mercredi 25 avril 2018

Une bouffée d'air pur / A breath of fresh air d'Amulya Malladi


En Inde.
La jeune Anjali est prête à se marier quand on lui présente Prakash, le beau et jeune sous-officier de l'armée qui devient son époux. Mais son mariage de conte de fées ne tourne pas comme elle l'avait prévu et lorsque, au retour d'une visite à ses parents, son mari oublie de venir la chercher à la gare de Bhopal, sa vie est bouleversée par l'explosion de l'usine chimique d'Union Carbide. Anjali va survivre mais exige de divorcer malgré les stigmates des conventions sociales associées à une telle procédure.
Des années plus tard, Anjali a refait sa vie avec Sandeep mais elle va de nouveau croiser la route de son ancien mari lorsqu'il est posté dans la ville où elle enseigne, une rencontre qui fait ressurgir, pour les uns et les autres, les démons du passés alors que Amar, le fils d'Anjali et Sandeep est gravement malade ... 

Un roman qui nous plonge dans une société indienne encore profondemment traditionaliste où la place des femmes est bien marquée mais dans laquelle l'héroïne a, à un moment donné, plus ou moins réussi à briser les conventions en préservant les apparences. Ce livre est marqué par deux événements de 1984 qui ont ébranlé l'Inde : l'assassinat d'Indira Gandhi par ses gardes Sikhs avec les représailles et la division religieuse qui en ont suivis et bien sûr, l'épouvantable tragédie de l'explosion de l'usine chimique de Bophal portée par Anjali. L'histoire est la sienne mais le point de vue change parfois pour donner voix à Sandeep et à Prakash.

Je me suis laissée emporter par le récit et sa galerie de portraits, le personnage fort d'Anjali qui ne cesse de se heurter aux préjugés et à la tradition règlant la vie indienne en pesant jusqu'au coeur de l'intimité, mais aussi les hommes aux profils parfois totalement opposés sans être pour autant figés, la belle-soeur acariâtre condamnée par sa condition de veuve sans enfant, les parents coincés par le quand dira-t-on, la nouvelle femme de Prakash et le garçon malade.
Une grande finesse et une justesse d'écriture qui nous permettent de bien saisir les carcans de cette société avec des scènes frappantes et très fortes comme celle de la nuit de noce ou celle des parents qui continuent à faire porter "la faute" sur leur fille même après les confessions du gendre qui veut la dédouanner ou encore, celle de l'échange des deux femmes de Prakash sur le marché, la seconde épouse en venant à excuser son mari auprès de la première qui, incroyablement, y trouve alors la libération, etc. 
Il y est question de haine et d'amour, d'apparences, de compassion, de pardon et de rédemption avec au coeur de toute cette histoire, celle d'un enfant malade qui focalise tous ces sentiments et qu'on accompagne en espérant, avec des larmes lorsqu'il réclame une simple bouffée d'air frais.

Après deux livres, je suis vraiment séduite par cet auteur qui combine ce que j'aime dans les livres, un aspect romanesque combiné à la découverte d'éléments d'une culture et/ou de l'Histoire et/ou de questions sociétales. Une bibliographie à suivre.

Voir aussi :
Le foyer des mères heureuses / A House for happy Mothers
 
Titre anglais : A Breath of Fresh Air
Titre français : Une bouffée d'air pur
Auteur : Amulya Malladi
Première édition : 2002

Extraits du livre :
-My parents had been quite clear about that. I had to at least be "BA pass" to get a decent husband, and if I didn't get married a year after I finished the three-year course, I would have to do a master's in a subject of my choice. "Your chances will be better with an MA" Mummy would say. "Better the education, better the husband."
- We both knew why I was dressing up for the birthday party of a two-year-old, but we didn't say anything. It was understood that these things were better left unsaid, in case the match didn't work out. 
- I knew the basics of sex and my mother, despite my protests, had explained the process. Her rules were simple : lie down and let him do whatever he wants to do. "A woman doesn't have to enjoy sex. There is nothing to enjoy really. It is the means to have a baby and men like it," she had said.
- She was a widow, a pariah in society. She was going to live like this for the rest of her life. Nothing was going to change. She was forever going to be a burden to someone. (...) Society forgave widows for their husbands' deaths, but they didn't forgive women like me, who let their husbands go on purpose.    
- It was the curse of the society. The woman was to blame. Always ! If she was raped, it was her fault. If she was beaten, it was her fault. If her husband cheated on her, it was her fault.

mardi 24 avril 2018

La fille des Louganis de Metin Arditi


Sur Spetsos, petite île grecque, la famille Louganis est marquée par les drames et un terrible secret : Aris et sa jeune cousine Pavlina sont en réalité issus du même père. Alors quand Pavlina se retrouve enceinte d'Aris, sa mère l'éloigne de l'île et s'arrange pour que l'enfant soit adopté et disparaisse dès la naissance. Brisée, Pavlina n'aura alors de cesse de le retrouver avant de choisir l'apaisement en s'éloignant de la Grèce et en émigrant vers la Suisse ...

