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samedi 22 mai 2021

La république du bonheur de Ogawa Ito

 
Avec toute la douceur de la plume d'Ogawa Ito, La république du bonheur nous ramène à Kamakura où nous retrouvons Hatoko, la propriétaire de la papeterie Tsubaki. Elle y officie toujours, prétant ses talents d'écrivain public à qui en a besoin, avec art et savoir-faire, raffinement et soucis du moindre détail (choix du papier, de l'outil, de l'enveloppe, du timbre, etc.). La jeune femme vient d'épouser Mitsuro, veuf et papa d'une de ses jeunes clientes, QP, âgée de six ans. La famille recomposée organise sa nouvelle vie entre deux domiciles et une nouvelle routine se met en place alors que passent les saisons. 

J'avais gardé ce livre sous le coude pour le moment où j'aurais besoin d'une lecture apaisante et sans prise de tête, un rendez-vous sans (mauvaise) surprise qui soit à la hauteur de mes attentes. Je me suis donc coulée avec délices dans cette chronique familiale rythmée par les activités saisonnières au cours de laquelle chacun vaque à ses occupations, apprend à mieux se connaître, à partager et à inviter les fantômes du passé à prendre la place qui leur revient.
 
Une petite bulle de lecture presque intemporelle, pleine de bienveillance et de délicatesse, dégustée comme une friandise.

Extraits du texte :
J'ai toujours aimé manger de bonnes choses. Mais un plat n'a pas le même goût selon qu'on le mange tout seul, en silence, ou avec des êtres chers en bavardant gaiement. Bien manger à table avec ceux qu'on aime : rien ne surpasse un tel moment de bonheur et de luxe. 
 
L'écriture n'est pas qu'une question superficielle de beauté ou de laideur, ce qui compte,c 'est le cœur qu' on y met. De la même façon que le sang coule dans les veines, si l'écriture exprime sincèrement nos intentions, le destinataire le sent. J'en suis convaincue. 

Moi, ma plus grande crainte, c'est de voir disparaître les boîtes aux lettres. Si plus personne n'écrit, un jour, il n'y en aura peut-être plus, de la même façon qu'avec la diffusion du portable, les cabines téléphoniques ont progressivement disparu.

Du même auteur,  voir aussi :

Titre : La république du bonheur
Auteur : Ogawa Ito
Première édition : 2017

dimanche 21 février 2021

La consolation de l'ange de Frédéric Lenoir

 

Après une tentative de suicide, Hugo, 20 ans, est à l'hôpital où il partage la chambre de Blanche, une vieille dame en fin de vie. Une rencontre improbable donnant prétexte à un dialogue entre deux êtres qui vont, à coup de tâtonnements et de confidences, se livrer l'un à l'autre en abordant des questions philosophiques, métaphysiques et spirituelles essentielles sur le sens de la vie, la mort, la liberté, l'amour, la famille, le bonheur, etc.
 
Un beau texte joliment écrit, émaillé de poèmes - Victor Hugo, Beaudelaire, etc. - faisant également référence de façon très abordable et lumineuse à de grands philosophes tels que Spinoza. Au fil des secrets dévoilés, je me suis laissée émouvoir, emportée par cette amitié inattendue source de résilience, d'humanité et d'universalité transgénérationnelle.
 
Un livre arrivé entre mes mains un peu par hasard, que je l'ai lu d'une traite ; facile et rapide à lire, il ne tombe pas pour autant dans la facilité que j'associe souvent aux romans "feel-good", un sentiment qui transpire au fil des pages mais, pour une fois, dans le sens le plus positif que je puisse donner au terme. 
 
Je ne connaissais pas l'auteur alors que, renseignements pris, je m'aperçois que c'est "une pointure" qui compte plus d'une cinquantaine d'ouvrages à son actif, romans, essais, théâtre, encyclopédie, etc. 
Un esprit curieux tourné vers une spiritualité bien conçue et clairement énoncée, vers lequel je n'hésiterai sans doute pas à retourner m'abreuver.    
 
