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jeudi 12 mars 2020

Le chemin des âmes / Three Day Road de Joseph Boyden

 We all fight on two fronts, the one facing the enemy, the one facing what we do to the enemy.

Alors qu'ils se croyaient tous les deux morts, Niska la vieille indienne guerisseuse et Xavier Bird son neveu se retrouvent et suivent en canoë la rivière qui les ramène au bush, un périple de quelques jours rythmé par les réminiscences de l'un et de l'autre : Xavier, sous l'emprise de la morphine, traumatisé et hanté dans ses délires par ses années de guerre dans les tranchées qui lui ont coûté une jambe et une partie de son âme, Niska, qui utilise la parole et son histoire de façon thérapeuthique pour essayer de ramener son neveu sur le chemin de la vie.

Xavier est de retour de l'enfer des champs de batailles de la première guerre mondiale où il a combattu dans les troupes canadiennes avec son ami Elijah. Leurs compétences de chasseurs en ont fait des tireurs d'élite d'exception. De caractères très différents, l'un taiseux, l'autre bavard, l'un "invisible", l'autre attirant la sympathie, l'un "sauvage", l'autre "assimilé", les deux amis traversent ensemble deux années d'une guerre absurde. Un combat dans lequel les deux jeunes héros indiens se sont engagés volontairement, s'entraînant l'un l'autre, sûrs de leurs talents de chasseurs, riches d'une amitié sans faille construite depuis l'enfance et non exempte d'une rivalité stimulante. La violence quotidienne transforme ces personnages, qui peuvent y trouver panache, prestige et une certaine liberté voire développer le goût de la mort au risque d'en perdre la raison.
De son côté, Niska est le témoin intermédiaire, la gardienne et la survivance d'une culture transformée par l'arrivée des blancs qui résiste de par sa simple existence, malgré tout.

Beaucoup de tristesse, de violences, de souffrances, de tensions mais aussi de la résilience et de la spiritualité dans ce récit brillantissime, cru de réalisme et cruel, qui nous plonge dans le quotidien des poilus, sur la ligne de front dans les campagnes françaises, pendant la première guerre mondiale mais aussi au fin fond des forêts canadiennes où survit l'âme de peuples malmenés.
Un récit prenant qui évoque également d'autres thèmes et sujets traités dans d'autres ouvrages que j'ai particulièrement aimés de la littérature canadienne, indigène ou pas, comme celui des "écoles résidentielles" dans lesquelles étaient envoyés tous les enfants Indiens enlevés à leurs familles (cf ❤️❤️❤️ jeu blanc / Indian Horse de Richard Wagamese) ou encore celui des grands feux de 1916, les plus catastrophiques jamais connus par le pays (cf ❤️❤️❤️ Il pleuvait des oiseaux / And the birds rained down de Jocelyne Saucier)

Un grand et beau moment de lecture sur le chemin de ces âmes, trois jours d'une route inoubliable. ❤️❤️❤️

Tirés du texte :
The wounded soldier continues to moan and mumble. He is talking some sort of secret language now, I think,
 speaking with the spirit who will take him on the three-day road. 

You know that the wemistikoshiw [les blancs] do not care to believe us when they hear about our kills in the field (...) 
we do the nasty work for them and if we return home we will be treated like pieces of shit once more.
 But while we are here we might as well do what we are good at. 

All of life is in the circle, (...) you always come back, in one way or another, to where you have been before.

Titre original : Three Day Road
Titre français : Le chemin des âmes
Auteur : Joseph Boyden
Première édition : 2005

mardi 21 janvier 2020

L'hibiscus pourpre / Purple Hibiscus de Chimamanda Ngozi Adichie

Nigéria.
Un jour, au moment de rendre les grâces au début d'un repas, Jaja saisi le missel de son père et le jette dans un geste de révolte sur la vitrine de sa mère :  Kimbili, sa sœur d'un an sa cadette, raconte l'incident et l'origine de cette insubordination soudaine dans cette famille aisée d'Enunga...

Dans ce roman, la plume sûre et captivante de Chimamanda Ngozi Adichie nous transporte avec sensibilité et subtilité dans une famille placée sous le joug d'un père au visage multi-facettes : fondamentaliste catholique porté par une foi intransigeante, il se révéle à la fois généreux, rigoureux, droit et exigeant mais aussi brutalement sectaire et intolérant. Chef d'entreprise à la tête de plusieurs usines et du seul journal indépendant du pays capable de dénoncer les turpitudes gouvernementales, il régit sa famille strictement, avec des objectifs clairs : les enfants doivent être premiers de classe en suivant un emploi du temps extrêmement précis préparé par ses soins. Une discipline de fer qui va toutefois se fissurer lorsque les enfants sortent pour la première fois de leur environnement, accueillis  chez leur Tatie Ifeoma et ses trois enfants, Obiora, Amaka et Chima. Ils débarquent comme deux extra-terrestres dans cette famille universitaire exubérante, ouverte, pleine de rires et d'amour, malgré les difficultés et l'exiguité de leur logement sur le campus de l'université de Nsuka. Petit à petit, les deux adolescents vont s'ouvrir et Kimbili sortir de sa timidité apparente qui touche au mutisme.