Tous les ingrédients d'une "tragédie grecque" mise au goût du jour dans un décor de rêve, gorgé de soleil et de lumière qu'il faudra toutefois quitter; des ruptures brutales avec des lieux et des êtres qu'on aime; le destin de Pavliva est loin d'être un long fleuve tranquille. De la fillette insouciante à la femme mûre, on va suivre son parcours et ses états-d'âmes en s'attachant et en subissant avec elle les coups du sort, une vie d'épreuves et de déchirures. Un récit fort et sensuel qui décline l'amour sous toutes ses formes. La donne est annoncée dès le départ ; l'histoire est sombre et douloureuse ; on se laisse prendre et aussi toucher par la beauté de l'île de Spetsos et la douceur de ceux qui entourent avec fidélité Pavlina dans sa quète obsessionnelle. Une lecture facile et agréable, on tourne vite les pages ... reste à savoir ce qu'il en restera avec le temps, pas sûre que l'empreinte soit indélébile !

Titre : La fille des Louganis
Auteur : Metin Arditi
Première édition : 2007

dimanche 22 avril 2018

The Refugees de Viet Thanh Nguyen


Après Le Sympathisant / The Sympathizer, Viet Thanh Nguyen nous livre dans The Refugees une série de nouvelles dont les personnages ont pour point commun un lien plus ou moins ténu avec la question des réfugiés du Vietnam au États-Unis. Des histoires qui se développent dans un cadre souvent actuel, le plus souvent dans le nouveau pays d'adoption, parfois dans celui d'origine, toutes influencées par une rupture du passé liée au statut de réfugié. On y croise une galerie de personnages des plus variés : une femme et sa mère hantées par des fantômes du passé, traumatisées par leur expérience de boat people ; un jeune garçon qui a pu se réfugier aux États-Unis où un couple homosexuel de San Francisco le sponsorise et l'accueille en assurant sa sortie du camp et un sérieux choc culturel ; un vieux professeur qui perd la tête et se met à confondre sa femme avec un ancien amour dont elle ne sait rien ; un receveur d'organe reconnaissant mais un peu naïf confronté à un filou qui l'exploite ; la famille dédoublée d'un père, entre Etats-Unis et Vietnam et la rencontre des deux demi-soeurs qui portent le même nom et démèlent les mensonges du passé ; Etc. 

L'aspect "réfugié" est toujours présent mais pas forcément l'élément central de ces histoires qui sont tout simplement des tranches de vies bien observées, bien rendues, parfois même de façon un peu trop "clinique". Des histoires bien léchées mais qui me laissent un peu le même sentiment que le premier livre de Viet Thanh Nguyen : une façon différente et intéressante d'aborder les choses, des textes et des histoires bien écrites et que j'ai globalement bien aimées mais qui ne m'ont pas totalement emportées. Je n'arrive pas à classer ce livre en coup de coeur alors que, malgré tout, j'ai cette envie ambigue d'y revenir et de continuer à suivre l'auteur. 

Du même auteur, voir aussi :
Le Sympathisant / The Sympathizer 

Titre original : The Refugees
Pas encore traduit en français
Auteur : Viet Thanh Nguyen
Première édition : 2017

vendredi 20 avril 2018

Filles de la mer / White Chrysanthenum de Mary Lynn Bracht


Au début des années 1940, Hana et Emi sont deux soeurs appartenant à la communauté des Haenyeo, des plongeuses indépendantes qui récoltent des fruits de mer et assurent la survie de leurs familles dans l'île de Jeju située à l'extrême sud de la péninsule coréenne.
Pendant l'été 1943, parce qu'elle a voulu protéger sa petite soeur, Hana, alors agée de 16 ans, est enlevée par des soldats japonais et envoyée en Mandchourie comme "femme de réconfort" dans l'un des bordels mis au service de l'armée japonaise. 
Décembre 2011, Emi quitte l'île de Jeju pour participer au "millième" rassemblement hebdomadaire de protestation organisé à Séoul devant l'ambassade du Japon afin de demander réparation pour les crimes commis pendant la guerre envers les filles et les femmes coréennes.
Deux soeurs, deux époques et en alternance, l'évocation de deux destins tragiques marqués par les guerres, la seconde guerre mondiale puis celle qui a ensuite déchiré civilement la Corée.

Un roman qui traite d'événements historiques tragiques bien réels, tant sur la question des femmes de réconforts que sur celle des horreurs de la guerre civile en Corée, et que l'auteur dédie à toutes les femmes victimes des guerres où quelles soient et quelle que soit l'époque où elles se déroulent.
Des questions coréennes auxquelles je suis particulièrement sensibilisée pour avoir vécu dans le pays et déjà beaucoup lu sur le sujet*, très bien traitées dans ce roman au travers du destin de ces deux soeurs auxquelles ont s'attache. Les aspects culturels propres à la communauté des Haenyeo ainsi que ceux de la culture coréenne sont bien intégrés et l'histoire juste, avec la douleur, la résilience et le poids du silence qu'il a fallu endurer pendant des années, avant que des femmes osent briser le sceau du secret en parlant. C'est bien sûr aussi et avant tout un roman dans lequel l'auteur incarne ces questions en laissant libre cours à son imagination, notamment dans le dénouement qu'elle choisit de donner à l'intrigue. On est horrifié par la cruauté de ces époques mais on aime ces personnages qui en subissent le joug en s'accrochant à leur humanité.

