concevoir un pont, un épisode de la vie du sculpteur lui aussi basé sur des éléments historiques.

Du même auteur, voir :
Rêves oubliés
Point Cardinal

Titre : Pietra Viva
Auteur : Léonor de Récondo
Première édition : 2013

jeudi 17 mai 2018

Le voile de Téhéran / The book of Fate de Parinoush Saniee


Mon père et mes frères m'ont sacrifiée à l'idée qu'ils se faisaient de leur honneur, mon mari m'a sacrifiée à son idéologie et à ses grands projets, et j'ai payé le prix des gestes héroïques et du devoir patriotique de mes fils. 
 
Massoumeh est iranienne, elle raconte son histoire qui traverse les époques sur une cinquantaine d'année.
Le récit commence à la fin des années 60 lorsque, jeune provinciale studieuse, elle s'installe avec sa famille à Téhéran alors que le pays est encore le royaume du Shah. L'adolescente arrive à convaincre son père de la laisser fréquenter le lycée où elle noue une amitié indeffectible avec une autre jeune fille issue d'une famille plus progressiste que la sienne. Mais pour avoir échangé quelques regards jugés malvenus avec un jeune étudiant pharmacien, ses frères et sa famille vont l'enfermer puis lui imposer un mariage auquel elle se soumet. Son mari se révèle être un militant communiste révolutionnaire ; tout à sa cause, celui-ci incite la jeune femme à s'émanciper et la laisse se débrouiller sans s'impliquer dans la vie familiale même après la naissance d'un puis de deux garçons. Pour élever ses enfants, Massoumeh va tout assumer, prendre un travail, reprendre des études, tout organiser et gérer à la maison. Alors que les époques changent et que le regard des autres est le reflet changeant des circonstances, il lui faut s'adapter et persevérer sans jamais faillir. Une vie de femme forte, intelligente, dévouée, intègre dans un monde malmené par l'histoire, instable et dominé par les hommes et l'idéologie.    

J'ai compris alors que nous sommes beaucoup plus résistants que nous le croyons. Nous nous adaptons peu à peu à l'existence que nous sommes obligés de mener, et notre rythme de vie finit par être en phase avec le volume de tâches à accomplir. 

Une lecture passionnante en forme de saga qui serait en grande partie autobiographique, couvrant toute l'histoire contemporaine de l'Iran, du régime du Shah à la révolution et aux islamistes. Un beau témoignage de femme et de mère qui au delà de l'amour qu'elle donne à ses enfants sait les éduquer en cherchant à leur donner des armes face à l'idéologie, la manipulation et le totalitarisme, en favorisant leur curiosité, la réflexion, l'ouverture d'esprit et leur individualité.

 L'idéologie pure est un piège, elle engendre des préjugés et des a-priori, elle fait obstacle à la réflexion et aux opinions personnelles. Et surtout, elle transforme les gens en fanatiques incapables de faire la part des choses.

Massoumeh est un personnage attachant qui garde toujours une part de l'adolescente qu'elle a été en parvenant pourtant à se transformer en véritable combattante du quotidien pour tout assumer envers et contre tout.

Un livre prenant et agréable à lire même si le cours des choses ne suit pas toujours celui qu'on souhaiterait pour cette héroïne anonyme qui endosse tous les rôles, fille, soeur, amie, épouse, belle-fille, mère, étudiante, employée, amoureuse, belle-mère, etc. Un magnifique portrait de femme dans un monde dominé par les hommes et une belle démonstration de l'importance du rôle de l'éducation face aux préjugés et au totalitarisme.    
 
Titre français : Le voile de Téhéran
Titre anglais : The Book of Fate
Auteur : Parinoush Saniee
Première édition : 2003

vendredi 20 avril 2018

Filles de la mer / White Chrysanthenum de Mary Lynn Bracht


Au début des années 1940, Hana et Emi sont deux soeurs appartenant à la communauté des Haenyeo, des plongeuses indépendantes qui récoltent des fruits de mer et assurent la survie de leurs familles dans l'île de Jeju située à l'extrême sud de la péninsule coréenne.
Pendant l'été 1943, parce qu'elle a voulu protéger sa petite soeur, Hana, alors agée de 16 ans, est enlevée par des soldats japonais et envoyée en Mandchourie comme "femme de réconfort" dans l'un des bordels mis au service de l'armée japonaise. 
Décembre 2011, Emi quitte l'île de Jeju pour participer au "millième" rassemblement hebdomadaire de protestation organisé à Séoul devant l'ambassade du Japon afin de demander réparation pour les crimes commis pendant la guerre envers les filles et les femmes coréennes.
Deux soeurs, deux époques et en alternance, l'évocation de deux destins tragiques marqués par les guerres, la seconde guerre mondiale puis celle qui a ensuite déchiré civilement la Corée.