Des personnages très bien campés, dans toute leurs complexités et leurs ambiguïté ; des relations et des sentiments très bien rendus et analysés ; une histoire universelle dans le cadre du Nigéria qui apporte quelques informations sur le pays ; un très bon livre. Que ce soit Americana, l'autre moitié du soleil/ Half of a yellow sun ou nous sommes tous des féministes /We should all be feminists, je n'ai encore jamais été déçue par Chimamanda Ngozi Adichie : son écriture est toujours juste et prenante et elle sait raconter des histoires, une romancière de talent, une vraie valeur sûre.

Tirés du texte :
Le défi de Jaja me semblait à présent similaire aux hibiscus pourpres expérimentaux de Tante Ifeoma: rare, chargé des parfums de la liberté différente de celle que les foules agitant des feuilles vertes scandaient à Government Square après le coup d'état. 
Une liberté d'être, de faire. 

Elle parlait à la façon dont mange un oiseau, par petites quantités. 

"Voici ce que les nôtres disent au Dieu Haut, le chukwu, dit Papa-Nnukwu. Donne-moi et la richesse et un enfant, mais si je dois choisir entre les deux, donne-moi un enfant parce que quand mon enfant grandira ma richesse fera de même."

Il y a des gens écrivit-elle une fois, qui pensent que nous ne pouvons pas nous gouverner nous-même parce que les rares fois où nous avons essayé, nous avons échoué, comme si ceux qui se gouvernent par eux-mêmes aujourd'hui y étaient arrivés du premier coup. C'est comme si l'ont disait à un bébé à quatre pattes qui essaie de se lever pour marcher, puis retombe sur son derrière, de rester où il est. Comme si les adultes qui lui passent devant n'avaient pas tous commencé à quatre pattes !

Titre original : Purple Hibiscus
Titre français : L'hibiscus pourpre
Auteur : Chimamanda Ngozi Adichie
Première édition : 2003

dimanche 19 janvier 2020

La voix / Voices d'Arnaldur Indridason

A quelques jours de Noël, Gudlaugur Egilsson (Gulli) est découvert assassiné dans sa chambre au sous sol de l'hotel dans lequel il travaille comme portier depuis plus de 20 ans : il y est retrouvé habillé d'un costume de Père-Noël qu'il endossait depuis plusieurs années pour la fête des employés, un préservatif au bout du sexe, la chambre décorée d'une simple affiche de Shirley Temple - la "petite princesse"/enfant star-  et pour toute possession, 2 disques au fond d'un placard.

Alors que la saison touristique bat son plein dans la capitale islandaise, Erlandur s'installe à l'hôtel pour mener l'enquête assisté comme toujours de Sigurdur Oli et Elinborg auxquels s'ajoute un coup de pouce de Marion Briem, son ancien mentor à la retraite. Ses collègues travaillent l'esprit à la préparation des fêtes et/ou la tête à d'autres cas, notamment celui d'un enfant maltraité suivi de près par Elinborg.

La mort du Père-Noël et l'enquête s'avèrent plutôt pathétiques : ses collègues ne le connaissaient pas, tous les ponts étaient coupés avec sa famille  pas même troublée par son décès... derrière tout ça se cache toutefois une voix d'or, celle d'un enfant prodige oublié, un choeur d'enfants, une enfance volée, du bullying, la prostitution, la drogue, un collectionneur obsessionel, un vol et de l'argent, beaucoup d'argent.

Une nouvelle enquête du commissaire Erlandur qu'on ne lâche pas, qui égratigne au passage une société islandaise dont est dénoncée la petitesse d'esprit, pleine de jalousie et de cruauté pour ceux qui sortent du lot et sont différents. On continue bien sûr à suivre la vie privée des personnages, les démons de l'enfance qui hantent Erlandur, ses rapports avec sa fille Eva Lind et, miracle de Noël (?), sa rencontre inespérée avec Valgerdur chargée d'effectuer des prélèvements dans le cadre de l'enquête.