Simple mais pas simpliste, efficace.     
 
Titre : La consolation de l'ange
Auteur : Frédéric Lenoir
Première édition : 2019

mercredi 16 septembre 2020

Frangines de Adèle Bréau

 

C'est l'été et comme chaque année, les trois soeurs Carpentier vont se retrouver à La Guarigue, la maison familiale de Saint-Rémy-de-Provence où vit maintenant à plein temps leur mère Jeanne, à la retraite. 
 
Louise, la plus jeune des trois filles, la "petite dernière" avec un écart d'âge relativement important avec ses deux "grandes soeurs" est infirmière, célibataire d'un naturel anxieux, dévouée à ses patients et à sa mère à proximité de laquelle elle est installée ; bien que ses vacances commencent, elle reste investie dans son travail et s'est engagée à visiter chaque jour une vieille patiente aux alentours. 
 
Mathilde, l'aînée, mariée, ancien petit rat de l'opéra, mère de Pia et de Paul, arrive de Paris où elle tient un studio de yoga après plusieurs années passées sans travailler, 
 
Elle qui a été longtemps "la fille qui ne travaille pas". Celle qu'on interroge jamais, hormis à propos des enfants. 
 
Eblouissante, dominatrice, bourgeoise perfectionniste à la limite de la caricature, Mathilde mène son monde à la baguette. Violette est sa complice mais elle a une relation difficile avec sa mère alors qu'elle était la plus proche de leur père. 
 
Violette, la seconde, est la plus "écorchée". Divorcée de Michel qui la dominait et la terrorisait intellectuellement dans un mariage toxique ; elle est la mère de Clarisse, petite-fille très complice de sa grand-mère. Elle quitte une carrière d'avocate pour se reconvertir dans la poterie et va présenter son nouvel ami Jérôme à la famille. 
 
Au son des cigales, sous le soleil estival, autour de la piscine et de la table familiale de La Garigue, la mère et ses filles retrouvent rapidement leurs repères, chacune dans le rôle qui lui est depuis toujours imparti. Mais à la suite de plusieurs événements, on va en savoir plus, la façade des convenus va se briser et se morceler. Dans cette histoire de femmes, de soeurs, de famille, les sujets soigneusement évités pour ne pas fâcher ainsi que les secrets les mieux gardés vont enfin être découverts et partagés, crevant une bonne fois pour toutes les abcès en souffrance.
 
Un roman-livre d'été idéal pour la plage ou le bord de la piscine, imprégné de bons sentiments et d'une bonne touche de feel-good. A coup de petites touches plutôt bien rendues, les rapports des unes avec les autres se dessinent pour révéler la fragilité et les travers de chacune, les connivences, les rivalités et les conflits larvés. Quelques raccourcis parfois un peu trop faciles, notamment à la fin du livre et finalement, une histoire de famille qui m'a rappelé L'esprit de famille de Jeanine Boissard, lu il y a bien des années et dont j'ai pour tout dire surtout gardé "une ambiance" plus que les détails. 
Bref, une petite parenthèse de lecture dans l'air du temps, très féminine, facile et gentillette.          
    
Extraits du texte :
Les jeunes d'aujourd'hui n'ont semble-t-il d'autre obsession que s'éloigner de leur famille, de parcourir le monde en avion au détriment de cette planète qu'ils s'escriment paradoxalement à protéger. 

Entendre ce grand gaillard appeler cette vieille femme "maman" l'émeut plus que de raison. Elle a immédiatement la vision du petit garçon qu'il a été, regardant cette femme belle, jeune et forte avec toute l'admiration que les gamins ont pour celle qui leur a donné la vie. Des décennies plus tard, les voilà réunis dans cette chambre de la région de l'enfance, lui au chevet de celle qui avait pour mission de le protéger. Les rôles sont inversés. 