Un premier roman très réussi et extrêment fort d'une jeune auteur américaine d'origine sud-coréeenne vivant à Londres !

Nota :
* Sur la question des femmes de réconfort, deux livres intéressants publiés en français :
- Un roman : Les orchidées rouges de Shanghaï de Juliette Morillot (2001)
- Une bande dessinée: Femmes de réconfort, Esclaves sexuelles de l'armée japonaise de Jung Kyung-a (2007). 

Titre original : White Chrysanthenum
Titre français : Filles de la Mer
Auteur : Mary Lynn Bracht
Première édition : 2018

Extraits du livre :
- They forever after carried a burden of helplessness and overwhelming regret. Family members murdered, starved, stolen, neighbours turning on one another - all this was their han, a word Korean knew and a burden they each held within them. Everyone (...) carried this han (...).  
-'We [Haenyeo] dive in the sea like our mothers and grandmothers and great-grandmothers have for hundreds of years. This gift is our pride, for we answer to no one, not our fathers, our husbands, our older brothers, even the Japanese soldiers during the war. We catch our own food, make our own money, and survive with the harvest given to us from the sea. We live in harmony with this world.(...)'
- 'Haenyyeo ? They took her from so far away ?' one woman exclaims. 'From all over,' another answers. 'Even China, the Philippines and Malaysia.' 'And the Dutch girls, too. Remember that one who spoke out ?' 'Yes, the Dutch woman. She was brave to come forward.' (...) Like so many of the other 'comfort women', she had hidden her story of rape and humiliation from her family for over fifty years. When the first Korean 'comfort woman', Kim Hak-sun, came forward in 1991, giving her grim testimony, she was followed by others. They were met with disbelief and branded as money-seeking prostitutes. It was then the Dutch woman, Jan Ruff O'Herne, joined them in a bold move, telling her story at the international Public Hearing on Japanese War Crimes in Tokyo in 1992, and the Western World took notice.    
- Her shame is her han. Shame for surviving two wars while those around her suffered and perished, shame for never speaking out for justice, and shame for continuing to live when she never understood the point of her life.  
- Emi's grief was buried beneath Jeju International Airport. At the time it was a military airfield, abandoned by the Japanese imperial air force when they left the island after the Second World War ended. More than seven hundred political dissidents were held there (...). The prisoners were executed by firing squad, and their bodies were buried in a massive pit, one on top of the other. No one ever mentioned what was beneath the brand-new runways when the airfield was expanded into the current international airport, but thoses who had lived through the massacres never forgot. 
- In December of 2015, South Korea and Japan reached an 'agreement' over the 'comfort women' issue, and both countries hoped to resolve the conflict once and for all, so they could move forward in more amicable international relations. (...) Japan offered South Korea terms, and one of them was the removal of the Statue of Peace, erected on private land across the Japanese embassy in Seoul. Removing this statue is the first step towards the denial of women's history in South Korea. The halmoni rejected this 'agreement' and continue to seek a true resolution because they believe Japan wishes to simply erase the unsightly history of wartime sexual slavery as though the atrocities never took place (...) 
Pyeonghwabi (the statue of peace) (...) was for me (...) the symbol representing (...) wartime rape not only of Korean women and girls, but of all women and girls the world over : Uganda, Sierra Leone, Rwanda, Myanmar, Yugoslavia, Syria, Iraq, Afghanistan, Palestine and more. The list of women suffering wartime rape is long and will continue to grow unless we include women's wartime suffering in history books, commemorate the atrocities against them in museums, and remember the women and girls we lost by erecting monuments in their honour, like the Statue of Peace.  

mardi 17 avril 2018

Jolie libraire dans la lumière de Frank Andriat


Maryline a 34 ans, elle est maman d'un garçon de 17 ans et elle est libraire. Un matin, illuminée par les rayons du soleil devant son comptoir, elle se plonge dans la lecture d'un ouvrage dans lequel elle se reconnait, c'est son histoire ...

Une sorte de conte de fée contemporain avec un livre en guise de baguette magique, objet dans lequel se mèlent réalité et fiction pour les faire converger jusque dans la "vraie vie". C'est un roman qui se lit vite, "un peu trop" à l'eau de rose à mon goût, pour se faire du bien et se mettre du beaume au coeur, sans prétentions. Une écriture très allégorique, pleine de métaphores et d'une poésie certaine.

Parce qu'il prend pour cadre une librairie, c'est un roman qui fait un peu écho à La librairie de l'île / The storied life of A.J.Fikry de Gabrielle Zervin ou encore à La compagnie des livres de Pascale Rault Delmas mais dans une version tout de même bien meilleure, cette jolie libraire est plus intéressante et plus riche même si elle ne m'a pas totalement convaincue ni entièrement séduite. 

