Affichage des articles dont le libellé est Littérature francophone. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Littérature francophone. Afficher tous les articles

jeudi 20 mai 2021

Mademoiselle Papillon d'Alia Cardyn

Je voulais raconter une histoire sur le pouvoir du don de soi. 
On oublie que lorsque l'on prend soin d'un autre être humain, on prend soin de ceux qui croiseront sa route. 
L'amour suscite l'amour. Cela nous donne un pouvoir personnel infini. 
 
Gabrielle, la trentaine, célibataire, est infirmière dans une unité néonatale de soins intensifs accueillant les bébés prématurés à la frontière de la vie et de la mort. Elle est très investie et maîtrise les aspects techniques de son métier mais elle commence à ressentir un certain mal être, de plus en plus de fatigue ainsi qu'une perte de sens et de repères dans la pratique de son travail. C'est donc une période difficile psychologiquement lorsque sa mère, romancière, lui remet son dernier manuscrit pour avis, sans lui donner de détails afin de ne pas influencer sa lecture. Elle va y découvrir le personnage de Thérèse Papillon au travers de pages combinant l'histoire de cette femme d'exception - juste parmi les nations, ayant accueilli pendant un demi siècle quelques 25'000 enfants au "préventarium" qu'elle a créé en 1922 à l'abbaye de Valloires - et des extraits de "carnets de bord“ fictifs lui donnant une voix plus intime.
Au fil des pages, l'histoire de Gabrielle et celle de Thérèse semblent entrer en résonance,  même si les époques et les problèmatiques sont différentes leur vocation d'infirmières et leur dévouement les relient.
 
Alia Cardyn nous livre avec beaucoup de délicatesse ces deux portraits de femmes, l'une, "figure historique" méconnue dont la ténacité et l'action méritait qu'on s'y intéresse, l'autre, jeune femme de notre époque qui nous ouvre un monde bien particulier en nous faisant vivre "de l'intérieur" le quotidien de ces services spécialisés dédiés aux soins des petits prématurés si fragiles. Ces deux volets auraient presque pu faire chacun l'objet d'un livre et j'aurais peut-être aimé plus d'éléments et de développements sur le personnage de Thérèse même si les notes de fin de livre permettent de comprendre que son histoire est ici largement romancée faute d'archives ou de témoignages suffisants, l'auteur ayant imaginé son parcours et sa personnalité à partir de quelques brides bien identifiées tirées du réel. Quant au personnage de Gabrielle, on sent assez vite comment vont évoluer les choses si bien qu'il m'a surtout intéressé pour l'entrée privilégiée offert dans son unité de soin plus que pour son évolution psychologique.
 
Ces réserves mineures n'enlèvent rien à la qualité du roman dont j'ai tourné les pages avec plaisir. Une lecture globalement facile, plaisante et enrichissante, un trio gagnant qui m'incitera certainement à ouvrir d'autres romans de cette romancière Belge.

Titre : Mademoiselle Papillon
Auteur : Alia Cardyn
Première édition : 2020

mercredi 14 août 2019

Oyana d'Éric Plamondon

 Il vient des moments dans la vie où la question du choix ne se pose pas. 
On ne choisit pas : on agit.

Mai 2018, l'ETA est dissoute.

À Montréal, en entendant cette nouvelle, Oyana fait sa valise et quitte son foyer sans aucune explication. Après des années de vie dans le mensonge, les vannes du passées viennent de s'ouvrir et Oyana va finalement se lancer dans la rédaction d'une lettre à l'attention de son mari pour essayer de lui expliquer ce départ intempestif, qui elle est réellement, ses "vraies origines", sa culpablité.
Une vie qui commence au Pays Basque sur lequel plane l'ombre d'une ETA qui est loin des préoccupations de la jeune fille insouciante d'alors, toute à ses rêves de photographier les Cachalots sur le Saint Laurent, comme un appel improbable du pays où elle trouvera finalement refuge...

Je me suis plongée dans Oyana après la lecture de Taqawan, du même auteur, en retrouvant un plaisir identique à tourner les pages. La narration est toujours aussi singulière, peu conformiste et efficace ; les chapitres, courts et percutants, s'enchaînent pour monter en intensité, en faisant alterner la confession intime d'Oyona avec des éléments informatifs sur l'histoire du pays Basque et celle de l'ETA, fournis par des coupures de presses par exemple.