C'est toujours ceux qui ne font rien qui se permettent de donner leur avis. 

Certaines de ses amies, qu'elle a encore au téléphone, ont choisi de mettre sur "pause' leur existence pour ne plus vivre que dans le passé, et dans le présent monotone, un quotidien résigné à gêner le moins possible leurs enfants, à se faire toutes petites pour ne pas encombrer une société dans laquelle elles ne pensent plus avoir de place. 

Ca fait dix ans que je n'ai plus vu mes trois fils en même temps.
Ils se retrouveront à mon enterrement. C'est idiot la vie, vous ne trouvez pas ?
Titre : Frangines
Auteur : Adèle Bréau
Première édition : 2020

samedi 29 février 2020

changer l'eau des fleurs de Valérie Perrin


Abandonnée à la naissance, balotée de famille d'accueil en famille d'accueil, Violette Trénet a dix-huit ans quand elle rencontre Philippe Toussaint, d'une dizaine d'années son aîné ; ils ont rapidement une petite fille et se marient. Philippe est beau, volage et bon à rien alors que Violette est jeune, amoureuse, patiente, attentionnée dans ses rôles d'épouse et de mère. Pendant que Philippe écume les routes à moto et se fait entretenir sans aucune honte, Juliette s'occupe de tout, le travail (pour deux) de garde-barrière, la maison, la famille. Et lorsque le poste de garde barrière est supprimé, Violette convainc Philippe de reprendre une place de gardien de cimetière dans une autre commune.
Philippe finira par disparaître, du jour au lendemain, une circonstance qui ne semble finalement pas chagriner Violette...

Si la situation initiale est clairement posée sur ce drôle de ménage, on comprend rapidement qu'elle n'est pas aussi simple qu'elle le paraît : le couple est hanté par un drame dont on apprend les tenants et les aboutissants par petites doses, au travers de plusieurs histoires et de plusieurs personnages qui apportent chacun leur pierre à la compréhension globale, comme autant de tiroirs qui s'ouvrent pour en sortir une pièce du puzzle qui prend doucement forme.

J'avais longtemps hésité avant d'ouvrir ce livre parce que j'étais restée sur un sentiment plutôt mitigé après la lecture de les oubliés du dimanche, premier et précédent roman de Valérie Perrin. Les avis dithyrambiques sur son second roman n'ont par ailleurs pas aidé mon indécision car j'avais un peu peur de retomber dans un ouvrage "feel good" (au fond, ce qu'il est), genre très à la mode qui m'agace beaucoup pour la dose d'angélisme et d'invraissemblances qu'il draine dans son sillage. J'avais donc mis ce titre de côté en attendant le moment opportun, celui où j' aurais besoin d'une "lecture facile"... sur ce plan, c'est sans surprise, l'objectif est rempli, on tourne les pages sans trop se prendre la tête avec une écriture simple et efficace.

J'ai eu un peu de mal à entrer dans cette histoire "à tiroirs" qui joue sur les allers-retours dans le temps et des changements de points de vues mais je dois avouer que malgré son côté très fleur bleue, le scénario est finalement plutôt bien conçu et bien mené : la simplicité de la situation initiale laisse progressivement place à une histoire plus dense, plus profonde. Le récit s'étoffe et permet le déploiement d'une large palette de sentiments alors que les destins croisés des acteurs prennent du sens autour du personnage central de Violette.

Une histoire gentillette qui fleure bon la campagne et la bienveillance, sans réelle prétention, parfait pour s'en laisser conter.

Titre : changer l'eau des fleurs
Auteur : Valérie Perrin 
Première édition : 2019

mercredi 9 octobre 2019

La mélancholie du kangourou de Laure Manel

Il n'y a pas de hasard(s), il n'y a que des rendez-vous. (Paul Éluard)

Formant un couple uni et amoureux, Antoine et Raphaëlle se préparent au bonheur d'être parents.
Sauf que le jour de l'accouchement, tout ne se passe pas comme prévu et Antoine, à 36 ans, devient à la fois père et veuf. Accablé par la douleur et le chagrin, il lui est impossible de s'occuper ou de même simplement regarder sa fille, la petite Lou. Au début, Simone, la grand-mère paternelle, vient de Bordeaux pour s'occuper du bébé mais c'est une solution transitoire qui n'est pas tenable et il faut rapidement trouver une nounou pour prendre le relai.