Un roman qui traite d'événements historiques tragiques bien réels, tant sur la question des femmes de réconforts que sur celle des horreurs de la guerre civile en Corée, et que l'auteur dédie à toutes les femmes victimes des guerres où quelles soient et quelle que soit l'époque où elles se déroulent.
Des questions coréennes auxquelles je suis particulièrement sensibilisée pour avoir vécu dans le pays et déjà beaucoup lu sur le sujet*, très bien traitées dans ce roman au travers du destin de ces deux soeurs auxquelles ont s'attache. Les aspects culturels propres à la communauté des Haenyeo ainsi que ceux de la culture coréenne sont bien intégrés et l'histoire juste, avec la douleur, la résilience et le poids du silence qu'il a fallu endurer pendant des années, avant que des femmes osent briser le sceau du secret en parlant. C'est bien sûr aussi et avant tout un roman dans lequel l'auteur incarne ces questions en laissant libre cours à son imagination, notamment dans le dénouement qu'elle choisit de donner à l'intrigue. On est horrifié par la cruauté de ces époques mais on aime ces personnages qui en subissent le joug en s'accrochant à leur humanité.

Un premier roman très réussi et extrêment fort d'une jeune auteur américaine d'origine sud-coréeenne vivant à Londres !

Nota :
* Sur la question des femmes de réconfort, deux livres intéressants publiés en français :
- Un roman : Les orchidées rouges de Shanghaï de Juliette Morillot (2001)
- Une bande dessinée: Femmes de réconfort, Esclaves sexuelles de l'armée japonaise de Jung Kyung-a (2007). 

Titre original : White Chrysanthenum
Titre français : Filles de la Mer
Auteur : Mary Lynn Bracht
Première édition : 2018

Extraits du livre :
- They forever after carried a burden of helplessness and overwhelming regret. Family members murdered, starved, stolen, neighbours turning on one another - all this was their han, a word Korean knew and a burden they each held within them. Everyone (...) carried this han (...).  
-'We [Haenyeo] dive in the sea like our mothers and grandmothers and great-grandmothers have for hundreds of years. This gift is our pride, for we answer to no one, not our fathers, our husbands, our older brothers, even the Japanese soldiers during the war. We catch our own food, make our own money, and survive with the harvest given to us from the sea. We live in harmony with this world.(...)'
- 'Haenyyeo ? They took her from so far away ?' one woman exclaims. 'From all over,' another answers. 'Even China, the Philippines and Malaysia.' 'And the Dutch girls, too. Remember that one who spoke out ?' 'Yes, the Dutch woman. She was brave to come forward.' (...) Like so many of the other 'comfort women', she had hidden her story of rape and humiliation from her family for over fifty years. When the first Korean 'comfort woman', Kim Hak-sun, came forward in 1991, giving her grim testimony, she was followed by others. They were met with disbelief and branded as money-seeking prostitutes. It was then the Dutch woman, Jan Ruff O'Herne, joined them in a bold move, telling her story at the international Public Hearing on Japanese War Crimes in Tokyo in 1992, and the Western World took notice.    
- Her shame is her han. Shame for surviving two wars while those around her suffered and perished, shame for never speaking out for justice, and shame for continuing to live when she never understood the point of her life.  
- Emi's grief was buried beneath Jeju International Airport. At the time it was a military airfield, abandoned by the Japanese imperial air force when they left the island after the Second World War ended. More than seven hundred political dissidents were held there (...). The prisoners were executed by firing squad, and their bodies were buried in a massive pit, one on top of the other. No one ever mentioned what was beneath the brand-new runways when the airfield was expanded into the current international airport, but thoses who had lived through the massacres never forgot. 
- In December of 2015, South Korea and Japan reached an 'agreement' over the 'comfort women' issue, and both countries hoped to resolve the conflict once and for all, so they could move forward in more amicable international relations. (...) Japan offered South Korea terms, and one of them was the removal of the Statue of Peace, erected on private land across the Japanese embassy in Seoul. Removing this statue is the first step towards the denial of women's history in South Korea. The halmoni rejected this 'agreement' and continue to seek a true resolution because they believe Japan wishes to simply erase the unsightly history of wartime sexual slavery as though the atrocities never took place (...) 
Pyeonghwabi (the statue of peace) (...) was for me (...) the symbol representing (...) wartime rape not only of Korean women and girls, but of all women and girls the world over : Uganda, Sierra Leone, Rwanda, Myanmar, Yugoslavia, Syria, Iraq, Afghanistan, Palestine and more. The list of women suffering wartime rape is long and will continue to grow unless we include women's wartime suffering in history books, commemorate the atrocities against them in museums, and remember the women and girls we lost by erecting monuments in their honour, like the Statue of Peace.  