Beaucoup de justesse et de sensibilité dans ce personnage de femme bousculée par le destin qui doit vivre dans le mensonge et avec le poids d'une conscience si pesante qu'elle lui a oté toute perspective autre que la fuite. Un récit bien construit, crédible, qui ne laisse rien au hasard et sans rien d'évident pour laisser au lecteur le plaisir de la découverte jusqu'à la voix de la fin à laquelle on ne s'attend pas vraiment.

Séduite pour la deuxième fois, j'intègre directement Éric Plamandon à mon portefeuille de "valeurs sûres" !

Du même auteur :
Taqawan

Titre : Oyana
Auteur : Éric Plamondon
Première édition : 2019

samedi 30 mars 2019

Taqawan d'Éric Plamondon

Au Québec, on a tous du sang indien. Si c'est pas dans les veines, c'est sur les mains.  

Au Québec, dans les années 80, sous prétexte de protéger l'espèce et d'empêcher la pêche au saumon, le gouvernement provincial fait intervenir massivement les forces de l'ordre dans la réserve de Restigouche des indiens mig'maq. Dans ce contexte historique dramatique, contreversé et très politique, le roman nous raconte l'histoire d'Océane, une jeune indienne qui disparait le jour du raid. Elle est retrouvée prostrée dans la forêt par un garde forestier misanthrope qui vient de démissionner pour marquer son opposition  aux événement en cours. Afin de protéger la jeune fille victime d'un odieux traffic, il va se faire aider d'un vieil indien solitaire et de son ancienne maîtresse française.

Dans ce texte magnifique, évocateur, efficace et épuré, allant à l'essentiel, Éric Plamondon esquisse un tableau assez sombre sur la façon dont sont encore traitées les minorités indiennes au Canada. Il s'agit bien sûr d'un roman replacé dans un contexte historique particulier mais la trame développée par l'auteur, est tout aussi choquante que plausible : coïncidence oblige et même s'il ne faut pas faire d'amalgame, un article* publié il y a quelques jours aux États-Unis dénonce les violences subies par les femmes des minorités indiennes dont beaucoup disparaissent chaque année, dans l'indifférence générale.   

J'ai lu ce Taqawan d'une traite en appréciant, outre la trame et les personnages, l'évocation historique et celle des grands espaces, enchantée par les dialogues québécois qui résonnent de façon si particulière à mes oreilles.

Décidément, après Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier et L'orangeraie de Larry Tremblay, j'aime vraiment beaucoup découvrir cette littérature canadienne francophone.

Nota : dans la langue des indiens mig'maq, Taqawan est le nom des saumons qui remontent pour la première fois leur rivière natale pour frayer.

* Voir article du 21/03/2019 dans "women who shaped history" :
These Haunting Red Dresses Memorialize Murdered and Missing Indigenous Women

Dans le texte :

 Des indiens, ce sont des indiens. On les a appelés comme ça parce qu'on croyait être arrivé en Inde.
 Mais non, on était arrivé en Amérique. Avec le temps, on s'est mis à les appeler des Amérindiens.
 Plus tard, on dira des autochtones. Avant ça, on les a longtemps traités de sauvages. 
On les a surnommés comme ça, des hommes et des femmes sauvages. 
Ils faut se méfier des mots. 
Ils commencent parfois par désigner et finissent par définir. 
 
 Je suis né dans le froid. La glace et la neige sont dans mes veines. 
Il n'y a pas de ciel plus clair et d'air plus pur qu'au milieu de l'hiver. 
Il n'y a pas d'odeur plus parfumée que celle de la neige fraîchement tombée sur les branches des sapins. 
Il n'y a pas de silence plus parfait que celui d'une nuit étouffée sous les flocons d'un début de tempête.
 J'aime cette saison parce que les choses y sont claires. 
On sait exactement ce qui se passe dans les bois quand tout est blanc. 
La moindre forme de vie laisse une trace. (...) 
Ceux qui se plaignent du froid n'ont jamais passé une nuit dehors à moins quinze devant un feu de camp 
et sous la lune qui éclaire comme en plein jour. 

Titre : Taqawan
Auteur : Éric Plamondon
Première édition : janvier 2018

mardi 24 avril 2018

La fille des Louganis de Metin Arditi


Sur Spetsos, petite île grecque, la famille Louganis est marquée par les drames et un terrible secret : Aris et sa jeune cousine Pavlina sont en réalité issus du même père. Alors quand Pavlina se retrouve enceinte d'Aris, sa mère l'éloigne de l'île et s'arrange pour que l'enfant soit adopté et disparaisse dès la naissance. Brisée, Pavlina n'aura alors de cesse de le retrouver avant de choisir l'apaisement en s'éloignant de la Grèce et en émigrant vers la Suisse ...