Organisé sur plusieurs jours un peu comme un compte à rebours ou un calendrier de l'avent enrobé de chants de saison, Indridason nos offre avec La Voix / Voices, un drole de "conte de Noël" !

Du même auteur, voir aussi :
La femme en vert / Silence of the Grave (2)
La cité des Jarres / Jar City (1)
Les nuits de Reykjavik / Reykjavik Nights

Titre anglais : Voices
Titre français : La voie 
Série Enquête du commissaire Erlandur Sveinsson / A Reykjavik Murder Mystery (3)
Auteur : Arnuldur Indridason
Première édition : 2003

lundi 7 octobre 2019

Phrom Thep de Marc Lasnier

"Bien trop de femmes, dans bien trop de pays, parlent la même langue : le silence."
 (Anasua Sengupta) 

Plusieurs fois divorcé, sortant d'une période de galère, Alain quitte Paris pour Phukhet en Thaïlande, bien décidé à prendre du bon temps en s'adonnant à sa passion, la photographie. Grâce à Vincent, son logeur, il découvre de bons coins et se sort de chausses trappes dans lesquelles il tombe comme bien des farangs (étrangers) un peu trop naïfs.
Un soir, il fait la connaissance de Wanapa, la quarantaine, indépendante, coiffeuse et alors qu'il ne croyait plus à l'amour, se met à filer le parfait cocon, prêt à tout pour protéger sa belle menacée par un mystérieux prédateur. Alors que les ombres du passé et la vengeance d'un ancien mari-narco-traficant tout puissant menacent d'engloutir sa nouvelle conquête, Alain ne manque ni de ressources ni de relations dans ce qui tourne en thriller infernal.

Émaillé de sa part d'invraissemblances indispensables au scénario, Phrom Thep est un thriller intense plutôt bien enlevé qui a le mérite de nous faire voyager entre la France et la Thaïlande, raison pour laquelle j'avais sélectionné ce livre. Côté carte postale, pas de déception, on y trouve une jolie évocation du pays du sourire et de ses habitants auprès desquels l'auteur est d'ailleurs lui même installé.

Sans doute pas un roman inoubliable mais un bon livre d'évasion avec une touche d'exotisme, à prendre pour ce qu'il est.

Titre : Phrom Thep
Auteur : Marc Lasnier
Première édition : 2017

mardi 20 août 2019

Les fantômes du roi Leopold / King Leopold's Ghost d'Adam Hochschild

 
Auteur, journaliste, historien et enseignant américain, Adam Hochschild reconstitue dans cet ouvrage l'histoire de la colonisation du Congo sous l'égide du roi Leopold II de Belgique.

On y apprend qu'entre 1884 et 1908, sous couvert d'"humanitarisme", de lutte contre les esclavagistes et de campagnes de manipulations bien orchestrées, ce roi s'appropria cet immense territoire africain pour en faire son domaine privé. Au delà des images romantiques de la "découverte des derniers territoires africains méconnus" se cache une histoire d'une extrême violence pour les populations locales qui furent embrigadées, martyrisées, terrorisées, mutilées, assassinées pour satisfaire l'appat du gain des occidentaux.
Des méthodes qui furent dénoncées en leur temps par les missionnaires et quelques activistes dont les écrits permettent de redécouvrir l'histoire soigneusement "oubliée" d'un véritable holocauste alors que de son côté, le roi des Belge avait pris soin de détruire toutes ses archives avant de devoir céder sa précieuse colonie au gouvernement Belge. 

A contre-courant de l'histoire coloniale officielle, le livre bien documenté fut très controversé en Belgique lors de sa sortie mais n'en a pas moins suscité la curiosité pour en faire un best-seller.

Une oeuvre plus documentaire que littéraire, alourdit parfois de répétitions et de longueurs. Une lecture toutefois édifiante pour lever le voile sur tout un pan d'histoire, celle d'une colonisation brutale reposant sur des méthodes largement employées par ailleurs dans d'autres pays du continent : il est vraiment terrifiant le pouvoir destructeur de la cupidité et le déploiement de violence qu'elle peut engendrer au mépris des droits humains.

Un récit terrible mais nécessaire, indispensable.

Titre original : King Leopold's Ghost /astory of greed, terror and heroism in colonial Africa
Titre français : Les fantômes du roi Leopold / Un holocauste oublié
Auteur : Adam Hoshschild
Première édition : 1998

lundi 8 avril 2019

My absolute darling / My absolute darling de Gabriel Tallent


Turtle (Julia), quatorze ans, est élevée par un père survivaliste qui la tient entièrement sous sa coupe : ils vivent dans une vieille baraque isolée au bord de la mer et au milieu des bois et rien ne filtre de ce qui se passe chez eux. On plonge dans leur univers avec le regard de Turtle alors que l'adolescente est tiraillée entre l'amour et la loyauté qu'elle ressent pour ce père lui vouant un "amour absolu" et les sentiments d'enfermement et d'étouffement qui l'envahissent de plus en plus, la poussant à des escapades solitaires au fond des bois pour échapper à cette emprise et libérer son âme.