dimanche 8 avril 2018

Stoner de John Williams


Un livre qui n'est pas du tout une nouveauté mais qui fait étrangement écho à Une vie entière de Robert Seethaler, lecture que j'ai beaucoup aimée et qui m'a amenée à celle-ci, couvrant une période relativement identique (fin du 19ème / début du 20ème siècle jusqu'à l'après deuxième guerre mondiale) et la vie d'un personnage a priori tout aussi anonyme et banal.

Stoner c'est le nom du personnage dont on va découvrir et suivre "une (autre) vie entière", dans une petite ville universitaire des États-Unis cette fois. Fils unique d'un couple de fermiers pauvre du Missouri, Stoner aurait naturellement du suivre les traces de ses parents mais après ses années d'école et afin de bénéficier d'un enseignement sur les nouvelles techniques agricoles, il entre dans une école d'agriculture au sein d'une petite université américaine. Son cursus lui impose un module de littérature anglaise qui le met véritablement à l'épreuve mais dont l'influence du professeur va bousculer son destin et faire biffurquer sa voie puisqu'il va finalement lui même devenir professeur de la matière au sein de l'université qui l'a formé. Une vie toute simple, un choix de ne pas s'engager lors de la première guerre mondiale qui lui assure une place inespérée de professeur sur son campus d'origine, deux amis qui marquent et accompagnent sa vie, un mariage (déprimant) qui ne se révèle pas à la hauteur de ce qu'il avait espéré, une fille à laquelle il se consacre pleinement jusqu'au jour où la mère décide de distendre le lien qu'il a créé, une histoire d'amour qui ne pourra survivre au qu'en dira-t-on et une vie d'universitaire à laquelle il se consacre avec intégrité même s'il doit souffrir ensuite des représailles et des mesquineries d'un collègue plus ambitieux devenu son supérieur.

L'histoire d'une vie toute bête, un récit tout simple, le temps qui passe alors que changent les époques ... Un personnage issu de la terre, aux valeurs bien ancrées, un peu d'un seul tenant qui fait face envers et contre tout avec endurance, constance et solidité même si cela donne parfois l'impression d'une certaine passivité. Un homme déraciné de son milieu qui mène sa barque en maintenant le cap qu'il a choisi, sans faux semblants, sans ambitions particulières, stoïque, toujours fidèle à lui-même et gardant une intégrité qui fait sans doute toute sa richesse.
 
Un livre très bien écrit, parfois drole et piquant, un "classique" de littérature américaine qui a fait son chemin un peu comme son personnage, sans tambour ni trompette, doucement mais surement*. C'est un récit magnifique qui n'a pas vieilli et qui, sous la banalité cache une vraie profondeur touchant aux fibres essentielles de notre humanité.

Nota :
Sur Goodread, Stoner obtient un score moyen exceptionnel de 4.23/5  (Avec 63'839 notes et 7'821 revues) 

Titre original : Stoner (a novel)
Titre français : Stoner
Traduction : Anna Gavalda
Auteur : John Williams
Première édition : 1955

Erratum / mise à jour de l'article : 10/04/2018 

samedi 9 décembre 2017

Moitessier, le long sillage d'un homme libre / A sailing Legend de Jean-Michel Barrault

 

Une parenthèse de rêve dans les îles du Pacifique et voilà le nom de "Moitessier" qui revient comme un leitmotiv, un nom iconique auprès des tourdumondistes qu'il a inspirés et de locaux qui l'ont cotoyé si bien que j'ai voulu en savoir plus sur ce personnage mythique des milieux de la navigation que ce soit en Polynésie française ou ailleurs. Ses nombreux ouvrages n'étant malheureusement pas disponibles en version digitale, je me suis attaquée à sa biographie la plus récente, publiée par Jean-Michel Barrault, son ami de longue date, "écrivain de marine, circumnavigateur, journaliste et éditorialiste".