Tous les ingrédients d'une "tragédie grecque" mise au goût du jour dans un décor de rêve, gorgé de soleil et de lumière qu'il faudra toutefois quitter; des ruptures brutales avec des lieux et des êtres qu'on aime; le destin de Pavliva est loin d'être un long fleuve tranquille. De la fillette insouciante à la femme mûre, on va suivre son parcours et ses états-d'âmes en s'attachant et en subissant avec elle les coups du sort, une vie d'épreuves et de déchirures. Un récit fort et sensuel qui décline l'amour sous toutes ses formes. La donne est annoncée dès le départ ; l'histoire est sombre et douloureuse ; on se laisse prendre et aussi toucher par la beauté de l'île de Spetsos et la douceur de ceux qui entourent avec fidélité Pavlina dans sa quète obsessionnelle. Une lecture facile et agréable, on tourne vite les pages ... reste à savoir ce qu'il en restera avec le temps, pas sûre que l'empreinte soit indélébile !

Titre : La fille des Louganis
Auteur : Metin Arditi
Première édition : 2007

mardi 17 avril 2018

Jolie libraire dans la lumière de Frank Andriat


Maryline a 34 ans, elle est maman d'un garçon de 17 ans et elle est libraire. Un matin, illuminée par les rayons du soleil devant son comptoir, elle se plonge dans la lecture d'un ouvrage dans lequel elle se reconnait, c'est son histoire ...

Une sorte de conte de fée contemporain avec un livre en guise de baguette magique, objet dans lequel se mèlent réalité et fiction pour les faire converger jusque dans la "vraie vie". C'est un roman qui se lit vite, "un peu trop" à l'eau de rose à mon goût, pour se faire du bien et se mettre du beaume au coeur, sans prétentions. Une écriture très allégorique, pleine de métaphores et d'une poésie certaine.

Parce qu'il prend pour cadre une librairie, c'est un roman qui fait un peu écho à La librairie de l'île / The storied life of A.J.Fikry de Gabrielle Zervin ou encore à La compagnie des livres de Pascale Rault Delmas mais dans une version tout de même bien meilleure, cette jolie libraire est plus intéressante et plus riche même si elle ne m'a pas totalement convaincue ni entièrement séduite. 

Titre : jolie libraire dans la lumière
Auteur : Frank Andriat
Première édition : 2015

vendredi 6 avril 2018

Guerre et Térébenthine / War and Turpentine de Stefan Hertmans


Stefan Hertmans a hérité des carnets de son grand-père (1891-1981), six cents pages manuscrites dans lesquelles le vieil homme a consigné l'histoire de son enfance à Gand à la fin du 19ème / début du 20ème siècle dans une famille pauvre, aimante et croyante dont le père était peintre-restaurateur de fresques religieuses ainsi que le détail de ses années à combattre pendant la première guerre mondiale où il fut plusieurs fois blessé et décoré. Un héritage mis de côté pendant des années avant que Stefan Hertmans - écrivain flamand Belge, chercheur affilié à l'université de Gand - n'ose s'y attaquer pour l'analyser et nous relater ce qu'il contient en le croisant avec des recherches personnelles sur le terrain et des souvenirs/témoignages, une démarche qui a abouti à la publication de ce livre à l'occasion du centenaire des débuts de la "grande guerre".

Un ouvrage qui touche à la fois à l'intime et à la transformation profonde d'une société toute entière dont les valeurs traditionnelles ont été brisées et balayées par l'absurdité de la guerre des tranchées. Un témoignage qui montre la capacité de résilience d'un personnage auquel rien n'a été épargné, qui a traversé une vie marquée par la pauvreté et les épreuves, brisé par un amour perdu mais porté par l'obéissance, le sens du devoir et du sacrifice, le respect de l'autorité, la piété et la dignité. Un témoignage qui valait d'être relaté pour tout ce qu'il apporte avec plusieurs niveaux de lectures possibles, notamment sur :
- La société du Gand d'avant-guerre, la difficulté  de la vie mais la dignité d'une famille pauvre, la mise au travail précoce dans une fonderie avec ses dangers, la foi, les maladies qu'on ne soignait pas encore, l'admiration et la fascination pour un père parti trop vite et l'amour pour une mère, etc. 
- Le rôle de la peinture et son évolution dans cette famille avec l'image de l'arrière grand père asthmatique travaillant conscientieusement sur les fresques religieuses puis l'aspect thérapeutique du dessin et de la peinture pour le grand-père,
- La première guerre dans les tranchées d'un simple soldat blessé plusieurs fois, décoré, soigné, parti en convalescence ainsi que des éléments de ressentiments sur des différences de traitement entre soldats Wallons et Flamands qui donne un éclairage sur les frictions actuelles, etc.
- Le rapport du grand-père aux femmes et son sens du devoir, le rapport des générations, la transmission, etc.