Un véritable parcours iniatique dans le contexte de ce huit-clos familial progressivement sapé grace à quelques fenêtres entrebaillées sur un autre monde par un grand-père, une enseignante, une amitié accidentelle née une nuit d'orage au fond des bois et l'arrivée d'une petite fille dans la maison.
Une tension, une emprise et une violence aussi bien physique que psychologique portées à leur comble pour cette jeune fille charismatique à l'esprit de survie particulièrement aiguisé qui ne cherche qu'à sauver son âme.       

Ce premier roman a fait une forte impression aux Etats-Unis et on comprend pourquoi en découvrant cette histoire à classer dans le même registre que La vraie vie d'Adeline Dieudonné. Impuissants et incrédules lecteurs découvrant l'horreur du monde de Turtle - qui n'est pour elle que sa "normalité"-, on tourne les pages, magnétisés, en se demandant comment tout cela va bien pouvoir finir. Au dela de Turtle, un récit intense et admirablement ficelé jouant admirablement sur l'ambiguité et la complexité du personnage du père, sur l'inaction de ceux qui se doutent mais ne font rien et préfèrent détourner le regard. Au passage, on aborde l'Amérique des armes, celle des survivalistes tout en découvrant une nature sauvage de ce coin de Californie, magnifiquement évoquée.

Haletant, brutal et troublant.

Titre original : My absolute darling
Titre français : My absolute darling
Auteur : Gabriel Tallent
Première édition : 2017

lundi 17 décembre 2018

La vraie vie d'Adeline Dieudonné



L'histoire est racontée par une jeune fille dont on ne connaitra pas le nom.
Elle habite une zone pavillonnaire périphérique anonyme.
Au début du récit elle a dix ans,
un frère de six ans qu'elle adore, Gilles,
un père tout puissant qui fait régner la terreur sur sa famille, un chasseur/collectionneur de gros gibier, 
et une mère effacée et craintive qu'elle compare à une amibe.

Au cours de l'été, la complicité des enfants est brisée par un accident traumatisant.
L'héroïne n'aura alors plus qu'une idée en tête : remonter le temps pour que son frère retrouve l'innocence perdue et permettre à la "vraie vie" de reprendre son cours.

Avec détermination, intelligence et de moins en moins de candeur, le personnage, inspiré par Marie Currie et l'amour porté à son frère, n'a de cesse de se donner les moyens d'atteindre son objectif. Elle sait qu'il lui faudra du temps et de l'éducation mais ne se décourage pas. Elle grandit avec son projet en même temps que la noirceur émise par le père devient de plus en plus pesante, envahissante et menaçante.  

Un roman initiatique inhabituel. Il y a du drôle et du tendre qui font un peu penser à la Mathilda de Roald Dahl mais sans sa légèreté parce que l'histoire est teintée d'une violence noire, glaçante, sournoise, sourde, terrible. 

On s'attache à cette héroïne des temps modernes, on est pris par ce récit singulier à la fois lumineux et lugubre et on ressort ébranlé de toute la violence qui couve et qui, inexorablement, finit par exploser.
Une écriture parfaitement maîtrisée pour un premier roman exceptionnel, saisissant et percutant.


Titre : La vraie vie
Auteur : Adeline Dieudonné
Première édition : 2018

dimanche 15 avril 2018

Comme un phare dans la tourmente de Wendall Utroi


Martial est un homme de la terre. Il est veuf, bourru, routinier et encore relativement actif sur sa ferme où les taches ménagères sont assurées par Anne, son employée qui est presque une fille pour lui et comme une soeur pour sa fille Mylène.
Il a perdu sa femme quand Mylène était encore adolescente et l'a élevée comme il a pu. Il ne la voit plus trop. Elle a quitté la ferme très jeune pour se marier avec un garçon que Martial n'apprécie pas, qui vient d'un autre milieu, un enfant gâté de la ville, superficiel et manipulateur, qui aime en jeter plein les yeux et fanfaronner au volant de sa décapotable mais pas très courageux pour trouver et surtout garder un travail. Le couple a un petit garçon, Antoine.
Quand Antoine a environ cinq ans, Mylène débarque avec lui à la ferme et demande l'aide de son père qui l'accueille pendant quelques temps. Le grand-père et le petit-fils vont tisser des liens profonds et durables alors que Martial et Mylène tentent avec plus ou moins de succès de se réapprivoiser. Difficile pour Martial de ne pas s'immiscer, difficile pour Mylène de parler de ses secrets, de la violence et de la toxicité de son mari qu'elle aime toujours et qui finit par la convaincre de rentrer et de repartir avec lui quand il vient chercher sa famille en promettant qu'il saurait se contenir à l'avenir.
On promet de garder le contact mais les liens vont se distendre à nouveau et même se rompre en créant beaucoup de souffrance pour Martial jusqu'à ce qu'il reçoive un nouvel appel au secours l'obligeant à agir sans refaire les erreurs du passé  ...