Titre : jolie libraire dans la lumière
Auteur : Frank Andriat
Première édition : 2015

dimanche 15 avril 2018

Comme un phare dans la tourmente de Wendall Utroi


Martial est un homme de la terre. Il est veuf, bourru, routinier et encore relativement actif sur sa ferme où les taches ménagères sont assurées par Anne, son employée qui est presque une fille pour lui et comme une soeur pour sa fille Mylène.
Il a perdu sa femme quand Mylène était encore adolescente et l'a élevée comme il a pu. Il ne la voit plus trop. Elle a quitté la ferme très jeune pour se marier avec un garçon que Martial n'apprécie pas, qui vient d'un autre milieu, un enfant gâté de la ville, superficiel et manipulateur, qui aime en jeter plein les yeux et fanfaronner au volant de sa décapotable mais pas très courageux pour trouver et surtout garder un travail. Le couple a un petit garçon, Antoine.
Quand Antoine a environ cinq ans, Mylène débarque avec lui à la ferme et demande l'aide de son père qui l'accueille pendant quelques temps. Le grand-père et le petit-fils vont tisser des liens profonds et durables alors que Martial et Mylène tentent avec plus ou moins de succès de se réapprivoiser. Difficile pour Martial de ne pas s'immiscer, difficile pour Mylène de parler de ses secrets, de la violence et de la toxicité de son mari qu'elle aime toujours et qui finit par la convaincre de rentrer et de repartir avec lui quand il vient chercher sa famille en promettant qu'il saurait se contenir à l'avenir.
On promet de garder le contact mais les liens vont se distendre à nouveau et même se rompre en créant beaucoup de souffrance pour Martial jusqu'à ce qu'il reçoive un nouvel appel au secours l'obligeant à agir sans refaire les erreurs du passé  ...

Une histoire riche et surtout très juste qui touche à beaucoup de sujets, les violences conjugales, les personnes toxiques, les sentiments et les relations familiales, leur évolution, les liens entre un père et une fille, une femme et un mari, deux (presque) soeurs, un grand-père et un petit-fils, la maladie, la vieillesse ...
On aime ce personnage de Martial, grand-père et père qui est ce "phare dans la tourmente", un roc auquel on peut toujours se raccrocher quand tout va mal et présent quand on a besoin de lui. Il souffre mais accepte l'éloignement quand il le faut, il renait et s'adoucit au contact de son Toto et est capable de se remettre en cause quand les épreuves l'imposent. C'est un livre qui parle au lecteur et dans lequel on peut se retrouver ou retrouver quelqu'un qu'on aime ou qu'on a aimé parce que justement, il est plein d'amour et de bienveillance, de complicité, de doutes, de souffrances, de non-dits, de petits gestes et de tout ce qui fait la vie.  
         
Un auteur auto-édité que j'ai découvert un peu par hasard et un roman dont j'ai apprécié la lecture. Un beau livre.

Titre : Comme un phare dans la tourmente
Auteur : Wendall Utroi
Première édition : 2018

vendredi 13 avril 2018

Le foyer des mères heureuses / A House for Happy Mothers d'Amulya Malladi


Priya est américano-indienne, mariée à Madhu avec lequel elle partage une vie confortable en Californie. Après plusieurs fausses couches et l'échec des féconditions in-vitro, la jeune femme se désespère de devenir mère. Il ne lui reste qu'un espoir, le recours à la GPA (Gestion pour Autrui). Une fois son mari convaincu, ils lancent le processus en ayant recours aux services d'une clinique spécialisée située en Inde, dans la région d'où son mari est originaire.

Asha est indienne. Elle est mariée et maman de deux jeunes enfants dont un garçon surdoué à qui elle voudrait pouvoir offrir une éducation et des perspectives que sa pauvreté laissent difficilement entrevoir. Elle-même déjà mère de plusieurs enfants, sa belle-soeur a loué son ventre et gagné suffisamment d'argent pour acheter un appartemment moderne à sa famille et elle convainc Asha de faire de même : après tout, il ne s'agit que de louer son ventre le temps d'une grossesse, de gagner une grosse somme d'argent et de profiter pendant le dernier trimestre des avantages du "foyer des mères heureuses" où les jeunes femmes sont prises en charge, exemptées de toutes tâches ménagères en bénéficiant d'un temps pour elles, de cours, de massages et d'un suivi médical jusqu'à l'accouchement.

D'un chapitre à l'autre et le temps d'une grossesse très particulière, de la conception à la naissance, on va suivre la vie et le parcours émotionnel de ces deux femmes aux personnalités attachantes, reliées par ce bébé attendu par l'une, porté par l'autre. On y appréhende, pour chacune, les implications pour le couple, vis à vis des amis, de la famille et de l'extérieur en général.           

La GPA est interdite en France mais il ne faut pas leurrer, elle n'en existe pas moins à l'échelle de la planète alors ce livre est une bonne introduction pour en saisir toutes les dimensions, médicales, morales, économiques et humaines. Un sujet abordé du point de vue de chacune des deux femmes (et aussi, de celles du foyer), une épreuve et des espoirs vécus différemment d'un côté comme de l'autre mais tout aussi intensément et humainement. Même si le ton est parfois inégal, c'est fort, on souffre, on comprend, on compatit, on partage le ressenti de chacune de ces deux femmes, on pourrait être l'une, on pourrait être l'autre.