Certains passages de cette biographie m'ont parfois agacée du fait des petites références mettant surtout en valeur l'auteur du livre dans sa relation avec le personnage de Moitessier, sans réellement apporter un plus à la narration. Cette réserve mise à part, le livre rempli parfaitement sa fonction puisqu'il permet de découvrir le parcours hors du commun de cette légende des mers, racontée à n'en pas douter avec un grand soucis d'honnêteté et d'exhaustivité ainsi qu'une certaine admiration. Du fait de sa propre expérience de "circumnavigateur" et d'homme d'écriture, l'ami-auteur est en mesure de rendre compte de toutes les dimensions de Moitessier : sa vie personnelle, les questions de la mer avec les problèmes/joies du bateau et de la navigation, sa relation à l'écriture avec ses blocages, ses réflexions et ses avancements, etc.   

Une biographie qui ne se résume évidemment pas et qu'il faut lire pour en saisir tous les détails : l'enfance au Vietnam avec l'inspiration et les déchirures qu'elles ont causées, l'irrésistible appel du large, les galères, les rencontres qui façonnent une vie, les quatre femmes et les enfants, les convictions et le développement spirituel, la liberté et son prix, les expériences, les livres qu'il a écrit et la façon dont il les a rédigés, la course du Golden Globe et son renoncement à la victoire, la mer et la navigation, les îles du Pacifique, les convictions, la maladie, etc.
... une vraie belle découverte qui donne un éclairage très intéressant à des discussions et à une courte expérience de navigation en Polynésie, sur la fascination et le rôle de gourou que Moitessier continue d'exercer, sur la vie et la société en général, sur la liberté  ...

Et puis aussi l'éveil d'une envie, celle de découvrir Moitessier, non plus à travers un biographe mais de ses propres écrits, notamment son dernier récit-testament, Tamata et l'Alliance. ...ajouté à "ma liste d'envies", pour un de ces jours, c'est sûr, quand j'aurai accès à une librairie !      

Tiré du livre (...et encore, je me suis limitée ! ...) :
- Lorsqu'on navigue autour du monde, il est fréquent d'entendre dire : " Je suis là grâce à Moitessier." Plusieurs raisons expliquent que (...) Bernard reste présent dans les esprits bien au-delà des milieux nautiques. La première est sa prodigieuse aptitude à rebondir. (...) Autre enseignement que délivre Moitessier : il n'est pas indispensable d'être riche pour partir en mer. (...) Mais c'est sa décision d'abandonner une course qu'il allait gagner, de mépriser la gloire et l'argent, qui stupéfia le monde. Son parcours d'homme exceptionnel prend alors sa véritable dimension. Vivant en Polynésie puis en Californie, Bernard affichera ensuite des préoccupations plus universelles. L'une d'elles est la préservation de la planète. 
- Il est le porteur de nos rêves. Il incarne ce que beaucoup aimeraient réaliser : partir, être libre, tourner le dos aux contraintes de la vie quotidienne, visiter les splendeurs du monde, rencontrer les habitants des pays lointains.
- Ce qui pour l'immense majorité des plaisanciers, est un agréable loisir, est pour Bernard une passion, un art de vivre, le moyen de partir à la découverte de la planète, la clé de la liberté.
- "Je suis heureux, repu, émerveillé. Je vis intensément.[...] Qu'il est doux de se laisser vivre paisiblement , de pouvoir lire, écrire, cuisiner, écouter la musique, ou, tout simplement rêver sous les étoiles en regardant s'allonger derrière son bateau le sillage phosphorescent." 
- Il n'y a pas beaucoup à faire sur un bateau. Mais il y a beaucoup à sentir. 
- Il y a eu l'immense fatigue après Bonne-Espérance. Puis, aidée par la découverte et la pratique du yoga, la paix intérieure, une profonde sérénité. (...) Sa navigation devient la poursuite d'un long cheminement moral, "la recherche d'une vérité que j'avais peut-être perdue mais qui renaît peu à peu dans le sillage."  
-"Je ne fais rien. Je vis, tout simplement, je vis."
- S'il avait achevé la course du Golden Globe, selon toute probabilité, Bernard Moitessier serait entré dans les annales de l'Histoire, premier navigateur à avoir réussi un tour du monde en solitaire et sans escale. En tournant le dos à l'Europe, à ce qu'il appelle ses faux dieux, il devient une sorte de gourou. S'il en fallait une preuve, l'ouvrage que, trente ans plus tard, l'Américain Peter Nichols consacre au Golden Globe porte, en couverture, non pas la photo du vainqueur de l'épreuve, Knox-Johnston, ou son ketch Suhaili, mais celle de Joshua avec, en filigramme, la reproduction de la première page de l'Aurote datée du 20 mars 1969 portant le titre : "Moitessier renonce à une victoire pratiquement acquise". Parce qu'il a eu le courage de dire non, en sage nourri de philosophie asiatique, Bernard va exercer une influence déterminante sur toute une génération.
- À Papeete (...) il a fulminé contre les revendications d'autonomie de politiciens locaux : "la vraie indépendance, elle commence par la bouffe. En Polynésie, les dirigeants ont la bouche pleine de grands projets économiques et sociaux, mais je n'ai jamais entendu prononcer le mot d'agriculture. Et en attendant, les Polynésiens mangent ce qu'ils ne produisent pas."