Une histoire riche et surtout très juste qui touche à beaucoup de sujets, les violences conjugales, les personnes toxiques, les sentiments et les relations familiales, leur évolution, les liens entre un père et une fille, une femme et un mari, deux (presque) soeurs, un grand-père et un petit-fils, la maladie, la vieillesse ...
On aime ce personnage de Martial, grand-père et père qui est ce "phare dans la tourmente", un roc auquel on peut toujours se raccrocher quand tout va mal et présent quand on a besoin de lui. Il souffre mais accepte l'éloignement quand il le faut, il renait et s'adoucit au contact de son Toto et est capable de se remettre en cause quand les épreuves l'imposent. C'est un livre qui parle au lecteur et dans lequel on peut se retrouver ou retrouver quelqu'un qu'on aime ou qu'on a aimé parce que justement, il est plein d'amour et de bienveillance, de complicité, de doutes, de souffrances, de non-dits, de petits gestes et de tout ce qui fait la vie.  
         
Un auteur auto-édité que j'ai découvert un peu par hasard et un roman dont j'ai apprécié la lecture. Un beau livre.

Titre : Comme un phare dans la tourmente
Auteur : Wendall Utroi
Première édition : 2018

mercredi 14 mars 2018

Les loyautés de Delphine de Vigan


Hélène est enseignante de SVT dans un collège et professeur principal de la classe de Théo et Mathis. Enfant, elle a été maltraitée et battue par son père alors aujourd'hui, c'est avec une sensibilité exacerbée qu'elle s'inquiète de l'attitude de retrait de Théo qui semble dériver et dont elle perçoit les "signes" de détresse.

Théo est un enfant de 12 ans 1/2, presqu'un adolescent. Ses parents ont divorcé et se partagent sa garde depuis plusieurs années, une semaine chez son père, l'autre chez sa mère, à lui d'assurer la transition et de trimballer son sac de l'un à l'autre maintenant qu'il est assez grand. Ses parents ne se parlent plus du tout : sa mère, aigrie, préserve les apparences mais n'arrive pas à cacher son amertume, ne sait plus l'écouter et lui montrer qu'elle l'aime ; son père est de plus en plus déconnecté, en pleine dépression et tous deux font peser un poids bien trop lourd à porter sur les épaules de Théo qui s'est mis à boire, de plus en plus, pour oublier et s'évader. 

Mathis, c'est le seul copain de Théo avec qui il partage ses expérimentations de plus en plus dangereuses, toujours là malgré ses réserves intérieures, fidèle et loyal. 

Cécile enfin, mère au foyer de plus en plus désabusée, un peu paumée, la maman de Mathis qui s'inquiète pour son fils alors que les rouages de son couple semblent de plus en plus défaillants et menacent l'intégrité familiale.

On passe de l'un à l'autre. Hélène n'en fait-elle pas trop et son élève est-il ou non véritablement en danger ? Pourquoi Théo joue-t-il avec le feu et à quoi cherche-t-il à échapper ? Jusqu'où tiendra l'amitié de Mathis et de Théo ?
La loyauté des uns envers les autres est mise à l'épreuve, dans les différents rapports de la vie qui les relient, l'enseignante et l'élève, la mère et le fils, le fils et le père, l'épouse et le mari, les deux amis, etc.
Jusqu'où peut-elle aller cette loyauté, sans trahir, quand nait le véritable danger ?

Du Delphine de Vigan "pur jus" : un sujet dur abordé avec justesse et réalisme dans un texte et une histoire auxquels on se laisse prendre. Un nouveau livre "dénonciation / prise de conscience" des maux cachés de la société, de la difficulté de les percevoir et de les traiter.
Pas gai-gai (mais avec Delphine de Vigan, on n'est pas vraiment surpris), efficace et bien écrit. 

Titre : Les loyautés
Auteur : Delphine de Vigan
Première édition : janvier 2018