Selon les parties, Stefan Hertmans est plus ou moins présent dans la narration pour apporter son grain de sel au récit, notamment quand il estime que celui du grand-père mérite plus d'explications, une remise en contexte ou des compléments sur des périodes/éléments de sa vie qu'il n'a pas documentés. Dans ce livre, l'auteur se base d'abord sur les cahiers laissés par le grand-père mais aussi sur le souvenir des récits familiaux et ceux des anciens de la famille qui peuvent encore témoigner, des photos, des recoupements. L'écriture m'a semblée parfois inégale mais globalement, c'est un livre marquant sur bien des plans en particulier pour la compréhension du décallage des valeurs qui sépare les générations, celles qui ont porté les soldats de la première guerre mondiale, un événement qui les ont fait voler en éclat pour les faire apparaitre, pour certaines, totalement dépassées et désuètes aujourd'hui, un autre monde pourtant si proche avec un personnage auquel on s'attache, touchant dans sa rigidité et la fragilité qu'elle cache.

Titre français : Guerre et Térébenthine
(Traduit du flamand)
Titre anglais : War and Turpentine
Auteur : Stefan Hertman
Première édition : 2013

Extraits du livre :
- [Mon grand-père] avait consigné ses souvenirs ; il me les a donnés quelques mois avant sa mort en 1981. Il avait alors quatre-vingt-dix ans. Il était né en 1891, sa vie semblait se résumer à l'inversion de ces deux chiffres dans une date. Entre ces deux dates étaient survenues deux guerres, de lamentables massacres à grande échelle, le siècle le plus impitoyable de toute l'histoire de l'humanité, la naissance et le déclin de l'art moderne, l'expansion mondiale de l'industrie automobile, la guerre froide, l'apparition et la chute des grandes idéologies, la découverte de la bakélite, du téléphone et du saxophone, l'industrialisation, l'industrie cinématographique, le plastique, le jazz, l'industrie aéronautique, l'atterrissage sur la Lune, l'extinction d'innombrables espèces animales, les premières grandes catastrophes écologiques, le développement de la pénicilline et des antibiotiques, Mai 68, le premier rapport du Club de Rome, la musique pop, la découverte de la pilule, l'émancipation des femmes, l'avènement de la télévision, des premiers ordinateurs - et s'était écoulée sa longue vie de héros oublié de la guerre. C'est sa vie qu'il me demandait de décrire en me confiant ces cahiers. Une vie se déroulant sur près d'un siècle et commençant dans un autre monde. 
- Il y a dans l’ethos disparu du soldat à l’ancienne quelque chose qui, pour nous, contemporains d’attentats terroristes de de jeux vidéo violents, est encore à peine concevable. Dans l’éthique de la violence est intervenue une rupture de style. La génération de soldats belges qui fut conduite dans la gueule monstrueuse des miltrailleuses allemandes au cours de la première guerre avait encore grandi selon l'éthique exaltée du dix-neuvième siècle, avec un sentiment de fierté, un sens de l'honneur et des idéaux naïfs. Leur morale de guerre tenait pour vertus essentielles : le courage, la maîtrise de soi, l'amour des longues marches, le respect de la nature et de son prochain, l'honnêteté, le sens du devoir, la volonté de se battre, si nécessaire, d'homme à homme.(...) La piété, une aversion radicale pour les abus sexuels, une grande mesure dans la consommation d'alcool, parfois même une abstinence totale. Un militaire devait constituer un exemple pour la population qu'il était tenu de protéger. 
Toutes ces vertus d'une époque furent réduitent en cendres dans l'enfer des tranchées de la Première Guerre Mondiale. On enivrait sciemment les soldats avant de les amener jusqu'à la ligne de feu (un des plus grands tabous pour les historiens patriotiques, mais les récits de mon grand-père sont clairs à ce sujet) ; les bouis-bouis, comme les appelaient mon grand-père, se multipliaient, et en on voyait pour ainsi dire partout à la fin de la guerre, de ces lieux où l'on encourageait les soldats à apaiser leurs frustrations sexuelles pas toujours en douceur - une nouveauté en soi, sous cette forme organisée. Les cruautés et les massacres transformèrent définitivement l'éthique, la conception de la vie, les mentalités et les moeurs de cette génération. Des champs de batailles à l'odeur de prés piétinés, des mourants comme au garde-à-vous jusqu'à l'heure de leur mort, des scènes picturales militaires avec en toile de fond la campagne du dix-huitième siècle remplies de collines et de boqueteaux, il ne resta que des décombres mentaux asphyxiés par les gaz moutarde, des champs remplis de membres arrachés, une espèce humaine d'un autre âge qui fut littéralement déchiquetée.