Titre original : Moitessier, le long sillage d'un homme libre
Titre anglais : Moitessier, A Sailing Legend
Auteur : Jean-Michel Barrault
Édition originale : 2004

dimanche 3 décembre 2017

Sur les pas de Geronimo / In Geronimo's footsteps de Corine Sombrun et Harlyn Geronimo


Corine Sombrun est française et chamane initiée en Mongolie*. Parce qu'elle a eu une vision de Geronimo pendant une transe, elle prend contact avec son arrière-petit fils, Harlyn Geronimo, lui-même "homme-médecine" puis se rend aux Etats-Unis pour le rencontrer. Dans ce livre à deux voix, les chapitres alternent entre la voix de Corine qui raconte son partage d'expériences avec le descendant de Geronimo et celle d'Harlyn qui, en s'adressant à son aïeul, lui redonne vie, honneur et toute sa dimension humaine dans le combat qu'il a mené pour essayer de sauvegarder son peuple et sa dignité.

Corine Sombrun raconte cette nouvelle expérience en gardant son humour et la dérision à laquelle ses lecteurs sont habitués, un sens affuté de l'observation et un soucis du respect de la parole reçue qu'elle cherche à rendre avec honnêteté et sans filtre. Quand elle rencontre Harlyn Geronimo, celui-ci l'emmène en voiture, accompagné de ses deux petites filles Harlie Bear et Shania, sur les traces de son ancêtre dans une sorte de voyage initatique. Alors que se développe la complicité des deux protagonistes, Corine découvre des éléments de la culture Apache et fait avec Harlyn Geronimo des rapprochements entre celle-ci et la culture Mongole : le peuple Apache trace en effet ses originaires dans les plaines de Mongolie et serait arrivé en Amérique par le détroit de Béring à une époque très lointaine où le passage était praticable. Pour preuves, on retrouve chez les Apaches la fameuse "tache bleue" dans le bas du dos, caractéristique des descendants mongols, et aussi, beaucoup de similitudes culturelles dans l'habitat, la langue, les rituels ou les pratiques.      

Dans les chapitres intermédiaires, Harlyn parle à son ancêtre pour raconter son histoire : ta naissance au bord de la rivière Gila, ton enfance, ton éducation de jeune guerrier, la révélation de "ton pouvoir", ton mode de vie, tes combats avec les mexicains, les guerres avec les blancs avec tes combats et tes évasions, toutes tes femmes et tes enfants perdus, tes renoncements, ta vie dans les réserves ou à Fort Sill (Oklahoma) où tu es resté "prisonnier de guerre" jusqu'à ta mort en 1909 et où tu reposes encore aujourd'hui, ton sens des affaires et de la valeur de ton nom ...
À son époque, le nom Geronimo était redoutable et faisait frémir. Il fut l'un des derniers chefs indiens à se rendre après avoir tenu en échec pendant des années l'armée américaine. Exilé, il n'a jamais pas pu revoir sa terre natale ni y être enterré. Contrairement à d'autres tribus, son peuple n'a par ailleurs jamais reçu de terres et son arrière-petit-fils mène ainsi plusieurs combats : celui de pouvoir ramener les restes de Geronimo sur sa terre natale pour permettre à son esprit de boucler son cycle selon les croyances de son peuple et celui de retrouver des terres où les Apaches pourraient assurer leur propre indépendance et la transmission de leur culture.

De cette étonnante rencontre, on attend une suite, le moment où Corine Sombrun pourra se rendre en Mongolie, accompagnée d'Harlyn Geronimo pour un retour aux sources.          