J'ai aimé ce livre qui sonne juste, sans jugements de valeurs, écrit en anglais par une auteur indienne éduquée aux États-Unis, mariée à un Danois et installée dans le pays de son mari. Amulya Malladi a déjà plus de six ouvrages à son actif dont plusieurs traduits en français, une découverte intéressante, à poursuivre.

Titre original : A house for happy mothers
Titre français : Le foyer des mères heureuses
Auteur : Amulya Malladi
Première édition : 2016

Extraits du livre :
- Priya l'avait inondé de mails pour le convaincre que la maternité de substitution était une méthode sûre, qui s'était révélée d'une grande efficacité pour beaucoup de couples comme eux, et, plus important, que l'argent qu'ils verseraient à la mère porteuse aiderait sa famille et améliorerait sa qualité de vie. 
- Ils ne voyaient pas cette méthode comme une forme d'exploitation des pauvres, mais comme le moyen pour eux d'avoir un petit-fils ou une petite-fille tout en offrant à une autre famille la possibilité de vivre mieux. 
- "On a signé un contrat ; c'est notre boulot d'être intelligente et de ne pas s'attacher à ce qui ne nous appartient pas" (...) Mais alors elle posait la main sur son ventre, elle se demanda comment une femme pouvait être indifférente à la vie qui se développait en elle. (...) "Ce bébé n'est pas à toi. On te l'a mis dans ton ventre et tu es juste une machine qui le fait grandir. Tu n'es pas une mère pour lui."
- Sa philosophie était simple : puisqu'elle ne gagnerait jamais à la loterie, le gestation pour autrui était sa loterie. Elle avait juste à fournir un petit effort pour remporter le gros lot ; mais le jeu en valait la chandelle. 
- Leurs familles leur manquaient, l'humiliation de devoir mentir à tout le monde au sujet de leur grossesse, l'ambiguïté de porter un bébé avec lequel elles n'avaient aucun lien - non, vraiment, elles n'étaient pas heureuses dans ce foyer des mères heureuses. 
- Ils sont peut-être pauvres, mais j'imagine qu'ils ont les mêmes émotions que nous.
- On est comme des coolies, on porte la valise de quelqu'un pendant un moment (...) et une fois arrivées à destination, on la remet à son propriétaire et c'est terminé.  
- Sush comprenait ce qu'éprouvait Priya - un mélange de culpabilité, de responsabilité et de volonté de prouver qu'elle était une bonne personne.

mercredi 11 avril 2018

Le petit Bonzi de Sorj Chalandon


À Lyon au début des années 1970.
Jacques a une dizaine d'années. Dès qu'il franchit le pas de sa porte, il est accompagné de son inséparable Bonzi qui l'accompagne et le suit comme une ombre, son complice, le seul ami avec lequel il n'a pas difficultés à communiquer. En effet Jacques est bègue alors avec Bonzi qui le comprend, il cherche un remède à ce mal qui le handicape et l'isole de ses parents, de ses autres camarades et du reste du monde. Il teste ainsi toutes sortes de plantes à s'en rendre malade, tient un cahier de mots qu'il apprend par coeur, est le champion des synonymes pour trouver des substituts aux mots trop difficiles, cache ses secrets en se glissant sous son lit où il les écrit sur les lattes de son sommier avec leurs moments clés ...
Pendant quelques semaines, on suit cette vie d'enfant qui souffre et qui s'enferme dans un monde aux limites du réel, de plus en plus confus, avec des mensonges dans lesquels il s'enfonce et se perd, sauvé par un instituteur comme on n'en fait plus.  

Une histoire écrite du point de vue de l'enfant dans un style adapté, avec des phrases dédoublées comme Jacques avec Bouzi, comme un écho des bégaiements et de l'état de souffrance qu'il engendre. On souffre avec Jacques dont j'ai aimé les subterfuges et cette histoire qui évoque aussi une autre époque, une autre ambiance, un temps où les pères avaient parfois la main trop leste et où la psychologie était un art (ou un don) qui n'avait pas encore sa place. Pour moi, il y a également le cadre de cette ville de Lyon avec ses rues, ses places et son Guignol qui sert de point d'ancrage à l'enfant.  

De Chalandon, je n'avais lu que Le quatrième mur, un bon roman à l'idée très originale, mais c'est une copine lectrice de passage qui m'a parlé de sa découverte récente des autres livres de l'auteur et qui m'a donné envie de m'y intéresser à mon tour : essai transformé ... à suivre ! 

Titre : Le petit Bonzi
Auteur : Sorj Chalandon
Première édition : 2005

dimanche 8 avril 2018

Stoner de John Williams


Un livre qui n'est pas du tout une nouveauté mais qui fait étrangement écho à Une vie entière de Robert Seethaler, lecture que j'ai beaucoup aimée et qui m'a amenée à celle-ci, couvrant une période relativement identique (fin du 19ème / début du 20ème siècle jusqu'à l'après deuxième guerre mondiale) et la vie d'un personnage a priori tout aussi anonyme et banal.