Contre l'avis de ses proches, Antoine opte pour l'embauche de Rose, une gamine de 20 ans, étudiante qui a besoin de gagner un peu d'argent en attendant l'admission qu'elle espère à l'école de danse de Londres.
Cotoyant ce père absent et broyé, dans un foyer où toute trace d'amour a disparu, la jeune femme va finalement s'occuper pendant deux ans de la petite fille, avec abnégation, en lui donnant son amour et en sachant, à force de patience et de psychologie tisser des liens entre sa protégée et ce papa qui refuse de l'être.

Un roman qui aborde une situation familiale extrême en la traitant sans mélodrame, avec justesse, réalisme et douceur, et aussi, un brin de magie qui en fait presque un conte de fée, à la Mary Poppins. Une plume qui m'avait déjà séduite et amusée dans la délicatesse du homard, et qui me donne le même plaisir de tourner les pages, presque de la jubilation : c'est à la fois triste et gai, entre deuil et (re)naissance. Un livre sur la résilience, les liens subtils qui se créent sur la durée, par la présence, la discrétion, la maturité aussi, celle du coeur dont la valeur n'attend pas le nombre des années.

Peut-être pas de la "grande littérature", marqué d'une touche de "feel-good" et de quelques larmes versées au passage,  la mélancholie du kangourou nous régale d'une bien jolie  histoire, en toute simplicité.

Extraits du livre :

On perd son empathie, on oublie les problèmes des autres quand on est centré sur les siens.

Titre : la mélancholie du Kangourou
Auteur : Laure Manel
Première édition : 2019

mercredi 17 juillet 2019

La chambre des merveilles / The Book of Wonders de Julien Sandrel


Sous les yeux de sa mère Thelma, Louis, 12 ans, est renversé par un camion. À l'hôpital, le prognostic n'est pas bon pour l'enfant plongé dans un profond coma. Les médecins lui accordent un mois d'observation après lequel, si rien ne se passe, il faudra débrancher le respirateur.
Après le désespoir et la culpabilité, Thelma rebondit et joue le tout pour le tout lorsqu'elle trouve le "carnet des merveilles" de son fils dans lequel il a noté tout ce qu'il aimerait faire un jour. Elle se met au défi de réaliser chacun de ces voeux pour le raconter à l'enfant et le stimuler ...

Un livre très facile à lire et à classer dans le domaine du "feel good" malgré le contexte a priori très sombre. Des situations parfois cocasses mais trop souvent irréalistes et tirées par les cheveux qui composent une sorte de conte de fées des temps modernes, légèrement moralisateur, où tout se met en place comme par magie.

Un sujet grave traité sur le ton de la positivité avec peut-être un peu trop de légèreté : on tourne les pages sans trop réfléchir, le texte est sans grand intérêt littéraire, les personnages simplistes tout comme les réactions et les situations qui manquent de crédibilité. C'est plein de bons sentiments, un peu "(presque) tout le monde il est beau, (presque) tout le monde il est gentil", et si on ne peut pas reprocher à l'auteur de vouloir dédramatiser une situation aussi grave avec d'ailleurs quelques bonnes idées de fond, le résultat n'en flirte pas moins avec le grand n'importe quoi !

"Acclamé par la critique" et bientôt adapté au cinéma, je trouve que c'est beaucoup de tapage pour ce premier roman finalement assez mièvre, qui n'en mérite pas tant.   

Titre : La chambre des merveilles
Titre anglais : The Book of Wonders
Auteur : Julien Sandrel
Première édition : 2019