Le livre a d'abord été publié en France (2008) où il a eu un fort retentissement, amenant Harlyn Geronimo a y faire plusieurs voyages pendant lesquels il a été reçu partout comme un hôte de marque. La version américaine est sortie en 2014 et pour des raisons pratiques d'édition digitale, c'est celle que j'ai lue. Je pense qu'on y perd un peu de l'humour de Corine Sombrun à la traduction mais on y gagne toute la postface détaillant plusieurs points intéressants sur ce qui s'est passé après la publication française du livre : la réception de l'ouvrage en France, les procédures judiciaires entamées aux Etats-Unis et les obstacles qu'elles rencontrent, la mention de l'utilisation du nom de Geronimo dans l'opération de capture de Oussama Ben Laden jugée abusive pour la famille qui voudrait des excuses. Il est également mentionné que si un voyage commun en Mongolie n'a pas encore pu être organisé, il reste à l'ordre du jour alors qu'un premier contact (médiatisé) a déjà été établi entre la chamane mongole qui a initié Corine et Harlyn Geronimo.

Une histoire à la fois bien triste sur le sort qui a été réservé aux Apaches et aux autres peuples amérindiens mais aussi pleine d'espoir. Occidentale de notre temps, Corine Sombrun continue à nous étonner en jouant ce rôle unique d'intermédiaire et d'interprête pour des peuples et des pratiques souvent traitées avec beaucoup de réserves, méprisées parce que jugées désuètes et obsolètes. Elle donne une ouverture sur des portes mystérieuses et des savoirs ancestraux qui intéressent aussi le domaine des neurosciences dans l'exploration qu'elles font des capacités du cerveau.
Une auteur que j'aime et que je continue à recommander sans réserve pas tant pour l'aspect littéraire de ses livres mais pour ce qu'elle nous fait partager et (re-)découvrir sans jamais porter de jugement, avec curiosité, tolérance, humour et surtout beaucoup d'humanité.

Nota :
* J'ai adoré découvrir le parcours "chamanique" de Corine Sombrun dans : Journal d'un apprentie chamane /  Mon intiation chez les chamanes / Les tribulation d'une chamane à Paris.
Il existe par ailleurs pas mal de vidéos sur youtube avec Corine Sombrun notamment sur les liens de la transe chamanique avec les neurosciences. (Par exemple, une vidéo de 2015 (42') : Corine Sombrun : chamanisme et neurosciences - Nice Futur 5)  
- En refermant ce livre, je ne peux m'empêcher de faire aussi un lien avec une de mes lectures récentes, Retour à Lemberg traitant de droit international et notamment de la notion de "génocide". À plusieurs occasions/époques, les réserves de l'Angleterre et des Etats-Unis y étaient mentionnées comme des freins pour ce qui touche aux questions des minorités avec leurs craintes, en arrière-pensées, qu'un jour celles-ci viennent à attaquer ces États et leurs fondements pour les crimes perpetrés contre leurs ancêtres.
En lien aussi avec les questions difficiles de l'héritage de l'histoire et des questions de la "repentance". 

Titre original : Sur les pas de Geronimo
Titre anglais : In Geronimo's footsteps, a journey beyond legend
Auteurs : Corine Sombrun et Harlyn Geronimo
Première édition : 2008

Tiré du livre :
   "The only good indians I ever saw were dead" (General Philip Sheridan)
   "The more [Indians] we can kill this year, the less will have to be killed the next war, or the more I see of these Indians, the more convinced I am that they all have to be killed or to be maintained as a species of paupers." (General William Tecumseh Sherman)
   "They are the keenest and shwredest animals in the world, with the added intelligence of human beings." (Major Wirt Davis, 1885)
- Not only did the Apaches never obtain title to any property but in 1875, allegedly for economic reasons, the government decided to put into place what they called a "policy of concentration".
- Today the United States earns two and a half billion dollars annually just off the revenue from the natural resources on our lands. But none of those profits are redistributed to the Apaches.
- The Chiricahuas weren't given anything. They were renegades, don't forget. And today they still call us "the tribe without land". So you can understand why I'm fighting so hard for restitution of the lands on the Gila.
- For the majority of us, even if we appear American, our spirit is still the same as our ancestors. Whenever we can, we ride our horses, we breath in the clear air of the mountains on the reservation, we reconnect with our customs, our love of nature, deer, bears, and of our great church, the sky (...) I can assure you that our appearance is deceptive. It's as if we were playing a role, as if we were actors. So, okay, we live in two seperate worlds, but in each of them we try to respect our Mother, the Earth. She is sacred.
- Could a language possibly shape the rhythm with which we express our emotions ?
- Geronimo. It makes me glad, because the name I bear belongs to those who have always fought for freedom and against terrorism.