Stoner c'est le nom du personnage dont on va découvrir et suivre "une (autre) vie entière", dans une petite ville universitaire des États-Unis cette fois. Fils unique d'un couple de fermiers pauvre du Missouri, Stoner aurait naturellement du suivre les traces de ses parents mais après ses années d'école et afin de bénéficier d'un enseignement sur les nouvelles techniques agricoles, il entre dans une école d'agriculture au sein d'une petite université américaine. Son cursus lui impose un module de littérature anglaise qui le met véritablement à l'épreuve mais dont l'influence du professeur va bousculer son destin et faire biffurquer sa voie puisqu'il va finalement lui même devenir professeur de la matière au sein de l'université qui l'a formé. Une vie toute simple, un choix de ne pas s'engager lors de la première guerre mondiale qui lui assure une place inespérée de professeur sur son campus d'origine, deux amis qui marquent et accompagnent sa vie, un mariage (déprimant) qui ne se révèle pas à la hauteur de ce qu'il avait espéré, une fille à laquelle il se consacre pleinement jusqu'au jour où la mère décide de distendre le lien qu'il a créé, une histoire d'amour qui ne pourra survivre au qu'en dira-t-on et une vie d'universitaire à laquelle il se consacre avec intégrité même s'il doit souffrir ensuite des représailles et des mesquineries d'un collègue plus ambitieux devenu son supérieur.

L'histoire d'une vie toute bête, un récit tout simple, le temps qui passe alors que changent les époques ... Un personnage issu de la terre, aux valeurs bien ancrées, un peu d'un seul tenant qui fait face envers et contre tout avec endurance, constance et solidité même si cela donne parfois l'impression d'une certaine passivité. Un homme déraciné de son milieu qui mène sa barque en maintenant le cap qu'il a choisi, sans faux semblants, sans ambitions particulières, stoïque, toujours fidèle à lui-même et gardant une intégrité qui fait sans doute toute sa richesse.
 
Un livre très bien écrit, parfois drole et piquant, un "classique" de littérature américaine qui a fait son chemin un peu comme son personnage, sans tambour ni trompette, doucement mais surement*. C'est un récit magnifique qui n'a pas vieilli et qui, sous la banalité cache une vraie profondeur touchant aux fibres essentielles de notre humanité.

Nota :
Sur Goodread, Stoner obtient un score moyen exceptionnel de 4.23/5  (Avec 63'839 notes et 7'821 revues) 

Titre original : Stoner (a novel)
Titre français : Stoner
Traduction : Anna Gavalda
Auteur : John Williams
Première édition : 1955

Erratum / mise à jour de l'article : 10/04/2018 

vendredi 6 avril 2018

Guerre et Térébenthine / War and Turpentine de Stefan Hertmans


Stefan Hertmans a hérité des carnets de son grand-père (1891-1981), six cents pages manuscrites dans lesquelles le vieil homme a consigné l'histoire de son enfance à Gand à la fin du 19ème / début du 20ème siècle dans une famille pauvre, aimante et croyante dont le père était peintre-restaurateur de fresques religieuses ainsi que le détail de ses années à combattre pendant la première guerre mondiale où il fut plusieurs fois blessé et décoré. Un héritage mis de côté pendant des années avant que Stefan Hertmans - écrivain flamand Belge, chercheur affilié à l'université de Gand - n'ose s'y attaquer pour l'analyser et nous relater ce qu'il contient en le croisant avec des recherches personnelles sur le terrain et des souvenirs/témoignages, une démarche qui a abouti à la publication de ce livre à l'occasion du centenaire des débuts de la "grande guerre".

Un ouvrage qui touche à la fois à l'intime et à la transformation profonde d'une société toute entière dont les valeurs traditionnelles ont été brisées et balayées par l'absurdité de la guerre des tranchées. Un témoignage qui montre la capacité de résilience d'un personnage auquel rien n'a été épargné, qui a traversé une vie marquée par la pauvreté et les épreuves, brisé par un amour perdu mais porté par l'obéissance, le sens du devoir et du sacrifice, le respect de l'autorité, la piété et la dignité. Un témoignage qui valait d'être relaté pour tout ce qu'il apporte avec plusieurs niveaux de lectures possibles, notamment sur :
- La société du Gand d'avant-guerre, la difficulté  de la vie mais la dignité d'une famille pauvre, la mise au travail précoce dans une fonderie avec ses dangers, la foi, les maladies qu'on ne soignait pas encore, l'admiration et la fascination pour un père parti trop vite et l'amour pour une mère, etc. 
- Le rôle de la peinture et son évolution dans cette famille avec l'image de l'arrière grand père asthmatique travaillant conscientieusement sur les fresques religieuses puis l'aspect thérapeutique du dessin et de la peinture pour le grand-père,
- La première guerre dans les tranchées d'un simple soldat blessé plusieurs fois, décoré, soigné, parti en convalescence ainsi que des éléments de ressentiments sur des différences de traitement entre soldats Wallons et Flamands qui donne un éclairage sur les frictions actuelles, etc.
- Le rapport du grand-père aux femmes et son sens du devoir, le rapport des générations, la transmission, etc.