lundi 2 avril 2018

Le livre des Baltimore / The Baltimore boys de Joël Dicker


Marcus Goldman, auteur à succès, s'est retranché en Floride pour se lancer dans l'écriture de son nouveau livre, un roman qui revisite son enfance et "le Drame" qui a marqué une rupture alors qu'il était jeune adulte, entre un passé de rêve au sein du "gang familial" des "Goldman" et l'écrivain qu'il est devenu aujourd'hui ; c'est le moment de liquider certaines affaires familiales et personnelles et de régler ses comptes avec les fantômes du passé. Lui, fils unique de la branche des "Goldman-de-Montclair", famille moyenne du New Jersey et le reste de la bande, les flamboyants cousins "Goldman-de-Baltimore", composé du chétif mais brillant Hiller et de son alter égo co-opté par la famille, Woody au grand coeur, ardant défenseur des faibles. Une admiration sans limite pour un oncle et une tante à qui tout réussi, des parents plutôt compréhensifs le confiant régulièrement à leur garde et Alexandra, une fille magnifique dont ils sont tous amoureux ... Des liens apparemment indissolubles marqués par la complicité et la fraternité, mais finalement tiraillés par la jalousie et une réalité pas tout à fait conforme aux perceptions, brisés par "le Drame" autour duquel tournent tous les chapitres du livre avant de nous y conduire ... enfin !

Bon alors ... après cette lecture, comment dire et traduire mon sentiment ?

D'abord, j'ai très longtemps hésité à ouvrir ce livre parce que j'avais lu La vérité sur l'affaire Québert qui avait circulé dans un de mes clubs de lectrices et que si j'en avais aimé la lecture à l'époque, je n'en ai finalement gardé que le souvenir d'un bouquin facile et agréable à lire dont je me suis empressée d'oublier l'histoire et les personnages, manquant d'un intérêt particulier qui m'aurait sans doute permis de les fixer.
Alors que Joël Dicker sort son troisième volume avec le personnage récurrent de Marcus Goldman [La disparition de Stéphanie Mailer] et que j'avais envie de lire quelque chose d'un peu plus "léger", j'ai quand même fini par me décider à ouvrir Le livre des Baltimore pour respecter l'ordre des parutions ... mais enchaîné après plusieurs lectures particulièrement fortes, l'ouvrage détonne trop alors qu'en ressort le même sentiment, celui d'un livre facile à lire avec une certaine compulsion à tourner les pages pour une histoire qui finalement n'a pas grand intérêt et dont je sais déjà qu'il ne restera bientôt pas grand-chose. Cette fois, le style et l'écriture m'ont également gênée avec quelques passages on ne peut plus convenus et gnan-gnans, une approche parfois simpliste et naïve et beaucoup de répétitions agaçantes avec sans arrêt "ce Drame" qui sert de pivot de référence pour des allers-retour dans le temps entre les différents chapitres, sans arrêt mentionné mais qui n'est pas dévoilé avant d'avoir lu plus des trois-quart du livre (on le sait ... on l'attend ... on prend le lecteur un peu pour un c...). Quant aux personnages, ça tourne parfois franchement à la caricature, surtout les "méchants" et au genre "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" pour les autres ... 

Alors voila, sans doute vais-je être étiquetée "intello" mais dans mes petites classifications personnelles j'ai fini d'associer Joël Dicker à "la clique Musso et Levy", auteurs de best-sellers (on ne peut pas leur enlever ça), des livres "page-turner" (Je m'y laisse prendre si je tombe dedans) qui ne me satisfont pas parce qu'il ne m'en reste souvent pas grand chose une fois refermés, sinon cette impression de "vent" aux relents d'eau de rose. À lire pour ce qu'ils sont, en toute connaissance de cause, un divertissement en guise de courant d'air, idéal pour les vacances et ne pas se prendre la tête ...

Titre français : Le livre des Baltimore
Titre anglais : The Baltimore Boys
Auteur : Joël Dicker
Première édition : 2015