Selon les parties, Stefan Hertmans est plus ou moins présent dans la narration pour apporter son grain de sel au récit, notamment quand il estime que celui du grand-père mérite plus d'explications, une remise en contexte ou des compléments sur des périodes/éléments de sa vie qu'il n'a pas documentés. Dans ce livre, l'auteur se base d'abord sur les cahiers laissés par le grand-père mais aussi sur le souvenir des récits familiaux et ceux des anciens de la famille qui peuvent encore témoigner, des photos, des recoupements. L'écriture m'a semblée parfois inégale mais globalement, c'est un livre marquant sur bien des plans en particulier pour la compréhension du décallage des valeurs qui sépare les générations, celles qui ont porté les soldats de la première guerre mondiale, un événement qui les ont fait voler en éclat pour les faire apparaitre, pour certaines, totalement dépassées et désuètes aujourd'hui, un autre monde pourtant si proche avec un personnage auquel on s'attache, touchant dans sa rigidité et la fragilité qu'elle cache.

Titre français : Guerre et Térébenthine
(Traduit du flamand)
Titre anglais : War and Turpentine
Auteur : Stefan Hertman
Première édition : 2013

Extraits du livre :
- [Mon grand-père] avait consigné ses souvenirs ; il me les a donnés quelques mois avant sa mort en 1981. Il avait alors quatre-vingt-dix ans. Il était né en 1891, sa vie semblait se résumer à l'inversion de ces deux chiffres dans une date. Entre ces deux dates étaient survenues deux guerres, de lamentables massacres à grande échelle, le siècle le plus impitoyable de toute l'histoire de l'humanité, la naissance et le déclin de l'art moderne, l'expansion mondiale de l'industrie automobile, la guerre froide, l'apparition et la chute des grandes idéologies, la découverte de la bakélite, du téléphone et du saxophone, l'industrialisation, l'industrie cinématographique, le plastique, le jazz, l'industrie aéronautique, l'atterrissage sur la Lune, l'extinction d'innombrables espèces animales, les premières grandes catastrophes écologiques, le développement de la pénicilline et des antibiotiques, Mai 68, le premier rapport du Club de Rome, la musique pop, la découverte de la pilule, l'émancipation des femmes, l'avènement de la télévision, des premiers ordinateurs - et s'était écoulée sa longue vie de héros oublié de la guerre. C'est sa vie qu'il me demandait de décrire en me confiant ces cahiers. Une vie se déroulant sur près d'un siècle et commençant dans un autre monde. 
- Il y a dans l’ethos disparu du soldat à l’ancienne quelque chose qui, pour nous, contemporains d’attentats terroristes de de jeux vidéo violents, est encore à peine concevable. Dans l’éthique de la violence est intervenue une rupture de style. La génération de soldats belges qui fut conduite dans la gueule monstrueuse des miltrailleuses allemandes au cours de la première guerre avait encore grandi selon l'éthique exaltée du dix-neuvième siècle, avec un sentiment de fierté, un sens de l'honneur et des idéaux naïfs. Leur morale de guerre tenait pour vertus essentielles : le courage, la maîtrise de soi, l'amour des longues marches, le respect de la nature et de son prochain, l'honnêteté, le sens du devoir, la volonté de se battre, si nécessaire, d'homme à homme.(...) La piété, une aversion radicale pour les abus sexuels, une grande mesure dans la consommation d'alcool, parfois même une abstinence totale. Un militaire devait constituer un exemple pour la population qu'il était tenu de protéger. 
Toutes ces vertus d'une époque furent réduitent en cendres dans l'enfer des tranchées de la Première Guerre Mondiale. On enivrait sciemment les soldats avant de les amener jusqu'à la ligne de feu (un des plus grands tabous pour les historiens patriotiques, mais les récits de mon grand-père sont clairs à ce sujet) ; les bouis-bouis, comme les appelaient mon grand-père, se multipliaient, et en on voyait pour ainsi dire partout à la fin de la guerre, de ces lieux où l'on encourageait les soldats à apaiser leurs frustrations sexuelles pas toujours en douceur - une nouveauté en soi, sous cette forme organisée. Les cruautés et les massacres transformèrent définitivement l'éthique, la conception de la vie, les mentalités et les moeurs de cette génération. Des champs de batailles à l'odeur de prés piétinés, des mourants comme au garde-à-vous jusqu'à l'heure de leur mort, des scènes picturales militaires avec en toile de fond la campagne du dix-huitième siècle remplies de collines et de boqueteaux, il ne resta que des décombres mentaux asphyxiés par les gaz moutarde, des champs remplis de membres arrachés, une espèce humaine d'un autre âge qui fut littéralement déchiquetée.

mardi 3 avril 2018

La liberté de ma mère de Jean-Michel Aphatie


Dans ce petit livre autoédité sur Amazon avant d'être publié en version papier (une première pour Amazon), le journaliste politique Jean-Michel Apathie partage des souvenirs d'enfance. Au travers de l'histoire de ses parents, Jean-Pierre et Catherine, modestes anonymes représentatifs d'une génération et d'une France en pleine mutation, il veut montrer et rappeler que "la révolution de mai 1968" était en marche bien avant le déclenchement de ces événements qui résultent finalement d'un mouvement bien plus profond, mené sans tambour ni trompette au coeur même des provinces françaises. Dans le cadre de sa région d'origine, le Pays Basque, il décrit avec une grande simplicité et de manière assez factuelle les mutations de la société d'après-guerre telles que sa famille les a vécues, résultat du plein emploi et de l'amélioration des conditions de vie. La société de consommation naissante ouvre alors de nouveaux horizons et on sent l'auteur admiratif de l'émancipation de sa mère dans un environnement encore très conservateur et misogyne, une femme qu'il voit voter, apprendre à conduire, ouvrir un compte en banque, fumer (en cachette ... il faut tout de même encore se protéger du qu'en dira-t-on) et revendiquer son indépendance.

C'est une jolie évocation de la société de la fin des années 1950 et du début des années 1960, à la fois très proche et très lointaine, une petite remise dans le contexte de l'époque avec un coup de projecteur sur la province alors qu'appoche le cinquantenaire de mai 1968 et un bel hommage à des parents, plus particulièrement à la mère. 

Un livre court, bien écrit et vite lu ravivant un souffle d'optimisme et de liberté qui fait du bien dans la morosité ambiante et auquel on peut facilement s'identifier quand on a touché cette période.  

Titre : La liberté de ma mère
Auteur : Jean-Michel Apathie
Première édition : 2018

lundi 2 avril 2018

Le livre des Baltimore / The Baltimore boys de Joël Dicker


Marcus Goldman, auteur à succès, s'est retranché en Floride pour se lancer dans l'écriture de son nouveau livre, un roman qui revisite son enfance et "le Drame" qui a marqué une rupture alors qu'il était jeune adulte, entre un passé de rêve au sein du "gang familial" des "Goldman" et l'écrivain qu'il est devenu aujourd'hui ; c'est le moment de liquider certaines affaires familiales et personnelles et de régler ses comptes avec les fantômes du passé. Lui, fils unique de la branche des "Goldman-de-Montclair", famille moyenne du New Jersey et le reste de la bande, les flamboyants cousins "Goldman-de-Baltimore", composé du chétif mais brillant Hiller et de son alter égo co-opté par la famille, Woody au grand coeur, ardant défenseur des faibles. Une admiration sans limite pour un oncle et une tante à qui tout réussi, des parents plutôt compréhensifs le confiant régulièrement à leur garde et Alexandra, une fille magnifique dont ils sont tous amoureux ... Des liens apparemment indissolubles marqués par la complicité et la fraternité, mais finalement tiraillés par la jalousie et une réalité pas tout à fait conforme aux perceptions, brisés par "le Drame" autour duquel tournent tous les chapitres du livre avant de nous y conduire ... enfin !

Bon alors ... après cette lecture, comment dire et traduire mon sentiment ?

D'abord, j'ai très longtemps hésité à ouvrir ce livre parce que j'avais lu La vérité sur l'affaire Québert qui avait circulé dans un de mes clubs de lectrices et que si j'en avais aimé la lecture à l'époque, je n'en ai finalement gardé que le souvenir d'un bouquin facile et agréable à lire dont je me suis empressée d'oublier l'histoire et les personnages, manquant d'un intérêt particulier qui m'aurait sans doute permis de les fixer.
Alors que Joël Dicker sort son troisième volume avec le personnage récurrent de Marcus Goldman [La disparition de Stéphanie Mailer] et que j'avais envie de lire quelque chose d'un peu plus "léger", j'ai quand même fini par me décider à ouvrir Le livre des Baltimore pour respecter l'ordre des parutions ... mais enchaîné après plusieurs lectures particulièrement fortes, l'ouvrage détonne trop alors qu'en ressort le même sentiment, celui d'un livre facile à lire avec une certaine compulsion à tourner les pages pour une histoire qui finalement n'a pas grand intérêt et dont je sais déjà qu'il ne restera bientôt pas grand-chose. Cette fois, le style et l'écriture m'ont également gênée avec quelques passages on ne peut plus convenus et gnan-gnans, une approche parfois simpliste et naïve et beaucoup de répétitions agaçantes avec sans arrêt "ce Drame" qui sert de pivot de référence pour des allers-retour dans le temps entre les différents chapitres, sans arrêt mentionné mais qui n'est pas dévoilé avant d'avoir lu plus des trois-quart du livre (on le sait ... on l'attend ... on prend le lecteur un peu pour un c...). Quant aux personnages, ça tourne parfois franchement à la caricature, surtout les "méchants" et au genre "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" pour les autres ... 

Alors voila, sans doute vais-je être étiquetée "intello" mais dans mes petites classifications personnelles j'ai fini d'associer Joël Dicker à "la clique Musso et Levy", auteurs de best-sellers (on ne peut pas leur enlever ça), des livres "page-turner" (Je m'y laisse prendre si je tombe dedans) qui ne me satisfont pas parce qu'il ne m'en reste souvent pas grand chose une fois refermés, sinon cette impression de "vent" aux relents d'eau de rose. À lire pour ce qu'ils sont, en toute connaissance de cause, un divertissement en guise de courant d'air, idéal pour les vacances et ne pas se prendre la tête ...

Titre français : Le livre des Baltimore
Titre anglais : The Baltimore Boys
Auteur : Joël Dicker
Première édition : 2015